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Sphère, de Michael Crichton


Cette chronique attendait sa publication depuis plusieurs mois. Je vous parle enfin de ce thriller très réussi !


Résumé :

Quand le psychologue Norman Johnson est réquisitionné en urgence par la marine américaine, il s'imagine qu'il va être chargé d'apporter son soutien aux victimes d'un accident d'avion, comme ce fut le cas plusieurs fois par le passé. A la place, il est emmené au fin fond de l'océan pacifique pour une mission ultra-secrète. Un vaisseau étrange a été retrouvé au fond de la mer, et ce n'est pas pour aider des gens traumatisés que Normam a été réquisitionné : c'est pour participer à une exploration qui pourrait changer l'histoire de l'humanité...


Mon avis :

Honnêtement, je ne sais plus du tout ce qui m'a incitée à acheter ce livre en audiolivre. Il était probablement en promotion, et je devais être curieuse de découvrir le fameux Michael Crichton, le maître du techno-thriller et l'auteur du livre sur lequel est basé le film Jurassic Park. J'ignorais à ce moment-là que Sphère aussi avait été adapté au cinéma.  Comme souvent, je ne savais donc rien de l'intrigue ni du style, à part qu'il s'agissait probablement d'un roman plein de suspense.

Sur ce point-là, je ne m'étais pas trompée. L'entrée en matière est très rapide, et quand Norman Johnson apprend le but réel de sa mission, ce qui arrive après seulement quelques dizaines de pages, la surprise fut énorme et mon intérêt forcément captivé. Par la suite, les aventures s'enchaînent, la situation devient de plus en plus désespérée, et bien entendu on a envie d'en savoir toujours plus. Le rythme est parfois un peu lent parce qu'une grande partie du suspense se concentre sur ce qui se passe dans la tête des personnages, mais de façon générale l'histoire est très cinématographique et il est facile de se laisser entraîner par l'intrigue.  Le milieu confiné accentue le danger, puisqu'on sent que la moindre erreur, la moindre défaillance technique de l'habitat sous-marin où les héros se trouvent, aura pour résultat leur mort immédiate. L'habitat en question est d'ailleurs très bien décrit sans alourdir le récit mais avec suffisamment de petites anecdotes pour nous faire comprendre que les héros n'évoluent pas à l'air libre et que leur corps et leur environnement ne réagissent pas toujours normalement, ce qui sera très important dans les scènes d'action. L'habitat est censé être au top de la technologie militaire au moment de la publication du roman en 1987, mais à part quelques détails amusants (par exemple, la capacité de mémoire informatique de l'habitat qui est inférieure à celle de mon smartphone), en tant que néophyte je n'ai pas été particulièrement choquée par l'âge de cette technologie.

C'est donc une lecture passionnante et très divertissante, mais elle n'est pas sans défauts. Les ficelles sont parfois un peu grosses : les cliffhangers, les personnages qui découvrent une information essentielle mais n'en parlent à personne, la tension qui monte de façon prévisible et un peu artificielle, les caractères visiblement incompatibles qui s'écharpent dès les premières heures ensemble...  Michael Crichton a beau être un maître du suspense, le lecteur qui a l'habitude de ce genre de textes repèrera facilement ses petites astuces. Il y a notamment un passage vers la fin du livre, un des moments les plus importants, où le personnage principal se comporte d'une façon qui m'a semblée incompatible avec ce qu'on savait de lui, et j'ai vite compris que ça ne pouvait pas durer, ce qui m'a gâché un peu la surprise.

Ceci dit, je chipote un peu. En résumé, voilà une excellente histoire pour la plage ou le week-end cocooning, facile à lire et à apprécier, dépaysement garanti et sans efforts. J'écris ça sans aucune condescendance : on a tous besoin de temps en temps d'un bon moment de détente et de dépaysement, et les romans qui arrivent à nous le fournir tout en nous maintenant en haleine d'une couverture à l'autre ne sont pas si courants finalement. Ce roman est comme un bon film d'action et de suspense et si c'est ce que vous recherchez, vous aurez du mal à trouver mieux.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre

Au coeur du silence, de Graham Joyce


Voici un livre que j'ai ressorti par hasard, et souvent pour moi le hasard fait bien les choses  :)


Résumé :

Dans les Pyrénées françaises, un jeune couple marié est enseveli sous une avalanche. Miraculeusement, Jake et Zoe arrivent à sortir de la neige... pour découvrir que le monde qu'ils avaient connu a été frappé par un étrange silence absolu. Leur hôtel est complètement vide. Les portables et les lignes ont été coupées. Une évacuation aussi soudaine et minutieuse laisse Jake et Zoe dans une terrifiante situation. Ils sont coincés dans la tempête, complètement isolés, avec une autre avalanche menaçant de les engloutir... à nouveau. Alors que le couple est témoin d'étranges évènements, ils sont confrontés à une terrifiante vérité concernant cette terre silencieuse qu'ils habitent désormais.


Mon avis :

Ce livre, je l'ai acheté à l'occasion d'une des promotions d'ebooks des éditions Milady et Bragelonne. Je crois que je l'avais choisi surtout parce que l'auteur m'avait complètement séduite avec Lignes de Vie. Quelques heures plus tard, quelqu'un sur twitter m'avait fait comprendre qu'il n'était pas aussi bon que Lignes de Vie, et un peu refroidie, je l'avais laissé se perdre dans les tréfonds de ma liseuse. Mais un soir, j'avais envie de lire quelque chose de nouveau et je suis tombée sur celui-ci dont je ne gardais aucun souvenir. Je l'ai donc commencé, par pure curiosité... et je l'ai terminé dans la nuit.

C'est en effet très différent de Lignes de Vie, je n'ai pas retrouvé la magie de celui-ci, mais ce n'est pas pour ça que ce roman ne m'a pas agréablement surprise. Je pourrais le qualifier en un mot : angoissant. Dès les premières pages, au moment où Zoe est prise sous la neige, la description de ses réactions et ses impressions m'a presque causé une crise de claustrophobie.  Par la suite, l'atmosphère restera la même, avec des variations d'intensité : le stress est omniprésent, le besoin de savoir ne s’apaise pas vraiment avant la dernière page. Non seulement je n'ai pas pu le lâcher avant de l'avoir fini, mais en plus j'ai fait des cauchemars pendant le reste de la nuit. Ce n'est pas un thriller, comme je l'ai vu qualifié ; en fait jusqu'au bout on ignore dans quel type de littérature on se trouve (fantastique ? réaliste ?) et toutes les hypothèses restent ouvertes tandis que les indices s'accumulent. C'est un récit subtil, construit pour créer le mystère et faire monter l'angoisse autour de deux personnages et d'un décor ultra-normaux, et il fonctionne parfaitement.

Ce qui fonctionne beaucoup moins à mon avis, ce sont les personnages. Au fond tout ceci est une histoire d'amour, on espère donc s'attacher au couple de héros et ressentir leur complicité autant que leur angoisse. Mais ce ne fut pas vraiment le cas en ce qui me concerne. La traduction n'aide pas (les dialogues ont souvent l'air peu naturels quand il sont traduits d'une langue étrangère, je trouve), mais il n'y a pas que ça. J'ai trouvé que leur communication manquait de chaleur ; ils n'ont pas l'air de se faire confiance, s'énervent facilement l'un envers l'autre, remettent sans cesse en doute ce que l'autre dit (à chaque fois que Zoe voit quelque chose que Jake ne voit pas, il lui dit qu'elle hallucine), se cachent beaucoup de choses. Ils ne forment pas vraiment une équipe et encore moins un couple solide, ce qui fait perdre beaucoup de substance à ce huis-clos dont ils sont les seuls protagonistes.  C'est d'autant plus surprenant pour moi que dans Lignes de Vie, c'est justement les rapports humains, compliqués et surprenants mais étonnamment riches et crédibles, qui faisaient toute la beauté du roman.

Niveau intrigue, j'ai deviné la fin assez tôt et c'est un peu dommage pour un récit basé sur le mystère. Mais je n'étais bien évidemment sûre de rien, même si j'aurais de beaucoup préféré me tromper et être surprise par la vraie résolution. Le début par contre, pour moi qui n'avais pas relu le quatrième de couverture, n'a cessé de m'étonner. C'est probablement un livre qu'il faut découvrir sans rien en savoir (et c'est bien dommage pour vous qui venez de lire ma chronique !).

En résumé, voici un roman sur lequel j'ai un avis contrasté : la façon qu'a l'auteur de créer immédiatement la tension et de faire monter l'angoisse est extraordinaire, et c'est ce qui m'a non seulement collé ce roman aux mains pendant une bonne partie de la nuit, mais est resté avec moi pendant encore plusieurs heures. Difficile de se détacher de cette atmosphère parfaitement construite. L'intrigue est surprenante au début, même si elle devient un peu trop prévisible par la suite. Le problème c'est que l'alchimie entre les deux personnages m'a parue inexistante, ce qui est un gros handicap pour ce roman où elle est au coeur de l'histoire.


Pour en savoir plus :
- les avis de Cookies, qui a adoré, et de La Demoiselle aux Cerfs qui a été très déçue. 


