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The Consuming Fire (Les Flammes de l'Empire), de John Scalzi


Pour une fois, je suis en phase avec l'actualité littéraire !  Il faut vraiment que je vous parle de ce roman maintenant parce que d'une part, il sort en français le 27 février (sous le titre "Les Flammes de l'Empire" chez L'Atalante), et d'autre part, le troisième tome de cette trilogie (dont celui-ci est le deuxième tome), The Last Emperox, sort le 14 avril en VO. Avouez que le moment est bien choisi !



Résumé :

A la suite des événements de "L'Effondrement de l'Empire", l'emperox Grayland II est persuadée que le "flow" qui permet de voyager entre les planètes habitées par l'humanité est en train de disparaître. Les prédictions du scientifique Marce Claremont sont confirmées par le fait que la planète End est subitement devenue inaccessible, comme il l'avait prévu. Cela signifie que d'ici peu toutes les planètes seront isolées, une catastrophe pour une civilisation qui ne survit que par les échanges commerciaux et dont aucune des planètes n'a les ressources pour subsister par elle-même. Claremont fait tout ce qu'il peut pour expliquer la situation au plus grand nombre mais se heurte toujours au scepticisme de ses contemporains, alors Grayland fait valoir sa position à la tête de la religion impériale et annonce qu'elle a eu des visions lui annoncant la fin de l'empire. De son côté, Marce Claremont découvre qu'il n'a peut-être pas parfaitement évalué la situation. Et pendant ce temps, les maisons nobles, qui controlent le commerce intergalactique, complotent pour évincer Grayland et tourner cette catastrophe à leur avantage...

Skyward, de Brandon Sanderson


Voilà un titre dont je tenais à vous parler parce qu'il est le premier tome d'une série en cours (le deuxième est sorti en novembre 2019), et parce que ce récit de SF jeunesse a beaucoup pour plaire. Apparemment il n'est malheureusement pas encore traduit en français, mais étant donné la réputation de l'auteur et le potentiel commercial évident de cette série, ça ne saurait tarder...


Résumé :

Spensa a vécu toute sa vie dans les sous-terrain de la planète où ce qu'il reste de l'humanité s'est réfugiée après que leur vaisseau spatial s'y est écrasé. L'ennemi qu'ils fuyaient continue à les attaquer depuis l'espace, et l'humanité ne doit sa survie qu'à la riposte de courageux pilotes, triés sur le volet. C'est le rêve de Sensa, devenir pilote sur les traces de son père et se battre auprès des étoiles. Mais elle hérite d'un lourd destin : son père est mort après avoir tenté de fuir lors d'une bataille décisive, et la famille du lâche est pour toujours en disgrâce. Il semble que les portes de la prestigieuse académie des pilotes ne lui soient à jamais fermées. A moins qu'un petit coup de pouce du destin, et la découverte d'un mystérieux vaisseau accidenté dans une caverne, ne lui permette de réaliser son rêve malgré tout...

Will Save the Galaxy for Food, de Yahtzee Croshaw


Débutons l'année légèrement avec la chronique d'un roman de SF satyrique lu (ou plutôt écouté) il y a presque un an. De temps en temps j'ai besoin d'un roman un peu moins sérieux, une aventure humoristique comme celle-ci.


Résumé :

Les voyages dans l'espace ont bien changé. Depuis l'invention de la téléportation quantique, les pilotes de vaisseau héroïques qui mettaient leur vie en péril pour relier les planètes habitées se retrouvent au chômage. Contraint de gagner chichement sa vie en arnaquant des touristes, l'un d'eux se retrouve pris dans une machination complexe où il se fait passer pour un aventurier haï de tous les pilotes pour servir un maffieux extrêment dangereux…


Mon avis :

Encore une fois (c'est quelque chose qui m'arrive souvent), je ne sais pas ce qui m'a fait acheter cet audiolivre. Une promotion Audible probablement. Je n'avais jamais entendu parler de cet auteur, encore moins de ce titre, et je me suis juste vaguement souvenue en le commençant qu'il s'agissait d'un récit satyrique, ce que j'aime bien quand c'est bien fait. La voix du narrateur (qui est aussi l'auteur) m'a plu, et finalement je l'ai dévoré en quelques jours.

Comme je m'y attendais, ce récit est résolument satyrique et ne se prend pas du tout au sérieux. Le but n'est pas de nous faire rire sans arrêt, mais de proposer des aventures rocambolesques, dans un univers qui se moque des décors classiques de la science-fiction. Les héros sont assez minables, les monstres plutôt comiques qu'autre chose (bien que dangereux), les mauvais sont caricaturaux. L'espace n'est plus ce lieu dangereux où l'on risque sa vie, c'est un pays conquis où on se déplace sans danger comme on prend un ascenseur. On n'est pas dans du Douglas Adams, mais la formule fonctionne : les aventures et les personnages très terre-à-terre contrastent joliment avec les situations ridicules dans lesquelles ils se retrouvent. Le narrateur lui-même est plutôt pathétique, pas stupide mais qui sait reconnaître la situation désespérée dans laquelle il se trouve et y faire face avec humour. On ne peut pas dire qu'il soit attachant, mais il est impossible de ne pas s'intéresser à la façon dont il va se sortir des situations de plus en plus désespérées.

Bref, voici un livre vraiment divertissant qui passe très bien entre deux lectures plus sérieuses. On passe un bon moment à sourire de l'imagination de l'auteur et des aventures rocambolesques qu'il impose à ses personnages. Je n'ai pas regretté avoir acquis ce roman par accident !


Pour en savoir plus :
- la fiche goodreads du livre

Sphère, de Michael Crichton


Cette chronique attendait sa publication depuis plusieurs mois. Je vous parle enfin de ce thriller très réussi !


Résumé :

Quand le psychologue Norman Johnson est réquisitionné en urgence par la marine américaine, il s'imagine qu'il va être chargé d'apporter son soutien aux victimes d'un accident d'avion, comme ce fut le cas plusieurs fois par le passé. A la place, il est emmené au fin fond de l'océan pacifique pour une mission ultra-secrète. Un vaisseau étrange a été retrouvé au fond de la mer, et ce n'est pas pour aider des gens traumatisés que Normam a été réquisitionné : c'est pour participer à une exploration qui pourrait changer l'histoire de l'humanité...


Mon avis :

Honnêtement, je ne sais plus du tout ce qui m'a incitée à acheter ce livre en audiolivre. Il était probablement en promotion, et je devais être curieuse de découvrir le fameux Michael Crichton, le maître du techno-thriller et l'auteur du livre sur lequel est basé le film Jurassic Park. J'ignorais à ce moment-là que Sphère aussi avait été adapté au cinéma.  Comme souvent, je ne savais donc rien de l'intrigue ni du style, à part qu'il s'agissait probablement d'un roman plein de suspense.

Sur ce point-là, je ne m'étais pas trompée. L'entrée en matière est très rapide, et quand Norman Johnson apprend le but réel de sa mission, ce qui arrive après seulement quelques dizaines de pages, la surprise fut énorme et mon intérêt forcément captivé. Par la suite, les aventures s'enchaînent, la situation devient de plus en plus désespérée, et bien entendu on a envie d'en savoir toujours plus. Le rythme est parfois un peu lent parce qu'une grande partie du suspense se concentre sur ce qui se passe dans la tête des personnages, mais de façon générale l'histoire est très cinématographique et il est facile de se laisser entraîner par l'intrigue.  Le milieu confiné accentue le danger, puisqu'on sent que la moindre erreur, la moindre défaillance technique de l'habitat sous-marin où les héros se trouvent, aura pour résultat leur mort immédiate. L'habitat en question est d'ailleurs très bien décrit sans alourdir le récit mais avec suffisamment de petites anecdotes pour nous faire comprendre que les héros n'évoluent pas à l'air libre et que leur corps et leur environnement ne réagissent pas toujours normalement, ce qui sera très important dans les scènes d'action. L'habitat est censé être au top de la technologie militaire au moment de la publication du roman en 1987, mais à part quelques détails amusants (par exemple, la capacité de mémoire informatique de l'habitat qui est inférieure à celle de mon smartphone), en tant que néophyte je n'ai pas été particulièrement choquée par l'âge de cette technologie.

C'est donc une lecture passionnante et très divertissante, mais elle n'est pas sans défauts. Les ficelles sont parfois un peu grosses : les cliffhangers, les personnages qui découvrent une information essentielle mais n'en parlent à personne, la tension qui monte de façon prévisible et un peu artificielle, les caractères visiblement incompatibles qui s'écharpent dès les premières heures ensemble...  Michael Crichton a beau être un maître du suspense, le lecteur qui a l'habitude de ce genre de textes repèrera facilement ses petites astuces. Il y a notamment un passage vers la fin du livre, un des moments les plus importants, où le personnage principal se comporte d'une façon qui m'a semblée incompatible avec ce qu'on savait de lui, et j'ai vite compris que ça ne pouvait pas durer, ce qui m'a gâché un peu la surprise.

