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Limonov, d'Emmanuel Carrère


Aujourd'hui, ce n'est pas un roman mais une biographie que je vous présente !


Résumé :

Edouard Limonov, c'est un Russe, le fils d'une petite main du parti, né sans avenir. Pourtant, il deviendra gangster, poète, tailleur et rebelle politique en Russie ; il sera aussi mendiant et maître d'hôtel d'un millionnaire à New York ; en France, il deviendra la coqueluche de tout Paris, avant de retourner en Russie pour y créer un parti fasciste. Il vivra dans les plus belles demeures et connaîtra le goulag. Il sera détesté et adoré. Entre monstre et martyr, voici la biographie d'un homme hors du commun.


Mon avis :

Je ne sais pas comment ce roman a atterri dans ma bibliothèque, mais je sais d'où je connais l'auteur, qui m'a été "présenté" par une amie (coucou Manon !). Je n'avais encore jamais rien lu de lui (il y a pourtant "La moustache" qui m'attend), mais je m'attendais à un style qui en vaille la peine, et je n'ai pas été déçue : les mots coulent comme du miel et l'auteur est présent à chaque phrase, mélangeant sans déranger son histoire personnelle à celle de l'homme dont il narre la vie.  J'ai eu tout au long de la lecture l'impression que Mr Carrère se trouvait à côté de moi, à une table de restaurant après un repas sympathique, et qu'il prenait la peine de raconter l'histoire d'un de ses amis qui aurait eu une vie assez extraordinaire.  Le tout sans compromettre la beauté de la langue écrite, mais sans entrer non plus dans l'affectation.

En ce qui concerne le contenu en lui-même, je dois dire que je me suis trompée : j'ai confondu Edouard Limonov et Alexander Litvinenko, l'espion russe empoisonné au polonium il y a quelques années.  Je me suis rendue compte de mon erreur dès les premières pages, mais l'auteur y résume la vie d'Edouard Limonov d'une façon tellement alléchante qu'il est difficile de s'arrêter là.

Et en effet, Edouard Limonov est un homme hors du commun. Insupportable d'arrogance, il a aussi le courage de remettre son destin en jeu sans arrêt.  C'est une personne qu'il est difficile d'aimer (et l'auteur ne nous cache pas ses aspects les plus noirs), mais la recherche approfondie dont ce livre est le résultat nous permet d'entrevoir les différentes facettes de sa vie et sa complexité le rend particulièrement intéressant.

Une histoire remarquable, donc, et un livre à la fois bien documenté et bien écrit. Et pourtant... au bout d'un moment, je me suis ennuyée. Malgré une plume plus qu'agréable, c'est une histoire qui se lit plus comme un documentaire que comme un roman, et moi je cherchais plus du divertissement que la biographie d'un sombre inconnu, quels qu'aient pu être les extrêmes de sa vie. Pas une déception, non ; plutôt un rendez-vous manqué, le genre de déconvenues auxquelles on s'expose quand on ne se renseigne pas assez sur un livre avant de l'ouvrir.

Il n'empêche, un aspect positif auquel je ne m'attendais pas, c'est l'aperçu de l'histoire de la Russie au travers de la vie de son peuple. Il s'agit bien sûr d'une interprétation de l'auteur, mais d'un auteur renseigné, fils d'une spécialiste de l'histoire et de la politique russe, quelqu'un de passionné par le pays. Les informations de cette biographie offrent quelques repères qui donnent envie d'en savoir plus. Un jour, peut-être...


Pour en savoir plus :
- acheter ce livre sur Amazon
- l'avis de charmant-petit-monstre, qui vous présente son "coup de coeur" avec en plus quelques citations bien choisies.


Mon ami Michael, de Franck Cascio


Voilà encore un livre que j'ai lu et enregistré pour une jeune femme mal-voyante fan de Michael Jackson. Je ne pensais pas vous le chroniquer, mais juste au moment où je le termine, j'apprends qu'il sort en français. J'en profite donc pour "surfer sur l'actualité"  :)


Résumé :

Franck Cascio n'était qu'un petit garcon quand il a rencontré Michael Jackson pour la première fois. Les Cascio sont devenu très proche du chanteur, alors au sommet de sa gloire, au point qu'il les considérait comme sa seconde famille. Pendant son enfance, Franck a plusieurs fois accompagné Michael en tournée ; une fois adulte, il est devenu son assistant pendant plusieurs années. Il nous parle de Michael comme d'un mentor, d'un ami et d'un patron, avec ses qualités mais aussi ses défauts et ses faiblesses.