Feed, de Mira Grant


Aujourd'hui je vous parle de blogueurs chasseurs de zombies, rien que ça !


Résumé :

Le début de l'infestation zombie date déjà de plus de vingt ans.  L'humanité s'est habituée à la menace permanente et survit grâce à des mesures de sécurité draconiennes. Georgia et Shaun Mason sont frère et soeur et partenaires professionnels : ils dirigent avec leur copine Buffy une petite entreprise internationale de blogueurs prêts à tout pour fournir informations et divertissement à leurs lecteurs. Lorsqu'ils sont sélectionnés pour suivre la un sénateur en campagne pour la présidence des Etats-Unis, il savent que c'est la chance de leur carrière. De ville en ville, ils vont se battre pour recueillir toutes les informations possibles... et bientôt se battre surtout pour survivre.


Mon avis :

Plusieurs années après tout le monde (comme souvent), je découvre ce roman qui a beaucoup fait parler de lui à sa sortie. Je n'avais pas particulièrement envie de le lire à l'époque : il avait l'air un peu trop "jeunesse" avec ses héros adolescents, et je me méfie toujours un peu des histoires de zombies, même si j'ai adoré "World War Z" et sa façon d'envisager les effets globaux d'une épidémie de morts-vivants sur l'humanité. J'ai finalement acquis Feed au format VO et audio en profitant d'une promotion Audible, comme souvent, et j'ai entamé l'écoute avec beaucoup de curiosité.

Le début utilise un schéma très classique qui n'était pas fait pour apaiser mes craintes : on commence assez brutalement avec nos deux héros, Georgia et Shaun, qui s'offrent un petit tour de moto en plein territoire zombie et se font attaquer par une meute, histoire de nous mettre dans l'ambiance et dans l'action dès le départ. J'ai tout de suite détesté Shaun et sa façon de se mettre en danger gratuitement comme un sale gamin irresponsable. J'avais aussi peur que le reste de l'intrigue soit sur le même thème : une suite de courses-poursuites sanglantes entre des héros sans peur face à des hordes de zombies affamés... C'était mal parti pour moi.

Heureusement, la suite n'a pas confirmé mes craintes. Le point de vue s'est avéré plus original que prévu : au lieu d'une attaque zombie récente et d'une humanité qui se bat pour survivre, on se retrouve vingt ans plus tard, les zombies sont toujours une menace mais la société a appris à s'en accommoder au prix de mesures de sécurité draconiennes ; il n'y a plus l'urgence de combattre l'épidémie, et l'intrigue tourne autour d'autre chose, à savoir une campagne électorale. Au fur et à mesure de l'histoire, ils vont nous expliquer en détails l'origine de cette épidémie, un peu originale puisqu'elle est le résultat de la convergence de deux expériences biologiques et que le résultat est un virus qui peut se manifester sans contact avec des zombies existants et qui se manifeste aussi chez les animaux (je vous laisse découvrir les détails, c'est intéressant car ça change pas mal de choses). 

Une autre chose que la narration va passer beaucoup de temps à nous faire comprendre, c'est le métier très particulier des héros : dans ce futur pas très lointain, les sources d'information traditionnelles, décrédibilisées lors de l'épidémie zombie, ont été en partie remplacées par les blogs, qui se sont de leur côté professionnalisés. J'avais peur que le point de vue adolescent des narrateurs ne destine le roman à un public plus jeune que moi ; c'est vrai que les héros sont jeunes, et leur point de vue s'en ressent (pour moi ça diminue l'intensité dramatique de l'histoire), mais ils sont aussi adultes de par leurs responsabilités professionnelles. Leur quête de l'information est obsessionnelle, et ils maîtrisent aussi bien les techniques journalistiques les plus pointues que le marketing, la gestion d'entreprise et la technologie. Georgia en particulier n'a aucune illusion sur son métier et sait qu'elle doit se vendre autant que vendre l'information qu'elle récolte, quitte à tomber dans le sensationnalisme. Dans le même registre, Georgia et Shaun sont vieillis par leur relation avec leurs parents qui est assez intéressante : il y a une bonne entente entre eux, mais les deux enfants savent très bien qu'ils sont surtout un objet de marketing pour leurs propres parents. Leur lucidité jette d'ailleurs un voile assez sombre sur l'histoire. 

L'intrigue en elle-même concerne surtout la campagne d'un candidat à la présidentielle américaine (j'ai d'ailleurs écouté cette histoire il y a seulement quelques semaines, c'était tout à fait d'actualité) qui s'avère bientôt la cible d'attaques mystérieuses. L'action est bien présente mais de façon mesurée et finalement les attaques avec les zombies sont peu nombreuses, c'est surtout une histoire de complots, d'information, de politique, de danger toujours présent. Certains lecteurs sur Goodreads se plaignaient du rythme de l'histoire, qu'ils trouvaient trop ralenti vers le milieu ; je n'ai pas eu cette impression mais je ne vous cacherai pas que certains passages sont vraiment longs. Il devait forcément y avoir des ralentissements dans l'intrigue quand l'auteur doit nous expliquer tous les aspects nouveaux de cette société du futur, mais en plus de ça, elle passe beaucoup de temps à détailler les multiples mesures de sécurité contre les zombies et les préparations techniques des blogueurs. A certains moments j'avais envie de dire à l'auteur "c'est bon, j'ai compris, dans ce monde il faut faire un test sanguin tous les trois pas et nos blogueurs sont de super-pros !". Mine de rien, ça rend le rythme très inégal et je pense que quelques coupes dans ces passages-là n'auraient pas été superflues.

Un autre aspect qui m'a déçue c'est le manque de respect des protagonistes pour les zombies en tant qu'ex-humains. Dès le début, les héros "jouent" avec les zombies comme si c'étaient des animaux à torturer, et à aucun moment ils n'ont l'air de considérer qu'il s'agissait d'hommes et de femmes avant leur transformation. Le texte ne manque pas d'émotion (parfois c'est même un peu surfait) mais certainement de morale.

Enfin, j'ai été très déçue par la fin ; je mets cette partie de la chronique en blanc pour ne pas spoiler ceux qui n'ont pas encore lu le livre, il suffit de surligner pour le voir.  Que Buffy meure et s'avère être une traîtresse, pas de problème, je ne l'avais pas vu venir même si ce n'est pas la super-méga surprise (forcément dans un trio pareil c'est elle qui devait être la première victime). Par contre, la mort de Georgia, je ne l'accepte pas : entre Shaun et elle, c'était clairement le personnage le plus intéressant, et même si j'ai fini par l'accepter avec un peu plus d'enthousiasme que ce que la première scène ne laissait croire, je n'ai absolument pas envie de lire une suite racontée du point de vue de ce sale gamin immature qu'est Shaun. D'autre part, c'est absolument la seule surprise du dénouement : finalement le gentil futur président est bien gentil, le méchant gouverneur est bien le méchant, j'ai été très déçue de ne même pas avoir droit à un petit retournement de situation sur la fin. Enfin, certains aspects restent inexpliqués : pourquoi le futur président refuse-t-il d'écouter les preuves de Georgia et la repousse-t-il avec autant de colère ? Comment le gouverneur arrive-t-il à planter des bombes dans les caravanes et organiser l'assassinat de Georgia sur le temps qu'elle met pour aller avertir le futur président et se faire immédiatement rembarrer ? Tout ça n'a pas beaucoup de sens, et c'est dommage pour une intrigue qui était jusque là très bien construite.  Bref, la fin m'a vraiment donné l'impression d'être bâclée.

Au final, l'idée était bonne, le point de vue sur l'épidémie zombie original, l'aspect légèrement futuriste avec l'importance de la blogosphère franchement sympa, et une intrigue politique inattendue et bien menée... sauf en ce qui concerne son dénouement. Mais il y a aussi un petit problème de rythme, un côté toujours un peu jeunesse malgré tout, et les gros soucis sur la fin qui ne me donnent (pour le moment) pas du tout envie de lire les autres épisodes de cette trilogie pourtant prometteuse. Ceci dit, ne me croyez pas sur parole, et allez jeter un oeil aux nombreuses chroniques généralement très élogieuses dont les liens se trouvent sur la fiche Bibliomania du livre


Pour en savoir plus :
- les avis de quelques blogueurs bien plus enthousiastes que moi : la chronique dessinée de Sita; celle de Lelf, bien plus élaborée que la mienne; celle de Sia, qui contrairement à moi a beaucoup aimé tous les personnages, et celle de Mariejuliet, si vous préférez un avis un peu plus court.

Docteur Sleep, de Stephen King


Dans le dernier billet, je vous parlais de "Shining" de Stephen King. Tout de suite après, j'ai enchaîné sur sa suite...


Résumé :

Le petit Danny Torrance a grandi, mais son aventure dramatique à l'Overlook ne l'a pas débarrassé des fantômes qui hantent sa vie. Au fil des années, il apprend à gérer son don, ce "shining" qui lui empoisonne l'existence, et à l'utiliser pour donner la paix à ceux qui sont sur le point de mourir. Mais il y a quelque part une jeune fille née avec un don encore plus puissant que le sien, un shining si intense qu'il attire sur elle un grand danger. Seul Dan Torrance est en mesure de l'aider...