Ceci dit, je chipote un peu. En résumé, voilà une excellente histoire pour la plage ou le week-end cocooning, facile à lire et à apprécier, dépaysement garanti et sans efforts. J'écris ça sans aucune condescendance : on a tous besoin de temps en temps d'un bon moment de détente et de dépaysement, et les romans qui arrivent à nous le fournir tout en nous maintenant en haleine d'une couverture à l'autre ne sont pas si courants finalement. Ce roman est comme un bon film d'action et de suspense et si c'est ce que vous recherchez, vous aurez du mal à trouver mieux.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre

The calculating stars, de Mary Robinette Kowal


Je vous avais dit que je continuerais la découverte des romans de Mary Robinette Kowal, dont "The Ghost Talkers" m'avait plu. J'ai bien fait : voici le premier tome d'une série qui a absolument tout pour me plaire !


Résumé :

En 1952, la chute d'un astéroïde près des Etats-Unis a tout changé. Non seulement des millions de personnes et plusieurs grandes villes ont disparu, mais la vapeur d'eau dégagée dans l'atmosphère a fait basculer le climat vers un réchauffement progressif qui rendra probablement la vie impossible sur notre planète. La seule solution : coloniser d'autres planètes, et pour ça, accélérer le programme spatial américain et international. Selma York, mathématicienne de génie, ancienne pilote militaire et épouse d'un des ingénieurs en charge du programme spatial, est au coeur des événements. Mais en tant que femme, elle va devoir se battre pour faire entendre sa voix et vaincre les discriminations dans une entreprise aussi essentielle pour la survie de l'humanité.



Mon avis :

J'ai découvert ce roman après avoir écouté "Ghost Talkers" de la même auteur. Elle est aussi la narratrice de ses propres audiolivres, et je trouve qu'elle fait un travail excellent : sa voix confirme le côté à la fois fragile et impertinent de ses héroïnes, et c'est une grande partie de ce qui rend ces deux livres particulièrement attractifs. J'ignorais qu'elle était aussi une narratrice professionnelle, mais je ne suis pas surprise de l'apprendre. (Elle est également marionettiste professionelle et si ça ce n'est pas la carrière la plus géniale du monde, je ne sais pas ce qu'il vous faut.)

Ce que j'ignorais par contre c'est la genèse de ce roman ; je viens de la découvrir en faisant quelques recherches rapides pour cette chronique. L'autrice a d'abord écrit une nouvelle intitulée "The Lady Astronaut of Mars" pour faire partie d'une anthologie audio produite par Audible. L'idée de ce recueil, intitulé "Rip-off!", était pour chaque auteur de prendre la première phrase de livre (roman ou pas) qu'il ou elle préférait et de la réutiliser pour créer une nouvelle originale. Mary Robinette Kowal avait choisi la première phrase du Magicien d'Oz pour en faire le début d'une nouvelle à propos d'une astronaute installée sur Mars et soignée par une doctoresse nommée Dorothy. Le personnage d'Elma York était né, ainsi que celui de son mari Nathaniel, et cette histoire courte laissait clairement entendre qu'Elma avait joué un rôle décisif dans la conquête de Mars. A sa sortie en 2012, elle a clairement séduit les auditeurs, puisqu'elle a été plébiscitée pour être nominée pour l'Hugo de la meilleure novelette, mais elle n'a pas pu être retenue à cause de son format audio. Elle a donc été publiée au format écrit pour pouvoir être éligible l'année suivante, et elle a même gagné le prix.

J'ai fini par lire "The Lady Astronaut of Mars" (disponible gratuitement en ligne) juste avant de rédiger cette chronique, et en-dehors du fait que cette nouvelle m'a fait littéralement pleurer au bureau quand je l'ai lue sur mon temps de midi, je peux vous dire que ce récit est absolument magnifique et que j'aurais été déçue si on n'en avait pas appris plus sur Elma et son passé. C'est là qu'intervient "The calculating stars", un roman sorti cette année, déjà suivi d'un second tome dans la série "Lady Astronauts", avec deux autres tomes annoncés pour 2020 et 2022. Cette série se concentre sur la conquête spatiale à marche forcée dans les années 1960 et le rôle que les femmes y jouent malgré les préjugés.

Après cette longue introduction, je vais essayer de résumer mon avis en quelques lignes : j'ai adoré ce roman. Il est tout simplement parfait. La prémice est originale, puisqu'au lieu de situer la conquête spatiale dans le futur, ce roman est une uchronie où une catastrophe environnementale majeure oblige l'humanité, dès les années cinquante, à collaborer pour créer des colonies sur d'autres planètes et évacuer la terre à moyen terme. On y croise Werner Von Braun, la ségrégation raciale et la guerre froide sont encore d'actualité, et les trajectoires des fusées sont calculées par des "computers" qui ne sont pas des ordinateurs mais de jeunes mathématiciennes armées de papier, de crayons et de cartes perforées. Le résultat est un mélange de rétro et de futurisme qui est très réussi.

L'autre gros point fort de ce roman, c'est son héroïne. Impossible de ne pas adorer Elma dès les premières pages. C'est une mathématicienne hors pair avec un talent particulier pour les calculs mentaux, une pilote passionnée qui a fait partie de l'U.S. Air Force pendant la première guerre mondiale, une épouse très amoureuse d'un homme presque trop parfait que pour être réaliste, et aussi une femme pleine d'humour et capable de réparties cinglantes. Et pourtant, elle cache une terrible faiblesse qui je pense résonnera auprès de beaucoup de femmes (et d'hommes) et qui la rend tellement humaine et tellement proche. Malgré ses talents presque incroyables et son destin hors du commun, ce n'est pas une super-héroïne infaillible, c'est une femme de son époque qui fait de son mieux pour réaliser ses rêves et se comporter avec justice. Elle est très actuelle et très, très attachante.

L'intrigue est parfaitement maîtrisée, avec de nombreux moments de tension (les décollages de fusées en particulier sont racontés de façon magnifique) et aucun temps mort. Les sauts dans le temps ont parfois été un peu difficile à repérer pour moi, mais c'est parce que le montage de l'audiolivre ne les indiquait pas assez à mon goût ; quand on n'a pas de repère visuel, un temps mort devrait le remplacer. Plus la lecture avance, et plus on se rend compte que ce roman n'a pas vraiment pour objet la conquête spatiale, c'est plutôt une façon d'explorer des thèmes très modernes : le féminisme avant tout, le racisme, la maladie mentale, et même le changement climatique. C'est en réalité un roman qui ne se contente pas d'être agréable à lire, bien écrit, plein d'aventures et peuplé de personnages attachants, c'est aussi un récit très riche car il aborde beaucoup de sujets qui nous concernent tous.

En résumé : si vous lisez l'anglais, foncez acheter ce roman, et si ce n'est pas le cas, je suis sûre que ce petit bijou sera traduit dans pas trop longtemps.  En ce qui me concerne, je fonce sur le deuxième tome qui, d'après les critiques, est aussi bon que le premier !



Pour en savoir plus :
- la nouvelle "The Lady Astronaut of Mars" dont ce roman est le préquel.

L'apprentissage du guerrier, de Lois McMaster Bujold


Je vous avais promis de continuer la saga Vorkosigan pour découvrir les aventures de son héros principal, Miles... Et voilà une promesse qui m'a fait passer un bon moment !


Résumé :

Miles Naismith-Vorkosigan a 17 ans et rêve d'entrer à l'Académie Impériale de sa planète, Barrayar. Malheureusement, un attentat avant sa naissance a limité sa croissance et rendu ses os très fragiles, et même sa position d'héritier d'un titre de conte et de fils du premier ministre de l'Empereur ne lui permet pas de surmonter de tels obstacles à une carrière militaire. Le temps de se trouver un autre avenir, Miles emmène son garde du corps, Bothari, et la fille de celui-ci, Elena, en vacances chez sa grand-mère sur la planète Beta. Il espère en profiter pour découvrir l'identité secrète de la mère d'Elena ; à la place, de petit mensonge en gros coup de poker, Miles se retrouve embarqué au coeur d'aventures de plus en plus périlleuses où la seule chose qui peut le sauver c'est son ingéniosité et son immense culot.


Mon avis :

J'ai mis un mois à lire ce livre, mais uniquement parce que je l'ai commencé juste après les deux premiers tomes de cette série, narrés par la mère de Miles, Cordélia ; j'avais adoré les aventures de Cordélia et des autres héros, et j'ai eu un peu de mal à m'adapter aux aventures de son fils, beaucoup plus légères de prime abord.  Mais après une petite pause aux environs des 20% du livre, je l'ai repris en main et je ne l'ai plus lâché.

Miles Vorkosigan nous apparaît d'abord comme un jeune homme un peu léger, pas méchant mais capable de n'importe quel coup de tête. Malgré sa faiblesse physique, il est plein de fougue et déborde d'énergie. Né dans une des familles les plus puissantes sur sa planète, il a eu une enfance choyée et se croit capable de tout. Sa légère arrogance de gamin trop gâté m'a un peu énervée au début, et le roman, même s'il ne manque pas d'action, a mis un certain temps à me convaincre.