Mon avis :

J'avais déjà lu auparavant (et toujours pour la jeune femme mal-voyante) plusieurs livres qui cherchaient à donner un éclairage sur la vie de Michael Jackson : les deux biographies de sa soeur La Toya, celle de Jermaine, et le livre d'une journaliste à propos du procès pour pédophilie du chanteur.  A chaque fois, il faut lire entre les lignes pour décoder la réalité derrière les propos peu sincères, voire auto-justificateurs, de gens qui ont souvent cherché à profiter de la renommée d'une des plus grandes stars qui existé.
Michael a laissé derrière lui de la musique inoubliable, mais aussi des tas de questions. L'une d'entre elles, celle qui se pose le plus spontanément, c'est : a-t-il abusé de jeunes garçons comme on l'en a accusé ?  Sur ce point de vue-là, je me suis faite ma propre opinion depuis un certain temps déjà, après avoir lu des articles et le livre sur le procès que je mentionne plus haut. Je suis tout à fait persuadée qu'il était innocent, naïf et maladroit, mais incapable de faire du mal à un enfant, ni même de se comporter involontairement de façon inappropriée.  Le procès l'a prouvé, et au final la seule véritable accusation venait de la presse à la recherche de sensation et du comportement incompréhensible du chanteur. A ce niveau-là, Franck Cascio est formel : il a vécu pendant plusieurs années avec Michael, en tant qu'enfant puis en tant qu'adulte ; il était dans la chambre le soir concernant les faits sur lesquels portaient l'accusation ; il a assisté au procès ; et il a toujours clamé avec force que tout ceci n'était que du mensonge. La position très particulière de l'auteur auprès du chanteur, le fait qu'ils aient été si proches dans une relation enfant-adulte et que rien ne se soit passé, n'est encore qu'une preuve de plus.

Mais la question la plus importante concernant Michael Jackson, c'est celle de sa personnalité. Comment interpréter son comportement au fil des années ?  Ses changements d'apparence (je ne parle pas de la couleur de sa peau, ça, ça a été bien expliqué), lui qui était pourtant franchement beau dans sa jeunesse ?  Son "royaume fantastique", Neverland ? Son comportement d'enfant ? Sa folie de la dépense, ses dettes plus grosses encore que ses revenus énormes ?   Sa façon de se présenter au public sous son pire jour ?

Il me semble que, bien plus que Jermaine et La Toya, Franck Cascio apporte un éclairage sincère et équilibré sur la personnalité de Michael Jackson. Il a adoré le chanteur, visiblement, et en même temps a eu lui-même des problèmes avec lui ou à cause de lui, ce qui cause un certain biais dans une partie de sa narration. Mais il reste assez crédible malgré tout, et ce qu'il ne voit pas (ou ne veut pas voir), on le devine entre les lignes. Le Michael qu'ils nous dépeint est passionné, profondément gentil et altruiste, généreux, talentueux, naïf, mais aussi incapable de gérer un gros business comme le sien, paranoïaque, très mauvais juge des personnalités, obnubilé par son image, très sensible aux flatteries et persuadé d'être le talent incarné.  Il n'a jamais connu une vie normale et est incapable de comprendre la valeur de l'argent ou le point de vue de "l'homme de la rue", il est persuadé qu'il suffit de demander pour obtenir.  Il n'hésite pas à mentir pour éviter de faire face à ses responsabilités, aux conséquences de ses actes ou à la confrontation. Et puis il y a beaucoup, beaucoup de l'enfant en lui. Cette obsession de l'enfance est visiblement un trait dominant de son caractère, il n'est heureux qu'en présence d'enfants et s'il peut se comporter comme eux. Sa relation avec Franck enfant est claire sur ce point, et il n'y a pas d’ambiguïté.

Je m'imagine maintenant Michael Jackson comme un enfant assis sur une tas d'or. Certains l'approchaient pour sa grande gentillesse qui paraissait sans limites, ceux qui avaient l'esprit assez ouvert pour accepter son caractère un peu étrange formé par une vie hors-normes. Avec ceux-là, il pouvait être très généreux et distribuait l'or à pleine main, ce qui en attirait d'autres, des requins, des profiteurs à différents niveaux. Comme il n'arrivait pas à les distinguer et après bien des déboires, Michael s'est mis à osciller entre un comportement de paranoïaque n'épargnant ni les bons ni les méchants, et une attitude de fuite.  Il fermait les yeux et se réfugiait dans ses rêves d'enfant, puisque même la musique, avec ses besoins de rentabilité, l'intrusion des maisons de disque, la difficulté à battre ses propre précédents records, ne lui suffisait plus.  Les gens qui le regardaient de loin ne pouvaient pas le comprendre des comportements qui, dans son monde d'enfant milliardaire et gâté, lui paraissaient normaux.  Et lui en souffrait, fermait de plus en plus les yeux, se réfugiait de plus en plus dans son monde.