Mon avis :

La fin de "Shining" était tellement percutante que l'idée de poursuivre l'aventure auprès de Danny Torrance m'a séduite immédiatement. Je pensais qu'une fois l'Overlook détruit, les fantômes qui le hantaient laisseraient Danny tranquille et qu'il pourrait grandir avec le seul pouvoir de lire les pensées des autres (ce qui est déjà plutôt intéressant). Je pensais aussi que l'histoire de Doctor Sleep commencerait au moment où Danny est adulte. Et je me trompais dans les deux cas.

L'histoire de Docteur Sleep commence peu de temps après la fin de Shining. Les fantômes de Danny ne le laissent pas en paix, et à nouveau il faudra l'aide de Dick Hallorann pour lui apprendre à vivre avec eux. Puis on suit pendant un assez long moment la vie chaotique de Dan devenu adulte, sa difficulté à trouver une raison de vivre, ses erreurs. Jusqu'au moment où on le voit s'installer quelque part où il est bien et devenir le vrai Docteur Sleep. C'est une grande partie de l'histoire en fin de compte à laquelle on ne s'attend pas du tout à la lecture du résumé. Sur le moment, ça m'a paru un peu long ; mais en terminant le livre, on se rend compte que c'était indispensable, parce qu'au fond, l'histoire c'est aussi celle de la rédemption de Dan Torrance, et pour qu'il y ait rédemption, il faut d'abord qu'il y ait chute.

En parallèle, on découvre Abra, une petite fille née avec le shining, et auprès d'elle on est témoin de ce qu'on a manqué auprès de Danny : l'apparition des aptitudes psychiques, leur influence sur la vie de la petite fille et l'incompréhension de ses parents. L'enfant et sa famille sont touchants, ils n'ont pas tous les problèmes de la famille Torrance et font ce qu'ils peuvent pour protéger leur fille des effets de ses pouvoirs psychiques manifestes. Abra et Dan sont rapidement liés par une connexion psychique et en tant que lecteur qui suit ces deux personnages, nous attendons avec impatience le moment où ils se rencontreront.

Le troisième angle de cette histoire est nouveau pour les lecteurs de Shining : il s'agit de celui de la "secte" des True Knots, une groupe de voyageurs en caravanes qui parcourent le pays pour se nourrir de "steam" arrachée en torturant et assassinant des enfants qui possèdent le shining. Ces parties sont très bien écrites, mais pour nous lecteurs européens, il manque une certaine proximité : on sent que la façon dont les True Knots se déplacent et se présentent reflète une réalité culturelle américaine, qu'il doit y avoir de nombreux convois de caravanes comme celui qui est décrit et que, pour un lecteur américain, il y a un niveau de familiarité avec ce genre de personnes qui n'existe pas pour nous. Ceci dit Stephen King est doué pour les rendre particulièrement effrayant sans pour autant recourir à des descriptions glauques et sanglantes.

Lors du Book Club de Livraddict sur Shining, certains membres qui avaient lu Docteur Sleep ont affirmé qu'il n'avait pas grand-chose à voir avec Shining. Je ne suis pas du tout d'accord, personnellement. D'abord parce qu'il commence très peu de temps après la fin de Shining, s'inscrivant ainsi dans sa continuité, comme si le premier chapitre de Docteur Sleep est plutôt un post-script de Shining. Ensuite parce que Jack Torrance, le père de Dan et le deuxième héros de Shining, est aussi très présent dans ce roman : on a presque l'impression que la vie de Dan se résume à essayer tant bien que mal de se défaire de l'influence de son père, et au fur et à mesure de l'intrigue, on se rend compte qu'en réalité toute l'histoire de Docteur Sleep n'aurait pas eu lieu sans Jack. Wendy Torrance et Dick Hallorann jouent aussi un rôle mineur mais essentiel dans ce roman. C'est donc vraiment la continuité de Shining, avec plus d'aventures et de fantastique, un peu moins d'horreur, et surtout plus de maturité. Je ne lirais pas "Docteur Sleep" sans avoir lu "Shining" avant.

Globalement, j'ai trouvé cette histoire tout à fait prenante et une fois le début un peu lent et triste dépassé, j'ai été subjugué par les aventures qui découlent de l'interaction entre Dan et Abra. L'action s'accélère progressivement pour se terminer en une explosion finale à couper le souffle. C'est parfois difficile pour un auteur de reprendre les personnages qui l'ont rendu célèbre trente ans auparavant, mais à mon avis ce coup-ci c'est très réussi : il n'a pas réécrit un second Shining, il a exploré les prémices de son intrigue sous un nouvel angle.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter ce livre sur Amazon 

Le vagabond et quatre autres thrillers, de Alan Spade


Je varie beaucoup les genres, ces temps-ci ; si on faisait un petit tour du côté du récit d'aventures ? 


Résumé : 

Vick Lempereur est un ancien mercenaire qui essaie de laisser son existence violente derrière lui. Mais c'est l'aventure qui le poursuit... En Mauritanie, il est témoin d'un meurtre à bord d'un train ; en Tanzanie, un safari très particulier changera sa vie ; en France, il se retrouve au coeur d'un scandale pharmaceutique... Trois nouvelles entrecoupées d'une quatrième à propos d'un jeu vidéo mortel, et d'une cinquième qui nous dévoile les dangers de suivre son GPS aveuglément...


Mon avis : 

Voici un livre que j'ai découvert grâce à un partenariat Livraddict avec l'auteur, que je remercie pour cet envoi !  Je suis justement dans une période où, après avoir dévoré quelques pavés plutôt complexes, j'avais besoin d'histoires courtes et rythmées. J'ai trouvé exactement ce que je cherchais dans ce recueil de nouvelles d'Alan Spade.

L'originalité de ce recueil tient à ce qu'il rassemble plusieurs nouvelles liées les unes aux autres, à tel point que j'ai lu les quatre premières d'un trait en pensant qu'il s'agissait des chapitres d'une même histoire. Les deux premières et la quatrième, en particulier, sont très liées, d'autant plus que la première se termine sur un mystère non élucidé (ou bien une petite touche de fantastique, suivant la façon dont on le comprend), et la deuxième met le héros dans une situation délicate dont il essaiera de se sortir dans la quatrième nouvelle. La troisième nouvelle (vous suivez toujours ?) se situe dans le même univers narratif et développe une intrigue indépendante mais dont il sera fait référence dans la nouvelle suivante. Bref, à part la toute dernière, tout se tient pour former une intrigue unique qui pourrait, devrait même, donner lieu à d'autres épisodes car elle n'est pas entièrement conclue.

Au coeur de cette intrigue unique, il y a Vick Lempereur, un personnage assez caricatural au passé mystérieux. Entre sa description physique et ses réactions face au danger, il représente le baroudeur tel qu'on se l'imagine aisément. Plus intéressant à mes yeux est le contexte dans lequel on le découvre : au coeur de l'Afrique, dans un train mauritanien et dans la savane tanzanienne, les deux premières nouvelles sont un vrai dépaysement auquel je ne m'attendais pas. Les descriptions ne sont pas légion dans un récit surtout consacré à l'action, mais l'atmosphère y est. 

Le titre du recueil qualifie ces cinq nouvelles de "thrillers", mais je ne trouve pas cette étiquette appropriée. Ce sont des récits d'aventure, surtout les deux premiers ; il y a un aspect plus "thriller" dans le quatrième récit, mais le cinquième oscille plutôt du côté du fantastique. Pour moi, "thriller" implique une enquête échevelée, une course contre le temps ; ici on a du rythme et de l'action, la narration ne traîne pas et certaines histoires développent un certain mystère à élucider, mais rien d'"échevelé". Ce n'est absolument pas un défaut ; quand l'auteur prend un peu plus son temps, l'histoire y gagne en atmosphère, surtout ici pour les deux premiers récits en Afrique et la dernière nouvelle, plus étrange. J'espère seulement que ce titre un peu trompeur n'attirera pas un lectorat qui cherche autre chose.

Finalement, le seul reproche que je ferais à ce recueil ce sont ses personnages vraiment trop caricaturaux, trop peu nuancés. J'aime quand un bon divertissement ne joue pas la facilité des clichés.  Mais en-dehors de ça, c'est un recueil agréable à lire, dépaysant, certaines des intrigues sont particulièrement élaborées pour un si court nombre de pages, et j'ai particulièrement apprécié la construction en récits indépendants qui s'imbriquent pour former une intrigue plus large. J'ignore si un nouveau recueil est sorti ou est en préparation, mais je serais curieuse de découvrir la suite des aventures de Vick Lempereur pour qui les ennuis ne font que commencer, on dirait...


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis d'EliseM, qui a ses préférences parmi les cinq nouvelles
- acheter ce livre sur Amazon

Un avion sans elle, de Michel Bussi


Ca fait longtemps que je n'avais pas dévoré un petit thriller !  Il était temps de retoucher à ce genre-là...


