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The Vanishing Man (Charles Lenox préquelle 2), de Charles Finch


J'avais prévu de reprendre les publications régulières sur ce blog, mais le coronavirus est venu chambouler ma vie comme celle de tout le monde. Maintenant que les choses sont rentrées dans l'ordre, j'ai toute une série de chroniques en retard à vous présenter. commençons avec une série que les habitués de ce blog reconnaîtront...


Résumé :

Le détective amateur et gentleman victorien Charles Lenox en est encore au début de sa carrière mais commence à se faire un nom auprès de ses proches. C'est comme ça que le Duc de Dorset le consulte pour une affaire délicate : un tableau a été volé dans son bureau privé. Le tableau en lui-même a peu de valeur, mais il y a dans la même pièce un autre tableau, une pièce historique inconnue du public dont la valeur est inestimable car il renferme un secret de grande importance pour tout le pays. Lenox est chargé de retrouver discrètement le voleur et se retrouve avec une affaire qui devient de plus en plus complexe, grave et mystérieuse...


The Consuming Fire (Les Flammes de l'Empire), de John Scalzi


Pour une fois, je suis en phase avec l'actualité littéraire !  Il faut vraiment que je vous parle de ce roman maintenant parce que d'une part, il sort en français le 27 février (sous le titre "Les Flammes de l'Empire" chez L'Atalante), et d'autre part, le troisième tome de cette trilogie (dont celui-ci est le deuxième tome), The Last Emperox, sort le 14 avril en VO. Avouez que le moment est bien choisi !



Résumé :

A la suite des événements de "L'Effondrement de l'Empire", l'emperox Grayland II est persuadée que le "flow" qui permet de voyager entre les planètes habitées par l'humanité est en train de disparaître. Les prédictions du scientifique Marce Claremont sont confirmées par le fait que la planète End est subitement devenue inaccessible, comme il l'avait prévu. Cela signifie que d'ici peu toutes les planètes seront isolées, une catastrophe pour une civilisation qui ne survit que par les échanges commerciaux et dont aucune des planètes n'a les ressources pour subsister par elle-même. Claremont fait tout ce qu'il peut pour expliquer la situation au plus grand nombre mais se heurte toujours au scepticisme de ses contemporains, alors Grayland fait valoir sa position à la tête de la religion impériale et annonce qu'elle a eu des visions lui annoncant la fin de l'empire. De son côté, Marce Claremont découvre qu'il n'a peut-être pas parfaitement évalué la situation. Et pendant ce temps, les maisons nobles, qui controlent le commerce intergalactique, complotent pour évincer Grayland et tourner cette catastrophe à leur avantage...

Skyward, de Brandon Sanderson


Voilà un titre dont je tenais à vous parler parce qu'il est le premier tome d'une série en cours (le deuxième est sorti en novembre 2019), et parce que ce récit de SF jeunesse a beaucoup pour plaire. Apparemment il n'est malheureusement pas encore traduit en français, mais étant donné la réputation de l'auteur et le potentiel commercial évident de cette série, ça ne saurait tarder...


Résumé :

Spensa a vécu toute sa vie dans les sous-terrain de la planète où ce qu'il reste de l'humanité s'est réfugiée après que leur vaisseau spatial s'y est écrasé. L'ennemi qu'ils fuyaient continue à les attaquer depuis l'espace, et l'humanité ne doit sa survie qu'à la riposte de courageux pilotes, triés sur le volet. C'est le rêve de Sensa, devenir pilote sur les traces de son père et se battre auprès des étoiles. Mais elle hérite d'un lourd destin : son père est mort après avoir tenté de fuir lors d'une bataille décisive, et la famille du lâche est pour toujours en disgrâce. Il semble que les portes de la prestigieuse académie des pilotes ne lui soient à jamais fermées. A moins qu'un petit coup de pouce du destin, et la découverte d'un mystérieux vaisseau accidenté dans une caverne, ne lui permette de réaliser son rêve malgré tout...

Une histoire naturelle des dragons, de Marie Brennan


Petit retour en arrière pour moi avec cette chronique d'un livre lu il y a... plus d'un an. Voilà pourquoi il faut toujours prendre des notes en cours de lecture !


Résumé :

« Soyez avertis, cher lecteur : les volumes de cette série contiendront des montagnes gelées, des marais fétides, des étrangers hostiles, des compatriotes hostiles et à l'occasion des membres de ma famille hostiles, de mauvaises décisions, des mésaventures géographiques, des maladies dépourvues d'attrait romantique et une abondance de boue. Vous poursuivrez votre lecture à vos risques et périls. »
Ce premier tome des mémoires de Lady Isabella Trent raconte la jeunesse de cette naturaliste mondialement connue, depuis son enfance jusqu'à sa première expédition. Lady Trent raconte avec beaucoup de franchise comment elle en est venue à être fascinée par les dragons, comment elle a réussi à défier la société Victorienne pour les étudier, et ses premières aventures sur le terrain, qui lui ont fait vivre autant d'excitation que de drame.

Will Save the Galaxy for Food, de Yahtzee Croshaw


Débutons l'année légèrement avec la chronique d'un roman de SF satyrique lu (ou plutôt écouté) il y a presque un an. De temps en temps j'ai besoin d'un roman un peu moins sérieux, une aventure humoristique comme celle-ci.


Résumé :

Les voyages dans l'espace ont bien changé. Depuis l'invention de la téléportation quantique, les pilotes de vaisseau héroïques qui mettaient leur vie en péril pour relier les planètes habitées se retrouvent au chômage. Contraint de gagner chichement sa vie en arnaquant des touristes, l'un d'eux se retrouve pris dans une machination complexe où il se fait passer pour un aventurier haï de tous les pilotes pour servir un maffieux extrêment dangereux…


Mon avis :

Encore une fois (c'est quelque chose qui m'arrive souvent), je ne sais pas ce qui m'a fait acheter cet audiolivre. Une promotion Audible probablement. Je n'avais jamais entendu parler de cet auteur, encore moins de ce titre, et je me suis juste vaguement souvenue en le commençant qu'il s'agissait d'un récit satyrique, ce que j'aime bien quand c'est bien fait. La voix du narrateur (qui est aussi l'auteur) m'a plu, et finalement je l'ai dévoré en quelques jours.

Comme je m'y attendais, ce récit est résolument satyrique et ne se prend pas du tout au sérieux. Le but n'est pas de nous faire rire sans arrêt, mais de proposer des aventures rocambolesques, dans un univers qui se moque des décors classiques de la science-fiction. Les héros sont assez minables, les monstres plutôt comiques qu'autre chose (bien que dangereux), les mauvais sont caricaturaux. L'espace n'est plus ce lieu dangereux où l'on risque sa vie, c'est un pays conquis où on se déplace sans danger comme on prend un ascenseur. On n'est pas dans du Douglas Adams, mais la formule fonctionne : les aventures et les personnages très terre-à-terre contrastent joliment avec les situations ridicules dans lesquelles ils se retrouvent. Le narrateur lui-même est plutôt pathétique, pas stupide mais qui sait reconnaître la situation désespérée dans laquelle il se trouve et y faire face avec humour. On ne peut pas dire qu'il soit attachant, mais il est impossible de ne pas s'intéresser à la façon dont il va se sortir des situations de plus en plus désespérées.

Bref, voici un livre vraiment divertissant qui passe très bien entre deux lectures plus sérieuses. On passe un bon moment à sourire de l'imagination de l'auteur et des aventures rocambolesques qu'il impose à ses personnages. Je n'ai pas regretté avoir acquis ce roman par accident !


Pour en savoir plus :
- la fiche goodreads du livre

Sphère, de Michael Crichton


Cette chronique attendait sa publication depuis plusieurs mois. Je vous parle enfin de ce thriller très réussi !


Résumé :

Quand le psychologue Norman Johnson est réquisitionné en urgence par la marine américaine, il s'imagine qu'il va être chargé d'apporter son soutien aux victimes d'un accident d'avion, comme ce fut le cas plusieurs fois par le passé. A la place, il est emmené au fin fond de l'océan pacifique pour une mission ultra-secrète. Un vaisseau étrange a été retrouvé au fond de la mer, et ce n'est pas pour aider des gens traumatisés que Normam a été réquisitionné : c'est pour participer à une exploration qui pourrait changer l'histoire de l'humanité...


Mon avis :

Honnêtement, je ne sais plus du tout ce qui m'a incitée à acheter ce livre en audiolivre. Il était probablement en promotion, et je devais être curieuse de découvrir le fameux Michael Crichton, le maître du techno-thriller et l'auteur du livre sur lequel est basé le film Jurassic Park. J'ignorais à ce moment-là que Sphère aussi avait été adapté au cinéma.  Comme souvent, je ne savais donc rien de l'intrigue ni du style, à part qu'il s'agissait probablement d'un roman plein de suspense.