Puis Miles part en vacances et se retrouve d'emblée dans une situation qui ne le concerne pas du tout et où il s'immisce à coups de demi-mensonges et de promesses basées sur rien. Ce qui lui permet de s'offrir un ami et un mode de transport, mais qui l'oblige aussi à se lancer dans une aventure périlleuse pour payer sa dette. Puis l'aventure tourne mal, alors il doit tisser de gros mensonges complexes pour s'en sortir, ce qui lui met de plus grands problèmes encore sur les bras, et de fil en aiguille la situation devient incontrôlable.

Inutile de dire qu'à partir du moment où les choses sérieuses commencent, impossible de lâcher le livre. A chaque page, on se demande comment Miles va se sortir de la situation inextricable où il s'est mis, et jamais il ne nous déçoit. Miles, malgré son jeune âge, possède un talent prononcé pour comprendre l'état d'esprit de ses interlocuteurs et les manipuler ; il a un véritable génie stratégique, même s'il n'a pas la formation militaire nécessaire ; il a un culot infernal ; et surtout, il a une chance gigantesque et il sait en tirer parti au maximum. Ca pourrait en faire un personnage insupportable d'arrogance, mais via une narration centrée sur sa personne, l'autrice nous le présente comme un gamin un peu tête brûlée mais au grand coeur, qui se rend très bien compte qu'il joue avec le feu et au fond est à moitié mort d'inquiétude. Après avoir commencé toute cette aventure comme un jeu, il finit par se rendre compte qu'il joue avec la vie de ses compagnons et des personnes qu'il manipule. Et même s'il ne rêve que de faire partie de l'armée, quand il fait face à la mort, il se rend compte que ce jeu est bien plus sérieux qu'il n'aurait voulu. Son développement personnel, introduit assez subtilement, est aussi un aspect important de ce roman.

Un autre aspect marquant de ce roman, c'est le fait d'avoir choisi comme héros un jeune homme fragile physiquement. Miles est très loin des stéréotypes du héros d'aventures : il est particulièrement petit, ses os cassent comme du verre, et il est physiquement loin des canons de beauté (son cou est tellement court que les cols des uniformes lui font mal, par exemple). Son seul atout est d'être le fils de son père, ex-régent et premier ministre de sa planète, une situation qu'il utilise à son avantage tout en évitant habilement les critiques de népotisme. Ce choix de héros est particulièrement surprenant vu que l'intrigue se déroule dans une société militariste et assez rétrograde socialement, où la force physique est une grande partie du prestige d'un homme. Quand on le rencontre, Miles semble avoir appris à vivre avec ses faiblesses physiques et à les compenser par l'intelligence et la volonté. Le roman commence d'ailleurs sur une situation où, même s'il a tout fait pour contourner l'obstacle, son ambition se heurte irrémédiablement à ses limites physiques, mais Miles ne se laissera pas abattre et trouvera une autre route détournée qui lui permettra de réaliser ses rêves. A mon avis, avoir choisi pour héros un homme physiquement petit mais mentalement gigantesque est un des grands atouts de ce roman et ce qui le distingue des autres romans de science-fiction et d'aventure.     

En résumé, nous avons ici un roman qui commence avec pas mal d'humour, se poursuit avec des aventures effrénées menées par un jeune héros au culot inégalé, et qui se termine sur un ton plus sombre et plus sérieux. L'ensemble forme une série de montagnes russes pour le lecteur et une fois commencé, ce roman est difficile à lâcher. En ce qui me concerne, je compte bien poursuivre la série des aventures de Miles Vorkosigan, car même si elles sont très différentes de celles de ses parents (que j'ai adorées), ce tome m'a mis l'eau à la bouche.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre
- acheter ce livre sur Amazon

The Tea Master and the Detective, d'Aliette de Bodard


Encore un peu de science-fiction, messieurs-dames ? Je vous l'offre autour d'un thé à la chinoise, à bord d'un vaisseau sentient, en compagnie d'un Sherlock Holmes du futur...


Résumé :

Dans un futur lointain où les hommes habitent dans des habitats spatiaux dispersés, The Shadow's Child (L'Enfant de l'Ombre) est un vaisseau sentient, l'incarnation sous forme de machine d'un esprit humain. The Shadow's Child, traumatisée par une attaque où tout son équipage a été massacré, refuse de s'aventurer dans l'espace intersidéral et est contrainte de survivre sans quitter son port d'attache en vendant des infusions qui altèrent subtilement les facultés mentales à la demande de ses clients. Un jour, une nouvelle cliente mystérieuse et arrogante lui demande de l'aider à récupérer les corps de victimes d'accidents spatiaux pour mener des expériences. Mais cette mission simple entrainera vite The Shadow's Child dans une enquête criminelle qui l'obligera à faire face à ses peurs...


Mon avis :

Je ne sais plus comment je me suis retrouvée à suivre l'autrice franco-américaine Aliette de Bodard sur twitter, mais quand elle a mentionné sa dernière novella publiée, son résumé a tout de suite attiré mon attention : "Sherlock Holmes dans un empire galactique d'inspiration vietnamienne, où Holmes est un savant excentrique et Watson un vaisseau militaire sentient et bougon."  J'aime beaucoup la SF (y-compris le space opera), j'adore les aventures de Sherlock Holmes, et j'apprécie toujours une bonne réécriture dans son univers... Mais là, le niveau d'originalité était plus que prometteur !

Je vous le dis tout de suite : je n'ai pas été décue. Dépaysement guaranti sur tous les fronts. Pour le cadre : une société très futuriste, où les transports se font via des vaisseaux sentients, construits autour d'une véritable âme (esprit ? identité ?) humaine, qui donc pensent, ressentent et ont la même individualité que les humains. Les avancées techniques se remarquent aussi via un haut degré de virtualisation : les pièces d'habitation sont remplies d'hologrammes d'objets, les vaisseaux sentients se projettent en image pour communiquer n'importe où et avec n'importe qui.  Pour l'ambiance : on est dans une société dominée par la culture asiatique, où les lieux et les choses ont des noms poétiques ("Scattered Pearls Belt", "Shadow's Child",...) et la cérémonie du thé a pris une toute nouvelle dimension. Pour les personnages : un Sherlock Holmes dans la peau d'une femme vietnamienne au passé mystérieux, ce qui ne l'empêche absolument pas d'être très reconnaissable ; et un Watson (apparemment féminin, mais c'est peut-être parce qu'en anglais un navire est toujours féminin grammaticallement) qui a pris la forme d'un vaisseau spatial spécialiste en potions délicates, peut-être un peu plus appauvri, mélancolique, méfiant et traumatisé par la guerre que dans sa version originale.

Ca fait donc beaucoup de nouveauté, et pourtant, on glisse dans ce monde sans le moindre effort. La narration est belle et efficace. L'autrice ne prend pas la peine de faire les présentations, elle nous offre son monde sans explications et malgré les multiples facteurs de dépaysement, on s'y retrouve facilement. Savoir présenter un univers entièrement neuf et très différent du nôtre sans passer par de longs détours didactiques et sans perdre le lecteur, c'est un vrai talent.

En ce qui concerne l'intrigue en elle-même, nous avons une enquête qui est forcément relativement simple, étant donnée le format court et plusieurs aspects que l'on explore en parallèle : le passé et la situation de Shadow's Child, l'identité et le passé de sa nouvelle cliente. L'esprit brillant de l'enquêtrice est moins mis en avant que celui du Sherlock original, mais son arrogance est bien là, ainsi que sa personnalité surprenante, mi-insultante et mi-attentive. C'est pourtant l'aspect qui m'a laissé un petit goût de trop peu : j'aurais voulu une enquête plus alambiquée, un mystère qui se dénoue moins facilement, et aussi plus de réponses concernant le passé de Shadow's Child et l'avenir du duo. La fin laisse espérer une collaboration sur le long terme, mais rien n'indique que l'autrice a prévu d'en faire le début d'une série. D'un autre côté, ca fait toujours plaisir, un récit de science-fiction débordant d'originalité mais présenté dans un format qui se dévore en quelques heures. Ca permet un peu de délassement et de découverte sans un engagement dans la durée, et ca oblige l'auteur ou l'autrice à démontrer son talent dans la concision. A ce jeu-là, Aliette de Bodard m'a entièrement convaincue.


Pour en savoir plus :

Premières lignes #14


Aujourd'hui, c'est le jour de notre rendez-vous "Premières lignes", créé par Ma Lecturothèque et découvert chez Bettie Rose. Le principe est simple : chaque dimanche, je prends un livre et je vous cite les premières lignes du récit. C'est généralement ce que je fais pour choisir un livre dans une librairie, et c'est un bon moyen pour vous donner un mini aperçu des romans qui m'ont marquée.

Cette semaine, je vous présente...