Résumé :

"Lyse-Rose ou Emilie ? Quelle est l'identité de l'unique rescapé d'un crash d'avion, un bébé de 3 mois ? Deux familles, l'une riche, l'autre pas, se déchirent pour que leur soit reconnue la paternité de celle que les média ont baptisée Libellule. Dix-huit ans plus tard, un détective privé prétend avoir  découvert le fin mot de l'histoire, avant d'être assassiné, laissant derrière lui un cahier contenant tous les détails de son enquête.
Du quartier parisien de la Butte-aux-Cailles jusqu'à Dieppe, du Val-de-Marne aux pentes jurassiennes du mont Terrible, le lecteur est entraîné dans une course haletante jusqu'à ce que les masquent tombent..."
(quatrième de couverture)


Mon avis :

Voici un roman découvert par hasard, en-dehors de tout plan de lecture (oui je commence à faire des "plans de lecture" pour optimiser au mieux les challenges, lectures communes, book clubs, etc). Ce livre m'a été prêté à l'improviste par une amie ; je ne connaissais ni l'auteur ni le résumé. Depuis lors je me suis rendue compte que Michel Bussi est un habitué des étals des libraires et s'est fait un nom comme auteur de polars à succès.

Je dois dire que j'apprécie beaucoup un bon polar. Lorsque l'histoire est bien construite et les personnages intéressants, le plaisir du suspense qui grandit, des indices qui s'accumulent et du mystère qui se dissipe brutalement à la fin n'a pas de prix. Mais je me permets d'être difficile : je veux une plume efficace sans être lourde, une intrigue sans failles, et je ne permets pas à l'auteur de tromper son lecteur ou de lui cacher volontairement des éléments importants. Un bon roman policier, ce n'est pas qu'un bout de mystère et quelques scènes d'action : c'est tout un art, celui de mettre la vérité devant le nez du lecteur sans qu'il la voie, celui de le passionner pour une enquête, de le captiver d'une page à l'autre dans un crescendo qui lui colle le livre aux mains !

Avec mes critères exigeants, je ne suis pas entièrement convaincue par ce roman. Certes, l'idée de base est excellente : un avion qui s'écrase, un nourrisson survivant que l'on n'arrive pas à identifier, le doute qui pèse sur toute une vie et détruit deux familles concurrentes... La situation est intéressante et exploitée au mieux. Le rythme est aussi un atout : l'action ne manque pas et les pages défilent. L'auteur alterne narration au présent d'une situation d'urgence et passages du journal du détective privé qui détient le secret de l'identité de Libellule ; le procédé est transparent et l'auteur en abuse parfois, mais ça marche, il tient le lecteur en haleine.

Pour le reste, l'exigeante en moi est un peu déçue. Les personnages m'ont paru manquer de naturel, c'est une impression difficile à décrire mais les personnages principaux m'ont paru un peu artificiels, surtout Marc et la "folle" dont j'ai oublié le prénom.  Un peu caricaturaux, peut-être ?  Le style non plus ne m'a pas séduite, surtout en ce qui concerne le journal de Crédule : qui aurait l'idée d'écrire un truc pareil quand on prépare son suicide ? Des notes claires et succinctes seraient beaucoup plus crédibles, mais évidemment moins intéressantes dans un roman tel que celui-là. Quant à l'intrigue, je lui ai trouvé quelques faiblesses et il me reste certaines questions, dont celle-ci pour ceux qui auraient lu ce roman : pourquoi Lylie s'enfuit-elle pour faire ce qu'elle fait ?  Je ne vois rien dans le journal qui justifie cette décision !?

Voilà, donc en résumé : un roman policier à tendance thriller qui développe une bonne idée et ne manque ni de rythme ni de suspense, mais dont le style, les personnages et l'intrigue n'ont pas su répondre à mes critères exigeants. Cependant, même s'il existe de meilleurs romans policiers, celui-là vous procurera sans soucis un bon moment de détente ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Maghily, qui a bien aimé tout en constatant l'aspect caricatural des personnages
- acheter ce livre sur Amazon

La Dame en Blanc de Wilkie Collins


Vous connaissez cette sensation quand on commence un roman sans vraiment savoir à quoi s'attendre, juste parce qu'on en a entendu vaguement parler une ou deux fois, parce que c'est un classique et parce qu'il atterrit gratuitement sur la liseuse, et puis qu'on se retrouve à passer une nuit blanche parce qu'il est impossible de le lâcher ?


Résumé :

Le jeune professeur de dessin Walter Hartright est engagé pour quelques mois dans une famille à Limmeridge, dans la campagne anglaise. La veille de son départ, il croise à Londres une jeune femme toute habillée de blanc, qui a très peur d'un certain baronet, et qui semble échappée d'un asile psychiatrique. Une fois arrivé à Limmeridge, il fait la connaissance de ses deux élèves : l'astucieuse Marian et la belle Laura, qui ressemble étrangement à la femme en blanc. Laura doit justement épouser un baronet, et Walter et Marian ont un mauvais pressentiment...


Mon avis :

Qu'est-ce qui fait que certains auteurs gagnent leur place dans l'Histoire, tandis que d'autres, tout aussi talentueux, sont relativement oubliés ? Je pense à ça en comparant Wilkie Collins et son contemporain et ami, Charles Dickens. Dickens est connu dans le monde entier, et je viens seulement de découvrir Wilkie Collins. J'imagine que les genres littéraires qui les distinguent ont quelque chose à voir avec leurs notoriétés respectives : le premier s'est attaqué à des thèmes sociaux graves, tandis que le second s'est distingué dans un genre peut-être moins "honorable", les romans "à sensation" comme ont les appelait à l'époque - un genre qui rassemble notamment les romans policiers. On considère même La Dame en Blanc comme le premier de ce genre.

Ou bien c'est lié au style, bien plus grandiloquent, de Dickens. Si les phrases de Collins sont joliment tournées, elles servent avant tout une intrigue où l'accent est mis sur la tension qui monte petit à petit. Dickens par contre a la science des phrases grandiloquentes, des descriptions grandioses et des passages qu'on a envie de retenir par coeur.

Il n'empêche que, si j'ai toujours pris beaucoup de plaisir à lire Dickens, je n'ai jamais eu envie d'y consacrer une nuit blanche. Et ça a été le cas avec La Dame en Blanc. A partir du moment où le conte Fosco est entré en scène, je n'ai plus pu arrêter ma lecture.

Quels sont les ingrédients de ce charme ? Je pense que c'est le mélange très réussi entre la littérature classique du XIXème siècle et une intrigue de type thriller psychologique très moderne. Ca commence comme une histoire de Jane Austen : deux jeunes femmes riches, un gentil professeur de dessin, une histoire d'amour, un mariage arrangé... Il y a même le personnage caricatural dont Jane Austen raffolait, en la personne de Frederick Fairlie, oncle et tuteur hypocondriaque et particulièrement désagréable. Et il n'est pas difficile de déceler une touche de critique sociale qu'on retrouve régulièrement dans la littérature de l'époque, celle portant sur la condition d'une femme riche spoliée par son mari dont elle est dépendante légalement. Voilà déjà un style que j'apprécie, et l'histoire d'amour gentillette qui aurait pu gâcher l'affaire n'est pas trop tirée en longueur.

Puis vient la suite, la partie vue par Marian. Et là, l'histoire se transforme petit à petit en un huis-clos angoissant au possible. On ne sait plus qui est bon et qui est méchant, ce que pressent Marian et ce qu'elle s'imagine, on se rend compte que la vie de certains personnages est en danger...  Le tout sur le fond d'une aristocratie anglaise qui maintient à tout prix ses bonnes manières, sans que la moindre arme ne soit mentionnée ni la moindre menace directe prononcée.

La troisième partie du livre m'a tout autant plue ; il s'agit là d'une enquête très proche de celle d'un détective privé, où notre héros parcourt l'Angleterre pour découvrir les secrets des méchants qui l'ont spolié. On a droit à des interrogatoires, des filatures, la découverte de documents secrets, et pour finir une confrontation mémorable... Tout ça digne d'un bon polar américain. Sauf que nous sommes toujours dans l'Angleterre du XIXème siècle, et qu'entre deux filatures, notre détective joue les gentlemen protecteur de ces dames.

En plus de l'intrigue très (sur)prenante, une des grosses qualités de ce roman, ce sont les personnages. Dans une certaine mesure, l'auteur a réussi à s'affranchir des préjugés de son époque. Les femmes sont toujours de faibles créatures (surtout Laura), mais Marian est bien plus que cela : sensible, très intelligente, volontaire, prête à se battre, et le tout sans être pour autant masculinisée. Une véritable réussite, dès les premières pages où on la rencontre. Parmi les autres, l'auteur s'approche parfois dangereusement de la caricature, mais en-dehors peut-être de Frederick Fairlie (et encore, je l'ai trouvé assez crédible dans son genre), il n'y tombe pas. On a alors tout le loisir de détester ou de craindre, selon les cas. Le conte Fosco est absolument fabuleux, c'est véritablement un personnage plus grand que nature et qui monte tout de suite sur mon podium des plus grands méchants de la littérature.

Pour terminer dans les louanges, j'applaudis aussi la façon dont l'histoire est racontée par plusieurs narrateurs, une nouveauté pour l'époque. Ça permet de casser un peu la monotonie de la narration (le roman est quand même très long) et certains narrateurs ajoutent une touche presque comique dans leur façon très typée de voir les évènements.