Sur ce point-là, je ne m'étais pas trompée. L'entrée en matière est très rapide, et quand Norman Johnson apprend le but réel de sa mission, ce qui arrive après seulement quelques dizaines de pages, la surprise fut énorme et mon intérêt forcément captivé. Par la suite, les aventures s'enchaînent, la situation devient de plus en plus désespérée, et bien entendu on a envie d'en savoir toujours plus. Le rythme est parfois un peu lent parce qu'une grande partie du suspense se concentre sur ce qui se passe dans la tête des personnages, mais de façon générale l'histoire est très cinématographique et il est facile de se laisser entraîner par l'intrigue.  Le milieu confiné accentue le danger, puisqu'on sent que la moindre erreur, la moindre défaillance technique de l'habitat sous-marin où les héros se trouvent, aura pour résultat leur mort immédiate. L'habitat en question est d'ailleurs très bien décrit sans alourdir le récit mais avec suffisamment de petites anecdotes pour nous faire comprendre que les héros n'évoluent pas à l'air libre et que leur corps et leur environnement ne réagissent pas toujours normalement, ce qui sera très important dans les scènes d'action. L'habitat est censé être au top de la technologie militaire au moment de la publication du roman en 1987, mais à part quelques détails amusants (par exemple, la capacité de mémoire informatique de l'habitat qui est inférieure à celle de mon smartphone), en tant que néophyte je n'ai pas été particulièrement choquée par l'âge de cette technologie.

C'est donc une lecture passionnante et très divertissante, mais elle n'est pas sans défauts. Les ficelles sont parfois un peu grosses : les cliffhangers, les personnages qui découvrent une information essentielle mais n'en parlent à personne, la tension qui monte de façon prévisible et un peu artificielle, les caractères visiblement incompatibles qui s'écharpent dès les premières heures ensemble...  Michael Crichton a beau être un maître du suspense, le lecteur qui a l'habitude de ce genre de textes repèrera facilement ses petites astuces. Il y a notamment un passage vers la fin du livre, un des moments les plus importants, où le personnage principal se comporte d'une façon qui m'a semblée incompatible avec ce qu'on savait de lui, et j'ai vite compris que ça ne pouvait pas durer, ce qui m'a gâché un peu la surprise.

Ceci dit, je chipote un peu. En résumé, voilà une excellente histoire pour la plage ou le week-end cocooning, facile à lire et à apprécier, dépaysement garanti et sans efforts. J'écris ça sans aucune condescendance : on a tous besoin de temps en temps d'un bon moment de détente et de dépaysement, et les romans qui arrivent à nous le fournir tout en nous maintenant en haleine d'une couverture à l'autre ne sont pas si courants finalement. Ce roman est comme un bon film d'action et de suspense et si c'est ce que vous recherchez, vous aurez du mal à trouver mieux.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre

The calculating stars, de Mary Robinette Kowal


Je vous avais dit que je continuerais la découverte des romans de Mary Robinette Kowal, dont "The Ghost Talkers" m'avait plu. J'ai bien fait : voici le premier tome d'une série qui a absolument tout pour me plaire !


Résumé :

En 1952, la chute d'un astéroïde près des Etats-Unis a tout changé. Non seulement des millions de personnes et plusieurs grandes villes ont disparu, mais la vapeur d'eau dégagée dans l'atmosphère a fait basculer le climat vers un réchauffement progressif qui rendra probablement la vie impossible sur notre planète. La seule solution : coloniser d'autres planètes, et pour ça, accélérer le programme spatial américain et international. Selma York, mathématicienne de génie, ancienne pilote militaire et épouse d'un des ingénieurs en charge du programme spatial, est au coeur des événements. Mais en tant que femme, elle va devoir se battre pour faire entendre sa voix et vaincre les discriminations dans une entreprise aussi essentielle pour la survie de l'humanité.



Mon avis :

J'ai découvert ce roman après avoir écouté "Ghost Talkers" de la même auteur. Elle est aussi la narratrice de ses propres audiolivres, et je trouve qu'elle fait un travail excellent : sa voix confirme le côté à la fois fragile et impertinent de ses héroïnes, et c'est une grande partie de ce qui rend ces deux livres particulièrement attractifs. J'ignorais qu'elle était aussi une narratrice professionnelle, mais je ne suis pas surprise de l'apprendre. (Elle est également marionettiste professionelle et si ça ce n'est pas la carrière la plus géniale du monde, je ne sais pas ce qu'il vous faut.)

Ce que j'ignorais par contre c'est la genèse de ce roman ; je viens de la découvrir en faisant quelques recherches rapides pour cette chronique. L'autrice a d'abord écrit une nouvelle intitulée "The Lady Astronaut of Mars" pour faire partie d'une anthologie audio produite par Audible. L'idée de ce recueil, intitulé "Rip-off!", était pour chaque auteur de prendre la première phrase de livre (roman ou pas) qu'il ou elle préférait et de la réutiliser pour créer une nouvelle originale. Mary Robinette Kowal avait choisi la première phrase du Magicien d'Oz pour en faire le début d'une nouvelle à propos d'une astronaute installée sur Mars et soignée par une doctoresse nommée Dorothy. Le personnage d'Elma York était né, ainsi que celui de son mari Nathaniel, et cette histoire courte laissait clairement entendre qu'Elma avait joué un rôle décisif dans la conquête de Mars. A sa sortie en 2012, elle a clairement séduit les auditeurs, puisqu'elle a été plébiscitée pour être nominée pour l'Hugo de la meilleure novelette, mais elle n'a pas pu être retenue à cause de son format audio. Elle a donc été publiée au format écrit pour pouvoir être éligible l'année suivante, et elle a même gagné le prix.

J'ai fini par lire "The Lady Astronaut of Mars" (disponible gratuitement en ligne) juste avant de rédiger cette chronique, et en-dehors du fait que cette nouvelle m'a fait littéralement pleurer au bureau quand je l'ai lue sur mon temps de midi, je peux vous dire que ce récit est absolument magnifique et que j'aurais été déçue si on n'en avait pas appris plus sur Elma et son passé. C'est là qu'intervient "The calculating stars", un roman sorti cette année, déjà suivi d'un second tome dans la série "Lady Astronauts", avec deux autres tomes annoncés pour 2020 et 2022. Cette série se concentre sur la conquête spatiale à marche forcée dans les années 1960 et le rôle que les femmes y jouent malgré les préjugés.

Après cette longue introduction, je vais essayer de résumer mon avis en quelques lignes : j'ai adoré ce roman. Il est tout simplement parfait. La prémice est originale, puisqu'au lieu de situer la conquête spatiale dans le futur, ce roman est une uchronie où une catastrophe environnementale majeure oblige l'humanité, dès les années cinquante, à collaborer pour créer des colonies sur d'autres planètes et évacuer la terre à moyen terme. On y croise Werner Von Braun, la ségrégation raciale et la guerre froide sont encore d'actualité, et les trajectoires des fusées sont calculées par des "computers" qui ne sont pas des ordinateurs mais de jeunes mathématiciennes armées de papier, de crayons et de cartes perforées. Le résultat est un mélange de rétro et de futurisme qui est très réussi.

L'autre gros point fort de ce roman, c'est son héroïne. Impossible de ne pas adorer Elma dès les premières pages. C'est une mathématicienne hors pair avec un talent particulier pour les calculs mentaux, une pilote passionnée qui a fait partie de l'U.S. Air Force pendant la première guerre mondiale, une épouse très amoureuse d'un homme presque trop parfait que pour être réaliste, et aussi une femme pleine d'humour et capable de réparties cinglantes. Et pourtant, elle cache une terrible faiblesse qui je pense résonnera auprès de beaucoup de femmes (et d'hommes) et qui la rend tellement humaine et tellement proche. Malgré ses talents presque incroyables et son destin hors du commun, ce n'est pas une super-héroïne infaillible, c'est une femme de son époque qui fait de son mieux pour réaliser ses rêves et se comporter avec justice. Elle est très actuelle et très, très attachante.

L'intrigue est parfaitement maîtrisée, avec de nombreux moments de tension (les décollages de fusées en particulier sont racontés de façon magnifique) et aucun temps mort. Les sauts dans le temps ont parfois été un peu difficile à repérer pour moi, mais c'est parce que le montage de l'audiolivre ne les indiquait pas assez à mon goût ; quand on n'a pas de repère visuel, un temps mort devrait le remplacer. Plus la lecture avance, et plus on se rend compte que ce roman n'a pas vraiment pour objet la conquête spatiale, c'est plutôt une façon d'explorer des thèmes très modernes : le féminisme avant tout, le racisme, la maladie mentale, et même le changement climatique. C'est en réalité un roman qui ne se contente pas d'être agréable à lire, bien écrit, plein d'aventures et peuplé de personnages attachants, c'est aussi un récit très riche car il aborde beaucoup de sujets qui nous concernent tous.