Le jour où la guerre fut déclarée, une pluie de téléphones s'abattit avec fracas sur les pavés de Novy Petrograd, tombant en averse du ciel. Certains d'entre eux avaient à moitié fondu sous la chaleur de l'entrée en atmosphère ; d'autres carillonnaient et cliquetaient, refroidissant rapidement dans la fraîcheur du petit jour. Un pigeon curieux s'approcha en sautillant, la tête penchée sur le côté ; il donna un coup de bec sur la coque brillante d'un des appareils, puis s'éloigna d'un battement d'ailes alarmé quand celui-ci se mit à sonner. Une petite voix commença à parler :
- Bonjour. Tu veux bien nous distraire ? 
Voici le genre de premières lignes qui donnent envie de connaître la suite, vous ne trouvez pas ?  Elles donnent aussi un petit aperçu du côté déjanté de ce roman de science-fiction dont je vous parle ici

Barrayar, de Lois McMaster Bujold


Lorsque j'avais lu le premier tome de la saga Vorkosigan, "Shards of Honour", je m'étais promise de continuer la série.  Voici donc le deuxième tome, qui suit de si près le premier qu'il m'est impossible de parler de l'un sans dévoiler l'autre. Par conséquent : attention, spoilers sur le tome 1 !


Résumé : 

Cordelia Naismith, ancienne capitaine de vaisseau de la colonie Beta, était venue sur la planète Barrayar pour pouvoir mener une vie tranquille avec l'Amiral Aral Vorkosigan, depuis peu à la retraite. Tout a changé lorsque Vorkosigan a accepté, à la mort de l'Empereur, de devenir régent pour protéger l'héritier du trône qui n'a que cinq ans. Mais l'Empire de Barrayar est très instable, de nombreux nobles sont prêts à prendre le pouvoir par la force et l'assassinat, et la tâche du régent est aussi difficile que dangereuse. Cordelia, enceinte, doit s'adapter à la culture de sa planète d'adoption, servir de soutien à son mari, résoudre les conflits au sein de leur entourage, et surtout naviguer dans un environnement où la mort n'est jamais loin.


Mon avis :

Après avoir lu "Shards of Honor", le premier tome de la saga Vorkosigan, j'avais été tellement enchantée que j'ai sauté immédiatement sur le second, Barrayar. Bien qu'il ait été écrit beaucoup plus tard, il suit immédiatement le tome précédent. A la fin de Shards of Honor, Aral Vorkosigan acceptait à contrecoeur de devenir régent pour protéger l'Empire et essayer de maintenir la stabilité et la paix. Dans ce tome-ci, Cordelia, qui l'a poussé à faire ce choix, en subit les conséquences.

Ces deux tomes forment donc une seule histoire, qui constitue une préquelle aux aventures de Miles Vorkosigan, le héros principal de la saga qui porte son nom. Miles est pourtant déjà au coeur de cette intrigue-ci, sous forme de fœtus ; tandis qu'Aral est occupé à sauver sa planète, Cordelia, elle, s'acharne à protéger la vie de ce bébé qui n'est pas encore né. Et sa tâche n'est vraiment, vraiment pas facile.

Comme pour le tome précédent, celui-ci est plein d'action et d'aventure, mais contrairement au précédent, il n'est pas divisé en plusieurs parties. L'intrigue est relativement linéaire et permet à la pression de monter progressivement jusqu'à un final en apothéose. Plus les pages défilent, plus la tension devient insoutenable. J'ai carrément dévoré le dernier tiers en une nuit !  

Cordélia et Aral restent fidèles à eux-même, tels que je les avais adorés dans le premier tome : pragmatiques, forts et tendres à la fois. Aral est dans son élément et on découvre, sans surprise, ses talents de commandement. Cordelia est longtemps assez passive, perdue comme elle l'est dans sa nouvelle patrie qu'elle comprend difficilement. Tous les moments où elle est perdue au sein d'une culture qui lui échappe en partie m'ont particulièrement touchée, moi qui suis un peu dans la même situation. Mais Cordelia était et reste un Commandant ; elle sait se battre, réagir au danger, gagner la loyauté de ceux qui la servent, et surtout, elle a un talent incroyable pour lire les sentiments et traduire les non-dits. Quand il faut, elle saura même affronter son mari, et lui, malgré son énorme pouvoir au sein d'une société très patriarcale, ne manque jamais de reconnaître et respecter ses avis.  Dans l'intimité, il la surnomme "Dear Captain", ce qui dans sa bouche est un magnifique compliment et une grande marque de respect. Ce couple est tout simplement parfait.

Ce tome est aussi celui où Cordelia cherche et trouve sa place en tant qu'étrangère sur Barrayar - d'où le titre du roman, car aux yeux de Cordelia, le fond de l'intrigue c'est cette planète et ses habitants. Elle qui vient d'une société plus avancée d'un point de vue social (en tous cas, sur certains points) est un peu notre guide et s'insurge à notre place quand elle rencontre une coutume barrayarenne moralement inacceptable. Ce faisant, elle fait ressortir et encourage les tendances humanistes et progressistes de son mari. Franchement, ça fait longtemps que je n'avais plus autant apprécié les héros d'un roman. 

Les personnages secondaires valent aussi leur pesant d'or. Kou et Drou sont adorables et leur histoire inutilement compliquée offre un peu de "comic relief" au coeur d'événements difficiles. Mais le sergent Bothari est peut-être le personnage le plus intéressant parmi ceux qui accompagnent Cordelia et Aral : à mi-chemin entre psychopathe et héros, c'est un homme tellement éclaté, tellement en souffrance et tellement dangereux, que je ne comprends pas comment l'autrice a réussi à en faire un personnage crédible. Un véritable tour de magie.

Dans ma chronique du tome précédent, j'avais un peu éludé la question du style narratif, que j'avais du mal à décrire. J'ai enfin compris sa particularité : l'autrice évite d'utiliser des adjectifs pour fournir des informations sur l'état d'esprit d'autres personnages que la narratrice. Par exemple, au lieu d'écrire "Machin, surpris, se tourna vers Cordelia" elle préférera "Machin se tourna vers Cordelia, qui lut la surprise sur son visage". C'est une approche très logique au fond, puisque le choix est de tout voir au travers des yeux de Cordelia, qui ne peut connaître les réactions des autres sans les constater elle-même. Mais c'est aussi un peu surprenant car le lecteur a un peu moins d'information, et il la reçoit un peu plus tard, en même temps que Cordelia elle-même comprend les choses ; par exemple, si Cordelia ne lit pas la surprise sur le visage du personnage, il faudra par la suite deviner que Machin était surpris quand il s'est tourné vers elle. C'est un de ces romans où le lecteur doit parfois être un peu actif pour tirer lui-même les conclusions qui découlent des observations de l'héroïne. C'est en tous cas une particularité qui rend le style narratif de l'autrice assez distinctif.

En résumé, tout est parfait dans ce roman. J'ai mis un peu plus de temps à y entrer pleinement que dans le premier tome, où l'histoire d'amour entre Aral et Cordelia m'a tout de suite convaincue, mais la galerie des personnages et la tension de l'intrigue m'ont petit à petit accrochée au point que je ne pouvais plus le lâcher. Je sais que le tome suivant change de point de vue, et si j'ai hâte de faire la connaissance de Miles, je suis aussi un peu triste de quitter Cordelia. Quoi qu'il en soit, voici une série que j'ai hâte de poursuivre !


PS: quelqu'un peut-il m'expliquer qui est le personnage derrière Cordelia sur la couverture extrêmement moche des éditions J'ai Lu


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Head On, de John Scalzi


John Scalzi est l'un de ces auteurs dont je ne rate aucune sortie, alors voici mon avis sur le roman qu'il a publié le mois passé !


Résumé :

Peu de choses ont changé pour l'agent du FBI Chris Shane depuis sa toute première enquête. Dans ce futur où une partie de la population a été touchée par un virus qui rend le cerveau incapable de communiquer avec le corps, les victimes, appelés Haydens, peuvent télécharger leurs capacités mentales dans un robot, un tweep, ou passer du temps dans un espace virtuel, l'Agora. Ils ont aussi leur propre sport : le Hilketa, une sorte de football américain qui consiste à arracher la tête d'un autre joueur puis de l'utiliser pour marquer un goal. Etant donné que tous les joueurs sont des Haydens et qu'arracher la tête d'un tweep ne leur fait aucun mal physique, ce jeu apparemment violent est en fait sans danger... jusqu'au jour où un joueur meurt mystérieusement en plein match. Chris Shane et sa partenaire sont chargés de déterminer la cause de cette mort, malgré les pressions des investisseurs dans ce sport en plein essor.


Mon avis :

J'attendais ce roman avec impatience, tant je sais qu'avec John Scalzi, je ne suis jamais déçue. Cet auteur n'écrit pas de romans qui vont révolutionner le genre de la science-fiction, mais il produit avec régularité des histoires passionnantes pleines de rebondissements et d'humour. Pour profiter à fond de ce roman sur lequel je me suis jetée dès sa sortie le 17 avril, j'ai été jusqu'à ré-écouter l'audiolivre du premier tome de cette série, Lock In (en français : Les Enfermés). Chacun des tomes est sensé être indépendant, et ils le sont, mais j'avais envie de rafraîchir ma mémoire sur les aspects importants du monde créé et les détails de la première enquête de Chris. Et puis, pour le plaisir, aussi !