Les seuls défauts que je trouve à cette histoire, c'est un début un peu lent peut-être, et un dénouement basé sur un gros coup de chance ; pour ceux qui savent de quoi je parle, l'histoire des sociétés secrètes, j'ai trouvé ça un peu tiré par les cheveux.

Bref, voilà l'une des plus belles découvertes que j'aie faites depuis longtemps, un "coup de coeur" comme on dit souvent sur la blogosphère, et une nouvelle admiration pour un auteur qui mérite d'être mieux connu et que vous retrouverez sans aucun doute sur ces pages.


Pour en savoir plus :
- l'avis de Gentiane, qui cite quelques passages illustrant bien l'atmosphère et le caractère du conte Fosco, celui de Milathea, qui n'a pas du tout aimé et a trouvé le style vieilli.

All the president's men (Les hommes du Président), de Bob Woodward et Carl Bernstein


Le scandale du Watergate, vous en avez déjà entendu parler.  Mais saviez-vous qu'il s'agit en fait d'un thriller palpitant ? 


Résumé :

Dans la nuit du 17 juin 1972, cinq hommes sont arrêtés dans l'immeuble du Watergate, le siège du parti démocrate américain. Ces cambrioleurs inhabituels transportent du matériel d'espionnage. Deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, couvrent chacun ce fait divers de son côté, et tous deux se rendent compte que les cinq hommes arrêtés ont des liens avec le comité de réélection du président Nixon. Quand l'enquête officielle du FBI se termine sur une queue de poisson, les deux hommes s'associent pour chercher à en savoir plus, jusqu'à provoquer un scandale qui aboutira, deux ans plus tard, à la démission du président. Les deux journalistes racontent leur enquête dans ce livre.


Mon avis :

Attention, lecture d'intello ! On est bien loin ici des romans auxquels je vous ai habitués.  Mais voilà, il se trouve qu'un jour, alors que je me baladais sans but sur Wikipédia, je suis tombée sur l'article concernant le scandale du Watergate, que je connaissais très mal. De fil en aiguille, j'ai découvert qu'il existait un livre écrit par les principaux journalistes qui ont dévoilé l'affaire, à la demande de Robert Redford qui souhaitait en faire un film.  Le livre m'attirait d'autant plus que le titre est une adaptation d'un autre roman politique que j'ai lu (et pas encore chroniqué, malheureusement), "All the King's Men", un roman extraordinaire et très révélateur sur la politique des USA. Sur un coup de tête, j'ai acheté l'ebook et je l'ai lu aussi vite.

Tout le monde a entendu parler du scandale du Watergate, mais cette histoire est tellement complexe qu'en général on n'en connaît que le début (un cambriolage raté) et la fin (la démission du président). Entre les deux, pourtant, il y a eu toute une histoire passionnante où la société américaine s'est dévoilée sous son pire et sous son meilleur jour : le pire, parce qu'une classe de "puissants" s'est donné le droit d'utiliser le pouvoir de l'état aux fins de tricher de la façon la plus ignoble, en espionnant, menaçant et diffamant leurs opposants politiques. Le meilleur aussi, car ces agissements, si bien organisés et si bien cachés par des gens très intelligents concentrant dans leurs mains autant de pouvoir public, ont malgré tout pu être dévoilés par une poignée de journalistes efficaces, de sources courageuses et d'officiers publics intègres. C'est absolument fascinant.

Evidemment, une histoire politique telle que celle-là peut facilement donner un livre barbant et complexe au possible.  Soyons honnête : le compte-rendu de Bernstein et Woodward (surnommés "Woodstein" par leurs collègues) n'est pas toujours simple à suivre. Il y a tant d'intervenants, tant de pistes explorées !  C'est d'autant plus difficile que le format ebook ne me permettait pas de revenir facilement sur la liste des personnes impliquées qui est dressée au début du livre. 

Mais ça ne rend pas ce livre barbant, bien au contraire. Suivre avec précision tous les tenants et aboutissants de cette histoire n'est pas nécessaire pour en comprendre les grandes lignes et pour l'apprécier. Car les auteurs n'ont pas écrit un compte-rendu d'un scandale politique, mais l'histoire détaillée d'une enquête journalistique. Et derrière les aspects historiques et politiques très importants bien sûr, il y a aussi l'excitation digne d'un thriller que les deux auteurs nous font partager avec beaucoup de talent. 

En fait, le plus fascinant, c'est de suivre ces deux hommes qui accomplissent leur métier. Etre journaliste d'investigation, c'est marcher sans arrêt sur une corde raide : il faut avec beaucoup de psychologie convaincre des sources potentielles de raconter leur histoire, alors que ces gens ont souvent beaucoup à perdre et rien à gagner ; il faut suivre des hypothèses et prendre le risque de faire des affirmations fracassantes basées sur des sources anonymes ; il faut déjouer les pièges des faux témoignages, ou des suppositions indûment transformées en affirmations ; il faut pouvoir se retenir de publier une information que l'on sent véritable sans pouvoir la prouver ; il faut choisir ses mots avec énormément de soin pour ne dire ni trop, ni trop peu ; il faut pousser jusqu'au bout les limites de la légalité et de la confidentialité.  

Woodward et Bernstein racontent leur histoire avec beaucoup d'honnêteté, ce qui m'a vraiment séduite. Ils n'hésitent pas à relater leurs erreurs, dont certaines semblaient quand même assez graves.  Il y a même un épisode où ils encouragent sciemment certaines personnes à enfreindre la loi et se font remonter les bretelles par un juge, une histoire dont ils n'ont pas lieu d'être fier et qu'ils racontent malgré le fait qu'elle était restée confidentielle.  Mais dans l'ensemble, c'est surtout leur passion dans la recherche de la vérité que l'on retient, ainsi que toutes leurs petites astuces fascinantes de journalistes.

Ajoutez à tout cela qu'il s'agit d'une enquête d'exception, autant par ses moyens (avec l'aide ultra-secrète de "Gorge Profonde" qui ne sera identifié que trente ans plus tard) que par ses résultats, autant vous dire que je n'ai pas pu lâcher ce livre une fois que je l'ai commencé, et que je vous le conseille chaudement ! Mon seul regret est que le livre se termine plusieurs mois avant la démission du président, et que le reste de l'histoire est présentée dans un autre livre qui n'est pas disponible en ebook.  Il va falloir que je me le procure un jour ou l'autre ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la page Wikipédia sur le Watergate (en français)


On ne peut pas lutter contre le système, de J. Heska


Je venais de terminer le roman "Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir" de J. Heska que j'ai lu une chronique du deuxième roman du même auteur, "On ne peut pas lutter contre le système".  Je n'ai pas résisté : aussitôt vu, aussitôt acheté, aussitôt inscrit pour une lecture commune avec Aniouchka !  Alors, ce second opus ressemble-t-il au premier ?


Résumé :

C'est la révolution. L'empire industriel et financier HONOLA s'effondre. Ses dirigeants fuient désespérément la vindicte populaire. Parmi eux, Lawrence Newton est le seul décidé à affronter la foule en colère. Comment en est-il arrivé là, lui qui dans sa jeunesse se battait au côté des alter-mondialistes ? Quel est ce nouveau produit qui a fini par couler HONOLA ? Pourquoi la foule leur en veut-elle à ce point ?


Mon avis :

Je me méfie toujours un peu des romans qui se mêlent de sujets de société qu'il est difficile d'aborder sans prendre parti.  "On ne peut pas lutter contre le système" fait partie de cette catégorie : on y parle d'OGMs, d'alter-mondialisme, d'entreprises corrompues, ce genre de choses qui brûlent les pages. 


Mais ici, l'auteur évite de trop se mêler de politique en faisant un choix assez étonnant : il en met plein leur grade à toutes les parties en présence.  Il y a les gros gros gros méchants (quelques dirigeants d'entreprise absolument sans scrupules), quelques plus petits méchants (des politiques qui soutiennent les précédents), et puis des gentils à première vue (ceux qui luttent contre les précédents). Mais ceux-là non plus ne sont pas de vrais gentils : leurs manifestations et actions d'éclat tournent ridiculement mal et ils ont l'air au mieux de Don Quichotte qui se battent contre des moulins à vent, au pire d'imbéciles suicidaires à côté de leurs pompes.  Bref, voilà une histoire où toutes les catégories de personnages sont tellement caricaturaux qu'il devient inutile d'ajouter la mention "Toute ressemblance avec ...blablabla... purement fortuite" (sauf pour quelques noms de personnages publics - Joël Monpère, ça vous rappelle quelqu'un ?).  Du même coup, voilà qui classe ce roman dans la catégorie "divertissement actuel sans prise de tête".  Personnellement, ça me va très bien. 