En résumé : si vous lisez l'anglais, foncez acheter ce roman, et si ce n'est pas le cas, je suis sûre que ce petit bijou sera traduit dans pas trop longtemps.  En ce qui me concerne, je fonce sur le deuxième tome qui, d'après les critiques, est aussi bon que le premier !



Pour en savoir plus :
- la nouvelle "The Lady Astronaut of Mars" dont ce roman est le préquel.

Lethal White (Cormoran Strike, tome 4), de Robert Galbraith (J. K. Rowling)


Depuis le début, j'ai adoré la série des aventures du détective privé Cormoran Strike, où le talent de J. K. Rowling s'exprime de façon très différente que dans la série des Harry Potter. Quand j'ai appris cet automne que le quatrième tome venait de sortir (merci Thalia !), je me suis bien sûr jetée dessus !  Attention, dans cette chronique, spoilers sur les tomes précédents !


Résumé :

Après avoir arrêté le tueur en série qu'on appelle le Shacklewell Ripper, l'urgence pour Cormoran Strike c'est de récupérer sa collaboratrice Robin Ellacott, qu'il a renvoyée sur un coup de colère alors qu'elle est sur le point de se marier avec son fiancé Matthew. Un an plus tard, ils travaillent à nouveau ensemble quand Strike reçoit la visite d'un jeune déséquilibré qui affirme avoir assisté à un meurtre d'enfant mais donne peu de détails avant de s'enfuir. Strike, étrangement touché par son visiteur, essaie de le retrouver quand sa route croise celle du ministre Jasper Chiswell qui l'engage pour trouver des informations compromettantes sur des ennemis qui le font chanter. Ce sera l'occasion pour Robin d'infiltrer le parlement britannique, et pour nos deux enquêteurs de retrouver la camaraderie qu'ils avaient perdus suite aux événements du tome précédent.


Mon avis :

J'ai été tellement contente quand ce tome est sorti récemment, je ne pouvais pas m'empêcher de l'acheter tout de suite (en version audio, qui est lue par un narrateur vraiment excellent), le commencer immédiatement, et puis le dévorer en quelques jours malgré sa longueur. Plus les tomes s'accumulent, et puis j'aime Cormoran Strike, Robin Ellacott, et les enquêtes qu'ils mènent.

Le dernier tome nous laissait sur une sorte de cliffhanger concernant leurs vies personnelles et leur relation, et ce tome-ci reprend exactement où on les avait laissés pour relâcher ce suspense intenable depuis 3 ans. Puis les choses se calment et Cormoran et Robin reprennent leur cooperation, cahin-caha, avec beaucoup de tension sous-jacente et de malentendus. Leur vie privée chacun de leur côté est toujours un peu cahotique, mais leur agence est maintenant florissante et plusieurs enquêtes sont menées en parallèle. L'une d'entre elles sort du lot : elle concerne un potentiel meurtre d'enfant, de la politique, des familles bourgeoises et riches, et un groupe de militants communistes.

Comme souvent, le nombre de personnages est assez impressionnant, mais cette fois-ci, malgré le fait que le format audio me fait plus facilement perdre le fil, je n'ai pas eu de gros problèmes à les reconnaître sans efforts. C'est en partie je pense parce qu'ils sont présentés les uns après les autres au fur et à mesure, certaines personnages n'apparaissant qu'assez tard dans l'histoire. J'ai aussi apprécié qu'ils soient un tout petit peu moins caricaturaux que dans certains autres tomes de cette série, même s'ils restent quand même très typés. J. K. Rowling a prouvé, dans cette série ainsi que dans The Casual Vacancy, qu'elle avait une préférence pour les personnages qui semblent correspondre parfaitement à des clichés vivants, mais que l'on découvre en réalité bien plus nuancés quand on apprend à les connaître. Cette fois-ci n'échappe pas à la règle, mais il y a quand même moins de personnages très extrêmes au premier abord.

L'intrigue est aussi développée progressivement, ce qui m'a permis de la suivre plus facilement que celle du tome précédent par exemple. L'enquête est loin d'être simple, mais ses complications se suivent, elles ne sont pas souvent simultanées, ce qui fait que la complexité nous apparaît au fur et à mesure sans nous perdre. La révélation finale est faite dans un contexte assez dramatique et en même temps plutôt original, ce qui en fait une scène très tendue et un peu hors du commun.

Mais ce qui fait l'attrait de cette série, à-côté des enquêtes, ce sont bien sûr nos personnages principaux, leurs vies privées et leur relation. Dès le premier tome j'ai beaucoup apprécié cet aspect, car à nouveau l'autrice se joue des clichés : la jolie fille fiancée et le détective bougon apprennent bien à s'apprécier, mais on est très loin du triangle amoureux que l'on pourrait attendre. Comme on s'en doute, le mariage de Robin à la fin du tome précédent va compliquer les choses, mais il y aura beaucoup de rebondissements encore, et énormément de malentendus. Robin est une héroïne vraiment réussie car elle est à la fois très normale, très forte et très fragile. Cormoran reste fidèle à lui-même, adorable, mais il dévoile un aspect de sa personnalité qui est un peu moins recommandable. Et bien entendu nos deux héros ont encore du mal à se comprendre. Ce qu'il se passe dans leur vie m'a tenue tout autant en haleine que la courses aux indices. Et autant vous le dire tout de suite : les choses ne sont pas du tout terminées !

En résumé, je suis complètement séduite par cette série et par ce tome en particulier, qui est d'après moi l'un des meilleurs, si pas le meilleur. L'intrigue est bien menée, elle se complexifie petit à petit sans nous perdre, et les aventures personnelles de Robin et Cormoran évoluent encore vers de nombreux rebondissements. Il faut aimer le côté un peu caricatural de cette série, bien qu'il soit moins marqué que dans les tomes précédents, mais si comme moi vous avez apprécié les premiers tomes, jetez-vous sur celui-là, vous ne risquez pas d'être déçus !


Pour en savoir plus :
- la fiche Goodreads du livre
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Ghost Talkers, de Mary Robinette Kowal


J'ai découvert l'autrice Mary Robinette Kowal grâce à ce titre, et je peux déjà vous dire que je ne me suis pas arrêtée là !


Résumé :

En cette première guerre mondiale, l'Angleterre a inventé une arme secrète : elle a entraîné des équipes de médiums capables de communiquer avec les morts. Chaque soldat est formé pour que, dès son décès au front, il puisse venir faire un rapport sur ce qu'il a vu et entendu avant de glisser vers l'au-delà. Ginger, une riche héritière américaine, fait partie de cette équipe de médiums qui, en cachette, débriefent les soldats juste après leur mort. Mais les Allemands semblent avoir percé leur secret et mettent en danger la vie des médiums ; pire, il semble qu'un traître se soit infiltré dans la chaîne de commande. Quand le fiancé de Ginger est envoyé au front et confirme ses soupçons, elle est obligée de mener seule l'enquête pour sauver la vie de son équipe.


Mon avis :

"Ghost Talkers" est le premier livre de Mary Robinette Kowal que je découvre, après avoir assez longtemps entendu parler de cette autrice américaine proche de certains de mes auteurs préférés, comme John Scalzi. Il ne s'agit pas de son titre le plus connu, mais ce mélange de récit historique et de fantastique m'a tout de suite alléchée. Je l'ai acquis sous format audio qui, dans sa version originale, est narré par l'autrice elle-même (et elle fait un excellent travail).

J'ai été tout de suite attirée par le synopsis original de ce roman. On est donc en pleine guerre, à Londres, où une petite section de l'armée britannique emploie une technique d'espionnage inédite : la communication avec les morts. Tout se fait dans le plus grand secret, et Ginger, notre héroïne, et ses collègues (donc beaucoup de femmes) sont chargés d'accueillir les soldats qui viennent d'être tués au front et qui leur rapportent ce qu'ils ont vu avant d'entamer leur grand voyage vers l'au-delà. On devine l'énorme potentiel émotionnel de ce genre de scènes, et de fait ça ne rate pas, sans être larmoyant : les "ghost talkers" sont des agents de renseignement mais remplissent aussi le rôle du prêtre qui recueille les dernières confidences de soldats morts bien trop jeunes et souvent inutilement. L'autrice retranscrit très bien l'émotion de ces moments et nous permet d'entrevoir brièvement l'horreur de cette guerre. 

