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Le Chinois, de Henning Mankell


Parfois on prend un livre, confiant que l'on passera un très bon moment, et puis c'est la déception... C'est ce qui m'est arrivé il y a un peu plus d'un mois !


Résumé :

Un soir d'hiver, dans un petit hameau au fond de la Suède, une série de meurtres sont commis. Toutes les maisons sauf deux reçoivent la visite d'un meurtrier particulièrement sadique qui torture et tue à l'arme blanche les habitants de ce petit bourg tranquille, en majorité des personnages âgées. L'événement fait bien entendu la une des journaux et attire l'attention d'une juge du sud du pays, Birgitta, car les parents adoptifs de sa mère habitaient ce village. Birgitta, en congé maladie, en profite pour se rendre sur les lieux et découvre plusieurs indices semblant lier cette affaire à une vieille histoire en Chine...


Mon avis :

Voici un roman qui m'est tombé dans les mains tout à fait par hasard. Je ne sais plus à quelle occasion je l'ai acquis sous forme d'ebook, ça doit dater de plusieurs années. Puis l'autre jour je me suis retrouvée face à ma liseuse avec l'envie de quelque chose de simple et de prenant mais sans action échevelée, quelque chose qui corresponde à mon humeur hivernale. J'ai dû remonter loin dans mon catalogue de lectures personnel, mais quand je suis tombée sur ce roman, je me suis dit que c'était ce qu'il me fallait. Mes deux rencontres précédentes avec Henning Mankell m'ont laissé le souvenir d'un auteur de romans policiers qui savait construire une enquête complexe tout en s'attardant sur la vie de ses héros, des personnages normaux avec une assez riche vie intérieure. J'espérais donc passer un bon moment, transportée au fond de la Suède.

Au lieu de ça, c'est en Chine que j'ai débarqué. Si l'enquête commence bien en Suède, assez rapidement un autre récit s'incruste dans le premier, tout à fait comme dans la première aventure de Sherlock Holmes, "Une étude en rouge". Le héros devient tout à coup un jeune Chinois du XIXème siècle obligé de fuir son village natal avec ses frères et connaissant des aventures assez horribles. Ce récit est assez long et au départ il n'y a aucun rapport avec le meurtre suédois, même si on se doute bien que, comme dans "Une étude en rouge", il fournira au moins un mobile. Ensuite on revient en Suède à l'époque actuelle avec notre héroïne principale, Birgitta, mais à partir de là elle se met à parler de la Chine (c'est une ancienne communiste et ex-fan de Mao), va en Chine, rencontre une Chinoise qui sera aussi l'héroïne d'un nouveau récit inséré dans l'intrigue principale, bref, la Chine est partout.

Ce n'est pas un mal en soi, mais honnêtement, le récit de façon générale a pris une tournure à laquelle je ne m'attendais pas du tout. L'enquête sur la tuerie horrible du début est carrément mise au second plan, d'ailleurs tous les mystères ne seront pas élucidés. A la place, en plus des récits enchâssés, on suit les aventures de Birgitta à qui arrivent plusieurs trucs bizarres qui la font flipper et qu'elles ne comprendra qu'à la toute fin. Il y a le suspense de la savoir en danger, mais finalement ce danger ne se matérialisera réellement que sur les dernières pages. De façon générale, l'action assez molle ne remplit pas suffisamment le manque créé par l'absence de véritable enquête policière.

Par contre, ce qui remplit des pages et des pages, ce sont les réflexions des différents protagonistes, en majorité concernant (vous l'aurez deviné) la Chine. Tout y passe : les erreurs de Mao, les effets de la Révolution Culturelle, les bienfaits du communisme, les inégalités sociales passées et présentes, les ambitions géopolitiques du pays... En fait, ça va si loin que certains passages du livre (notamment la visite chinoise au Zimbabwe) m'ont semblé avoir principalement pour but de parler encore un peu plus de la Chine. Ca fait quand même beaucoup, surtout qu'il ne s'agit pas d'informer le lecteur qui ne connaît rien du pays, il s'agit plutôt de réflexions sur les événements historiques, culturels et politiques du pays. Moyennement intéressant pour qui ne connaît pas du tout le pays, et surtout pas du tout ce qu'on attend d'un roman policier.

A côté de ça, l'enquête est souvent négligée et l'héroïne, Birgitta, la mène en amatrice particulièrement maladroite. A plusieurs moments j'ai trouvé son comportement absolument pas cohérent. Elle n'hésite pas à faire des centaines de kilomètres sur un petit soupçon mais ne prend même pas le temps de passer un coup de fil à la police quand sa piste devient vraiment sérieuse ; elle risque sa carrière sur une impulsion ; elle cache des événements importants à son mari et à sa meilleure amie, sans vraie raison ; ce genre de choses.