Divertissement donc, catégorie thriller, très loin du premier roman de l'auteur, "Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir"; le seul lien entre les deux c'est une maîtrise de la langue française que j'apprécie de plus en plus au fil des pages. Cette fois-ci, on a droit à un mélange d'action aux quatre coins du globe, de montages politico-financiers, de magouilles et contre-magouilles et un petit bout d'histoire d'amour.  On se laisse emporter au fil des pages par une intrigue assez complexe mais où, bizarrement, je ne me suis pas perdue (malgré une lecture hachée par manque de temps).  Le rythme est là, le suspense aussi : jusqu'aux derniers dix pourcents du livre on ne connaîtra pas les vrais ennemis ni même la nature du produit qui est au centre de toute l'intrigue.  Puis tout s'explique, tout simplement. C'est beau, c'est bien mené. 

J'ai l'impression que J. Heska a trouvé sa voie : des romans construits autour d'une intrigue originale, sur un ton et un rythme bien maîtrisés, mais qui restent légers dans leur contenu. Le genre de choses qu'on a envie de lire pour un peu de délassement et qui arrivent à captiver jusqu'à la dernière page. Moi j'adhère, et vous ?


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter le livre sur Amazon : ebook (seulement 2,99 euros !) et papier
- le blog de l'auteur
- la chronique de ma co-lectrice Aniouchka, très enthousiaste !

Le livre des morts, de Glenn Cooper


Ca fait trop longtemps que je vous parle de romans que j'ai aimés. C'est l'heure de vous présenter une déception, pour changer !


Résumé :

New York, mai 2009. Six morts violentes se succèdent en quelques jours. Les modes opératoires sont différents, les victimes n'ont aucun point commun, hormis celui d'avoir reçu quelque temps plus tôt une carte postale de Las Vegas, avec une simple date, celle du jour de leur mort. Très vite, la presse s'empare de l'affaire et celui qu'elle surnomme le "tueur de l'Apocalypse" a tôt fait de semer la psychose dans la ville. Les autorités, désorientées par l'absence d'indices, se tournent vers Will Piper, ancien profiler d'élite dont la carrière a été brutalement interrompue à la suite d'un drame personnel.  L'enquête de Will ne va pas tarder à prendre un tournant complètement imprévu pour le mener au cœur des secrets les mieux gardés du gouvernement américain. Une mission confidentielle de Churchill en 1947 auprès du président Truman, un monastère sur l'île de Wight, la zone 51 : autant de pièces d'un puzzle machiavélique que Will devra résoudre pour faire triompher la vérité.
 

Mon avis : 

Il y a des livres, je ne sais pas comment ils atterrissent dans ma wishlist, aucun souvenir de les avoir croisés. Mais un jour ils y sont, et puis un autre jour, un proche vient les y pêcher pour m'offrir un cadeau. Inévitablement, ces pauvres romans oubliés font un stage plus ou moins long dans ma PAL, jusqu'à ce qu'un événement presque accidentel les en sorte (en l’occurrence, une blogueuse qui me demande mon avis sur ce livre).  Alors je les sors, et je découvre sans préjugé. Souvent c'en est d'autant plus agréable, car la surprise est intacte et souvent très belle. Mais parfois...

Celui-là, je soupçonne que c'est sa quatrième de couverture qui m'a séduite un jour. Avouez que le résumé ressemble à du bon thriller américain : un tueur en série, des meurtres apparemment insolubles, un fond historique et un profiler hors-pair. Parfois de la littérature facile qui manque d'originalité, mais si l'auteur s'en sort bien, la surprise et le plaisir sont au rendez-vous.

Pas ici, malheureusement. Autant vous le dire tout de suite : alors que l'auteur laisse gentiment patauger son détective, il nous permet rapidement de comprendre de quoi il s'agit, à nous, lecteurs. Du coup, à partir de là, du point de vue de la surprise il ne nous reste plus grand-chose à nous mettre sous la dent - pêché capital pour un thriller ou un roman policier !  Il y a un peu de suspense et d'action sur la fin, mais dans l'ensemble je me suis sentie plutôt flouée.  L'enquête se contente d'avancer très lentement vers une solution que nous connaissons d'avance. La prévisibilité, voilà ce qui a totalement tué ce récit.

Autre grosse déception : je m'attendais à un récit policier terre-à-terre et j'espérais que l'auteur nous proposerait une solution inattendue. Le genre de récit où la problème semble insoluble, les meurtres impossibles, mais où l'intrigue se conclut par une résolution à la fois crédible et impressionnante par son originalité.  Mais en réalité l'auteur a pris le chemin de la facilité : il nous propose un mystère paranormal. Pouf !  D'un coup, plus besoin de rien expliquer, on n'a qu'à accepter que tout est possible.  Et rien ne l'annonce dans la quatrième de couverture.  J'étais tellement frustrée quand j'ai senti venir l'affaire (quelque part peu après la naissance du septième fils) que j'ai failli laisser tomber ma lecture.

L'intrigue m'a donc largement déçue. Parfois ce genre de défaut est rattrapé par un beau style littéraire ou par des personnages attachants et hors du commun.  Eh bien non, pas ici.  Le style est banal, les personnages tout autant. Will est assez désagréable, son "drame personnel" franchement pas impressionnant ("drame" est vraiment un grand mot), il y a l'inévitable histoire d'amour et le vilain frustré de la vie. Clichés, clichés. Le top du top c'est la demoiselle qui devient belle, désirable et moins coincée parce qu'elle maigrit... Bravo les préjugés !

Qu'est-ce qu'il reste, alors ?  Le seul point positif à mon avis, c'est l'idée autour du "livre des morts" et la façon dont il a été géré après sa découverte. Difficile de vous en dire plus sans gâcher le seul vrai bon côté de ce roman, mais ce serait vraiment plus sympa si cette idée avait été présentée sous une autre forme qu'un roman policier. 

Je vais m'arrêter là, je pense que vous avez compris : ce ne fut pas une lecture pénible, les pages se laissent tourner, mais il y a tellement de bons polars et d'excellents thrillers à votre disposition que je ne m'attarderais pas sur celui-là.  Et je vais faire un peu plus attention aux livres qui atterrissent dans ma wishlist ! 


Pour en savoir plus :
- l'avis de Jess, qui est en gros de mon avis mais vous en dit plus.  Elle et moi avons encore quelques questions sur certains points de l'intrigue, si vous avez lu ce livre, je serais ravie de vous les poser  :)

Alvéoles de Eric Descamps


Un nouvel auteur m'a fait le plaisir de m'envoyer son premier roman qui se trouvait dans ma wish-list.  Ce qui ne veut pas dire que je vais être plus gentille dans ma chronique, mais parfois, il n'y a tout bonnement rien de mauvais ! 


Résumé :

Que peuvent bien avoir en commun un pirate informatique recruté par une agence de l'OTAN, un couple de jeunes mariés en route pour le sud de la France, une grande entreprise suisse et une famille dont le père a obtenu un petit boulot d'un jour puis tombe mystérieusement malade ? Qu'est-ce qui se cache dans les "couveuses" en métal déposées aux quatre coins de la France ?  Pourquoi les abeilles quittent-elles soudain leurs ruches ?  Les réponses se trouvent dans les ramifications multiples d'un complot qui pourrait affamer le monde entier, et que quelques anonymes vont tout faire pour déjouer.


Mon avis :

Encore une chronique délicate : il va falloir que je vous parle de ce roman en vous dévoilant le moins possible son intrigue pour garder le suspense qui fait une grosse part du plaisir !  Je l'ai lu moi-même sans connaître du tout de son contenu, je ne savais pas à quoi m'attendre et j'en ai d'autant mieux profité.

Enfin pour vous mettre sur la piste malgré tout, il s'agit d'un thriller basé sur une menace informatique et écologique tout à la fois. C'est une histoire un peu à l'américaine, avec une menace planétaire, de grands méchants rusés et cupides, des techniques de pointe et pas mal d'action rassemblée sur à peine trois jours. Mais heureusement le roman présente aussi un aspect "bien de chez nous" qui l'empêche de tomber dans les affreux travers de ses cousins américains : pour une fois, pas d'attaque du Pentagone ou de la Maison Blanche, mais une attaque ciblée sur l'Union Européenne ; pas de super-héros facile de la gâchette mais quelques personnages qu'on pourrait croiser dans les rues ; pas de course-poursuite sur les grandes artères américaines mais des aventures situées en Belgique, France ou Suisse. Voilà qui renouvelle un peu le genre et lui donne une saveur familière tout à fait agréable. Ça, plus quelques références à des événements récents, voire à une vidéo des Black Eyed Peas, et l'aventure rentre pleinement dans notre petit monde connu, pour une fois !

Le gros point fort de ce roman c'est son rythme et son suspense. Il y a bien sûr un mystère général qui est là pour nous tenir en haleine, mais l'auteur n'a pas jugé cela suffisant pour nous coller son livre aux mains et y ajoute toute une série de mini-cliffhangers. Ce procédé est rendu possible par la succession de petits chapitres et par plusieurs aventures parallèles ; chez l'un ou l'autre des protagonistes, il y a toujours de quoi vous tenir en haleine, et c'est un vrai plaisir.  On sent le rythme très étudié,  il n'y a pas de temps morts et pas de précipitation non plus.