Bref, pour en revenir au livre, c'est un témoignage qui apporte une pièce important du puzzle qu'était Michael Jackson. Comme les autres, il faut le lire avec du recul car l'auteur a tendance à refuser de reconnaître ses propres erreurs et ses défauts. Pourquoi les auto-biographies doivent-elles toujours être des auto-promotions, je me le demande ?  Surtout quand, comme dans ce cas-ci, on s'en fout un peu de Franck Cascio, celui auquel on s'intéresse c'est Michael. Mais le style est simple, la narration est touchante par moments, et surtout, l'auteur parvient à donner un portrait très nuancé en bien comme en mal d'une personne qu'il adore, sans trop la critiquer ouvertement.

Bon, je me suis un peu laissée aller sur cette chronique. Vous l'aurez compris, le personnage de Michael Jackson me fascine. Si vous êtes dans le même cas, lisez ce livre, c'est tout ce qu'il y a à dire.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter le livre sur amazon


Starting over, de La Toya Jackson

Je vous ai déjà dit que j'enregistrais des lectures à voix haute pour une jeune femme malvoyante ?  Si si, je vous l'ai dit.  Ce ne sont pas des lectures que j'aurais choisies par moi-même, mais puisque j'ai passé tant de temps à les lire, autant vous en parler !


Résumé :

Voici la seconde biographie de La Toya Jackson, une des soeurs aînées de Michael.  Dans la première, elle nous parlait de son enfance au sein de la famille Jackson ; dans celle-ci, elle nous raconte sa vie auprès d'un manager / époux violent et son combat pour sortir de ses griffes et ses reconstruire.  Elle nous parle aussi de sa relation avec son frère Michael et de sa mort, qu'elle considère comme un assassinat.


Mon avis :

Ca fait longtemps que je n'ai plus écrit une chronique négative ; je choisis bien mes livres ces temps-ci et je n'ai que peu de déceptions.  Mais là, je n'ai pas choisi, et je ne me suis certainement pas amusée !

J'ai déjà lu (et enregistré) la première biographie de La Toya, et je crois que ce qui me dérange le plus dans cette deuxième partie, c'est le complet revirement de l'auteur.  Dans la première, elle affirmait que sa famille hyper-possessive tentait de l'enlever et qu'elle avait dû s'enfuir avec son manager.  Dans cette suite, elle nous raconte qu'en réalité, c'est son manager qui abusait de sa naïveté, la frappait, prenait son argent et lui faisait croire toutes ces sornettes pour l'obliger à lui obéir.  Elle raconte sa vie de femme battue et toute une série de choix tout à fait questionables (comme le fait de faire des photos pour Playboy ou d'affirmer que son frère est coupable des accusations de pédophilie) en affirmant qu'elle n'en était pas du tout responsable.

Alors je veux bien croire que le comportement d'une femme battue est loin d'être raisonable, que dans ce genre de situation l'emprise psychologique est telle que la femme, non seulement n'ose pas quitter son mari, mais en vient même à le protéger.  Je sais aussi qu'on peut être en prison au milieu de portes ouvertes.  Mais honnêtement, à plusieurs endroits, La Toya est loin d'être crédible.  Elle en fait trop, se fait trop passer pour une petite victime totalement innocente.  Elle n'admet pas avoir été amoureuse, à peine avoir été idiote, et certains actes qu'elle affirme avoir faits contrainte et forcée sentent l'erreur personnelle, voire le coup de pub, à plein nez.  Vraiment, on a du mal à la croire.  Et si son livre se veut un message d'espoir pour d'autres femmes, comme elle l'écrit, là aussi c'est raté : son exemple est loin d'être un modèle, elle qui met dix ans à s'enfuir alors qu'elle a à sa disposition des dizaines de milliers de dollars facilement gagnés, pas d'enfants pour la retenir, et une famille riche et puissante pour l'aider à s'en sortir !