Bref, ce roman fut une déception. Il a ses qualités, mais ce n'est pas du tout ce que j'attendais en l'ouvrant. Il se déguise en roman policier, alors que l'intrigue policière est franchement faible, et le grand nombre de réflexions sur la Chine dans la tête des différents personnages, ainsi que les sous-narrations intégrées, en font un tout autre genre de récit. Je n'ai pas souvent été déçue en 2017, mais il fallait bien que ça arrive de temps en temps !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre

Les morts de la Saint-Jean, d'Henning Mankell


Retour à un style que j'aime beaucoup : le polar nordique, avec le fameux commissaire Wallander, ses doutes et ses erreurs.


Résumé :

La nuit de la Saint-Jean, trois jeunes profitent du soleil de minuit en faisant un pic-nic un peu particulier dans une clairière isolée. Mais quelqu'un les surveille, un homme qui a décidé de les empêcher de s'amuser. Deux mois plus tard, les trois jeunes ne sont toujours pas rentrés chez eux. Leurs parents reçoivent régulièrement des cartes postales de l'étranger, mais une des mères est persuadée que ces cartes sont des leurres. L'homme mystérieux rôde et emmènera le Commissaire Walander dans une enquête qui le concerne de très près...


Mon avis :

J'ai entamé ce livre un peu par hasard, après avoir gardé un bon souvenir d'une enquête de Wallander lue il y a longtemps.  J'ai tout de suite pensé que ça aurait été une bonne idée de lire les aventures de l'enquêteur dans l'ordre chronologique, mais comme souvent dans ce genre littéraire (le polar), chaque histoire peut être lue indépendamment.
Ce que j'aime chez Walander, c'est son côté fragile et comme-tout-le-monde. Il se pose des questions, il se remet en cause et s'implique. Il est touchant par moments, avec ses préoccupations d'homme mûr, même si le côté très alarmiste et négatif de son point de vue ("le monde était mieux avant, notre société est sur la mauvaise pente", etc) m'a impatientée.  Son entourage est lui aussi représentatif de la vie réelle, avec des parents qui sont obligés de s'absenter parce que leurs enfants sont malades, des patrons pénibles, des gens biens et des imbéciles.  Malgré la culture suédoise qui se ressent relativement fort, voilà un héros qui nous est proche et j'apprécie pleinement.

Par contre, la méthode de travail de ces policiers ne m'a pas parue crédible. Des heures et des heures passées à s'attarder sur des vérifications de détails, une importance démesurée accordée aux impressions et aux pressentiments tandis que des pistes évidentes étaient négligées... Tout cela fait un peu brouillon. De façon générale, l'auteur part d'une bonne idée et d'un mystère bien construit, mais ensuite il a du mal à fournir des informations suffisantes pour tenir le lecteur en haleine tout en conservant le suspense. Le résultat, c'est une aventure qui avance par à-coups, avec de grands déserts de tâtonnement entre les révélations.

Il n'empêche que l'enjeu m'a captivée suffisamment pour que j'avance à pas de géant dans ce roman. J'ai donc passé un excellent moment de lecture, malgré la frustration de temps à autre. Et il est grand temps que je recommence à découvrir les aventures de Kurt Walander dans l'ordre chronologique.

Pour terminer, un petit passage qui m'a fait sursauter parce qu'il fait référence à l'affaire Dutroux en lui donnant une portée exagérée mais qui apparemment semblait vraisemblable en Suède :
- Tu as raison bien sûr, dit Nyberg. Même si c'est très désagréable.  Depuis ce qui s'est passé en Belgique, j'ai l'impression que n'importe quoi peut arriver, même en Suède.
Wallander lui donna raison intérieurement. En Belgique, des meurtres d'enfants avaient mis au jour des complicités policières et politiques au plus haut niveau.  Tout n'avait pas été tiré au clair.  On savait qu'il fallait s'attendre à de nouvelles révélations terribles.

Pour en savoir plus :
- l'avis de Livraison, qui fait une critique dure mais très juste.


La cinquième femme, d'Henning Mankell

Voici un livre que j'attendais avec impatience : j'avais hâte de découvrir un nouvel auteur connu dans le monde des polars suédois, un genre qui m'a déjà plu. Je voulais aussi découvrir le nouveau format des éditions Point, le Point 2, un ultra-poche très particulier.  Je vous parlerai très bientôt de mon expérience avec ce format inédit mais voici, pour commencer, mon avis sur le roman.