L'informatique a une belle part dans cette aventure et l'auteur s'est attaché à fournir les explications techniques nécessaires pour s'assurer la crédibilité du complot qui se prépare. Bien entendu, ça nous donne quelques passages un peu ardus pour les non-initiés. Heureusement, les présentations techniques sont toujours accompagnées de métaphores éclairantes ; alors si comme moi vous ne vous sentez pas à la hauteur du jargon informatique, accrochez-vous aux images et vous comprendrez très bien le nécessaire. 

Voilà donc un beau thriller qui m'a fait passer de très bons moments et qui mérite votre attention.  Il a su mêler des personnages attachants parce que très crédibles dans leur banalité, une intrigue aux enjeux originaux, un décor bien de chez nous et un rythme à nous tenir en haleine de page en page.  Un auteur à suivre !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter le livre sur Amazon, en version papier ou ebook
- les chroniques de aspare, comicboy et joyeux-drille, tous les trois aussi contents de leur découverte que je l'ai été
- la présentation du livre, en vidéo, par son auteur :

Escroc City, de Cyrus Moore

Depuis plusieurs mois, je ne prends pas beaucoup de partenariats, je me limite à demander ceux qui m'intéressent vraiment.  Ce livre a été proposé sur Livraddict peu de temps après que j'aie lu la première partie de "L'homme qui rêvait" de John Marcus et m'en semblait un complément tout désigné.  Et en effet, vous allez le voir !


Résumé :

Niccolo Lamparelli, engagé par une grande banque d'affaire américaine à Londres, exerce le métier d'analyste : il analyses certaines entreprises actives dans les nouvelles technologies et fournit des conseils à ses clients concernant leur titre : vendre, garder ou acheter. Dans une entreprise très compétitive, où les coups bas sont légion, Niccolo tire son épingle du jeu et parvient à se faire à nom sans compromettre ses principes moraux. Mais dans l'ombre, une grande fraude s'organise dont il sera le maillon central sans en avoir conscience...


Mon avis :

Voici un livre qui n'est pas parfait mais qui m'a fait passer un bon moment et, surtout, qui m'a beaucoup appris sur un monde dont je ne fais pas partie.  Un monde de requins en costumes trois pièces qui se construisent des fortunes indécentes au prix d'un stress terrifiant et de choix difficiles...

L'auteur doit savoir ce qu'il raconte quand il parle de ce monde-là puisqu'il est lui-même analyste à la City. Il se construit donc un héros qui fait le même boulot, avec quelques aspects un peu plus romanesques, une jeunesse qu'on découvre peu à peu et un ami à toute épreuve.  Il nous présente son arrivée dans la banque d'affaires par excellence : un étage pour les traders qui font couler les millions entre leurs doigts devant des murs d'écrans de cotations, un étage pour les analystes qui font et défont les réputations des titres, un étage pour les gros pontes intouchables... Un monde de mâles pleins de testostérone dépensée dans le luxe et les voitures hors de prix, avec quelques femmes pour faire tache, classées en mal baisées ou jolies tombeuses.  On n'a pas beaucoup de mal à croire en ce monde pourtant caricatural mais dépeint avec talent, précision et justesse, ni en noir, ni en blanc.

L'intrigue sert visiblement de prétexte pour "Une critique choc de la cupidité sans limite de la City", comme indique pompeusement la quatrième de couverture, mais il ne faut pas se méprendre sur le sens de cette critique.  Pour les besoins du roman, il est articulé autour d'une fraude magistrale et de vilains pas beaux malfaisants qui font fi des règles de déontologie les plus élémentaires.  Mais comme partout, il y a des escrocs et des criminels, ils ne représentent pas la règle générale et ce n'est visiblement pas eux que l'auteur dénonce.  C'est plutôt un système qui, au mieux de sa forme, récompense l'argent pour lui-même, encourage l'individualisme, normalise des profits indécents et ferme les yeux sur les conflits d'intérêts.
Dans le très intéressant roman de John Marcus "L'homme qui rêvait", la victime dénonce avec force le système capitaliste actuel et, entre autres, la loi des marchés financiers, une économie qui ne crée rien d'autre que du profit artificiel.  Ici, on est en plein dedans et c'est ça qui est choquant.  Les analystes sont considérés comme des diseurs de bonne aventure qui peuvent, d'un mauvais pronostic, mettre une entreprise sur les genoux ; les traders vendent et achètent, font de l'argent à partir des fluctuations du marché, c'est à dire à partir de rien. Pas un seul d'entre eux a l'air de se rendre compte que les titres qu'ils manipulent avec autant de désinvolture représentent des sociétés dont dépendent des milliers de travailleurs. Dans leur petite bulle de stress (car leur vie n'est pas facile non plus, ils sont aussi proches de l'enfer que du paradis), ils sont totalement déconnectés de la réalité autre que celle des chiffres.

A deux bureaux de là se trouvent les équipes chargées des conseils aux dites entreprises.  Et ça ne dérange personne, visiblement, que cohabitent à la fois ceux qui gagnent leur vie à défendre des sociétés et ceux qui doivent évaluer leur valeur de façon soi-disant impartiale. Comment rester objectif dans ces conditions ?  Et comment douter qu'au-dessus de leurs têtes, les grands patrons n'aient à faire des choix qui sont toujours mauvais ?

J'ai beaucoup apprécié de découvrir tout ce petit monde et je recommande chaudement la visite.  Si quelques personnages sont trop prévisibles voir caricaturaux, d'autres sont présentés avec finesse et humour.  L'intrigue a la très grande qualité de nous surprendre sans cesse : pas de schéma hollywoodien "début prometteur - emmerdes - vengeance du héros - fin heureuse" mais un petit peu de tout ça sans cesse mélangé et la plupart du temps imprévisible.  La fin est un peu brutale cependant, et il s'agit aussi d'un roman à lire sans trop traîner sous peine de se perdre dans les personnages et les développements.  Mais ça en vaut la peine, car autour d'une histoire bien ficelée pour nous tenir en haleine se dessine le portrait de la City, Escroc City, dans ses moindres détails.  A ne pas manquer si le sujet vous intéresse un tant soit peu.





Le Huit, de Katherine Neville

Il est temps que je publie cette chronique à propos du livre qui faisait l'objet du book club de mercredi passé !  Voici donc Le Huit, un thriller historique et mystique.


Résumé :
New York, décembre 1972 : Catherine Velis, jeune experte en informatique, est envoyée en Algérie travailler pour l'Opep.  Mais avant son départ, les événements bizarres se succèdent, autour d'une diseuse de bonne aventure, de pièce d'un jeu historique, et d'un Grand Maître russe des échecs. 

Sud de la France, printemps 1790 : Mireille de Rémy et sa cousine Valentine sont novices dans l'abbaye fortifiée de Montglane. Alors que la révolution bat son plein, la Mère supérieure les charge d'une étrange mission : disséminer à travers le monde les pièces du jeu d'échecs de Montglane, qu'un Maure aurait offert à Charlemagne. Celles-ci, réunies, renfermaient un secret qui donnerait accès à une terrible puissance. Les deux cousines partent alors pour Paris où sévit la terreur. 


Mon avis :

J'ai mis longtemps à lire ce livre.  Les très belles couleurs de la couverture de la version anglaise rééditée récemment ne l'ont pas empêché de traîner sur ma table de chevet et dans ma valise pendant de longues semaines.  Car j'ai mis longtemps à m'y plonger réellement.

D'une part, il y a l'histoire de Mireille et Valentine, les deux peties novices qui se voient raconter une fabuleuse histoire et confier les pièces d'un jeu d'échec capable, paraît-il, de faire tourner la tête de Charlemagne. Ce côté historique sur fond de Révolution française n'avait rien pour me déplaire, mais j'ai vite été dérangée par l'habitude que prend l'auteur de faire entrer en scène, à chaque chapitre, au moins un ou deux personnages historiques.  Au début ça se tient assez bien : ces hommes politiques qui ont fait la Révolution ont sûrement eu l'occasion de croiser et recroiser, et par conséquent on peut imaginer une aventure qui se déroulerait dans leur milieu.  Mais ça devient vite exagéré. On dirait que seuls les hommes et femmes dont l'histoire a retenu le nom avaient droit de cité dans cette aventure. Et bientôt ce sont des étrangers, des artistes, des écrivains, des scientifiques, des princes et rois qui entrent dans la danse, l'auteure ne recule devant rien.  Ce côté artificiel m'a beaucoup lassée. 

De l'autre côté, il y a l'histoire de Catherine, jeune experte informatique américaine, contemporaine - quoi qu'il y a un doux côté rétro à cette histoire qui se déroule à la fin des années '70 - et surtout vivante et sympathique. Le problème avec elle, c'est qu'elle se retrouve entraînée dans une série de petites aventures bizarres sans queue ni tête dont on se demande ce qu'elle peuvent bien avoir en commun. Il faut longtemps, en fait jusqu'à l'arrivée de Catherine en Algérie vers le milieu du livre, pour qu'on puisse leur trouver un peu de sens. 