Le début du roman nous permet rapidement de comprendre le rôle de cette section inédite de l'armée, y-compris les difficultés que vivent les femmes qui la composent dans un milieu à la fois machiste, élitiste, nationaliste et raciste. Ginger notamment a le gros désavantage d'être une femme, mais profite au moins du fait d'être blanche et de provenir d'un milieu aristocratique très bien connecté. Une de ses collègues, tout aussi talentueuse, doit rester dans l'ombre parce qu'elle a la peau noire et vient d'un milieu populaire. Ce ne sont pas des éléments inédits mais d'une part j'apprécie que l'autrice ne les ait pas occultés, et d'autre part, sans s'y attarder, elle prend quand même le temps d'illustrer concrêtement ce qu'ils signifient.  

Ensuite l'action commence très vite : des soupçons de traitrise, une série de bombardements bizarres au front qui font beaucoup de mort sans visée stratégique évidente, un homme louche qui apparaît… et l'héroïne se trouve confrontée à la fois à un drame et à une aventure qui pourrait s'avérer cruciale pour la poursuite de la guerre. Cette partie prend la forme d'une enquête à tendance thriller, c'est bien mené, il y a quelques grosses surprises, le décor historique ainsi que le côté fantastique ajoutent du piquant, et on ne s'ennuie pas. Avec ce roman j'ai découvert le talent de conteuse de l'autrice qui n'est pas une débutante et ça se sent.

Au final c'est un roman avec lequel on passe un très bon moment, un excellent divertissement, original et bien conté. Ce n'est pas quelque chose qui révolutionne le fantastique, ou qui laisse une impression indélébile, mais ce n'est pas non plus le roman qui se confond avec mille autres. Il m'a donné envie de poursuivre ma découverte de cette autrice, ce que j'ai fait assez vite (je vous en parle très bientôt). Bref, je recommande !


Pour en savoir plus :
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Magpie murders, d'Anthony Horowitz


Je reprends ce blog en main après plusieurs semaines de pause et je commence à rattraper mon retard de chroniques avec ce livre, découvert par hasard cet été. Une petite déception peut-être, car parfois le livre est bon, le lecteur curieux, mais l'alchimie ne se fait pas...


Résumé :

Lorsque l'éditrice Susan Ryeland reçoit le dernier manuscrit de l'auteur à succès Alan Conway, elle est impatiente de découvrir et publier les nouvelles aventures de son détective Atticus Pünd. L'intrigue se déroule dans un petit village anglais des années 60 où deux morts coup sur coup obligent Atticus à révéler les secrets inavouables des habitants, de l'antiquaire au pasteur. Mais Susan est surprise : il manque les derniers chapitres ! Ce sera donc à son tour d'enquêter, pour retrouver la fin du manuscrit et pour comprendre ce qui est arrivé à Alan Conway, dont l'histoire personnelle se rapproche subtilement de celle de ses personnages...


Mon avis :

Je ne sais plus comment je suis tombée sur ce roman en version audio, mais je dois probablement l'avoir choisi en espérant lire une histoire à la Hercule Poirot ou Miss Marple. J'adore les romans d'Agatha Christie, ses petits mondes légèrement caricaturaux, ses personnages typiquement anglais, ses intrigues presque en huis clos. Comme je ne savais rien de ce roman avant de l'entamer, j'ai été très surprise que la lecture commence par une note de l'éditrice qui s'est avérée assez longue ; elle y parlait de la genèse du roman et de sa vie au moment où elle en a entamé la lecture. J'ai trouvé ça très bizarre, et il a fallu pas mal de temps pour que je me rende compte que c'était en fait une partie du roman lui-même !

L'intrigue commence donc avec l'intervention de Susan, éditrice, qui découvre le manuscrit de la dernière enquête d'Atticus Pünd, le héros imaginé par Alan Conway. Ce roman aurait changé sa vie, mais on n'apprendra que plus tard comment ce fut le cas. En attendant, elle nous laisse avec le fameux manuscrit, où l'on suit la vie d'un petit village des années soixante, stéréotypé, qui subit deux morts successives. C'est ce que j'ai préféré de ce roman : le ton un peu lent, un peu rétro, le whodunnit très classique, les personnages un peu exagérés, le village à l'ancienne, le détective très poli avec son assistant pas trop malin. C'est une recette mainte et mainte fois éprouvée mais moi j'aime beaucoup ce genre et je l'ai apprécié.

Sauf que… la narration est brutalement interrompue avant le dernier chapitre, et c'est là que commence la frustration, en tous cas de mon point de vue. D'abord parce que ça coupe complètement le rythme ; je vous rassure, on retournera dans notre petit village pour connaître le fin mot de l'histoire, mais beaucoup plus tard, après être complètement sorti de cette ambiance.  Ensuite parce que j'ai trouvé les aventures de Susan, qui revient sur le devant de la scène, beaucoup moins intéressantes. Influencée par sa lecture, elle se prend aussi pour un détective, mais sa partie de l'histoire cumule pas mal de défauts que j'ai déjà retrouvé dans d'autres romans policiers actuels : elle se persuade qu'il y a eu un meurtre sans en avoir la moindre indication tangible (et elle a raison, bien entendu), elle laisse passer de gros indices ou omet des suspects évidents, elle ne cesse de rabacher les différents scénarios possibles ce qui ralentit l'intrigue et la complique sans mener à rien, et quand enfin elle découvre le tueur, elle décide de le confronter directement et sans témoins au lieu de prévenir la police (forcément pas coopérative pour des raisons débiles) ou de mettre quelqu'un d'autre au courant. Une grosse partie de son intrigue est aussi centrée sur sa vie privée que je n'ai pas trouvée exceptionnelle et dont je me serais passée sans problème.

Je ne peux pas dire que j'ai passé un mauvais moment, car l'histoire et bien écrite - et bien lue par les narrateurs de l'audiolivre en anglais. Le rythme est bon, l'intrigue assez prenante. Mon problème est que l'auteur a choisi une recette originale qui ne me convenait pas, question de goût. Je peux tout à faire comprendre l'attrait de ce mélange comprenant une intrigue très classique imbriquée dans une histoire beaucoup plus moderne. Ca marchera sûrement avec pas mal de lecteurs et c'est très bien réalisé. C'est juste que ça n'a pas trop fonctionné avec moi, je n'ai pas adhéré à la partie moderne et j'étais frustrée de ne pas avoir tout de suite la fin de la partie classique.


Pour en savoir plus :

L'étrange Odd Thomas, de Dean Koontz


J'ai commencé récemment une nouvelle série, les aventures d'Odd Thomas, un mélange de fantastique et d'horreur sur un ton léger, un cocktail surprenant !


Résumé :

Odd Thomas est aussi étrange que son prénom. Jeune cuisinier dans le grill d'une petite ville dans le désert américain, très amoureux de sa petite amie Stormy, sa vie serait particulièrement tranquille s'il n'avait pas un don extraordinaire : il est capable de voir les fantômes. Certains esprits ont besoin d'être rassurés, d'autres lui indiquent des criminels qu'il fait arrêter avec la collaboration du chef de la police locale, et d'autres encore, malfaisants, se réunissent là où un drame va avoir lieu. Lorsqu'un grand nombre de ces esprits malfaisants se rassemblent autour d'un étranger récemment arrivé dans la ville, Odd Thomas sait qu'une catastrophe se prépare. Mais il est loin d'en imaginer l'ampleur...


Mon avis :

Encore un livre entamé par hasard, au format audiolivre, au gré des promotions sur Audible.  J'avais déjà entendu le nom de l'auteur, célèbre pour ces récits d'horreur, mais je ne l'avais jamais lu et je ne connaissais pas du tout le personnage d'Odd Thomas. J'adore laisser la sérendipité choisir mes lectures, et je n'ai encore jamais eu à le regretter !

J'ai donc découvert un personnage un peu surprenant, encore un héros atypique. Odd Thomas (c'est son vrai nom, il s'appelle Odd, qui veut dire "étrange") n'est pas un aventurier sans peur et sans reproche, ni un héros de film d'horreur traumatisé, ni un beau garçon populaire ou ténébreux, non, c'est un jeune homme tranquille, gentil, poli, qui n'a qu'une seule ambition dans la vie : continuer paisiblement son boulot de cuisinier et épouser sa petite amie dont il est fou amoureux et qui le lui rend bien. Pas d'histoire d'amour complexe, pas de haines, de rancoeurs, de souffrance, rien de plus qu'un gentil garcon presque trop sage. En fait, sa vie serait presque trop ordinaire s'il n'avait pas ce don bizarre de voir les morts.

Je ne m'attendais pas du tout à ça, moi qui ne savais rien du livre en entamant sa lecture. La surprise est totale et amenée sans heurts, en introduction de l'intrigue, peu après avoir fait la connaissance d'Odd ; il commence une journée dont il dit dès le départ qu'elle va changer sa vie. Inutile de dire qu'il ne faut pas beaucoup de pages pour être bien pris par l'intrigue !  Par la suite, on découvre petit à petit les capacités étranges du héros, en même temps que l'on découvre sa vie et son petit monde, et que les évènements s'accélèrent, lentement mais sûrement.