Cette série est un joyeux mélange de science-fiction et de roman policier, voire même économico-policier. Le décor est un monde légèrement futuriste (disons, à vingt ou trente ans d'ici) où un pourcent de la population a besoin de s'incarner dans un robot pour vivre une vie normale.  Les implications sont nombreuses : physiques ("avoir la tête ailleurs" prend un tout nouveau sens très concret), économiques (un robot coûte très cher), juridiques (robot = voiture ou prothèse ?), sociales (discrimination), etc, mais c'est surtout vraiment très, très cool et offre une infinité de possibilités narratives. Par exemple, le fait que Chris ne meurt pas même si son tweep est complètement détruit permet de créer des scènes d'actions assez fabuleuses. Rien que dans ce tome, Chris est brûlé, on lui arrache la tête, on le percute en voiture (deux fois), et il se fait taper dessus par un robot encore plus gros que lui. Cet aspect permet aussi d'intégrer plein de petits soucis plutôt comiques, comme tomber en panne de batterie. C'est déjà pénible quand il s'agit d'un téléphone, alors imaginez quand c'est le robot qui vous sert de corps  :D

L'intrigue prend la forme d'une enquête policière relativement classique dans sa construction. Un sportif meurt brutalement, sa ligue a l'air de vouloir cacher des infos aux enquêteurs, il a aussi des problèmes de couple, les pistes se multiplient, les indices s'accumulent, il y a d'autres morts...   Et nos deux enquêteurs se démènent pour démêler les pistes, découvrir les enjeux et arrêter le massacre. Comme c'était le cas dans le tome précédent, il y a un aspect économique assez marqué, ce qui nécessite quelques exposés parfois un tout petit peu ardus, mais rien d'insurmontable. L'intrigue se déroule également dans le milieu du sport professionnel, sur le modèle du football américain, baseball, hockey, etc, ce qui ravira les fans de ce genre de sport sans ennuyer les autres (dont je fais partie). Et surtout, il y a l'humour très américain typique de John Scalzi, plein de réparties cinglantes, de bons mots bien placés et de dialogues plus percutants que réalistes. C'est le genre de roman qui semble écrit comme un scénario de film d'action à gros budget, avec beaucoup d'action, des héros grandes gueules et grand coeur, quelques retournements de situation et les bons qui gagnent à la fin. John Scalzi est le maître de la formule divertissement grand public, et comme toujours, il maîtrise parfaitement son art.

En résumé, ce n'est pas le roman qui va révolutionner la SF, c'est "juste" une bonne idée parfaitement utilisée pour offrir au lecteur quelques heures de détente intense, avec en plus une pointe de réflexion sur le handicap et sur le genre (via un tour de passe-passe narratif que je vous laisse découvrir). Pas besoin d'aimer la SF pour apprécier ce genre de roman, mais je conseillerais quand même de commencer par Lock In, même si en théorie ce deuxième tome peut se lire individuellement du premier. Personnellement j'ai passé un excellent moment de lecture, et j'espère que l'auteur pourra encore proposer de nouvelles aventures dans le même univers qui est plein de potentiel. 

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Shards of Honour, de Lois McMaster Bujold


Malgré ma gigantesque PAL et plusieurs lectures entamées ou urgentes, j'ai commencé récemment une nouvelle saga de SF, la saga Vorkosigan !


Résumé :

Le capitaine Cordélia Naismith est à la tête d'une équipe de scientifiques en charge d'étudier la faune d'une planète récemment découverte, quand son camp est attaqué brutalement par une troupe armée venant d'une planète ennemie. Tandis que son équipe a réussi à s'enfuir avec leur vaisseau spatial, Cordélia et un collègue dont le cerveau a été endommagé sont fait prisonniers par le commandant du groupe ennemi, Aral Vorkosigan, qui a fait lui-même l'objet d'une mutinerie. S'en suit un périple dangereux à travers une faute et une flore inconnues pour rejoindre le camp de Vorkosigan, pendant lequel Cordélia va apprendre à connaître cet homme qui a une réputation de guerrier particulièrement cruel.


Mon avis :

D'habitude, quand je lis en VO un roman qui a été traduit en français, je donne son titre en français comme en-tête de ma chronique parce que je suppose que la plupart de mes lecteurs souhaiteront le découvrir dans cette langue. Cette fois-ci, je ne le fais pas parce que la traduction apparemment la plus connue dévoile à elle toute seule un point majeur de l'intrigue, celui qui m'a le plus marquée. Je peux seulement vous dire que dans les dernières traductions, ce roman s'appelle L'Honneur de Cordelia. J'ai une sainte horreur des spoilers, et je me suis déjà énervée plusieurs fois contre les spoilers dans les quatrième de couverture, mais là, dans la traduction du titre... bravo, messieurs les éditeurs, vous avez fait très fort. Pour ceux qui connaissent la série, je précise que (spoiler - surligner pour lire) je parle du titre "Cordélia Vorkosigan", qui dévoile dès le début que Cordélia va épouser Aral Vorkosigan.

Mais reprenons au début. Encore une fois, ce roman a atterri dans ma liseuse par des moyens détournés et surprenants. Un jour, je procrastinais gentiment devant mon ordi tout en me disant que je ferais mieux de prendre un bon bouquin. J'avais envie de science-fiction (j'ai souvent envie de science-fiction, vous l'aurez peut-être remarqué) et je me suis dit que je pourrais aller piocher des idées parmi les gagnants des prix Hugo des dernières années. Lois McMaster Bujold y figure de façon prominente, étant donné qu'elle a gagné le Hugo du meilleur roman pas moins de quatre fois. Plusieurs de ces romans primés font partie de la saga Vorkosigan qui a aussi obtenu un Hugo spécial de la meilleure série.

L'étape suivante fut de déterminer par où commencer cette série qui a, comme souvent, une chronologie et une histoire de publication un peu compliquées, et je me suis décidée pour ce tome. Il fut le premier écrit, parmi les premiers publiés, et même si la partie de la série la plus connue concerne le héros Miles Vorkosigan qui n'y apparaît pas, il marque le début d'une chronologie assez serrée (un autre tome se situe plus tôt chronologiquement, mais il a été écrit longtemps après). Cet historique un peu complexe explique probablement le spoiler dont je vous ai parlé dans la traduction du titre : la version française de ce roman a été publiée après d'autres volumes plus connus de cette saga, et (spoiler - surligner pour lire) de nombreux lecteurs savaient probablement déjà que Cordélia et Aral se marieraient; le fait que l'histoire narre les circonstances de leur rencontre, et donc de l'origine de Miles, devaient être un certain argument de vente.

Bref. Comme ça m'arrive très souvent, une fois ce livre acheté et téléchargé sur ma liseuse, je l'ai complètement oublié pendant un certain temps, jusqu'à l'y retrouver au hasard bien plus tard. Je l'ai donc découvert en toute naïveté, comme j'aime. J'ai eu le plaisir de faire la connaissance de Cordélia Naismith, une femme volontaire, courageuse, qui dès le début démontre à la fois sa force, son humanité, et sa capacité à surmonter ses préjugés. J'ai aussi découvert Aral Vorkosigan, ce militaire dur mais intègre, capable de diriger mais aussi de faire confiance, viril et sensible. Suivre ces deux personnages qui entament un périple dangereux mais vont aussi apprendre à se connaître malgré leurs énormes différences culturelles et leurs préjugés fut un vrai plaisir.  Je crois que c'est ce que j'ai le plus aimé dans ce roman : des personnages réalistes, à peine décrits pour qu'on puisse faire leur connaissance en même temps qu'ils font la connaissance l'un de l'autre, et que j'ai appréciés dès le début.

Le reste de l'intrigue est divisé en plusieurs parties où ils vont évoluer séparément, se perdre et puis se retrouver pour se perdre à nouveau. J'ai été surprise par cette intrigue divisée en aventures séparées, comme s'il s'agissait d'une série rassemblée en un seul volume. Ce n'est pas un défaut pourtant, car ça ajoute au réalisme : dans la vraie vie, les choses se déroulent rarement de façon linéaire.