Résumé :

Algérie, 1993.  Quatre religieuses catholiques sont assassinées par un groupe d'intégristes musulmans. Une touriste suédoise présente par hasard trouve aussi la mort.  Lorsque sa fille apprend la nouvelle, elle décide de réaliser enfin un plan longuement mûri.
Suède, 1994. Un retraité amateur d'oiseaux meurt, empalé au fond d'un piège dans son propre jardin.  Le policier Kurt Wallander, tout juste rentré de vacances à Rome, commence l'enquête. Il s’apercevra vite que cet assassinat mystérieux sera suivi d'autres morts tout aussi affreuses. Une même barbarie s'acharne sur des hommes qui semblent n'avoir rien en commun. 


Mon avis :

J'ai découvert le polar suédois via la saga Millenium de Stieg Larsson (comme tout le monde) mais aussi grâce à la série de Camilla Läckberg mettant en scène l'héroïne Erica Falck.  Le polar suédois a un attrait particulier pour moi car il reflète souvent un monde assez proche de la Finlande où je vis, avec la mer très présente, les maisons d'été en bois au bord des lacs, des personnages relativement introvertis et une façon de vivre (et de raconter une histoire) plus calme, plus posée et aussi plus réaliste que dans les polars américains où l'action se précipite à cent à l'heure.

Ce roman, "La cinquième femme", me convainc d'ores et déjà que Henning Mankell a le talent pour présenter ces caractéristiques sous leur meilleur jour. Si l'enquête est intéressante et bien ficelée, il nous invite à nous attarder aussi sur la vie de policier, les détails pratiques du fonctionnement d'une brigade en pleine enquête et l'environnement en-dehors de celle-ci. Les protagonistes, et Kurt Wallander en particulier, doivent résoudre une énigme le plus vite possible mais également faire face à d'autres obligations.  Il y a l'agitation sociale dans une petite ville dont les citoyens ne sont pas tous bien intentionnés, les relations avec les médias, la gestion du personnel à qui l'on demande beaucoup d'efforts et de sacrifices.  Il y a aussi la vie privée de chacun qu'il est parfois difficile de concilier avec la traque d'un tueur qu'il faut arrêter avant qu'il ne commette d'autres meurtres. Il y a enfin les doutes et les interrogations d'un homme sensible qui doit faire face aux côtés les plus sombres de l'humanité.  Dans ce roman, les personnages sont riches et réalistes, profonds et attachants et j'ai été particulièrement séduite par le fait que l'auteur prend le temps de s'attarder sur leur vie intérieure au lieu de privilégier sans cesse l'action et le suspense.

Ça ne veut pas dire que l'enquête policière est négligée pour autant. Elle est d'ailleurs présentée de façon étonnante : à la manière des aventures de Columbo, le lecteur connaît le coupable dès le départ et a l'occasion de suivre de temps en temps ses plans et ses pérégrinations.  On est pourtant loin de tout savoir, on ne possède notamment ni son nom ni ses motivations. Grâce à cette technique particulière, on a à la fois le plaisir de voir l'enquête tâtonner avant de découvrir petit à petit des éléments que nous connaissons déjà, tout en gardant une grande part de suspense.  Les enquêteurs se démènent et nous les suivons en temps réel, mais en même temps les avancées sont lentes et les cul-de-sacs se dévoilent régulièrement. J'ai vraiment eu l'impression de suivre une enquête telle qu'elle pourrait avoir lieu en réalité, avec ses frustrations et ses succès.

En résumé, j'ai dévoré ce roman passionnant et sensible à la fois en seulement quelques jours (pourtant bien chargés). La seule petite déception c'est de m'être rendue compte que cette histoire vient après une autre aventure à laquelle il est fait allusion plusieurs fois.  J'aurais peut-être dû lire les aventures de Kurt Wallander dans l'ordre.  Mais ca n'a pas gâcher une lecture qui m'a procuré beaucoup de plaisir.

Un grand merci aux éditions Points Deux et à Livraddict pour ce partenariat !


Un extrait audio :
Dans cet extrait, Kurt Wallander se trouve dans la ferme d'un vieil homme solitaire qui semble avoir disparu depuis plusieurs jours.  Il attend des renforts pour partir à sa recherche, sans savoir qu'il est sur le point de faire lui-même une découverte macabre.
       


Pour en savoir plus :