Le style est un peu particulier car il reflète la personnalité d'Odd, à la fois héros et narrateur : il est très, très poli (il termine la moitié de ses phrases par "sir") et même un petit peu pompeux. Suivant les instructions de son mentor, écrivain à succès qui m'a beaucoup fait penser à une version agréable du Prétextat Tach d'Amélie Nothomb, Odd Thomas écrit ses mémoires à grand renfort de détails, de descriptions et avec une certaine dose d'humour forcé. Il y a même une touche de maladresse volontaire dans les jeux de mots dont raffolle Odd Thomas, une certaine lourdeur gentille qui donne un vrai réalisme au narrateur inexpérimenté. Le résultat c'est un style assez étrange mais maîtrisé, touchant quand c'est nécessaire, un peu emprunté le reste du temps, mais qui décrit le narrateur héros aussi bien que ses mots et ses actes.

Ce tome se termine sur un drame que je n'avais pas vu venir et qui m'a fait bondir. Je ne vous en dirai pas plus, mais il me semble que la façon dont ce roman mélange un ton assez léger avec un contenu qui fait froid dans le dos est l'une des grandes surprises de cette lecture et l'un de ses atouts. Encore une fois, la chance m'a fait découvrir un livre qui m'a beaucoup plu, et j'ai été encore plus heureuse d'apprendre qu'il s'agissait du premier tome d'une série !


Pour en savoir plus :

L'apprentissage du guerrier, de Lois McMaster Bujold


Je vous avais promis de continuer la saga Vorkosigan pour découvrir les aventures de son héros principal, Miles... Et voilà une promesse qui m'a fait passer un bon moment !


Résumé :

Miles Naismith-Vorkosigan a 17 ans et rêve d'entrer à l'Académie Impériale de sa planète, Barrayar. Malheureusement, un attentat avant sa naissance a limité sa croissance et rendu ses os très fragiles, et même sa position d'héritier d'un titre de conte et de fils du premier ministre de l'Empereur ne lui permet pas de surmonter de tels obstacles à une carrière militaire. Le temps de se trouver un autre avenir, Miles emmène son garde du corps, Bothari, et la fille de celui-ci, Elena, en vacances chez sa grand-mère sur la planète Beta. Il espère en profiter pour découvrir l'identité secrète de la mère d'Elena ; à la place, de petit mensonge en gros coup de poker, Miles se retrouve embarqué au coeur d'aventures de plus en plus périlleuses où la seule chose qui peut le sauver c'est son ingéniosité et son immense culot.


Mon avis :

J'ai mis un mois à lire ce livre, mais uniquement parce que je l'ai commencé juste après les deux premiers tomes de cette série, narrés par la mère de Miles, Cordélia ; j'avais adoré les aventures de Cordélia et des autres héros, et j'ai eu un peu de mal à m'adapter aux aventures de son fils, beaucoup plus légères de prime abord.  Mais après une petite pause aux environs des 20% du livre, je l'ai repris en main et je ne l'ai plus lâché.

Miles Vorkosigan nous apparaît d'abord comme un jeune homme un peu léger, pas méchant mais capable de n'importe quel coup de tête. Malgré sa faiblesse physique, il est plein de fougue et déborde d'énergie. Né dans une des familles les plus puissantes sur sa planète, il a eu une enfance choyée et se croit capable de tout. Sa légère arrogance de gamin trop gâté m'a un peu énervée au début, et le roman, même s'il ne manque pas d'action, a mis un certain temps à me convaincre.

Puis Miles part en vacances et se retrouve d'emblée dans une situation qui ne le concerne pas du tout et où il s'immisce à coups de demi-mensonges et de promesses basées sur rien. Ce qui lui permet de s'offrir un ami et un mode de transport, mais qui l'oblige aussi à se lancer dans une aventure périlleuse pour payer sa dette. Puis l'aventure tourne mal, alors il doit tisser de gros mensonges complexes pour s'en sortir, ce qui lui met de plus grands problèmes encore sur les bras, et de fil en aiguille la situation devient incontrôlable.

Inutile de dire qu'à partir du moment où les choses sérieuses commencent, impossible de lâcher le livre. A chaque page, on se demande comment Miles va se sortir de la situation inextricable où il s'est mis, et jamais il ne nous déçoit. Miles, malgré son jeune âge, possède un talent prononcé pour comprendre l'état d'esprit de ses interlocuteurs et les manipuler ; il a un véritable génie stratégique, même s'il n'a pas la formation militaire nécessaire ; il a un culot infernal ; et surtout, il a une chance gigantesque et il sait en tirer parti au maximum. Ca pourrait en faire un personnage insupportable d'arrogance, mais via une narration centrée sur sa personne, l'autrice nous le présente comme un gamin un peu tête brûlée mais au grand coeur, qui se rend très bien compte qu'il joue avec le feu et au fond est à moitié mort d'inquiétude. Après avoir commencé toute cette aventure comme un jeu, il finit par se rendre compte qu'il joue avec la vie de ses compagnons et des personnes qu'il manipule. Et même s'il ne rêve que de faire partie de l'armée, quand il fait face à la mort, il se rend compte que ce jeu est bien plus sérieux qu'il n'aurait voulu. Son développement personnel, introduit assez subtilement, est aussi un aspect important de ce roman.

Un autre aspect marquant de ce roman, c'est le fait d'avoir choisi comme héros un jeune homme fragile physiquement. Miles est très loin des stéréotypes du héros d'aventures : il est particulièrement petit, ses os cassent comme du verre, et il est physiquement loin des canons de beauté (son cou est tellement court que les cols des uniformes lui font mal, par exemple). Son seul atout est d'être le fils de son père, ex-régent et premier ministre de sa planète, une situation qu'il utilise à son avantage tout en évitant habilement les critiques de népotisme. Ce choix de héros est particulièrement surprenant vu que l'intrigue se déroule dans une société militariste et assez rétrograde socialement, où la force physique est une grande partie du prestige d'un homme. Quand on le rencontre, Miles semble avoir appris à vivre avec ses faiblesses physiques et à les compenser par l'intelligence et la volonté. Le roman commence d'ailleurs sur une situation où, même s'il a tout fait pour contourner l'obstacle, son ambition se heurte irrémédiablement à ses limites physiques, mais Miles ne se laissera pas abattre et trouvera une autre route détournée qui lui permettra de réaliser ses rêves. A mon avis, avoir choisi pour héros un homme physiquement petit mais mentalement gigantesque est un des grands atouts de ce roman et ce qui le distingue des autres romans de science-fiction et d'aventure.     

En résumé, nous avons ici un roman qui commence avec pas mal d'humour, se poursuit avec des aventures effrénées menées par un jeune héros au culot inégalé, et qui se termine sur un ton plus sombre et plus sérieux. L'ensemble forme une série de montagnes russes pour le lecteur et une fois commencé, ce roman est difficile à lâcher. En ce qui me concerne, je compte bien poursuivre la série des aventures de Miles Vorkosigan, car même si elles sont très différentes de celles de ses parents (que j'ai adorées), ce tome m'a mis l'eau à la bouche.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre
- acheter ce livre sur Amazon

De l'eau pour les éléphants, de Sara Gruen


Longtemps après tout le monde, je découvre enfin ce roman dont on a beaucoup parlé ! 


Résumé :

Jacob, 93 ans, est un vieux monsieur bougon en maison de retraite qui supporte très mal les limites imposées à sa liberté. Un cirque de passage dans sa ville lui rappelle l'époque où, au coeur de l'Amérique pendant la Grande Dépression des années 1930, il était sur le point de terminer ses études de vétérinaire quand sa vie a basculé.  Devenu par hasard soigneur de ménagerie, le jeune Jacob a joué le rôle de catalyseur dans un drame impliquant homme et animaux, cruauté et amour.


Mon avis :

Encore un livre que j'ai lu en suivant mon schéma préféré : acheté il y a longtemps à l'occasion d'une bonne affaire (probablement en soldes sur Audible), longtemps oublié dans ma bibliothèque virtuelle, retrouvé récemment, dévoré sans a-priori. L'avantage dans ce cas-ci, c'est que ce roman a eu un succès imprévu et puis a fait l'objet d'un film, mais que moi qui l'ai lu longtemps après tout le monde, j'ai pu le découvrir sans attentes démesurées. J'ai lu ensuite sur Goodreads plusieurs commentaires de lecteurs qui en espéraient trop. Ce n'était pas mon cas ; j'avais au contraire un peu peur de l'aspect romantique indiqué dans la quatrième de couverture, moi qui suis extrêmement difficile quand il s'agit de romance. 