Les aventures de nos personnages se déroulent sur un fond politique et culturel où plusieurs branches de l'humanité, essaimée sur différentes planètes, ont évolué séparément et développé des cultures assez différentes. Il y a un gros aspect space opera, avec une bonne dose d'action, mais aussi beaucoup de cachotteries, de secrets et de double-jeux. Je suis toujours un peu triste de lire des récits de science-fiction qui se déroulent dans un futur lointain mais dont les acteurs font face aux mêmes problèmes que ceux que nous rencontrons : la xénophobie, la loi du plus fort, les meurtres politiques, le nationalisme qui s'exprime par la guerre. Je suis peut-être un peu naïve mais j'imagine un monde qui évolue, lentement mais sûrement, pour s'éloigner de ces bêtises. Le monde de Cordélia et surtout celui de Vorkosigan n'ont pas beaucoup évolué socialement: la planète Beta dont vient Cordélia est évoluée technologiquement mais n'a que peu de respect pour les libertés individuelles, et celle de Vorkosigan est un Empire fondé sur une aristocratie guerrière. Tous deux s'insurgent contre cet état de fait, cependant, et le récit tourne aussi autour de ces questions : comment servir son pays en tant que soldat quand on souhaite la paix, vaut-il mieux essayer de changer les choses en intégrant un système corrompu ou refuser d'y participer, et de façon plus générale, comment vivre avec honneur quand on fait partie d'une machine sociale qui n'en possède aucun. Ce sont des questions qui résonnent déjà de nos jours.

Je suis peu satisfaite de cette chronique parce que ce roman fut un vrai plaisir qui m'a envoûtée au bout seulement de quelques pages, et je n'arrive pas à expliquer clairement pourquoi. Je pense que c'est avant tout les personnages et leur relation qui m'a beaucoup plu; ils sont très terre-à-terre, mais ils m'ont semblé très réels et m'ont touchée de façon surprenante. L'intrigue est prenante, le monde facile à assimiler, et la narration ne s'encombre pas de fioritures tout en restant très efficace. Autrement dit, j'ai été conquise au point d'acheter directement la suite de ce tome. Un début prometteur pour cette série, en ce qui me concerne !


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La main gauche de la nuit, d'Ursula Le Guin


Ça faisait longtemps que je devais lire ce grand classique de la science-fiction, et malheureusement il m'a fallu le décès de l'autrice pour m'y décider...


Résumé :

Dans un monde futuriste où l'espèce humaine s'est essaimée sur de nombreuses planètes, des peuples qui ont longtemps perdu contact se sont retrouvés et réorganisés au sein d'une association libre et non contraignante, l'Ekumen. Lorsqu'une nouvelle planète habitée par des humains qui ont développé une société évoluée est découverte, l'Ekumen envoie un représentant unique pour les encourager à rejoindre leur association sans les menacer. Genly Aï joue se rôle sur la planète Winter, un monde très froid dominé par deux grandes nations. Genly doit faire face à un système politique compliqué et dangereux, mais surtout à une énorme différence biologique : les habitants de Winter sont des hermaphrodites asexués qui deviennent tantôt hommes, tantôt femmes pendant une courte période de reproduction. La bonne volonté de l'Envoi est mise à l'épreuve face à ces êtres auquel il ne peut pas appliquer ses schémas d’interaction, et il en vient à méconnaître le seul autochtone qui croit vraiment en lui.


Mon avis :

Lors de ma scolarité, j'ai eu la chance de croiser un professeur de français qui, je ne m'en rends compte que maintenant, avait à coeur de nous faire découvrir un éventail de genres littéraires bien plus large que ce qui est préconisé par le programme classique. A l'époque nous avions étudié pendant quelques semaines la science-fiction (avec notamment un devoir sur le film "Blade Runner") et je me rappelle que "La main gauche de la nuit" avait été l'un des romans recommandés. J'étais donc persuadée de l'avoir lu à l'époque (sans en garder aucun souvenir) jusqu'à ce que le décès d'Ursula Le Guin il y a quelques semaine ne remette ce titre sur l'avant de la scène et que je me rende compte, avec grande surprise, que son résumé ne me disait absolument rien. J'ai décidé de réparer rapidement cette erreur et après plusieurs faux départs dus à mon manque de temps pour lire, j'ai fini par entamer et terminer ce roman culte.

J'avoue qu'au début j'ai été un peu déroutée. Les avis que j'avais lus parlaient d'une sorte de road-trip qui allait permettre à deux humains de différentes planètes d'apprendre à se comprendre, mais le road-trip en question n'arrive que dans la deuxième moitié du livre, même s'il est effectivement marquant. Le début, c'est surtout un récit politique. Au moment où l'aventure commence, Genly est sur Winter depuis déjà longtemps, il s'est installé dans le royaume de Karhide où il essaie en vain d'avoir une entrevue avec l'Empereur. Il est censé avoir le soutien du premier ministre Estraven, mais clairement il n'a pas confiance en lui, pour des raisons plutôt culturelles : il ne comprend pas la façon de s'exprimer des Karhide qui ont un sens de l'honneur très particulier, et puis il est très perturbé par l'hermaphrodisme d'Estraven et le fait que son comportement ne corresponde pas aux stéréotypes auxquels il est habitué. Tout à coup, alors qu'il a enfin obtenu une entrevue avec l'Empereur, la situation change brutalement, et Estraven autant que Genly seront envoyés sur les routes de leur monde, dans des positions parfois très difficiles...

Il y a beaucoup à dire sur ce roman qui est avant tout très "immersif".  Je mets des guillemets car ce mot peut avoir plusieurs sens : je ne parle pas de ces romans qu'il est impossible de lâcher des mains tant le suspense est incessant, je parle de ces romans qui nous plongent sans explication et sans efforts dans un monde fondamentalement différent du nôtre. Il n'y a pas d'introduction : l'existence de l'Ekumen et le rôle de Genly n'apparaissent qu'au fur et à mesure, quand il les explique à d'autres protagonistes. Le récit ne comprend aucune note subtile à l'attention du lecteur : on comprend que Winter est une planète très froide parce que Genly ne cesse d'avoir froid, on comprend qu'elle abrite deux principaux pays aux systèmes politiques très différents parce que Genly les visite, on se fait une idée de ses religion parce que Genly fait l'effort d'en apprendre plus. Le récit prend en fait la forme d'une double narration, d'une part le rapport de Genly à l'Ekumen, d'autre part le journal d'Estraven qui permet de se rendre compte des erreurs d'interprétation de Genly, mais il n'y a rien qui soit écrit à l'attention du lecteur lui-même. Le résultat c'est un récit particulièrement réaliste, dans lequel on est tout à coup immergé sans bouée, mais comme il est aussi très efficace, on évite la noyade.

La première partie est donc une série de voyages et de jeux politiques, parfois un peu obscurs. J'ai eu l'impression d'y voir une critique politique déguisée, avec d'un côté un pays avec beaucoup de liberté mais un système politique inefficace et injuste, de l'autre un système hyper bureaucratique, apparemment plutôt attractif, mais au final extrêmement répressif. Les parallèles historiques sont limités, mais ça donne quand même à réfléchir.

Je ne sais pas à quel moment j'ai fini par être vraiment happée par le récit. Au début j'avais l'impression de me retrouver dans un récit intéressant et bien écrit mais un peu austère, et puis arrivée à un certain point, quand ça a commencé à vraiment mal tourner pour Genly, je me suis rendue compte que j'étais captivée. Et là, comme on me l'avait prédit, commence la partie la plus mémorable du roman : ce tête-à-tête entre deux personnes si différentes qui vont enfin arriver à surmonter leurs incompatibilités pour pouvoir se comprendre et s'apprécier. Le suspense est insoutenable, le récit douloureux, l'exploit admirable, et au milieu de tout ça, il y a une véritable intimité qui se crée. J'en suis ressortie très émue, avec l'impression d'avoir cotoyé de très près cette paire peu conventionnelle.

Ce récit est connu pour sa description d'une société où la sexualité est très différente de celle que nous connaissons. Je pense que cet aspect a peut-être un tout petit peu vieilli, car la société a beaucoup évolué sur ces choses-là depuis sa parution. J'ai quand même été surprise par la délicatesse avec laquelle cet aspect est abordé. Plutôt que de se concentrer sur ce que ça implique pour la vie affective et sexuelle (bien que ce soit aussi abordé), les personnages font face à des problèmes beaucoup moins évidents, notamment concernant ce que ça implique pour la confiance et la compréhension entre les gens, sur la différence entre amour et amitié, etc. Genly est obligé de faire un travail personnel sur sa façon d'appréhender les (non-)différences entres les sexes, lui qui se pensait ouvert d'esprit, et c'est une belle leçon que beaucoup d'entre nous devrions aussi recevoir.

En résumé, voici un roman qui vaut la peine d'être patient. Si vous vous ennuyez un peu dans la première moitié, n'abandonnez pas: la suite est une véritable expérience.

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Binti, de Nnedi Okorafor


La lecture que je vous présente aujourd'hui est ma première plongée dans l'afrofuturisme...


Résumé :

La jeune Binti vient d'être admise à l'Université Oomza, le plus prestigieuse de la galaxie. Elle est la première représentante de son peuple tribal, les Himbas, à avoir cet honneur. C'est un chemin difficile sur lequel elle s'engage : elle n'a jamais quitté le désert qui l'a vue naître, elle doit partir en cachette car sa famille refuse catégoriquement qu'elle y aille, et elle doit aussi faire face aux autres peuples et aux autres races qui considèrent sa façon de vivre comme inférieure. Mais Binti ne manque pas de courage, et son talent très particulier pour créer des liens malgré les différences pourrait bien sauver sa vie et celle de beaucoup d'autres.