Soyons quand même positifs : ce livre permet de se rendre compte du quotidien d'une "poule dorée" de la grande famille Jackson.  Leur vie, qu'elle dévoile en fond sans vraiment faire exprès, est ahurissante, si loin de la vie du commun des mortels.  Elle n'imagine pas vivre sans domestiques (d'ailleurs elle avoue ne rien savoir faire de ses dix doigts) et est incapable de gérer elle-même sa propre carrière, ce qui la met à la merci du premier escroc qui arrive à l'approcher.  Elle est artificielle, plaintive, beaucoup trop sûre de ses capacités, bref, même si elle se présente sous son meilleur jour possible dans le livre, je l'ai trouvée détestable.

Quant à ce qu'elle dit à propos de son frère, ça n'embellit pas non plus l'image qu'on a de lui.  Alors qu'elle essaie de le défendre, elle met surtout en avant, involontairement, sa naïveté, son indécision, le fait qu'il perdait complètement les pédales vers la fin de sa vie, et que comme elle, il manquait de l'intelligence nécessaire pour gérer sa propre carrière.  Elle vante son professionnalisme mais n'hésite pas à glisser qu'il était capable de faire semblant d'être malade pour éviter de faire un show pour lequel il s'était pourtant engagé, par exemple. Bref, au final, elle fait plus de mal que de bien avec ce livre.

Au total, ça laisse une image bien triste de cette famille à la fois soudée et talentueuse, mais aussi pleine de membres guidés par la bêtise ou l'arrogance. Et tout ceci ne laisse que l'impression d'une femme qui veut faire de l'argent sur le dos de l'icône qui lui sert de frère.  C'est faux et peu intéressant.  D'ailleurs, ne prenez pas la peine d'acheter ce livre : il est disponible ici (illégalement) et un ou deux passages vous convaincront qu'il n'en vaut pas la peine.


Pour en savoir plus :

Courir, de Jean Echenoz

Voici un livre lu sur un coup de tête, uniquement parce que ma lecture en cours est en grand format et que j'avais besoin d'un livre de poche à emporter avec moi dans les transports en commun.  "Courir" m'attendait dans ma bibliothèque, offert il y a déjà assez longtemps, juste à côté de son petit frère "Les grandes blondes" déjà lu.  Et voici où me mènent mes impulsions...


Résumé :

On a dû insister pour qu'Emile se mette à courir. Mais quand il commence, il ne s'arrête plus. Il ne cesse plus d'accélérer.
Voici l'homme qui va courir le plus vite sur la Terre.


Mon avis :

Vous avouerez que le résumé ci-dessus est assez succinct ; c'est pourtant la seule information que j'avais à propos de ce livre avant de le commencer.  Une découverte complètement à froid, donc.  Et c'est toujours une expérience très agréable de connaître une très bonne surprise dans ces conditions.

J'ai donc commencé cette lecture en apprenant à connaître le jeune Emile, un gamin de famille pauvre qui travaille en usine et étudie la chimie.  On le voit traverser la guerre (celle où les Allemands débarquent gentiment), ce qui nous donne une idée de l'époque et du lieu (la Tchécoslovaquie).  Puis on croise Emile en train de courir, parce qu'il faut bien, puis parce qu'il aime bien, puis parce qu'il devient le meilleur.  Son histoire est passionnante et pourtant un poil trop réaliste pour être sortie toute nue de l'imagination d'un auteur.  Et là, vers le milieu du livre, au détour d'un patronyme qui ne sera utilisé qu'une seule fois, on comprend.  Ceci n'est pas un roman, ceci est une biographie.

Il faut dire que sous la plume d'Echenoz, un destin déjà original prend des allures de conte surréaliste.  J'avais déjà apprécié ce style dans "Les grandes blondes" et je l'ai adoré ici.  La belle histoire de ce personnage historique se déroule sur un fond relativement tragique de guerre, de pauvreté puis de pays sous régime dictatorial ; et pourtant, l'auteur traite l'ensemble avec un détachement ironique surprenant.  A peu de choses près, il se moque de la guerre, des privations, et même de son personnage, présenté comme un gentil garçon un peu naïf, trop souriant.  Mais l'histoire en devient succulente et on la traverse avec beaucoup plus de plaisir que celui qu'on trouverait dans une biographie ordinaire, au gré d'une plume qui sait si bien se jouer de la langue.

En bref, j'ai passé un excellent moment de lecture ; j'y ai retrouvé le plaisir de la voix d'Echenoz sans la déception d'une intrigue trop farfelue. Un vrai plaisir !


Un extrait audio :
Emile, encore jeune, dans son pays occupé par l'armée allemande, découvre la course.  On sent dans ce passage toute l'ironie de l'auteur qui présente l'occupation sans drame et un futur champion qui n'aime pas encore courir...

       


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