Mais à partir de là, tout va mieux.  J'ai continué à préférer les aventures de Catherine, car celles de Mireille m'ont toujours parues trop "mystiques" ou grandioses, même si quelques passages sont particulièrement touchants et l'atmosphère générale de l'époque assez bien rendue. Mais chez Catherine, il y a une amie au caractère insolents et aux reparties exquises, un petit chien adorablement méchant, un joueur d'échec sexy et mystérieux, et de façon générale un entourage surprenant mais très bien campé.  Et puis les aventures de Catherine, une fois en Algérie, deviennent haletantes, entre le désert, les montagnes, la mer et la casbah...

Bien sûr l'histoire de Mireille et de Catherine se rejoignent à un moment donné.  Et toutes les questions trouvent des réponses - enfin, presque toutes, car en ce qui me concerne il reste encore quelques ombres.  Et arrivé au bout, on est presque triste que ça se finisse, ce qui est toujours bon signe.

Au final, un début pas trop concluant pour une suite qui m'a incitée à commander directement le deuxième volume de cette aventure ; un roman sympathique et bien documenté, qui sans être exempt de défauts fait passer un très bon moment.   Je n'en avais jamais entendu parler avant le Book Club et ce fut un plaisir de faire cette découverte.



Etat critique, de Robin Cook

Au moins de juin, Livraddict proposait en partenariat avec Le Livre de Poche de découvrir le thriller médical aux côtés de Robin Cook.  La quatrième de couverture était plus qu'alléchante, j'ai sauté sur l'occasion...


Résumé :

Trois cliniques spécialisées de New York, appartenant toutes les trois au docteur Angela Dawson, sont victimes d'une épidémie inexpliquée de staphylocoque doré résistant.  Des patients, entrés en parfaite santé pour des opérations de routine, meurent en quelques heures. L'un d'entre eux est autopsié par le docteur Laurie Montgomery, dont le mari doit justement se faire opérer dans l'une des cliniques quelques jours plus tard. Lorsqu'elle apprend que ce cas est loin d'être isolé, le docteur Montgomery décide de mener l'enquête pour rassembler assez d'informations afin de convaincre son mari d'éviter l'hospitalisation. Mais elle a peu de temps, et le mystère semble insoluble : absolument toutes les mesures possibles ont été prises pour éradiquer l'épidémie, et pourtant, certains patients continuent à mourir...


Mon avis :

Je suis une grande fan de thrillers et de romans policiers, pas de doutes à ça.  Voilà un genre qui détend, qui emporte et qui ne laisse pas trop de traces derrière soi, une lecture plaisir au sens pur.  Mais les bons thrillers sont rares ; il ne suffit pas d'une bonne dose d'hémoglobine et d'un scénario improbable pour mériter ce titre.  Et les auteurs les plus en vogues ne sont pas nécessairement les plus intéressants. Aussi, j'apprécie d'autant plus le plaisir de me retrouver avec un roman de ce type qui semble me coller aux mains tant j'ai de mal à le lâcher avant la dernière page.

C'est l'effet qu'a provoqué cet "Etat critique". J'espérais beaucoup suite à une quatrième de couverture accrocheuse, mêlant business, santé et mystère scientifique. Mais dès le début, le résumé tient ses promesses. Comment se fait-il que certaines cliniques soient victimes d'une épidémie de staphylocoques alors que toutes les mesures ont apparemment été prises pour l'éradiquer ?  On pense immédiatement à un sabotage, mais au fil des pages l'histoire se complique : rien, absolument rien ne permet d'expliquer ce qu'il se passe.  Chacune de nos hypothèses s'effondre au fur et à mesure que le docteur Montgomery mène l'enquête.

Je vous rassure : au final, tout est expliqué logiquement (heureusement, un roman policier qui laisse des questions sans réponses est le summum de la frustration).  Mais entretemps, l'intérêt du lecteur a un peu changé : à force de suivre le développement des points de vue de différents protagonistes, un suspense parallèle se met en place.  Je n'ose pas trop vous en dire pour ne pas gâcher le plaisir, mais à partir de la moitié du livre, l'intrigue se développe en un chassé-croisé délirant pendant lequel on retient son souffle. Et on ne sauterait pas une page, pas une ligne, même pour savoir plus vite comment il se termine.

Au point de vue des personnages, l'originalité n'est pas de mise : le gentil couple uni malgré ses désaccords, la femme d'affaires à la volonté de fer, quelques maffieux de bon ton et pas trop malins, ce genre de choses. Mais heureusement, pas trop de caricatures : j'ai eu peur un moment pour le personnage d'Angela qui semblait vraiment trop correspondre à la business woman imbatable, mais en fin de compte elle a quand même quelques aspects un peu plus intéressants qui lui font échapper de peu au moule.

Par contre, là où se trouve l'originalité, c'est l'aspect "thriller médical". Des médecins légistes qui mènent l'enquête, avec comme ennemi principal un méchant staphylocoque, c'est un point de vue sympathique.  Pour une fois que le sempiternel commissaire torturé n'est pas de la partie, il ne m'a pas manqué !  On sent aussi un petit peu de "C.S.I." qui n'est pas pour me déplaire.  Et puis, en trame de fond, on découvre avec horreur le fonctionnement mercantile de la médecine américaine, ces cliniques spécialisées qui se font énormément d'argent en n'acceptant d'opérer que les patients les mieux assurés, ces informations privées sur la santé des patients qui circulent comme des petits pains...  Ca fait froid dans le dos.  Je découvrais donc le thriller médical avec Robin Cook, et je vais sans fautes chercher à en lire d'autres du même auteur, spécialiste du genre apparemment.

Au final, un thriller comme on les aime : délassant, agréable, prenant au possible.  Une lecture parfaite pour les amateurs, qui leur permettra de découvrir le sous-genre du thriller médical.

Je remercie très sincèrement Livraddict et les éditions Le Livre de Poche qui m'ont lancée sur cette piste !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre, avec les informations le concernant et les notes et avis d'autres lecteurs ;
- les avis des autres participants au partenariat :  Cacahuète - Emeralda - Taylor - Clara - Erato - Lili25 - Marionnette - Maïko - Elea23

Thérapie, de Sebastian Fitzek

Le roman dont je vous parle aujourd'hui, Thérapie, a fait l'objet d'un partenariat entre les éditions du Livre de Poche et Livraddict. Je n'ai pas fait partie des heureux élus qui ont reçu ce livre (les dix exemplaires sont partis comme des petits pains) mais je n'en ai lu que des critiques positives. Je l'ai ensuite reçu en prêt de Miss Spooky Muffin et c'est maintenant à mon tour de vous en chanter les louanges...


Résumé:

La vie de Viktor Lorenz, célèbre psychiatre bernois, a sombré le jour où sa fille Josy a disparu sans laisser de traces dans le cabinet d'un médecin, après avoir souffert pendant des mois d'une étrange maladie. Quatre ans plus tard, Viktor a abandonné son métier et vit renfermé sur son chagrin. En séjour, seul, au bungalow de sa famille sur l'île de Parkum, il y reçoit contre son gré une jeune femme mystérieuse qui demande à être soignée. Anna Spiegel, romancière, affirme être atteinte d'une schizophrénie qui lui fait rencontrer, dans la vie réelle, les personnages de ses romans. Et sa dernière oeuvre parle d'une petite fille malade qui disparaît chez le médecin... Dès lors, Viktor ne cherche qu'à interroger cette femme qui semble de plus en plus dangereuse, sur une île rendue inaccessible par la tempête.


Mon avis:

Ami des thrillers en huis clos, bonsoir ! J'ai ce qu'il te faut: "Thérapie" ne risque pas de te guérir de cette passion mais te procurera un bon moment de plaisir, traitement recommandé après l'avoir personnellement testé !

Bon, soyons honnêtes: ce n'est peut-être pas le roman de l'année. L'écriture est assez banale - mais traduite de l'allemand. Le thème permet quelques facilités: sur fond de maladie mentale, l'auteur peut jouer avec les pieds du lecteur sans lui révéler ce qui est vrai et ce qui est faux. Encore faut-il le faire avec subtilité pour ne pas laisser au lecteur l'impression d'avoir triché.

Et là, l'auteur s'en sort à merveille. Pour tout vous dire sans rien vous révéler, je me suis un peu doutée du problème; à partir du moment où l'histoire devient vraiment incompréhensible, on ne peut pas s'empêcher d'émettre des hypothèse. Je n'avais pas tort en imaginant les miennes, mais j'ai malgré tout été totalement bernée. Dans les dernières pages, Fitzek nous offre plusieurs retournements de situation consécutifs qui laissent pantois le lecteur le plus aguerri. Ca vaut la peine de se traîner jusqu'à l'explication, même si en cours de route on a tendance à s'ennuyer un rien; pas que ça manque d'action, mais plutôt qu'à force de s'enfoncer dans la brume, on aimerait quand même entrevoir la lueur du phare.

Le livre en lui-même n'est pas trop épais - 309 pages édition poche - mais c'est le genre de choses qu'on a du mal à lâcher: on veut savoir ! Et si, une fois qu'on sait, on en reste époustoufflé sans se sentir trahi, moi je dis: c'est un bon thriller. "Thérapie" correspond tout à fait bien à cette définition.

Bref, une chouette lecture que je recommande à tous les amateurs du genre. A commencer pas trop tard dans la journée, au risque d'y passer une nuit blanche...