Mon avis :

Ces derniers temps, parmi les amateurs de science-fiction, on parle beaucoup d'afrofuturisme, ce sous-genre littéraire qui met en avant l'Afrique, les auteurs africains et l'expérience africaine. Ca faisait longtemps que je voulais le découvrir, et j'ai profité d'une promotion sur Audible pour acquérir l'audiolivre de ce récit assez court dont j'avais croisé le titre à plusieurs reprises.  Comme d'habitude je ne savais pas du tout à quoi m'attendre, car je préfère ne pas lire de résumé ou de critique avant de commencer ma lecture; la surprise a été totale, et le dépaysement aussi.

Dès le début, mini choc culturel : la narratrice a un joli accent chantant qui m'a demandé un peu de temps d'acclimatation. Avec les audiolivres, c'est difficile de savoir quelle partie de mes impressions concernant le livre vient du texte en lui-même, et quelle partie est influencée par le narrateur. Il m'est arrivé de commencer une série en audiolivre, puis de la continuer au format texte, et de découvrir une atmosphère tout à fait différente. Ici l'accent et le ton chantants m'ont peut-être fortement influencée, mais j'ai eu l'impression d'une histoire un peu poétique, légèrement perchée entre rêve et cauchemar, avec une héroïne plus jeune que son âge (peut-être parce qu'elle a grandi dans un milieu protégé ?) et un décor futuriste un peu nébuleux. En ne lisant qu'un résumé de l'intrigue on pourrait croire qu'il s'agit d'un space opera, mais l'ambiance est très différente.

En fait, j'ai eu l'impression que cette intrigue ne parle pas du tout de voyage spatial, de guerre intergalactique, de bestioles étranges ni même du futur: elle parle d'identité, de racisme, de culture, de déracinement. Binti est une jeune fille qui a grandi dans une communauté isolée, dont les coutumes ont dû s'adapter à la réalité du désert (par exemple il y a trop peu d'eau pour se laver alors on s'enduit le corps d'une pâte qui est devenue tellement importante que ne pas en être recouvert, c'est pire qu'être nu). Quand elle part, elle plonge non seulement dans une nouvelle vie, mais aussi au milieu de gens très différents d'elle, dont elle sait que beaucoup considèrent ses coutumes comme sales et barbares. Face aux regards insultants, elle voudrait passer inaperçue, mais elle ne peut pas renier ce qui est son identité. Elle a peur et elle doute d'une façon que l'on n'imagine pas quand on a vécu toute sa vie dans un milieu où on n'a jamais été l’intrus.  

Au final, le message de ce récit est un message d'espoir : c'est parce qu'elle est différente que Binti va pouvoir faire changer les choses, et une preuve matérielle très concrète de sa différence sera finalement la clé qui permettra de faire le lien entre deux ennemis. Je ne veux pas en dire plus pour ne pas gâcher la surprise à ceux qui liront cette histoire, mais je peux vous dire que c'est cette interprétation qui m'a sauté aux yeux et qui lui donne toute sa saveur.

En ce qui concerne les points négatifs, je dois avouer que le côté un peu "rêveur" du récit est plutôt un négatif pour moi (et moi toute seule !) car je suis une personne trop terre-à-terre pour l'apprécier pleinement. Les défauts dans la logique d'une intrigue m'énervent, et ici j'en vois un très, très gros, qui m'a vraiment dérangée. Du coup j'hésite à poursuivre avec le tome 2 de cette trilogie ; peut-être sous format papier, pour vérifier si l'atmosphère est toujours la même ou si elle venait de la narratrice ?

Bref, voici une histoire courte dont je ne peux pas dire si elle est vraiment représentative de l'afrofuturisme, mais qui est certainement une magnifique métaphore pour représenter le déracinement qu'ont dû vivre et doivent encore vivre de nombreux Africains. C'est aussi, au premier degré, une belle histoire un peu poétique et pleine d'aventures. Et c'est certainement une expérience à tenter, ne serait-ce que pour un peu d'exotisme. 


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Touring with the Alien, de Carolyn Ives Gilman


Voici encore un avis sur un court récit en anglais ; je vous promets de ne pas vous parler que de ça toute l'année, mais j'en ai lu plusieurs récemment, et ça fait du bien entre deux pavés de fantasy !


Résumé :

Les extra-terrestres ont débarqué sur Terre, sans prévenir, sans combat. Depuis des mois, ils restent enfermés dans leurs capsules et ne communiquent que très peu, via des humains enlevés il y a une vingtaine d'année et élevés pour jouer le rôle de traducteurs. Jusqu'au jour où Avery, conductrice pour une sorte d'agence de voyages très spéciaux, reçoit une nouvelle mission : transporter un extraterrestre et son traducteur dans un bus aménagé pour faire, en secret, un petit voyage à la découverte de l'espèce humaine.


Mon avis :

Encore un récit court, une "novelette" cette fois-ci (je me perds un peu dans les catégories de longueur que nos amis américains adorent), qui avait été sélectionnée pour les prix Hugo de 2017 et que j'ai donc reçue en tant que votante. Elle n'a pas gagné dans sa catégorie, car le prix a été remporté par "The Tomato Thief" d'Ursula Vernon, ce qui est entièrement mérité à mon avis.

Ce n'est pas que "Une tournée avec l'extra-terrestre" (j'espère qu'ils vont trouver une meilleure traduction de ce titre que la mienne...) n'est pas intéressant. Au contraire, j'ai bien aimé la prémisse : un extra-terrestre a envie de découvrir l'humanité et part faire un petit tour en bus, façon touriste ; il pourrait se passer n'importe quoi, les possibilités sont immenses. Avery est sympa, mi-guide touristique et mi-agent secret ; l'extra-terrestre est vraiment un être différent, pas un humanoïde ; et son traducteur est un personnage surprenant, transplanté depuis tellement longtemps qu'il lui manque de quoi le rendre vraiment humain. Et leur voyage n'est pas ennuyeux, il se termine même sur une surprise que je n'avais vraiment pas vue venir.

Cependant, il manque quelque chose ; une intensité, une profondeur, un réalisme dans les motivations et la psychologie des personnages. La narration reste très plate et laisse le lecteur à l'écart. Quand Avery dit du traducteur "je l'aime bien", je suis surprise car je n'avais pas du tout pressenti son attachement. Et quand elle fait un choix vraiment extrême sur la fin, je ne saisis pas du tout ses motivations. Le voyage en lui-même est court et s'il arrive quelques petits trucs, au final c'est loin d'être une aventure échevelée. Je suis clairement restée sur un goût de trop peu, autant au niveau de l'intrigue que de l'intensité sentimentale.

Au final, voici une petite nouvelle que j'ai lue sans difficulté et sans ennui, mais je suis assez déçue : l'idée avait beaucoup de potentiel qui n'est pas réalisé, et la narration de la psychologie des personnages n'est pas bien gérée. Ce n'est pas une histoire qui me laissera un souvenir impérissable. 


Pour en savoir plus :

The Martian Obelisk, de Linda Nagata


Voici une autre de mes premières lectures de l'année, une nouvelle de science-fiction qui m'a beaucoup marquée et que je recommande chaudement. 


Résumé : 

L'humanité est condamnée. Tout le monde le sait : entre une série de catastrophes naturelles qui ne font qu'empirer et des guerres à n'en plus finir, l'espoir n'est plus permis. Susannah, architecte de renom, est résignée, mais a décidé que l'humanité ne disparaîtrait pas sans laisser une trace de son passage. Elle a réussi à convaincre un riche investisseur et a monté un projet grandiose, la construction téléguidée d'un obélisque immense sur la planète Mars. Mais alors que la construction s'achève, il va falloir faire un choix : sacrifier encore une vie de plus ou renoncer à l'ultime œuvre de l'humanité.


Mon avis :

En août, à l'occasion de la Worldcon, j'ai profité d'une promotion pour m'abonner à la version électronique du magazine Locus, une référence dans le monde de la SFFF outre-atlantique. En parcourant la dernière édition fin décembre, il y a une nouvelle de Linda Nagata qui faisait l'objet d'une recommandation et dont le sujet m'a tout de suite intéressée, alors je l'ai achetée et téléchargée sur ma liseuse, et voici comment j'ai découvert "L'Obélisque Martien".

Ce qui m'a tout de suite attirée dans ce récit, c'est l'idée très pessimiste : l'humanité est condamnée, et au lieu de se battre jusqu'au dernier moment comme dans les films américains, l'héroïne ne songe qu'à laisser un souvenir du passage de l'humanité, une sorte de chant du cygne, une entreprise colossale, inutile et qu'elle ne verra jamais. J'étais très curieuse de la façon dont cet état d'esprit particulier serait transcrit, et malgré la limite imposée par le format court, j'ai beaucoup aimé le résultat. Susannah a tout perdu, autour d'elle le moindre détail lui rappelle la déchéance de l'humanité, et comme c'est arrivé sur très peu de temps, elle sait mesurer précisément, tout comme nous le faisons, l'étendue de ce qui a été perdu. C'est triste mais pas larmoyant, assez défaitiste mais on comprend pourquoi. 

