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Le Mort aux Quatre Tombeaux (Dry Bones), de Peter May


Je rattrape petit à petit mes chroniques en retard, et voici un roman que j'ai lu (ou plutôt écouté en audiolivre VO) cet été, le polar d'un auteur qui m'a déjà beaucoup séduite par le passé...


Résumé :

Le biologiste écossais Enzo McLeod habite en France depuis de longues années quand, lors d'un dîner, d'anciens amis lui rappellent son passé de médecin légiste et lui lancent un défi : résoudre un "cold case" grâce aux avancées scientifiques.  Sous la pression d'un montant élevé mis en gage, Enzo relance l'enquête sur la disparition de Jacques Gaillard dix ans plus tôt, un homme politique et cinéphile très connu qui s'est volatilisé sans le moindre indice. D'un bout à l'autre de la France, Enzo va découvrir un jeu de piste macabre qui ira jusqu'à mettre en péril sa propre vie.


Mon avis :

Voici le premier volume d'une série au tour du personnage Enzo McLeod que j'ai découverte récemment.  Après avoir adoré "L'île des chasseurs d'oiseaux" et sa suite, "L'homme de Lewis" du même auteur (ce qui me rappelle que je dois encore lire le troisième volume de cette série), j'avais envie de découvrir d'autres romans de Peter May. "Le Mort aux Quatre Tombeaux" (Dry Bones ou Extraordinary People en version originale) m'est tombé dans l'oreille je ne sais plus trop comment, probablement lors d'une promotion sur Audible, et j'avais bien aimé la voix du narrateur, un peu blasée et joliment accentuée. C'est à nouveau un polar mais dans un tout autre environnement que la trilogie écossaise que je connaissais déjà. 

Enzo McLeod est un ancien médecin légiste, un peu solitaire, tout à fait fauché, qui prend le pari de résoudre une ancienne affaire apparemment insoluble. Comme Fin, le héros de la trilogie écossaise, il a un passé familial assez douloureux et deux filles dont l'une le déteste et l'autre l'adore, mais c'est au bout du compte un homme normal, un personnage crédible et moderne comme je les aime. Ce qui est un peu moins crédible, c'est l'intrigue qui prend la forme d'un jeu de piste macabre et bien trop complexe pour qu'il ait lieu en réalité.  A partir du moment où Enzo découvre la première pièce d'un puzzle qui a pourtant mis en échec toute la police de France, c'est comme un domino qui s'écroule devant lui, chaque nouvelle étape lui apportant les éléments nécessaires pour trouver la suivante.  Dans le roman, cette relative facilité s'explique par le fait que le jeu de piste a été mis en place à une époque où Internet n'existait pas et où tous les petites devinettes auraient été bien plus compliquées à résoudre, ce qu'on peut si on le souhaite considérer comme une excuse valable. En ce qui me concerne, j'ai eu l'impression d'assister à une série d'aventures téléguidées plutôt qu'à une véritable intrigue policière.

Comme dans la trilogie écossaise, l'auteur prend le temps de décrire avec beaucoup de talent l'environnement dans lequel évolue son narrateur, en l'occurrence Paris et d'autres villes de France. C'est joliment raconté, jamais lourd, mais pour un lecteur familier avec cet environnement, beaucoup moins exotique et intéressant que l'île de Lewis où avait lieu la trilogie écossaise. 

Je garde donc de ce roman le souvenir d'une histoire bien racontée, d'une aventure au rythme bien mené, de personnages crédibles et d'un narrateur attachant, sans pour autant retrouver l'enchantement et le caractère immersif de "L'île des chasseurs d'oiseaux" et sa suite.  C'est peut-être dû en partie au fait que je suis familière avec la France où cette aventure prend place, même si l'intrigue un peu tirée par les cheveux y est sans doute aussi pour quelque chose. Mais ça ne m'empêchera pas de lire la suite des aventures de Enzo McLeod car c'est un personnage qui a du potentiel. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter ce livre sur Amazon

L'homme de Lewis, de Peter May


Quand j'ai lu "Les chasseurs d'oiseaux" pour le Book Club, je vous avais prévenus que je ne tarderais pas à me procurer la suite. Je n'ai pas traîné et comme j'ai dévoré ce second tome dans la foulée du premier, voici déjà la chronique !


Résumé :

Après son enquête sur l'île de Lewis qui a obligé Fin à replonger dans son enfance, il lui est impossible de reprendre sa vie normale. Il divorce, quitte la police et s'installe dans la maison en ruine de ses parents avec l'intention de la remettre en état. Il se retrouve vite impliqué dans la vie de son amour d'enfance, Messaili : le corps d'un jeune homme assassiné cinquante ans auparavant a été retrouvé dans la tourbière voisine et l'ADN dévoile que la victime est de la famille du père de Messaili... qui a toujours affirmé être seul au monde. Le vieux monsieur est sénile et incapable de répondre aux questions, alors Fin joue à nouveau les détectives pour fouiller son passé... 


Mon avis :

Cette série (une trilogie, en fait, dont ce tome est le deuxième) est ma meilleure découverte de cette année, je crois. Sérieusement. Plus je m'immerge dans la vie de Fin, plus je m'y sens à l'aise et plus j'ai envie d'y retourner. Au point que je n'ose pas entamer le troisième tome de peur de terminer trop vite l'aventure...