Le résultat, c'est que j'ai pu m'offrir une très belle surprise. Après un passage un peu mystérieux (j'y reviendrai), le roman commence, de façon un peu surprenante, par la narration à la première personne d'un vieux monsieur bougon en maison de retraite qui supporte très mal toutes les règles de l'institution où il réside - il est vrai que, si on en croit son point de vue, la priorité est mise largement sur sa sécurité physique et sa santé, au détriment de son bien-être, de sa liberté, et de la plupart des plaisirs de la vie. Ce qui est plus surprenant, c'est quand il s'énerve de façon apparemment démesurée lorsqu'un autre résident affirme avoir dans sa jeunesse porté de l'eau aux éléphants d'un cirque. Alors on s'offre un flash-back dans sa jeunesse, quand un drame particulièrement brutal lance un enchaînement de situations qui l'amèneront à entamer une nouvelle vie au service de la ménagerie d'un cirque. 

L'époque est celle de la grande dépression des années 30 et de la prohibition, et le milieu est celui, très particulier, d'un cirque itinérant qui sillonne les Etats-Unis. Il y a un côté très nostalgique où se mélangent la liberté, l'aventure, le spectacle, les animaux exotiques, et la grande famille du voyage. Mais il y a aussi énormément de cruauté, la misère de ces travailleurs qui n'ont aucune assurance pour l'avenir, l'injustice d'un groupe divisé en classes sociales extrêmement rigides, l'alcoolisme à coup d'alcool frelaté et extrêmement dangereux, l'inhumanité d'un dirigeant qui peut tout se permettre, y-compris retenir les paies et se débarrasser sans scrupules de ceux qui ne lui servent plus... Et puis il y a l'énorme cruauté envers les animaux, qui m'a particulièrement touchée, peut-être parce que je sais qu'elle est encore largement acceptée de nos jours. Certains aspects me semblent quand même exagérés et peu crédibles, mais quoi qu'il en soit, le récit crée un contraste particulièrement frappant entre le spectacle grandiose et joyeux proposé au public, et les horreurs qui se déroulent en toute impunité dans les coulisses.

Sans trop en dévoiler sur l'intrigue, Jacob se trouve au coeur d'un drame impliquant hommes et animaux, amitié et amour. C'est le genre d'histoire dont on sait très vite qu'elle évolue vers une catastrophe - un peu comme "Au-revoir là-haut" de Pierre Lemaître. C'est d'autant plus clair que la scène introductive nous a laissé entrevoir un petit bout de la scène finale. C'était peut-être un peu facile comme procédé, j'aurais peut-être préféré moins en savoir. La vie du Jacob âgé se dévoile également petit à petit, car les passages des deux intrigues sont alternés - sans aucun souci pour faire la différence, je vous rassure tout de suite, surtout dans la version audiolivre en VO qui emploie deux narrateurs différents. Et Jacob âgé se dirige aussi vers une crise, moins impressionnante, mais tout aussi grave pour ce monsieur dont la vie est devenue très étriquée. J'ai tremblé pour les deux versions de Jacob, j'ai passé la deuxième moitié du roman avec une appréhension de plus en plus difficile à supporter, mais bizarrement je suis aussi déçue par la façon dont les deux intrigues se dénouent. A nouveau, peut-être un peu trop facile. 

En-dehors de ces petites réticences, j'ai vraiment été enthousiasmée par ce beau récit. Il est un peu trop gentil, les personnages sont un peu trop tranchés, la fin un peu trop jolie, et il utilise des ficelles narratives un peu grosses. Mais il est terriblement efficace, les deux versions de Jacob sont très attachantes, la construction de l'intrigue est parfaitement maîtrisée, la narration parfaite. Sa plus grande qualité est à mon sens de nous plonger dans une époque et un milieu très particuliers et de le faire de telle façon que l'on est immergé, pour quelques heures, dans la beauté et la cruauté d'un mode de vie heureusement révolu. 


Pour en savoir plus :
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- la fiche Goodreads du livre

Le livre des épées (The Book of Swords), de G.R.R. Martin, Ken Liu, Robin Hobb, Scott Lynch, etc.


Je suis toujours un peu triste de vous parler d'un excellent livre qui n'a malheureusement pas encore été traduit, mais celui-ci le sera bientôt, alors je me permets de vous en proposer un avant-goût !


Résumé :

La fantasy américaine a produit de nombreux sous-genres, mais l'un des plus anciens et des plus connus est le "sword and sorcery", qui arme ses héros d'épées et de magie pour les mettre en scène dans des aventures épiques. Ce recueil rassemble des nouvelles dans ce registre, écrites par les meilleurs auteurs actuels de fantasy.


Mon avis :

J'ai entendu parler de ce recueil avant sa sortie, l'année passée pendant la Worldcon à Helsinki. Scott Lynch, l'auteur de la fameuse série des Salauds Gentilshommes, était présent et proposait une lecture du début de sa nouvelle qui devait paraître dans cette anthologie. J'avais beaucoup aimé cette petite mise en bouche, et quand le recueil est sorti, je l'ai acheté au format audiolivre.

En réalité, c'était probablement une erreur. J'aurais dû acheter l'ebook et déguster une nouvelle par soirée, au chaud dans mon lit, comme j'aime. En audiolivre, un recueil de nouvelles nécessite de se plonger régulièrement dans une nouvelle histoire, avec des nouveaux personnages et un nouveau narrateur, et ça demande une concentration que je n'ai pas quand j'écoute un livre en faisant autre chose. Je me suis aussi vite aperçue que la fantasy de type "sword and sorcery" n'est pas mon genre favori, le vocabulaire était un peu complexe du fait des noms bizarres et phénomènes magiques, et la narration volontairement pompeuse n'arrangeait pas les choses. En bref : je décrochais souvent, et je devais revenir au début du chapitre, qui malheureusement commençait par une biographie de l'auteur et l'équivalent d'un petit quatrième de couverture sur la nouvelle à venir, que je me retapais à chaque fois.

Bref, au bout d'un moment j'en ai eu marre et j'ai mis cet audiobook (virtuellement) de côté pour reprendre une valeur sûre qui ne demandait pas de concentration, en l’occurrence le troisième tome des aventures de Téméraire. Puis j'ai repris l'écoute, le cerveau rafraîchi, et ça s'est beaucoup mieux passé.

Mon expérience un peu difficile est cependant entièrement de ma faute, et je le reconnais volontiers, car le recueil en lui-même est franchement excellent. Ceux qui connaissent un peu la fantasy made in US vont reconnaître pas mal d'auteurs dans la liste des nouvelles ci-dessous :

- The Best Man Wins de K.J. Parker
- Her Father’s Sword de Robin Hobb
- The Hidden Girl de Ken Liu
- The Sword of Destiny de Matthew Hughes
- "I Am a Handsome Man", Said Apollo Crow de Kate Elliott
- The Triumph of Virtue de Walter Jon Williams
- The Mocking Tower de Daniel Abraham
- Hrunting de C.J. Cherryh
- A Long, Cold Trail de Garth Nix
- When I Was a Highwayman de Ellen Kushner
- The Smoke of Gold Is Glory de Scott Lynch
- The Colgrid Conundrum de Rich Larson
- The King’s Evil de Elizabeth Bear
- Waterfalling de Lavie Tidhar
- The Sword Tyraste de Cecelia Holland
- The Sons of the Dragon de George R.R. Martin

Tous les récits sont d'excellente qualité, quoi qu'ils aient tous leurs particularités, en phase avec les caractéristiques de leurs auteurs : plein d'émotions pour celui de Robin Hobb (qui nous plonge dans le drame d'un village "forgé"), avec beaucoup de morts et très pessimiste pour celui de GRR Martin (qui nous raconte l'histoire d'une génération passée de rois Targaryens), un peu mystique pour Ken Liu, porté par un personnage plein de bagout pour celui de Scott Lynch, etc. Comme toujours, quand il s'agit d'un recueil de nouvelles, chacun aura ses préférées. En ce qui me concerne, j'ai découvert de nouveaux auteurs dont je note les noms pour le jour où j'aurai envie d'un peu de fantasy. 

Difficile de vous en dire plus sans m'attarder sur chacun de ces récits individuellement, mais je vous le dis honnêtement : si vous aimez la fantasy, si vous avez envie d'un peu de magie, si vous souhaitez découvrir le sword and sorcery, ou si vous êtes fan de l'un des auteurs de cette anthologie, n'hésitez pas et foncez. C'est de la bonne. Faites juste attention à choisir un format et timing de lecture qui vous permettent d'apprécier individuellement chacune de ces nouvelles, car elles méritent tous votre attention. Et j'ai une excellente nouvelle pour tous ceux qui ne parlent pas suffisamment l'anglais pour en profiter en VO : cette anthologie devrait sortir dans notre langue aux éditions J'ai Lu le 5 septembre !