L'intrigue qui suit est très bien construite. Les éléments de compréhension sont apportés au compte-goutte, et le suspense est parfaitement maîtrisé, jouant en partie sur le délai de communication entre la Terre et Mars. L'auteur parvient à nous faire comprendre les enjeux et l'historique du projet, son importance pour les protagonistes, et tout le contexte qui l'accompagne, juste à temps pour que nous puissions partager le dilemme puis l'explosion de sentiments que vit l'héroïne. On sent le récit d'une auteure confirmée qui maîtrise parfaitement son art. J'ai été très vite plongée dans cet univers et je n'en suis ressortie qu'à contrecœur.

A histoire courte, chronique courte, car je ne voudrais pas vous gâcher la surprise, mais tout ce que j'ai à vous dire c'est ceci : si vous avez une heure ou deux à perdre et si vous maîtrisez l'anglais, n'hésitez pas à plonger sur cette nouvelle. C'est un vrai petit bijou. Je suis vraiment admirative du talent qu'il faut pour développer un monde futuriste et une intrigue dans un nombre aussi limité de pages, ce que Linda Nagata a parfaitement réussi à faire. Encore une lecture marquante pour bien débuter une nouvelle année !


Pour en savoir plus :
 

The Art of Space Travel, de Nina Allan


Aujourd'hui je vous parle d'une novella qui est assez différente de ce que son titre pourrait laisser croire... 


Résumé :

En 2047, des hommes ont tenté de coloniser Mars, mais le voyage s'est terminé en tragédie. Trente ans plus tard, une nouvelle expédition est sur le point de partir. Deux des astronautes, avant leur départ, vont passer une nuit à l'hôtel où Emily est manager, et c'est le branle-bas de combat avant l'arrivée de ces illustres clients. Au milieu de tout ça, Emily doit aussi s'occuper de sa maman qui décline mentalement et physiquement, et peut-être lui arracher le nom de son père avant qu'il ne soit trop tard.


Mon avis :

Cette novella qui se dévore en quelques heures faisait partie des nominations pour les Hugos de cette année et, en tant que votante, je l'ai reçue gratuitement à cette occasion. C'est très pratique d'avoir une petite collection de récits courts à intercaler entre des lectures plus conséquentes, comme une sorte d’entremets littéraire ! J'ai d'ailleurs dévoré celui-ci en quelques heures et il m'a fait du bien.

J'avoue que je me suis lancée dans sa lecture sans rien en savoir à part le titre ; je n'ai pas lu la quatrième de couverture, je n'ai jamais rien lu de cette auteure, je n'ai consulté aucun avis, j'ai juste ouvert l'ebook et je me suis lancée. Ce fut une excellente stratégie en fait, parce qu'avec le recul, je me rends compte qu'il pourrait être assez naturel d'être surpris par ce récit, peut-être même déçu. Contrairement à ce que laisserait entendre le titre et le résumé, il s'agit d'une histoire où la science-fiction est très peu présente, à peine une toile de fond. Il ne s'agit pas non plus d'un récit d'aventure avec voyage interplanétaire. Il s'agit plutôt d'un récit d'introspection, un tout petit bout de la vie de son héroïne, centré autour de la visite des astronautes qui réveille des questions longtemps enfouies. 

Autant vous le dire tout de suite : j'ai beaucoup aimé. C'est doux, c'est triste, c'est tendre. La narration est un peu disparate, elle suite la méthode du "stream of consciousness" où le narrateur partage le désordre de ses pensées. Mais ce n'est pas non plus confus ; simplement on se ballade dans la tête d'Emily, on découvre son passé, ses choix, son entourage. C'est un personnage attachant, réaliste, dont la vie n'a pas nécessairement pris les chemins qu'elle avait prévu, mais qui ne regrette rien. Et puis il y a sa mère que l'on découvre à travers ses yeux, une personne aimée mais qui a su rester mystérieuse, et la tristesse de la voir s'éloigner mentalement, beaucoup trop jeune.  Malgré tout le récit n'est pas triste, mais il est introspectif et touchant, et surtout il se termine sur une découverte que je n'avais pas vue venir et qui prend aux tripes. 

Voilà, en quelques mots, ce que m'a fait ressentir ce récit assez court mais très immersif. S'il vous tombe sous les yeux, ne le laissez pas passer ! 


Pour en savoir plus :
 

Terra Ignota, book 2 : Seven Surrenders, d'Ada Palmer


Je vous ai parlé récemment du premier tome de cette série, et je l'avais tout simplement adoré. Vous vous doutiez bien que je n'allais pas attendre longtemps avant de me jeter sur le deuxième, non ?


Résumé :

La vérité a éclaté, le secret est révélé : la société du vingt-cinquième siècle que décrit le criminel Mycroft Canner vit une paix basée sur un programme d'assassinats ciblés, organisés en collusion par la plupart des nations. Comment le public va-t-il réagir ? Est-il encore temps de sauver la paix planétaire maintenue depuis des générations ?


Mon avis :

Ce roman est la suite directe du premier tome de cette série, "Too Like the Lightning"; en fait, il s'agit vraiment d'une histoire unique coupée en deux. Mycroft Canner est toujours aux commandes de la narration (qu'il confie parfois, temporairement, à d'autres témoins). Les personnages sont les mêmes, la société aussi, et les événements découlent directement de ceux du premier tome. Du coup, forcément, j'ai enchaîné cette lecture directement après la première partie.

Pourtant, mon ressenti a été assez différent. Je vous avais expliqué que le premier tome était un vrai challenge tant il foisonnait d'idées nouvelles, tant il décrivait une société si différente de la nôtre qu'elle ouvrait des tas et des tas de questions nouvelles. Il y a aussi beaucoup de personnages, la plupart assez mystérieux. Mais une fois qu'on entame la deuxième partie, on a compris tout ca, on situe pas mal les choses et il n'y a plus grand-chose de fondamentalement nouveau à découvrir. Alors dans ce nouveau tome, je n'ai plus eu du tout cette impression de devoir nager pour éviter d'être submergée par les informations et j'ai pu me laisser porter par l'intrigue en elle-même. Ça fait une sacré différence !

Concernant l'intrigue, celle du premier tome était difficile à décrire. On avait un aspect policier, un aspect politique, un côté fantastique, un bout de philosophie et beaucoup de futurisme, sans qu'aucun aspect ne prenne vraiment la vedette. Ici, l'intrigue se reserre clairement autour du politique. D'une part on fait face aux conséquences de la divulgation au grand jour du complot entre les nations. D'autre part, on retourne en arrière pour découvrir comment on en est arrivés là et les origines de nos personnages principaux, Mycroft et J.E.D.D. Mason en particulier. Le résultat c'est une série d'événements qui s'accélèrent, un effet boule-de-neige qui prend de l'ampleur au fur et à mesure que les révélations et les événements s'enchaînent. Plus ca avance, plus les surprises sont nombreuses et violentes, plus les rebondissements sont intenses. L'action est entrecoupée de flashbacks et parfois un peu verbeuse mais elle est prenante et très imprévisible : on n'a pas un seul retournement de situation mais trois, ou quatre, ou cinq. Le récit de Mycroft, comme il nous l'avait laissé entendre dans les toutes premières lignes du premier volume, c'est la narration de quelques jours qui vont faire basculer le monde.

Au final, je ne sais pas si ce fut une bonne idée d'enchaîner les deux tomes : au total ça fait quand même un nombre impressionnant de pages et, étant donné la difficulté du premier tome, ça a peut-être paru un peu plus long encore. D'une certaine façon, j'étais contente d'arriver à la fin et de pouvoir enchaîner sur quelque chose de totalement différent. Mais j'ai adoré ce livre. J'ai adoré avoir le sentiment de maîtriser enfin ce monde futuriste et pouvoir apprécier pleinement l'intrigue. J'ai adoré découvrir, enfin, les secrets derrière cette clique de personnages si mystérieux. J'ai adoré enfin comprendre l'origine de Mycroft, son crime et les raisons pour lesquelles il l'a commis. J'ai adoré savoir enfin qui était J.E.D.D. Mason et l'histoire du petit Bridger. Et puis j'ai adoré que tout s'enchaîne, que le monde s'écroule, que l'auteure me bombarde de surprises. Je n'aurais jamais pu deviner les rebondissements qui mènent à la fin, et j'adore être surprise.

Bref, cette série s'annonce comme une lecture qui va vraiment me marquer. Le tome 3, "The Will to Battle", sortira début décembre, mais il entame un nouvel arc narratif qui sera poursuivi par un quatrième tome prévu pour l'année prochaine, alors je vais peut-être attendre la sortie du tome 4 avant d'entamer le tome 3, histoire de ne pas être frustrée. Je ne sais pas si j'aurai la patience, car "Seven Surrenders", bien qu'il termine une partie de l'histoire, est presque un cliffhanger lui-même... Ah, la cruauté de ces auteurs ! 


Pour en savoir plus :