Qu'est-ce qui me donne cette impression ? D'abord, il y a l'intrigue, qui tourne autour d'une enquête pseudo-policière (vu que le policier n'en est officiellement plus un). Comme dans le premier tome, la solution de l'énigme vient du passé, mais au lieu d'explorer les souvenirs de Fin, on voyage dans la tête d'un vieil homme atteint d’Alzheimer qui confond allègrement le présent et le passé. La narration est très subtile car elle nous ménage sans cesse des sources de suspense : à chaque épisode de "flash-back", on apprend certaines choses intéressantes mais d'autres sont laissées de côté de façon à nous faire attendre l'épisode suivant avec impatience. Le passé éclaire le présent et vice-versa ; il y a certaines choses que l'on comprend avant Fin et d'autres qu'il nous dévoile avant que le narrateur ait pu nous les conter. C'est très bien construit et une fois que l'on commence, on ne veut plus arrêter avant d'avoir le mot de la fin. 

Mais ce qui est pour moi le plus gros atout du livre, c'est la sensibilité de la narration. Comme dans le premier tome, le style très nostalgique, la beauté des descriptions et la précision des sentiments nous arrache de la réalité pour nous plonger directement sur ces îles venteuses et humides que l'on devine si belles. On vit avec les personnages, dans leur monde, dans leur peau et dans leur tête. Je ne peux en aucun cas m'identifier avec Fin, Marsaili ou les autres mais l'auteur nous force à l'empathie vis-à-vis d'eux grâce à la beauté de sa plume.  Au point qu'à certains moments j'ai dû laisser ce livre de côté pendant quelques jours, le temps de surmonter mon appréhension face à la souffrance qui s'en dégage. Car on découvre ici le sort des "homers", ces enfants orphelins et catholiques qui, après un petit tour en orphelinat, étaient confiés à des familles pauvres pour servir de main d'oeuvre bon marché, voire d'esclaves... On n'est pas ici dans le voyeurisme ni dans l'horreur intégrale, mais on ne peut pas s'empêcher de ressentir la solitude, l'abandon affectif de ces pauvres enfants et la cruauté des adultes qui les entouraient. 

Voilà, comme je l'écrivais plus haut, j'ai à la fois très envie de découvrir le dernier tome de cette série et peur de la terminer trop vite tant je m'y suis attachée. Heureusement pour moi, Peter May a écrit d'autres romans, alors à défaut de continuer l'aventure auprès de Fin, je pourrai en tous cas retrouver la plume de son créateur...


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de La Chèvre Grise, qui partage mon enthousiasme, et celui de NyrA, qui lui a trouvé quelques gros défauts
- acheter le livre sur Amazon

L'Ile des chasseurs d'oiseaux, de Peter May


Ce soir, c'est Book Club sur Livraddict, alors je vous parle de ce roman qui a été choisi sur le thème "les Highlands" !


Résumé :

L'inspecteur Fin MacLeod, très marqué par la disparition récente de son jeune fils, est envoyé en mission sur l'île écossaise de son enfance. Un homme y a été tué d'une façon similaire à un meurtre dont il a la charge. Tout à coup, le revoici plongé dans un passé qu'il a fuit depuis 18 ans : les anciens amis et ennemis, l'amie d'enfance qui l'a tant aimée, le décès prématuré de ses parents, le poids de la religion... Pour résoudre le mystère de l'assassinat, Fin est obligé de se replonger dans les drames du passé, et tout semble converger autour d'une tradition ancestrale qui voit une douzaine d'hommes partir à la chasse aux oiseaux sur un îlot isolé au large....


Mon avis :

Un des moments que je préfère dans mon expérience de lectrice c'est de découvrir un roman dont je ne sais rien et d'avoir une très bonne surprise.  Cette fois-ci (comme plusieurs fois auparavant), c'est grâce au Book Club de Livraddict. Le thème pour ce mois de septembre était "les Highlands", et les plupart des livres proposés portaient sur des romances, j'ai donc voté pour l'outsider, un roman policier. Quand (à ma grande surprise) il a été élu, j'en ai lu l'extrait proposé par Amazon... et j'ai été tellement conquise que j'ai acheté le roman et que je l'ai dévoré dans la foulée !

Une bonne surprise, donc, mais pourquoi ? D'abord parce que le style de narration, lent et mélancolique, et l'intrigue, qui alterne enquête au présent et souvenirs de l'enfance du narrateur, en fait quelque chose de bien plus complexe qu'un roman policier. Il y a bien sûr le mystère du meurtre à élucider et les indices qui s'accumulent petit à petit, mais il y a surtout toute une série de mystères qui se créent et se résolvent autour du héros. Pourquoi a-t-il quitté, ou plutôt fui l'île de Lewis ? Qu'est-il arrivé à son fils ? Que s'est-il passé entre Marsaili et lui ?  Qu'est-il arrivé à ses parents ? Que s'est-il passé pendant la chasse aux oiseaux ? Et ainsi de suite. D'un flash-back à l'autre, d'un mystère à l'autre, nous nous promenons dans les souvenirs de Fin et il devient impossible de s'en détacher, même quand on pressent un drame imminent.

Un autre aspect surprenant et réussi, c'est le côté très immersif de ce roman.  On se retrouve littéralement plongés dans cette île du nord de l'Ecosse. Les détails du décor, la vie des habitants, le gaélique parlé par les gamins, la nature, le vent et la pluie, les feux de tourbe, la mer, la religion omniprésente... Tout est là, et nous nous y retrouvons comme emmenés de force.  Ce monde est très différent de celui que je connais et pourtant il a pris un relief extrêmement réaliste.

En bref, j'ai été emportée par cette lecture ; ce roman se déguise en roman policier mais est en réalité un drame humain et un magnifique hommage à un bout de terre méconnu. C'est le premier tome d'une trilogie et à l'heure où je publie cette chronique, j'ai déjà dévoré au moins le deuxième tome et je me garde le troisième pour plus tard afin de faire durer le plaisir. Ai-je besoin de vous en dire plus ? 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'article de Wikipédia concernant l'île de Sula Sgeir, "l'île des chasseurs d'oiseaux" du livre
- acheter ce livre sur Amazon