Pour en savoir plus :

Téméraire, tome 3 : Par les chemins de la soie, de Naomi Novik


Revoici les aventures du dragon Téméraire et de son compagnon, le capitaine Will Laurence !


Résumé :

Après avoir résolu leurs problèmes en Chine, le capitaine Will Laurence et son dragon Téméraire sont prêts à retourner en Angleterre, quand ils reçoivent un message leur ordonnant d'aller à Istanbul pour récupérer trois oeufs de dragons. Comme la mission est urgente et que leur bateau est indisponible, ils sont obligés d'entamer un long et dangereux périple à travers l'Asie en suivant les anciennes routes de la soie. Traversées du désert, attaques, traîtrises et autres mésaventures attendent nos héros, qui devront également faire face aux armées de Napoléon...


Mon avis :

J'ai écouté ce roman à la suite des deux autres tomes l'année passée (au format audiolivre en VO), et j'avoue que c'était une erreur ; je me suis vite rendue compte que je saturais, à force d'enchaîner les aventures de Téméraire. Je n'étais pas attentive pendant l'écoute, et je n'ai même pas eu le courage de chroniquer ce troisième tome !   Du coup je l'ai laissé de côté, puis je l'ai réécouté récemment et j'y ai pris beaucoup plus de plaisir.

Dans le tome précédent, Téméraire et Will ont beaucoup voyagé, puisqu'ils sont allés jusqu'en Chine, mais leur voyage s'est surtout fait par bateau, ce qui fait qu'ils n'ont pas vraiment vu grand-chose d'autre que l'océan. Dans ce tome-ci, pour le voyage du retour, ils vont au contraire découvrir de nombreux pays et vivre des aventures beaucoup plus variées. En gros, on a droit à un gros road-trip à dos de dragon et en pleine guerres napoléoniennes. Les aventures sont nombreuses et variées, avec franchissements de frontières, difficultés d'approvisionnement, traversée du désert, magouilles politiques, attaques de brigands, cambriolage dans un harem, et beaucoup d'autres choses.

Une partie importante de l'intrigue est centrée sur le passage de nos héros dans ce qui n'est pas encore l'Allemagne, où ils vont se retrouver au coeur des guerres napoléoniennes, plus précisément la campagne de Prusse et la bataille d'Iéna. Dans le premier tome des aventures de Téméraire, on avait eu droit à quelques batailles aériennes et navales, mais le récit était centré sur l'apprentissage de Téméraire et de Will. Le deuxième tome était un récit de voyage et de diplomatie, et l'on s'était largement éloignés des champs de bataille. Mais dans celui-ci, on se retrouve en plein dedans. Et c'est là qu'on mesure le côté uchronie de cette série : l'autrice ne se contente pas de proposer une histoire de dragons sur un fond historique, elle reprend des événements qui ont marqué l'histoire européenne et les réécrit avec de nombreux détails réels, mais en les réinterprétant pour y inclure les dragons. Les personnages que croisent Téméraire et son équipe sont historiques, les tactiques militaires aussi, et j'imagine que le déroulement des batailles est également proche de la réalité... sauf qu'il y a des dragons. Ils ont leur importance et leurs faiblesses au niveau stratégique, et leur utilisation est révélatrice des caractéristiques de l'armée prussienne dans son ensemble, ainsi que de ce qui va déterminer la victoire ou la défaite. C'est très habile, et je vous conseille d'aller faire un tour sur Wikipédia pour en apprendre plus sur les batailles historiques auxquelles Téméraire participe, mais après la lecture pour ne pas gâcher la surprise.

Il n'empêche que c'est cette partie du récit que j'ai le moins appréciée, peut-être parce qu'elle se prête moins au format audio. Il est un peu difficile de s'y retrouver dans les tactiques et positions. Les batailles s'enchaînent et l'autrice les couvre de plus en plus vite, probablement pour ne pas nous fatiguer, mais au fur et à mesure l'intrigue s'est transformée à mes yeux en un brouillard où je ne distinguais plus que les grandes lignes des champs de bataille ou de l'évolution de la situation.

En-dehors de ce petit souci, les aventures de Téméraire m'ont ravie. Il y a notamment un nouveau personnage très intéressant, un homme qui révèle encore une fois les préjugés de son époque et de Will Laurence en particulier. D'ailleurs Will va encore évoluer au cours de ce tome et ouvrir un petit peu les yeux sur l'injustice de la situation des dragons dans ce monde alternatif. Dès le premier tome, je m'étais plainte de cet aspect illogique dans les prémices du récit : comment se fait-il que les dragons sont utilisés comme des esclaves par les humains, alors qu'ils sont (très) intelligents, capables de s'exprimer et donc de communiquer, et beaucoup plus forts physiquement que les humains ? C'est sûr qu'ils sont beaucoup moins nombreux, mais leurs avantages physiques (ne serait-ce que leur taille et le fait de voler) devrait assurer le succès de n'importe quelle rébellion de leur part. Et pourtant Téméraire semble le premier, que ce soit dragon ou humain, à imaginer qu'ils puissent être traités autrement que comme des esclaves naturels. Ce tome ne donne pas d'explication sur cet aspect, à part un post-scriptum qui illustre l'état d'esprit d'un idiot savant qui refuse même de leur reconnaître la moindre intelligence, mais au moins Will semble ouvrir un petit peu les yeux sur l'injustice et le caractère intenable de cette situation. Ça promet d'autres aventures où Téméraire se battra pour ses droits, et il est temps que ça commence.

En résumé : un très bon troisième tome pour cette série, plein de voyages et d'action, avec quelques grandes batailles napoléonienne qui raviront les amateurs d'histoire (alternative). J'ai bien fait de le réécouter une deuxième fois pour me faire une opinion qui ne soit pas biaisée par un trop-plein de cette série. Il n'y a aucun doute que je continuerai avec le tome suivant ; ce récit a beau avoir été écrit pour un public résolument "jeunesse", j'ai beaucoup apprécié l'originalité de cette uchronie et la narration en version originale, qui est plus qu'excellente. Chaudement conseillé !


Pour en savoir plus :

Guide de survie en territoire zombie, de Max Brooks


Que faire si tout à coup les zombies envahissent votre vie ?  Ce livre vous dit tout !


Résumé :

Les attaques zombies sont une menace peu connue mais de plus en plus pressante, comme le prouvent les nombreuses attaques récentes. Soyez prêts à les affronter, votre vie peut en dépendre. Ce guide rassemble toutes les informations connues et les meilleurs conseils de survie en cas d'invasion de morts-vivants : qu'est-ce qu'un zombies et leurs différents types ; comment reconnaître une attaque zombies quand les autorités essaient de vous la cacher ; quelles armes utiliser pour se défendre ; comment préparer et soutenir un siège en attendant les secours ; comment se déplacer en territoire infesté ; comment débarrasser une région de zombies en fonction du terrain ; et beaucoup d'autres conseils pratiques et nécessaires. Tout les conseils sont basés sur les études et expériences acquises lors des nombreuses attaques historiques. Ne les prenez pas à la légère. Votre survie est entre vos mains.


Mon avis :

Lorsque j'ai lu et énormément apprécié (à ma propre surprise) "World War Z" du même auteur, j'ai commencé à m'intéresser au livre qui en quelque sorte l'accompagne, "Guide de survie en territoire zombie". A l'époque je m'étais dit que je le lirais à l'occasion, mais j'ai été un peu refroidie par de nombreux avis négatifs. Et puis, il y a quelques mois, la version audio VO du livre était en promotion sur Audible, alors je l'ai achetée, juste pour voir. Et quand l'autre jour je voulais quelque chose de facile à écouter et de pas trop long, c'est ce livre que j'ai choisi.

Il arrive qu'un livre perde une partie de son attrait au format audio ; il est parfois difficile de suivre une intrigue trop complexe, ou de reconnaître des personnages trop nombreux, ou de rester concentré sur une narration trop austère, quand le mot doit passer par l'interprétation d'un acteur et quand on écoute un livre en faisant autre chose, comme c'est mon cas. Pour une fois, je crois que j'ai eu l'effet inverse. Beaucoup de lecteurs se sont plaints du côté répétitif et scolaire de ce livre, mais en l'écoutant je n'ai pas eu du tout cette impression. La narration me donnait l'impression de suivre un cours et la forme orale convient parfaitement à une liste d'instructions. Du coup, je n'ai pas trouvé ce livre ennuyeux du tout ; au contraire, par moments je me suis dit que les instructions étaient peut-être un peu trop succinctes !

Ce que j'ai le plus apprécié dans ce livre, c'est sa forme. Au lieu de prendre le thème des zombies au sérieux pour en faire un livre d'horreur, l'auteur a choisi de le traiter sous une forme pragmatique et ironique avec un manuel de défense, sérieux au premier abord mais plein d'humour subtil. Max Brooks fait semblant d'y croire vraiment, et en tant que lecteur on entre avec plaisir dans son petit jeu. Il y a un joli décalage, pas forcément évident, entre la façon dont il insiste très lourdement sur le fait que suivre ses recommandations peut faire la différence entre la vie et la mort, et la façon dont il tente de rendre son livre attractif en y ajoutant un peu d'humour. L'auteur joue le rôle d'un auteur qui en fait un peu trop, c'est très "inception". Le contenu est quand même très pratique, bien pensé, et assez raisonnable, ce qui fait qu'on se surprend à prendre ça au sérieux ; je me rappelle m'être dit très sérieusement que ma maison n'était vraiment pas bien conçue pour se protéger en cas d'attaque...

L'auteur (dans son rôle d'auteur fictif) n'hésite pas non plus à nous sortir tout un tas de statistiques ou anecdotes pour renforcer sa crédibilité, comme si les zombies avaient été étudiés (en cachette) depuis longtemps.  Et pour ceux qui douteraient de la crédibilité de l'auteur (fictif), le dernier chapitre est une longue liste d'apparitions et attaques de zombies à travers l'histoire, qui ont été soit oubliées, soit niées, soit cachées par les autorités. Les récits sont courts, certains sont la réinterprétation d'événements historiques, et l'auteur (réel) a fait l'effort de les varier : il y a des attaques "classiques", des incidents plutôt comiques, d'autres provoqués par les tentatives d'utiliser les zombies comme armes, et plusieurs incidents sont liés. Les récits sont très éparpillés temporellement et géographiquement, certains sont très exotiques, d'autres datent de l'âge de pierre ou du Japon médiéval. L'auteur (fictif) prend la peine de nommer ses sources qui sont elles aussi très variables, des coupures de journaux aux témoignages en passant par les découvertes archéologiques, les archives administratives et les documents d'époque. Bref, les récits ont beau être nombreux, il n'y a pas de répétitions. 

"Guide de survie en territoire zombie" a été écrit avant "World War Z" et il révèle à quel point l'auteur (réel) avait longuement réfléchi à la façon dont les zombies qu'il imaginait existeraient dans le monde réel. Il y a cependant une différence entre les deux livres que je ne peux pas m'expliquer : World War Z semble présenter l'attaque zombie comme originant de Chine, à la suite d'une expérimentation qui aurait mal tourné, tandis que dans le Guide de survie, il est sous-entendu que les attaques sont fréquentes depuis très longtemps et dans beaucoup de cas connues des autorités qui essaient de les cacher. C'est un petit détail mais qui brise malheureusement la fiction selon laquelle Max Brooks est le même auteur fictif des deux livres ; il ne peut pas nier implicitement dans le second ce qu'il affirme dans le premier. Ceci dit, World War Z est avant tout un recueil de témoignages, peut-être que les témoins ignoraient les précédentes attaques que l'auteur connaissait...  Compliqué tout ça  :D

En tous cas, si vous aimez les zombies réalistes, je vous conseille de jeter un oeil à ce livre, tout en sachant qu'il ne s'agit pas d'un roman et que son intérêt vient plutôt de son humour subtil basé sur une ironie au second degré. J'ai beaucoup aimé jouer à ce petit jeu et je crois que le format audio l'a rendu encore plus attractif. Une bonne surprise en ce qui me concerne !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre

Sandman, tome 2 : La maison de poupée, de Neil Gaiman et collectif


Je vous ai parlé l'année passée du premier tome de la bande-dessinée Sandman ; il m'a fallu plusieurs mois pour me lancer dans le second tome, mais je vous en parle enfin !


Résumé :

"Son nom lui-même est un mystère. Il se nomme Sandman, mais aussi Dream ou Morphée. Comme les autres membres de la famille des Éternels - Death, Destiny, Delirium, Desire, Despair et Destruction - il incarne un sentiment ou une réalité de l'âme humaine. Son royaume est celui des songes, un royaume à la fois sombre et enchanteur, dont le Maître est immortel, mais faillible et fragile. En suivant Sandman dans ses aventures, ses peines et ses tourments, le lecteur plongera dans un fascinant rêve éveillé.
Rose Walker trouve dans une étrange maison où elle a été invitée à se rendre, plus de choses qu'elle n'en attendait. Entre autres, des parents perdus de longue date, un congrès de tueurs en série et, finalement, sa véritable identité... Le Maître des Rêves, Sandman, cherche à comprendre ces mystères, sans se douter un instant - une éternité ? - qu'une main tire les ficelles dans l'ombre. Une main dont le propriétaire pourrait même être assez proche de lui..."
(quatrième de couverture) 


Mon avis :

J'ai beau avoir lu et apprécié le premier tome de cette série de comics culte, je suis toujours intimidée par Sandman.  J'avais emprunté ce tome-ci à la bibliothèque en décembre, et depuis lors je renouvelait mon emprunt tous les mois, jusqu'à ce que j'atteigne la limite du nombre de renouvellements autorisés et doive me dépêcher de le lire avant de le rendre. Et pourtant, tout ce temps, il traînait bien en évidence sur ma table de nuit; je voulais le lire mais je n'osais pas l'aborder, j'avais l'impression que je devais attendre le bon moment pour pouvoir l'apprécier et le comprendre comme il le mérite. Tout ça pour une bande-dessinée ! C'est un peu ridicule, non ?

Il est vrai que Sandman n'est pas une bande-dessinée parmi les plus accessibles. Il y a plusieurs histoires parallèles qui s'entremêlent d'un chapitre à l'autre, un vocabulaire particulièrement poétique ou mystique (je lis cette série en anglais, sa version originale), et un dessin parfois complexe avec des cases qui se mélangent et se chevauchent jusqu'à ce qu'on ne sache plus parfois dans quel sens les lire. Au début, j'ai eu beaucoup de mal à saisir le sens d'une intrigue très éparpillée, et j'ai passé beaucoup de temps à revenir en arrière, encore et encore, pour essayer de trouver ce qui m'échappait. C'est rare que je me sente perdue face à une lecture, et c'est un peu frustrant. Et puis j'ai trouvé le bon angle d'attaque : se laisser porter, ne pas s'inquiéter de ce que je pouvais avoir raté ou de ne pas suivre l'intrigue telle que l'auteur (ou les auteurs) l'auraient voulu, et attendre que les explications viennent d'elles-même. A partir de là, les pages se sont tournées toutes seules et les pièces du puzzle se sont mises en place.

L'histoire se poursuit donc depuis le premier tome (qui est résumé au début de celui-ci pour ceux qui ne se souviennent plus trop). Morpheus, ou Sandman, ou le Maître des Rêves, a enfin réussi à s'échapper après avoir été emprisonné par Roderick Burgess, qui cherchait à capturer la Mort. Sandman a pu retrouver sa force et récupérer les outils de son art, mais certaines de ses créatures ont disparu, parmi lesquelles quatre parmi les plus importantes. Et puis il a un problème : un "vortex" est apparu, on apprendra plus tard ce que c'est, mais c'est dangereux et ça a pris la forme d'une jeune femme, Rose, qui vient de se découvrir une grand-mère fortunée et qui doit retrouver son petit frère perdu de vue depuis longtemps. On fait aussi la connaissance d'un frère-soeur de Sandman, Desire, qui n'a pas l'air commode, et d'un nouvel ami que Sandman s'est fait au fil des siècles. Bref, comme je vous disais, c'est un peu complexe, mais promis, on finit par s'y retrouver.

Les dessins sont du même type que dans le tome précédent et relativement homogènes malgré la participation de plusieurs artistes que l'on peut probablement distinguer si on y prête attention. C'est souvent sombre, travaillé, avec certains aspects que j'ai apprécié (comme un chapitre où il faut tourner la page en paysage pour lire les parties qui se situent dans le royaume de Sandman) et d'autres moins (comme certains visages un peu niais). Mais ce qui marque, au-delà du dessin, c'est le ton de l'ensemble. Neil Gaiman a toujours un univers très particulier, et ici on retrouve un énorme mélange indescriptible d'horreur, d'humoristique, de fantastique, de poétique, d'historique, de moderne, d'introspectif... Tout est mélangé et tout est cohérent. Son texte, couplé avec le talent des dessinateurs, propose un ensemble vraiment étrange où souvent je ne savais pas si j'étais dégoûtée ou si j'avais envie de rire, si j'étais dans un conte ou dans un récit réaliste. C'est perturbant, c'est impressionnant, et ça vaut la peine de le découvrir. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre