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La Petite Fadette, de George Sand


Qui c'est qui relit un livre pour la centième fois, se persuade qu'elle ne l'a jamais commenté, rédige une chronique, et se rend compte au moment de la publier qu'elle avait déjà écrit un article sur ce roman ?  C'est bibi, bien sûr ! Qu'à cela ne tienne, maintenant que la chronique est écrite, je la publie, et je me rends compte que mon avis n'a pas du tout changé depuis trois ans...


Résumé :

Lorsque les jumeaux Landry et Sylvinet sont nés, au cœur de la campagne française du XVIIIème siècle, la sage-femme a conseillé à leurs parents de les séparer le plus vite possible. Le conseil n'a pas été suivi, et lorsqu'adolescent Landry est envoyé travailler dans une autre ferme, Sylvinet se morfond et disparaît. Landry, à la recherche de son frère, obtient l'aide de la petite Fadette, la petite-fille d'une vieille dame acariâtre qui se dit sorcière. Et Landry apprendra que la jeune fille rejetée par tout le village cache en fait un coeur d'or.


Mon avis :

Vous connaissez le concept du livre-doudou ? Celui que l'on connaît par cœur mais vers lequel on revient régulièrement, pour un peu de familiarité, celui qui nous réconforte comme un ami proche ?

La Petite Fadette, c'est l'un de mes livres-doudous. Je l'ai lu dans mon enfance, relu plusieurs fois dans mon adolescence, et puis récupéré sous format ebook pour pouvoir le relire encore et encore, dans le désordre, par passages, en diagonales ou de haut en bas. Je pense que vous l'aurez deviné : n'espérez pas un avis objectif de ma part. Ce roman c'est pour moi un bonbon sucré et réconfortant.

Il est parfois difficile de savoir ce qui plaît dans un livre-doudou, et je suis souvent étonnée que ce roman fonctionne aussi bien pour moi. D'abord, d'habitude les histoires d'amour m'ennuient. Ensuite, ce roman a ses petits défauts que je reconnais de bon cœur. Par exemple, je suis toujours un peu étonnée de la différence entre la façon dont la petite Fadette est considérée et ce que l'on découvre de sa personnalité au travers des yeux de Landry. On parle beaucoup de sa "mauvaise réputation" sans jamais expliciter de quoi il s'agit ou ce dont on l'accuse à part d'avoir une mère qui a abandonné sa famille. On dit qu'elle a mauvais caractère, qu'elle se moque des gens, les insulte, ce genre de choses, mais avec Landry elle est parfaitement polie et calme ; j'ai un peu de mal à croire que sa personnalité ait changé du jour au lendemain, ou qu'un village dans son ensemble lui en ai attribué une qu'elle ne méritait absolument pas. Bref, je sais que la "rumeur publique" peut être très cruelle, mais là il me semble que ca manque un peu de crédibilité.

Ceci dit, je pourrais tout pardonner à ce roman rien que pour ses dialogues, ou plutôt, les discours de son héroïne. Quand la petite Fadette parle à Landry le soir de la Saint-Andoche, le pauvre gamin est ensorcelé, mais honnêtement, moi aussi. Quand elle parle à Madelon, son humilité me serre le cœur, et quand elle avoue enfin son amour à Landry, je ne peux plus retenir mes larmes. Enfin, quand elle guérit Sylvinet rien qu'en lui parlant, elle a l'air de faire de la magie, mais ses mots sont si beaux que j'y crois sans hésiter. Il n'y a pas d'envolées lyriques, pas de grandes phrases ou de beaux poèmes, juste une langue simple, qui explique sans embellir, des mots terre-à-terre qui respirent l'honnêteté et la sincérité. J'ai beau relire encore et encore ces passages jusqu'à presque les connaître par cœur, ils continuent à me toucher tout autant à chaque fois.

Tout ceci est emballé dans une jolie histoire assez simple, au cœur de l'écrin campagnard qui a fait la renommée de George Sand. Les détails géographiques et quelques minuscules apartés ajoutent un charme inattendu ; par exemple, quand le lieu d'une rencontre est présenté de façon précise comme si le lecteur connaissait forcément l'endroit ("...dans le chemin de sable qui descend des vignes d’Urmont à la Fremelaine"), ou quand on nous apprend une anecdote où l'on sent encore la colère des gens de la campagne ("...dans le petit chemin creux qu’on appelle la Traîne-au-Gendarme, parce qu’un gendarme du roi y a été tué par les gens de la Cosse, dans les anciens temps, lorsqu’on voulait forcer le pauvre monde à payer la taille et à faire la corvée, contrairement aux termes de la loi, qui était déjà bien assez dure, telle qu’on l’avait donnée"). La narration est destinée à une génération de lecteurs qui doivent être familiers avec ce genre de décor, et pour nous qui ne le sommes pas, elle est a un parfum inimitable de nostalgie, car George Sand adorait visiblement la vie des gens simples qu'elle met en scène. Leurs conditions de vie sont probablement idéalisées, mais ce roman fait un peu office de conte de fée réaliste, et c'est ce que j'aime.

En résumé, ce roman est en fait un joli conte pour adultes, plein de douceur et de nostalgie, et surtout embelli par des dialogues inimitables. Le temps, au lieu de l'abîmer, donne à ce récit une nouvelle saveur. J'aime beaucoup les romans champêtres de George Sand, mais celui-ci reste mon préféré.


Pour en savoir plus :

Everything, Everything, de Nicola Yoon


Ça fait des mois que je devais vous parler de ce roman, l'une de mes rares incursions en littérature jeunesse et en romance. Suis-je trop vieille pour ces choses-là ?


Résumé :

Ma maladie est aussi rare que célèbre, mais vous la connaissez sans doute sous le nom de « maladie de l’enfant-bulle ». En gros, je suis allergique au monde. Je viens d’avoir dix-huit ans, et je n’ai jamais mis un pied dehors. Un jour, un camion de déménagement arrive. Je regarde par la fenêtre et je le vois. Le fils des nouveaux voisins est grand, mince et habillé tout en noir. Il remarque que je l’observe, et nos yeux se croisent pour la première fois. Dans la vie, on ne peut pas tout prévoir, mais on peut prévoir certaines choses. Par exemple, je vais certainement tomber amoureuse de lui. Et ce sera certainement un désastre.


Mon avis :

Parfois, je prends des risques en lecture. Il y a des styles dont je sais qu'ils ne sont pas pour moi généralement, mais je me refuse à condamner à jamais tout un genre littéraire, alors j'essaie de leur redonner leur chance de temps en temps. Le résultat c'est parfois de belles surprises, comme avec "Avant toi" de Jojo Moyes. Mais de façon générale le romantisme est un de ces genres qui ne sont pas pour moi.

Je lui ai quand même à nouveau donné sa chance à l'occasion du Book Club de mai. C'est le roman Everything, Everything qui a été sélectionné et les uns après les autres, les participants qui avaient terminé leur lecture en avance revenaient chanter ses louanges. Comme j'aime bien lire la plupart des livres choisis pour le book club si je le peux, comme il existait en audiolivre en VO et comme justement il me restait pas mal de crédits à utiliser sur Audible, j'ai profité des conditions si justement réunies et je me le suis procurée.

Je dois avouer qu'au début, j'ai été vraiment très déçue. La principale raison c'est que je me suis rendue compte qu'il s'agissait avant tout d'un roman jeunesse. Sa fiche Bibliomania ne l'indiquait pas, et j'ai très naïvement mal interprété le résumé. Je pensais que l'histoire serait plutôt dramatique, étant donné que la maladie très particulière de l'héroïne me semblait une opportunité pour explorer les aspects psychologiques liés au fait de vivre une existence coupée du monde. J'imaginais déjà la souffrance de ne pas pouvoir vivre l'amour, la réflexion sur la valeur d'une vie que l'on ne peut pas vraiment vivre, tout ça... Oui, je me suis vraiment emballée et maintenant que je relis le résumé je me sens assez bête  :D

Enfin bref, je me suis vite rendue compte que j'étais bien à côté de la plaque. Ce qu'on a ici c'est une histoire d'amour relativement légère, vue par une jeune femme qui connaît ses premiers émois, et visiblement écrite pour un public qui peut s'identifier à elle... ce qui malheureusement n'est pas mon cas. Madeline, l'héroïne, est douce et gentille, volontaire et pliante à la fois, et il faut bien le dire, franchement attachante. Mais en ce qui me concerne les longs monologues sur le bonheur de toucher pour la première fois la main de l'autre, ça me donne vite envie de soupirer, et pas de plaisir mais d'ennui malheureusement.

Une autre chose qui m'a vite ennuyée, c'est le style de narration. Les chapitres sont très, très courts, parsemés de paragraphes différents, comme le dictionnaire inventé par Madeline, des échanges d'emails ou de discussions en ligne. C'est très moderne et vivant, mais le résultat c'est une narration hachée qui donne l'impression que le livre a été écrit pour des lecteurs dont il est difficile de retenir l'attention. Le style est aussi relativement pauvre, surtout au début, mais quand Madeline aura l'occasion de s'ouvrir un peu au monde, elle nous offre aussi quelques descriptions assez poétiques.

En fait, ce qui m'a surtout énormément ennuyée voire même énervée pendant une bonne partie du livre, c'est... eh bien non, je ne peux pas vous le dire, parce que c'est fait exprès. Disons qu'il y a de gros soucis de logique dans cette histoire, dès le début, qui au final vont s'expliquer, mais qui m'ont souvent donné envie de fermer le livre à cause d'une intrigue qui n'avait ni queue ni tête à mes yeux. Ça c'est quelque chose que mon pauvre esprit cartésien a du mal à supporter, je dois bien l'avouer, et qui m'a empêchée d'apprécier d'autres aspects de ce roman.

Cependant, grâce au Book Club j'ai quand même terminé ce roman, et je ne l'ai pas regretté : une fois qu'on a compris "le truc", il reste un côté rafraîchissant, une gentille histoire d'amour. Ça m'a un peu rappelé "E=MC2" de Patrick Cauvin, que j'ai adoré étant plus jeune et relu dernièrement, sauf que j'avais trouvé le roman de Cauvin beaucoup plus comique par moments. Je pense que je suis trop "vieille" dans ma tête pour apprécier ce genre de roman, mais je comprends l'engouement qu'il a suscité auprès de ceux et celles qui n'ont pas ce handicap...


Pour en savoir plus :

Au coeur du silence, de Graham Joyce


Voici un livre que j'ai ressorti par hasard, et souvent pour moi le hasard fait bien les choses  :)


Résumé :

Dans les Pyrénées françaises, un jeune couple marié est enseveli sous une avalanche. Miraculeusement, Jake et Zoe arrivent à sortir de la neige... pour découvrir que le monde qu'ils avaient connu a été frappé par un étrange silence absolu. Leur hôtel est complètement vide. Les portables et les lignes ont été coupées. Une évacuation aussi soudaine et minutieuse laisse Jake et Zoe dans une terrifiante situation. Ils sont coincés dans la tempête, complètement isolés, avec une autre avalanche menaçant de les engloutir... à nouveau. Alors que le couple est témoin d'étranges évènements, ils sont confrontés à une terrifiante vérité concernant cette terre silencieuse qu'ils habitent désormais.


Mon avis :

Ce livre, je l'ai acheté à l'occasion d'une des promotions d'ebooks des éditions Milady et Bragelonne. Je crois que je l'avais choisi surtout parce que l'auteur m'avait complètement séduite avec Lignes de Vie. Quelques heures plus tard, quelqu'un sur twitter m'avait fait comprendre qu'il n'était pas aussi bon que Lignes de Vie, et un peu refroidie, je l'avais laissé se perdre dans les tréfonds de ma liseuse. Mais un soir, j'avais envie de lire quelque chose de nouveau et je suis tombée sur celui-ci dont je ne gardais aucun souvenir. Je l'ai donc commencé, par pure curiosité... et je l'ai terminé dans la nuit.

C'est en effet très différent de Lignes de Vie, je n'ai pas retrouvé la magie de celui-ci, mais ce n'est pas pour ça que ce roman ne m'a pas agréablement surprise. Je pourrais le qualifier en un mot : angoissant. Dès les premières pages, au moment où Zoe est prise sous la neige, la description de ses réactions et ses impressions m'a presque causé une crise de claustrophobie.  Par la suite, l'atmosphère restera la même, avec des variations d'intensité : le stress est omniprésent, le besoin de savoir ne s’apaise pas vraiment avant la dernière page. Non seulement je n'ai pas pu le lâcher avant de l'avoir fini, mais en plus j'ai fait des cauchemars pendant le reste de la nuit. Ce n'est pas un thriller, comme je l'ai vu qualifié ; en fait jusqu'au bout on ignore dans quel type de littérature on se trouve (fantastique ? réaliste ?) et toutes les hypothèses restent ouvertes tandis que les indices s'accumulent. C'est un récit subtil, construit pour créer le mystère et faire monter l'angoisse autour de deux personnages et d'un décor ultra-normaux, et il fonctionne parfaitement.

Ce qui fonctionne beaucoup moins à mon avis, ce sont les personnages. Au fond tout ceci est une histoire d'amour, on espère donc s'attacher au couple de héros et ressentir leur complicité autant que leur angoisse. Mais ce ne fut pas vraiment le cas en ce qui me concerne. La traduction n'aide pas (les dialogues ont souvent l'air peu naturels quand il sont traduits d'une langue étrangère, je trouve), mais il n'y a pas que ça. J'ai trouvé que leur communication manquait de chaleur ; ils n'ont pas l'air de se faire confiance, s'énervent facilement l'un envers l'autre, remettent sans cesse en doute ce que l'autre dit (à chaque fois que Zoe voit quelque chose que Jake ne voit pas, il lui dit qu'elle hallucine), se cachent beaucoup de choses. Ils ne forment pas vraiment une équipe et encore moins un couple solide, ce qui fait perdre beaucoup de substance à ce huis-clos dont ils sont les seuls protagonistes.  C'est d'autant plus surprenant pour moi que dans Lignes de Vie, c'est justement les rapports humains, compliqués et surprenants mais étonnamment riches et crédibles, qui faisaient toute la beauté du roman.

Niveau intrigue, j'ai deviné la fin assez tôt et c'est un peu dommage pour un récit basé sur le mystère. Mais je n'étais bien évidemment sûre de rien, même si j'aurais de beaucoup préféré me tromper et être surprise par la vraie résolution. Le début par contre, pour moi qui n'avais pas relu le quatrième de couverture, n'a cessé de m'étonner. C'est probablement un livre qu'il faut découvrir sans rien en savoir (et c'est bien dommage pour vous qui venez de lire ma chronique !).

En résumé, voici un roman sur lequel j'ai un avis contrasté : la façon qu'a l'auteur de créer immédiatement la tension et de faire monter l'angoisse est extraordinaire, et c'est ce qui m'a non seulement collé ce roman aux mains pendant une bonne partie de la nuit, mais est resté avec moi pendant encore plusieurs heures. Difficile de se détacher de cette atmosphère parfaitement construite. L'intrigue est surprenante au début, même si elle devient un peu trop prévisible par la suite. Le problème c'est que l'alchimie entre les deux personnages m'a parue inexistante, ce qui est un gros handicap pour ce roman où elle est au coeur de l'histoire.


Pour en savoir plus :
- les avis de Cookies, qui a adoré, et de La Demoiselle aux Cerfs qui a été très déçue. 


Persuasion, de Jane Austen


Je vous parle d'une deuxième romance ce mois-ci ! Ca ne m'arrive pas souvent, profitez-en si vous aimez ce genre  :)


Résumé :

Anne Elliott est une jeune femme raisonnable, intelligente et attachante, mais entre un père futile, une soeur aînée imbue d'elle-même et une soeur cadette mariée, elle est bien mal considérée au sein de sa famille. Huit ans plus tôt, elle a refusé les avances de l'homme qu'elle aimait sur les conseils d'une amie de la famille qui ne le voyait pas devenir un époux sérieux. Mais depuis lors, le Capitaine Wentworth est réapparu dans sa vie, il a fait carrière, il est riche et il est toujours aussi séduisant... Anne a-t-elle raté sa chance au bonheur ?


Mon avis :

Ca, c'était mon premier choix pour la romance du challenge "un genre par mois".  "Avant toi" de Jojo Moyes était un accident en cours de route, mais au départ, un peu démunie face à un genre qui me plaît rarement, je m'étais tournée vers une valeur sûre : cette chère Jane Austen. Comme beaucoup de demoiselles, je suis une grand fan d'Orgueil et préjugés et je complète au fur et à mesure des années ma lecture des romans de cette auteur. 

Ce que j'aime chez Jane Austen c'est qu'elle nous plonge volontairement dans la société des XVIII et XIXème siècles, dévoilant sous sa plume critique les aspects les plus importants. Les familles qu'elle décrit sont d'un milieu social élevé, et leurs préoccupations sont très différentes de celles d'aujourd'hui, mais la narration est tellement détaillée que l'on vit dans leur peau tout au long de chaque roman. C'est bien entendu le cas ici aussi : la famille Elliott doit faire face à des problèmes d'argent (très relatifs), leur héritage est promis à quelqu'un qu'ils ne connaissent quasiment pas, Elizabeth et Anne doivent trouver à se marier pour garder un certain statut social et l'amour n'est peut-être pas le plus important dans leur choix... Des thèmes qu'on retrouve dans d'autre romans de la même auteur. A chaque fois, la vie de ces gens me surprend : leur monde est très privilégié sans qu'ils s'en rendent compte ("être pauvre" signifie n'avoir qu'un domestique), et pourtant leur milieu est si étriqué et si compliqué ! Ils ont l'air de passer leur temps à trouver quelque chose à faire : visites, promenades, repas, écrire des lettres, et on recommence. Mais dès qu'ils sont en société, alors il faut paraître, être scrupuleusement poli et intelligement intéressant, démontrer un goût raffiné et une convenance sans failles, entamer des conversations philosophiques poussées et deviner à demi-mots les nombreux sous-entendus. Le style un peu recherché de Jane Austen rajoute probablement à la complexité des conversations, mais ce qui est sûr c'est que c'est une société où l'on est jugé à chaque mot et où la spontanéité est très, très rare. 

La complexité des relations est particulièrement marquée quand il s'agit de manoeuvrer pour réussir l'opération la plus importante d'une vie (surtout pour les femmes) : se marier. Ce n'est pas à demi-mot qu'il faut faire comprendre ses sentiments, c'est au quart d'un bout de souffle... ce qui bien évidemment entraîne de nombreux malentendus qui font tout le sel des romans. Je ne suis pas entièrement conquise par l'intrigue de celui-ci : il m'a semblé que l'intrigue principale traînait trop longtemps pour finalement se résoudre brusquement. Le point de vue d'Anne, celui que l'on suit, n'évolue pas d'un bout à l'autre et elle est dans une telle situation qu'elle ne peut rien faire ni espérer grand-chose ; c'est de l'autre côté que ça se passe et ce côté-là, on n'en apprend les sentiments qu'à la fin du roman. Il se passe des choses, mais pas dans le coeur de notre héroïne, et on se demande longtemps où tout ça va nous mener.

Ce que j'aime aussi chez Jane Austen, c'est son petit côté satyrique et l'humour que l'on trouve dans certaines situations et certains personnages, parfois même assez caricaturaux. Sauf que ce roman-ci m'a paru un peu en manquer, de cet humour. Anne est un personnage un peu terne, elle n'a pas la vivacité d'Elizabeth Bennet, on n'a pas envie de lui donner des claques comme à Emma Woodhouse, mais je l'aime bien : c'est une jeune femme raisonnable mais avec une riche vie intérieure, mature et responsable, prête à accepter beaucoup (trop ?) pour garder l'harmonie dans sa famille. Son père est un peu idiot et un peu vain, sa soeur aînée désagréable, la cadette pénible, mais aucun d'entre eux ne pousse ses défauts jusqu'au comique.  Un Mr Bennet et ses moqueries acide, un Mr Collins et sa bêtise m'ont manqué. Ce roman-ci est plus réaliste et du coup, un peu plus sombre aussi. 

Ceci dit c'est resté une lecture non seulement plaisante, mais aussi très instructive : la galerie de personnages est large et variée, et peut-être plus encore que dans les autres romans de Jane Austen, on visite en profondeur la vie des personnages. On y découvre une autre espèce de nantis, les capitaines de marine, on fait un petit tour à Lyme et à Bath, bref, c'est une jolie ballade. Mais je dois avouer que mon petit coeur n'a pas franchement tremblé pour l'avenir sentimental de cette pauvre Anne...

Pour en savoir plus :

Avant toi, de Jojo Moyes


Mesdames et messieurs, laissez-moi vous présenter... une grosse, grosse surprise !


Résumé :

Lorsque Lou Clark, jeune adulte issue d'un milieu populaire, perd son boulot dans un petit commerce de village, elle se rend vite compte qu'elle aura du mal à en trouver un autre. Désespérée, elle est prête à accepter n'importe quoi, même de passer six mois à tenir compagnie à Will, un jeune paraplégique qui hait le monde entier. Mais peut-être que la spontanée et pétillante Lou est juste la personne qu'il faut pour redonner à Will le goût de la vie ? 


Mon avis :

Je dois avouer qu'avant de l'ouvrir, je me méfiais de ce roman. Il a beau faire l'objet d'avis unanimement positifs sur Livraddict, il s'agit d'une romance, un genre qui me convient rarement. En plus de ça, dès la lecture du résumé, on se doute du sens de l'intrigue : la gentille infirmière, le pauvre malade qui n'a plus goût à rien... Classique, classique, téléphoné même. Au final, je ne l'ai ouvert que parce que c'est le mois de la romance pour le challenge "un genre par mois", et parce que ma copine Thalia, qui commence à connaître mes goûts, me l'avait chaudement recommandé. Je l'ai donc pris en main un soir, en me disant que je pouvais au moins lui consacrer une heure ou deux avant de l'abandonner...

Et bien ce fut une très, très mauvaise idée, parce que j'ai fini par y passer la nuit. Je me suis fait avoir comme une bleue. Au bout de quelques pages à peine, sans rien voir venir, j'étais happée par la personnalité extravertie et profonde de Lou, le milieu chaleureux mais limité et plein de soucis dans lequel elle vit, sa rencontre avec Will, les états d'âme par lesquels elle passe... Impossible de refermer ce livre qui me faisait pleurer et rire, et surtout qui tendait vers une fin qui pouvait tout aussi bien être heureuse que dramatique. Cela fait des années que je n'avais pas été aussi émotionnellement impliquée dans un roman, moi qui ai tendence à devenir une vieille carne dépourvue de toute sentimentalité !

Il y a quelque chose dans ce roman qui me donnait envie, pendant la première moitié, de le classer dans la catégorie "feel-good", ces histoires de bras cassés qui retrouvent le bonheur grâce à la chaleur humaine (je pense par exemple à "Ensemble, c'est tout" d'Ana Gavalda), quelque chose entre "Intouchables" et "Pretty Woman". C'est un genre difficile à maîtriser car il faut faire preuve de beaucoup d'élégance et de modération, ne pas présenter les héros comme des victimes, créer de l'empathie, toucher le coeur du lecteur qu'il connaisse ou pas la situation décrite. Dans ce cas-ci, j'étais probablement un bon public dès le départ, car j'ai travaillé comme assistante pour une jeune personne lourdement handicapée et c'est certainement une expérience très, très riche. Mais l'auteur arrive à donner une véritable profondeur à l'expérience de Will sans en faire un martyr ni faire culpabiliser le lecteur en bonne santé, ce qui n'est pas nécessairement évident. Il ajoute aussi la richesse de la différence de classe sociale entre les deux héros ; car si Lou est née dans une famille aimante, elle est aussi née dans un quartier pauvre, dans un milieu où peu de jeunes ont accès à une éducation supérieure et où sa vie se limitera probablement à faire des petits boulots mal payés. Il y a quelque chose de triste à voir la différence de vie entre Will et elle qui habitent à seulement quelques kilomètres l'un de l'autre, mais à un monde de différences.

Vers le milieu de l'intrigue, le ton change. On se rend compte que le but du livre n'était pas de nous décrire une jolie histoire d'amour mais de nous confronter à un véritable problème moral : celui du suicide assisté. D'un coup, l'intrigue prend une nouvelle profondeur, et c'est un sujet qu'il est difficile d'aborder. Alors que jusque là l'histoire était racontée du point de vue de Lou, tout à coup, un court chapitre nous montre le point de vue de la mère de Will, ce que j'ai trouvé un peu artificiel sur le moment... jusqu'à ce que je découvre que beaucoup de lecteurs, et Lou elle-même, ne comprenaient pas ses choix. Mon avis personnel sur la question était déjà fait avant d'entamer ce roman, mais je suis persuadée que pour beaucoup de lecteurs, il a donné à réfléchir.  Certains commentateurs ont aussi affirmé qu'ils avaient deviné la fin de l'histoire, qu'elle était évidente ; elle ne l'était absolument pas pour moi, même si à la réflexion je la trouve logique. 

Je ne sais pas trop comment qualifier ce roman, au final. Clairement, il m'a envoûtée, mais je ne peux pas fermer les yeux sur quelques défauts. La traduction n'est pas toujours parfaite (je déteste quand une expression anglaise est traduite littéralement en français et perd tout son sens), la relation Lou-Will est un peu facile et son déroulement fort prévisible (heureusement qu'au final ce n'est pas le seul intérêt de l'histoire), la fin est un peu tirée en longueur, et même s'il ouvre la discussion sur le suicide assisté, il pourrait aller plus loin dans les questions morales et psychologiques qui l'accompagnent. C'est un sujet complexe traité un peu superficiellement, mais en même temps c'est bien d'avoir un roman qui mette cette question en contexte en insistant sur les émotions associées.

Bref, ce n'est pas l'oeuvre littéraire de l'année, c'est un roman un peu "facile", mais l'auteur a su trouver le ton parfait pour parler d'un sujet difficile. Les personnages sont attachants, et surtout, il y a dans cette histoire quelque chose de particulièrement émouvant, la note parfaite qui a fait que je n'ai pas pu faire autrement qu'être totalement envoûtée, moi qui suis pourtant une vraie dure à cuire peu sentimentale. Préparez les mouchoirs, prévoyez suffisamment de temps pour l'avaler en une fois, et laissez-vous emporter ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Thalia (comme ça vous comprendrez pourquoi elle m'a convaincu d'essayer)
- acheter ce livre sur Amazon


Pythagore, je t'adore, de Patrick Cauvin


En juillet, pour le challenge "Un genre par mois", j'étais sensée lire de la romance. Sauf que c'est un genre qui, à quelques très rares exceptions, ne m'a jamais plu. J'hésitais à utiliser mon deuxième et dernier joker, jusqu'au moment où je suis retombée par hasard sur une romance qui m'avait marquée dans ma jeunesse : le fameux "E=MC², mon amour", une belle histoire de surdoués amoureux. Le problème c'est que je n'osais pas relire ce roman qui m'avait laissé de si jolis souvenirs, par peur de les détruire avec mon regard d'adulte. Alors, à la place, je me suis replongée dans la suite que j'avais achetée dès sa sortie en grand format... 


Résumé :

Lauren et Daniel, les jeunes surdoués amoureux de "E=MC², mon amour", ont été séparés et ont grandi dans des mondes qui ne leur convenaient pas ; Lauren s'enfonce dans l'ennui et Daniel dans la déprime. Jusqu'au jour où ils décident de se retrouver et de mettre leurs deux cerveaux et leur culot au service de grands projets...


Mon avis :

A l'époque de ma première lecture de "Pythagore, je t'adore", je me souviens d'avoir été légèrement déçue. Publiée 22 ans après le roman original, cette suite avait un petit goût différent, elle me donnait l'impression d'avoir beaucoup plus mûri que ses personnages. L'amour candide de deux jeunes enfants avait laissé la place aux calculs de deux adultes. C'était dans une certaine mesure dans l'ordre des choses, mais le côté très frais qui m'avait conquise dans le premier roman s'était un peu dissipé.

Paradoxalement, c'est ce qui m'a encouragé à relire ce roman. Je n'aurais pas pu m'attaquer à nouveau à "E=MC², mon amour" ; j'étais persuadée (et je le suis toujours) que le relire si longtemps après allait gâcher les souvenirs que j'en garde. Il ne pouvait pas autant me séduire, adulte, qu'il m'avait séduite quand j'étais adolescente ; mes goûts ont évolué et j'ai tellement plus de recul concernant mes choix littéraires que j'allais forcément être déçue. Je préfère garder en mémoire les rires et les larmes qu'il m'avait apporté.

Mais venons-en à "Pythagore, je t'adore". Qu'en dire ?  Je ne sais jamais trop quoi raconter sur ces romans qui se dévorent en deux heures et qui n'ont pas d'autre vocation que celle d'être un bon divertissement, si ce n'est que celui-ci remplit bien son contrat. Le roman nous offre une gentille histoire d'amour adolescente sans être mièvre (et ça, c'est déjà pas mal du tout !). Il y a quelques passages rigolos (quoi que souvent assez prévisibles), quelques personnages amusants (Darth Vador !) et un petit fond un peu loufoque assez rafraichissant. Ce n'est ni le genre d'histoire d'amour qui fera se pâmer les romantiques, ni le roman qui vous entraînera dans de grands éclats de rire, mais c'est gentil, tendre, avec une petite réflexion sous-jacente sur le système éducatif qui néglige les extrêmes. Patrick Cauvin fait parfois preuve d'une finesse surprenante, comme quand il nous présente le prof qui a si mal jugé Daniel, un homme qui de l'extérieur a l'air d'un bourreau obtus, jusqu'à ce qu'on le découvre en fonctionnaire dévoué mais maladroit. 

La fin m'a un peu déçue : j'aurais apprécié une histoire où nos deux amoureux aient enfin à mériter les facilités que la vie leur a donné, où leur arrogance leur donne quelques leçons, ce genre de choses. Ca va un peu trop vite, c'est un peu trop facile. Mais d'un autre côté, à partir du moment où le côté "histoire d'amour" est épuisé, le roman n'a plus vraiment de raison d'être... 

Une dernière chose : vous l'aurez probablement compris, mais ça ne sert à rien de lire ce roman sans avoir lu "E=MC², mon amour". Tout le plaisir vient de la retrouvaille avec nos deux héros. Si vous aimez les romans jeunesse et les histoires d'amour, découvrez-le puis profitez de sa suite, vous passerez un très bon moment !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter ce livre sur Amazon




La petite Fadette, de George Sand


Voici un livre chéri dans ma jeunesse, qui m'est revenu en tête brutalement et que j'ai relu spontanément, en-dehors de tout planning de lecture. De temps en temps il faut se laisser porter par ses envies...


Résumé :

Les deux jumeaux du père Barbeaux, Landry et Sylvinet, sont de beaux et gentils garçons inséparables. Quand ils ont 14 ans, leur père décide d'envoyer l'un d'eux travailler dans la ferme d'un voisin. Landry est tiré au sort et s'habitue petit à petit à son nouvel environnement, mais Sylvinet, resté à la maison, est mélancolique au point d'en tomber malade. Un jour où Landry vient le voir, Sylvinet n'apparaît pas et sa mère confie à Landry qu'elle craint qu'il attente à sa vie. Landry, paniqué, a recours pour le retrouver à l'aide de la Petite Fadette, une petite sauvageonne qu'il a toujours méprisée, et suite à ça découvrira qu'elle est bien différente de ce qu'il s'était imaginé.


Mon avis :

Ce roman, je l'ai découvert pour la première fois quand j'étais adolescente et qu'on me l'a offert pour un anniversaire ; je l'avais adoré à l'époque et j'étais curieuse de le relire pour savoir si mon avis était resté le même. Je n'étais pas sûre de pouvoir toujours apprécier cette histoire d'amour gentillette et j'avais peur de découvrir que le texte était bien plus daté que dans mon souvenir.

Eh bien, j'avais tort. Cette histoire d'amour très douce m'a pourtant à nouveau émue. Il est clair que tout ceci est fort idéalisé ; dans le petit monde rural que décrit avec tendresse George Sand, il n'y a pas de famines, personne n'est vraiment pauvre au point d'en souffrir, les adultes sont sages et les jeunes ont la belle vie. Le village est aussi prêt à revoir remarquablement vite son opinion d'une jeune fille devenue tout à coup fréquentable. Les gentils sont récompensés par une vie heureuse, les moins gentils ne sont pas vraiment méchants. Mais ça donne à toute cette histoire la saveur d'un conte très doux qui fait chaud au coeur.

En plus de ça, ce roman raconte bien plus de choses qu'une seule histoire d'amour. Il parle avant tout de deux "bessons", des jumeaux identiques inséparables toute leur enfance et qui vont évoluer de façon différente. On y voit l'erreur de parents qui font pourtant de leur mieux, la souffrance d'un coeur trop gâté et la façon dont un gentil garçon peut souffrir de la jalousie sans même le savoir. L'histoire est simple mais touchante et si joliment racontée qu'on ne peut que s'attacher aux bessons et souffrir avec eux.

C'est aussi l'histoire d'une jeune fille méprisée qui va dévoiler sa vraie nature, et en ça c'est un peu un roman féministe : la petite Fadette est finalement, malgré sa jeunesse et son sexe, le personnage le plus sage et raisonnable du roman. Je dis que c'est "un peu" un roman féministe parce qu'en même temps, pour pouvoir obtenir la reconnaissance et le bonheur, elle devra avant tout faire l'effort de se conformer à ce qu'on attend d'une "fille de bien". Elle passe son enfance à être rejetée et méprisée par la communauté parce qu'elle est trop garçon manqué, qu'elle fait preuve de trop d'esprit et parce que sa mère s'est enfuie avec les soldats ; on attend d'elle qu'elle soit féminine, discrète et que par sa conduite sage et soumise elle se fasse pardonner un péché qui n'est pas le sien. C'est ce qu'elle finira par faire pour obtenir l'homme dont elle est amoureuse, et elle semble s'accommoder de sa vie et apprécier qu'on reconnaisse enfin ses qualités... mais c'est aussi une défaite, quand on y songe.

Ceci dit, l'auteur a le mérite d'offrir une jolie leçon de tolérance. La longue conversation entre Landry et la petite Fadette dans les champs est un des plus beaux dialogues que j'aie jamais lus ; quand Landry est tout étonné de s'attacher à la jeune fille qu'il pensait détester juste à cause de ses jolis mots, moi je ne suis pas étonnée du tout. Comment résister à une voix - une plume - aussi touchante ?

Comme d'habitude avec les romans de George Sand, on a aussi le plaisir de découvrir la vie rurale du XIXème siècle, de se balader dans les champs et les forêts avec les personnages. On découvre la beauté d'un boeuf en pleine forme, la petite lumière envoûtante d'un feu follet ou le plaisir de faire de petits moulins de brindilles comme les enfants de l'époque.  Les paysans ne sont pas sales et ignorants, pauvres ou malades, ils sont sages, heureux, ils forment une communauté où chacun a sa place. C'est assez bizarre mais sous la plume de George Sand, ce genre de tableau n'a pas pris une ride.

En résumé, je recommande chaudement ce joli conte qui continue à me mettre les larmes aux yeux ; je pense qu'il rendre pour moi dans la catégorie "livres-doudous" que je feuillèterai encore et encore lorsque j'aurai besoin d'un peu de douceur.  Si vous ne le connaissez pas, découvrez-le d'autant plus facilement qu'il est dans le domaine public et existe sous la forme d'ebook ou d'audiolivre gratuits. Il se lit vite et en vaut vraiment la peine.


Pour en savoir plus :
- l'avis de Belykhalil, qui n'a pas du tout été conquise, pour tempérer un peu mon enthousiasme
- acheter ce livre sur Amazon en ebook gratuit ou en papier


L'héritage de l'Oncle Duncan, d'Essie Summers


Je viens de vous écrire que je ne supportais pas les romances et je reviens vous en présenter une... C'est que celle-ci a une histoire : ce vieux livre cartonné à la reliure en train de se défaire se trouvait dans les caisses de livres que ma grand-mère descendait du grenier de temps en temps pour assouvir ma faim de lecture quand j'étais petite.  Je ne me souviens pas de l'âge que j'avais quand celui-ci m'est tombé entre les mains, mais j'étais trop jeune pour en voir les gros défauts... et à l'époque j'avais été séduite par Molly Bister et Grant Alexander au point de le relire plusieurs fois. Je l'ai retrouvé sur une étagère il y a quelques jours et je n'ai pas pu résister à le relire. Alors, quel est mon avis d'adulte ?


Résumé :

Molly Bister est une infirmière londonienne. Suite au décès de ses parents dans un accident dont Duncan Alexander, un riche propriétaire néo-zélandais, se sent responsable, elle a la charge de s'occuper de ses demi-frère et soeur, Rory et Pauline. Lorsque Duncan, sur le point de mourir, propose à Molly d'hériter de ses terres et de sa fortune, la perspective d'abandonner Londres pour la Nouvelle-Zélande n'enchante pas Molly. Mais les fins de mois sont difficiles, et elle ne peut pas se permettre de refuser l'héritage. Aussi Molly, Rory et Pauline embarquent-ils pour la Nouvelle-Zélande, et Molly va-t-elle devoir faire face à la haine de l'associé et neveu de Duncan, Grant, qui la prend pour une intrigante...


Mon avis :

Je vous vois d'ici : vous imaginez que je vais démolir ce livre sans aucune pitié. Eh bien non. Mais je vais quand même commencer par ses (gros) défauts.

D'abord, la traduction est abominable. Sérieusement. Dans certains passages, la concordance des temps en particulier faisait mal aux yeux. Aucun roman de nos jours ne serait publié avec des fautes pareilles. J'imagine que c'est une question d'époque (l'édition française date de 1960)... Je n'ai malheureusement pas pensé à noter des exemples, mais croyez-moi sur parole, il y a de véritables catastrophes grammaticales dans ce roman.

Ensuite, eh bien, c'est une romance, quoi : prévisible et basée sur des personnages stéréotypés (la blonde infirmière et le sombre gentleman-fermier). L'intrigue suit un scénario digne d'un film hollywoodien, ceux qui sont écrits sur le même schéma : "deux personnages faits l'un pour l'autre, obstacle 1, ça va mieux, grosse crise, ils se tombent dans les bras, fin". Typiquement le genre de livre qui ne peut être intéressant que pour la détente momentanée qu'il procure. 

Pourtant je ne renie pas entièrement la bonne impression de ma jeunesse. D'abord, malgré l'aspect stéréotypé des héros, il y a un joli côté féministe dans cette histoire qui m'a beaucoup plu.  Molly Bister est une jolie femme que sa beauté désavantage, mais c'est aussi une infirmière efficace, une jeune femme éduquée ; elle sait s'occuper du ménage mais elle sait aussi monter à cru sur un cheval, faire naître des jumeaux et escalader une falaise pour sauver la vie d'un enfant. Remarquable pour un roman publié avant 1960. Et en plus de ça, si elle tente de séduire (plutôt : "adoucir") Grant Alexander, c'est avant tout pour rendre sa vie et celle de ses demi-frère et soeur plus facile vu qu'ils partagent le même domaine, pas pour se trouver un homme sur qui baser sa vie. Finalement, la seule chose que je reproche à cette femme indépendante et volontaire (à part d'être un peu trop parfaite), c'est de tomber amoureuse d'un vilain macho comme Grant... 

Un autre aspect très positif dans ce roman c'est le décor : l'auteure est néo-zélandaise et si elle ne s'attarde pas sur des descriptions, elle donne quand même envie de visiter son pays. Mine de rien, j'ai été plongée dans les verts pâturages barrés de clôtures, les domaines à moutons, les marquises le long des rues de Christchurch, Noël en plein été... J'ai même l'impression que ce roman a créé une première image mentale de la Nouvelle-Zélande qui m'a suivie jusqu'à aujourd'hui.

Au final, c'est loin d'être la pire romance que j'aie lue jusqu'à présent (mais ça reste la pire traduction). Si vous aimez le genre, je vous conseille ce petit roman - si vous arrivez à vous le procurer, ça ne doit pas être simple... 


Pour en savoir plus :


Voici un jolie escale en Nouvelle-Zélande pour le challenge des Globe-Readers...



...et une 2ème participation en juillet pour le challenge "un genre par mois" d'Iluze !


Le retour des Highlanders, tome 1 : Le gardien de Margaret Mallory


Pour une fois, je m'aventure dans un genre qui ne m'est pas familier : la romance ! 


Résumé :

"Après cinq ans passés à se battre sur le continent, Ian MacDonald revient sur son île natale de Skye, où il trouve son clan en péril. Bien décidé à réparer ses erreurs de jeunesse, il doit déjouer les manigances d’un adversaire sans scrupules, et faire face à Sìleas, l’épouse qu’il a délaissée pour partir au combat. Une surprise attend Ian : la gamine maigrichonne qui le suivait partout comme son ombre et qu’il a dû épouser à la suite d’un malentendu, est devenue une jeune femme aussi ravissante que farouche."


Mon avis :

Si vous suivez un peu mes aventures littéraires, vous devez savoir que je ne suis pas très romantique et, a priori, pas du tout amatrice de romances. Mais je suis aussi opposée à l'idée de me laisser guider par mes préjugés et toujours prête pour de nouvelles expériences, même dans les genres qui ne sont a priori pas mes préférés. Alors quand Thalia et Iluze m'ont très, très chaudement recommandé la série des Highlanders, je me suis dit que c'était l'occasion de donner à nouveau sa chance à la romance, surtout enveloppée dans un contexte historique un peu hors du commun : celui des clans écossais !

Alors, le résultat ? J'ai bien peur de briser un peu l'enthousiasme autour de ce livre (je n'ai pas trouvé de blogueuse qui ne l'ait pas adoré) mais... je ne suis vraiment pas convaincue. Pour ce qui est de la romance, cette histoire m'a paru avoir une intrigue construite sur le modèle hollywoodien : on sait dès le début comment ça va finir, la seule ombre de surprise c'est de savoir exactement quelles embuches les héros trouveront sur leur chemin. L'auteur fait beaucoup d'efforts pour les multiplier, ces embuches, ça m'a vite semblé assez artificiel. Les personnages m'ont parus assez fades et stéréotypés, j'ai même trouvé le héros masculin, oserai-je le dire ?... particulièrement idiot (et là j'attends de pied ferme l'attaque des lectrices en colère...). L'amour dans le couple principal est basé principalement sur l'attraction physique, il manque vraiment de profondeur. Il y a d'ailleurs pas mal de passages érotiques pour pimenter un peu l'affaire et ils sont joliment écrits, mais je m'ennuie vite avec ce genre de choses et j'ai allègrement sauté la plupart d'entre eux, je dois bien l'avouer. Bref, la romance ne m'a pas touchée du tout ; j'ai de loin préféré la tendresse décrite dans "L'amour aux temps du choléra", un roman dont la sentimentalité m'avait vraiment mis les larmes aux yeux. 

L'autre aspect marquant de ce roman c'est son aspect historique. C'était sympa de placer cette histoire dans l'époque troublée des guerres de clans écossais, mais je n'ai pas vraiment été transportée sur place. Il ne suffit pas de placer quelques armes exotiques dans les mains des héros, de leur donner des noms qui commencent par Mac et de les habiller en jupettes pour en faire des Ecossais. Les héros parlaient, pensaient et se comportaient comme des personnages modernes et en changeant un peu quelques détails ont aurait pu les transporter dans une guerre de clans des faubourgs de n'importe quelle ville, par exemple. Il est vrai que mon impression est ici aussi influencée par mes lectures récentes : Le trône de fer m'avait véritablement transportée à une autre époque et m'avait paru beaucoup plus réaliste et "historique" que ce roman-ci (le comble puisqu'il s'agit de fantasy !).

Je dois avoir l'air de descendre ce livre sans pitié et pourtant, je l'ai lu en deux jours. Alors, qu'est-ce qu'il reste ? L'aventure, bien sûr ! L'histoire est facile à lire et pleine de rebondissements et d'action concernant les guerres de clan. Ici aussi c'est un peu cousu de fil blanc et ne m'a pas vraiment fait frémir de peur pour les héros (ils sont trop beaux et trop gentils pour qu'il leur arrive quoi que ce soit de sérieux) mais j'étais au moins curieuse de savoir comment ils allaient s'en sortir. 

Voilà donc un roman qui m'a aidée à me vider l'esprit pendant une semaine particulièrement éprouvante, mais je suis restée de marbre face à ses aspects romantiques et historiques. Je ne pense pas être vraiment le bon public pour ce genre d'histoires, ce n'est pas bien grave !  J'espère juste que Thalia et Iluze ne m'en voudront pas  :)


Pour en savoir plus :
- les avis de Thalia et d'Iluze, pour compenser un peu pour le mien...
- acheter ce livre sur Amazon 


Ceci est ma participation de juillet pour le challenge d'Iluze !


L'amour aux temps du choléra, de Gabriel Garcia Marquez


Quand on a parlé du décès du prix Nobel de littérature Gabriel Garcia Marquez, j'ai jeté un oeil dans ma bibliothèque pour vérifier ce que j'avais déjà lu de lui. Il y avait "Chronique d'une mort annoncée" que j'ai beaucoup aimé mais que je n'ai bizarrement pas commenté, et puis "L'amour aux temps du choléra", que j'avais commencé et arrêté pour je ne sais quelle raison. Alors j'ai repris cette lecture, qui s'est avérée bien différente de ce à quoi je m'attendais !


Résumé : 

Quelque part dans les Caraïbes, le docteur Juvénal Urbino découvre le suicide d'un ami qui avait décidé de ne pas affronter la vieillesse. Cet évènement le renvoie à son propre âge avancé, à celui de son épouse Fermina Daza et à leur long mariage qui n'a pas été sans difficultés. Il ignore que dans la même ville, un autre homme attend sa mort pour retrouver celle qu'il aime depuis plus d'un demi-siècle.


Mon avis :

Je dois dire que j'ai été surprise par ce roman dont je ne connaissais que le titre. Le début concerne avant tout la mort de Jeremiah de Saint-Amour, adversaire aux échecs et ami de Juvénal Urbino, qui laisse comme testament une longue lettre de révélations. Le docteur Urbino semble très affecté à la lecture de cette lettre et elle semble contenir de lourds secrets ; je m'imaginais donc que le roman allait se développer sur ce thème. Et puis non ; on ne découvre qu'un secret qui ne m'a pas paru vraiment justifier le choc du docteur, et ensuite l'intrigue se recentre autour de Juvénal Urbino, Fermina Daza et l'homme qui l'aime depuis toujours, Florentino Ariza. Avec sa construction en aller-retours entre les personnages et entre le passé et le présent, j'ai envie de décrire ce roman comme une série de digressions.

Ensuite, après avoir lu le livre mais avant de rédiger cette chronique, je suis allée sur Wikipédia pour récolter quelques informations... et j'ai été à nouveau très surprise : tous les résumés de l'intrigue semblent se centrer sur une seule histoire d'amour, celle de Fermina Daza et Florentino Ariza (je reprends à chaque fois le nom et le prénom car c'est ce que fait l'auteur dans le roman). Partout, l'histoire est présentée comme une victoire de l'amour contre le temps, et l'amour dont on parle est toujours celui de Florentino Ariza. Ce n'est pas du tout comme ça que je l'ai ressenti ! 

Pour moi, il y a une double histoire d'amour : l'amour de Juvénal Urbino et celui de Florentino Ariza (tous les deux pour la même femme, Fermina Daza). Et chacune de ces histoire raconte un aspect de l'amour : l'amour conjugal et l'amour passionné.

Bizarrement, c'est l'amour conjugal qui m'a le plus touchée. C'est un amour difficile entre deux êtres qui ne se connaissaient que très peu au moment de lier leurs destins et qui doivent ensuite se supporter pendant le reste de leur vie. Ils entrent dans cette union sans être vraiment certains qu'il s'agit vraiment d'amour, et c'est une question qui poursuivra Fermina Daza jusqu'au bout : "C'est ça, l'amour ? Ce n'est que ça ?". Mais en même temps, ils construisent une complicité, une connaissance et un besoin l'un de l'autre qui deviendra toute leur vie. Ils se battent au fil des années pour cette relation, pas parce que c'est ce qu'exige la société (à un certain moment ils se sépareront et ça ne semble poser aucun problème), mais parce qu'ils se rendent compte qu'ils ont du respect l'un pour l'autre et besoin l'un de l'autre. Et moi aussi j'ai du respect pour ces deux personnages, patients chacun à leur façon. Ce sont leurs rencontres, leurs affrontements et leurs moments de complicité qui m'ont de temps en temps arraché quelques larmes d'émotion.
Elle avait supplié Dieu de lui concéder au moins un instant afin qu'il ne s'en allât pas sans savoir combien elle l'avait aimé par-delà leurs doutes à tous les deux, et senti un désir irrésistible de recommencer sa vie avec lui depuis le début afin qu'ils pussent se dire tout ce qu'ils ne s'étaient pas dit et bien refaire tout ce qu'autrefois ils avaient peut-être mal fait.

De l'autre côté du ring il y a Florentino Ariza et son amour irrépressible, passionné, extrêmement romantique. C'est un amour qui n'a rien de raisonné : un coup de foudre, une maladie. C'est d'ailleurs (à mon avis) à cause de lui que le choléra fait partie du titre ; c'est une maladie qui est mentionnée régulièrement au fil des pages, comme une toile de fond, mais la véritable maladie c'est celle qui emporte Florentino Ariza. Et elle tue aussi bien que le choléra, car elle emporte sur son passage les femmes que Florentino côtoie.  
Transito Ariza avait l'habitude de dire : "La seule maladie qu'a eue mon fils, c'est le choléra". Elle confondait, bien sûr, amour et choléra, et ce bien avant que s'embrouillât sa mémoire.

Moi, contrairement à beaucoup de lecteurs apparemment, je n'arrive pas à considérer Florentino Ariza comme un champion de l'amour. Je l'ai trouvé pathétique, égoïste, vicieux et par moments carrément dégueulasse. Sa seule qualité c'est d'avoir su faire comprendre à Fermina Daza que la vieillesse n'interdisait pas les sentiments et l'amour physique. Mais au fil du livre il m'a trop souvent fait pitié par son incapacité à "tourner la page" et à saisir les occasions de bonheur qui se trouvent à sa portée. Et sur la fin il m'a carrément donné envie de vomir, lorsqu'à plus de soixante ans il a une relation avec sa pupille de quatorze ans :
Pour lire ce qu'elle avait écrit, Florentino Ariza s'inclina par-dessus son épaule. Sa chaleur d'homme, son souffle entrecoupé, l'odeur de ses vêtements qui était la même que celle de son oreiller la troublèrent. Elle n'était plus la petite fille à peine débarquée dont il ôtait les vêtements un par un avec des cajoleries de bébé : d'abord les chaussures pour le nounours, puis la chemise pour le lapinou, et un baiser pour la jolie petite chatte à son papa.  Non : c'était une femme au vrai sens du terme, qui aimait prendre des initiatives.
Je ne vous ai toujours pas dit si j'ai aimé ce roman on pas. Eh bien je l'ai tout simplement adoré. Il a un sujet particulier et très difficile à traiter : la vieillesse, avec tous ses problèmes physiques et la peur de la déchéance. Il me semble difficile de parler de ça sans devenir pathétique ou caricatural, mais avec la plume qu'il a, Gabriel Garcia Marquez peut tout se permettre. Grâce à une multitude de détails et une façon très personnelle de raconter son histoire, il m'a plongée toute entière dans son univers à chaque fois que je reprenais le livre en main. Il n'y avait pour moi plus rien d'étranger dans la vie de cette ville si éloignée de ma réalité et dans la tête de ces personnages si différents des hommes et des femmes que je connais. Toute l'histoire est extrêmement lumineuse et réaliste, à la fois crue et poétique, froide et terriblement touchante. C'est une histoire d'amour mais on parle aussi sans fards de la vie intime des personnages, comme les coliques et constipations de Florentino Ariza. Le temps de cette lecture, l'auteur m'a transportée dans les Caraïbes du siècle dernier (ou de celui d'avant ?) comme si j'y avais vécu toute ma vie. Il m'a fait vivre la passion de la jeunesse et la gêne de la vieillesse. J'en suis ressortie bouleversée. 

Et pour terminer, deux passages que j'ai soulignés tant j'ai trouvé la plume magnifique :
Elle lui semblait si belle, si séduisante, si différente des gens du commun qu'il ne comprenait pas pourquoi personne n'était comme lui bouleversé par le chant de castagnette de ses talons sur les pavés de la rue, ni pourquoi les coeurs ne battaient pas la chamade aux soupirs de ses volants, ni pourquoi personne ne devenait fou d'amour sous la caresse de ses cheveux, l'envol de ses mains, l'or de son rire. Il ne perdait aucun de ses gestes, aucune expression de sa personnalité, mais il n'osait l'approcher par crainte de briser l'enchantement.
C'était une grande mulâtresse, élégante, aux os longs, dont la peau avait la couleur et la douce consistance de la mélasse, portant ce matin-là un tailleur rouge à pois blancs et un chapeau assorti dont les larges bords ombraient jusqu'à ses paupières. Elle semblait d'un sexe plus défini que le reste des humains.
Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre

Northanger Abbey, de Jane Austen


Depuis que j'ai ma toute nouvelle bibliothèque, ce qui est génial, c'est de retrouver à portée de mains des livres qui étaient dans des caisses depuis six mois, au point que j'avais oublié que je les possédais. Le premier livre dans ce cas-là qui a attiré ma main, c'est un roman de ma copine Jane Austen avec une jolie couverture pastel et un titre qui rappelle une série que j'ai beaucoup regardée à Noël... J'ai pris ça pour un signe, je l'ai lu en quelques jours, et voici mon avis !


Résumé :

La jeune Catherine, fille de pasteur campagnard, est emmené par des voisins à Bath, un lieu de villégiature où toute la bourgeoisie anglaise se retrouve. De soirée en bal, de déjeuner en visites au théâtre, elle fait la connaissance de nouveaux amis. Mais Catherine est simple, naïve et incapable de distinguer l'honnêteté des manipulations...


Mon avis :

Si je compte bien, c'est le quatrième roman de Jane Austen que je lis. Il y a eu d'abord Orgueil et préjugés, que comme beaucoup de lectrices j'ai adoré ; Raisons et sentiments, un peu moins sarcastique ; Emma, à l'héroïne insupportable ; et maintenant celui-ci. Et autant vous le dire tout de suite, de ces quatre oeuvres, c'est celle-ci que j'ai le moins apprécié.

C'est surtout le premier quart qui m'a posé problème. On y découvre Catherine, présentée avec une sorte d'humour acerbe qui, pour une fois sous la plume de Jane Austen, m'a semblé forcé et faux. Cette introduction m'a laissée perplexe : est-ce que l'auteur souhaitait présenter son héroïne avec malice, ou avec tendresse ? Catherine est-elle une petite idiote, ou une jeune femme naïve mais très sincère, du fait des circonstances ? L'auteur n'est pas sensé nous donner toutes les clés du personnage, mais ici ce n'est pas un caractère nuancé qui en ressort, c'est plutôt une série de contradictions et on ne sait plus sur quel pied dancer.

En faisant meilleure connaissance de Catherine au fil des pages, lorsque l'introduction laisse place à l'histoire, j'ai enfin pu former mon opinion : Catherine est une jeune femme pas vraiment idiote mais extrêmement, insupportablement naïve. Heureusement, les événements lui permettent d'apprendre à lire entre les lignes, mais au départ elle est totalement incapable de concevoir que ses interlocuteurs puissent penser une chose et en dire une autre. Elle prend tout au pied de la lettre jusqu'à l'absurdité et est manipulée dès le début. J'ai du mal à croire que, quelles que soient les circonstances de son éducation, une personne de 16 ans puisse être aussi naïve.

Evidemment, c'est le ressort de l'intrigue : Catherine est incapable de jouer le jeu extrêmement subtil des relations entre personnes de bonnes familles, dictées par la politesse et les convenances. Je pense que s'il y a une volonté de la part de l'auteur de dénoncer les pratiques de son temps, c'est là qu'elle se trouve : les règles de communication de l'époque sont si subtiles, si contradictoires, il y a tellement de non-dits que ça en devient ridicule. Au fond, c'est Catherine qui a raison : on devrait pouvoir s'exprimer clairement et la vie serait bien plus facile.

Le personnage de Catherine et la façon dont elle est présentée ont donc été un problème pour moi ; un autre problème, c'est le rythme de l'intrigue. Le résumé de mon édition parlait d'une invitation de Catherine à Northanger Abbey, la maison de nouveaux amis. En fait, cette invitation n'a lieu qu'au milieu du livre, et le séjour en tant que tel ne prend que le dernier quart. Tout le reste, ça se passe à Bath, où Catherine va d'un déjeuner à un bal, d'une pièce de théâtre à un thé avec des amis. Le scénario se déroule dans ce petit milieu fermé et porte avant tout sur les tous petits événements, le moindre discours, la moindre rencontre ou promenade. Ce genre de vie oisive devait être terriblement ennuyeuse, et cet ennui se répercute dans l'histoire. Il se passe des choses, oui, et l'intrigue évolue petit à petit ; mais les occasions et les décors sont si répétitifs que ça en devient vite lassant.

Finalement, il n'y a que le petit mystère à la fin qui vaille de poursuivre jusque là. Il y a évidemment une jolie histoire d'amour, mais en l'absence d'un Darcy sombre et mystérieux, cette part de l'intrigue manque cruellement de romantisme, bizarrement. Et les petits mystères qui étonnent si profondément Catherine sont faciles à percer pour le lecteur un peu moins naïf qu'elle.

Bref, voilà un livre que j'ai lu d'une traite (les insomnies ont au moins ça de bon), mais qui m'a quand même déçue : il n'y a ni l'humour caustique mais léger, ni la profondeur dans la romance, ni l'intrigue prenante, ni l'héroïne attachante que l'on trouve dans un "Orgeuil et préjugés" et ce qu'il reste est assez insipide. C'est dommage.

Et maintenant, j'aimerais me réconcilier avec Jane Austen mais je ne sais plus vers quel roman me tourner. Des suggestions ? 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre, avec pleiiiiiiin d'autres chroniques de blogueurs
- acheter le livre sur Amazon (en français)


La nuit des temps, de René Barjavel


Voici encore une chronique en retard, sur un des nombreux livres lus en 2013 dont je dois encore vous parler ! C'est un roman que j'avais lu à l'adolescence et qui m'a laissé un souvenir très mitigé. Qu'en ai-je pensé 15 ans plus tard ?


Résumé :

Lorsqu'une équipe de scientifiques français en Antarctique teste un nouvel appareil pour cartographier le sol sous la glace, elle fait une étrange découverte : non seulement le relief présente des lignes artificielles qui ressemblent à des ruines, mais en plus, ils perçoivent un signal radio venus de profondeurs gelées qui n'ont pas vu la lumière depuis 900.000 ans. Aussitôt, la communauté internationale rassemble ses moyens pour permettre à l'humanité de découvrir un secret enfoui depuis la nuit des temps.


Mon avis :

Pour ceux qui ne le connaissent pas, "La nuit des temps" est l'un des romans les plus connus de René Barjavel, lui-même un des plus grands auteurs de science-fiction français. Il a d'abord été écrit sous la forme d'un projet de scénario pour un film à gros budget, avant d'être transformé en roman quand il s'est avéré que le film ne serait pas réalisé. Le roman a été publié pour la première fois en 1968 et continue à bien se vendre.

Voici donc encore un livre que j'ai découvert à l'adolescence et que je relis quinze ans plus tard. A l'époque, il ne m'avait pas laissé un souvenir très prononcé : je me souvenais vaguement d'une histoire d'amour sur un fond de science-fiction, d'un retournement final de situation, et grosso modo d'une lecture qui m'avait plutôt agacée qu'autre chose. Mais comme ça reste un grand classique d'un auteur reconnu (d'ailleurs ma première lecture avait été faite pour l'école), je me suis dit qu'il fallait que je lui donne une seconde chance : il était très possible qu'avec un peu de maturité, j'apprécie mieux les qualités de ce roman. Le Book Club de Livraddict m'a fourni l'occasion qu'il me manquait.
Eh bien laissez-moi tuer le suspense tout de suite : je reste sur ma première impression. Mon problème est que je n'étais pas très romantique à l'adolescence et je ne le suis pas devenue, ce qui fait qu'un roman dont une bonne partie de l'intrigue tourne autour d'une histoire d'amour profondément passionnée, ce n'est pas vraiment ce qui me convient.

Pourtant, ça commençait bien : une découverte scientifique tout à fait incroyable, un rassemblement de chercheurs et de techniques du monde entier, et une exploration progressive qui laisse la place à beaucoup de suspense entre des découvertes aussi surprenantes qu'inexplicables. On frôle aussi l'aspect géopolitique, avec une touche d'espionnage très prometteuse. Et puis... et puis on rencontre l'héroïne et l'intrigue se recentre sur une histoire d'amour que certains adoreront mais qui m'a plutôt refroidie. Si l'auteur avait continué sur la voie de la science-fiction pure, j'aurais adoré ce roman. Mais il a fait un autre choix.

Point de vue style, je vais encore nager à contre-courant ici, mais je n'ai pas tout à fait adhéré à celui (le style, pas le courant) de Barjavel. J'ai aimé sa construction de l'intrigue et les parties où il fait planer le suspense, beaucoup moins celle où il caricature Mr et Mme Toutlemonde et les passages trop cinématographiques, grandioses, ceux où il tente de donner au texte le rythme d'un film d'action. Il manque quelque chose, un peu de subtilité peut-être, des personnages plus nuancés et une intrigue moins orientée "amour - action". Ça sent trop la science-fiction pour adolescents.

Je ne peux pas m'empêcher de mentionner aussi un point qui m'a particulièrement choquée : le sexisme de cette histoire. Evidemment, les choses ont beaucoup évolué sur ce point depuis l'époque où ce roman a été écrit, mais c'est d'autant plus intéressant d'ouvrir les yeux sur les stéréotypes qu'on y trouve. La première femme que l'on y rencontre est une scientifique russe qui est traitée par son collègue américain d'une façon que l'on qualifierait aujourd'hui de harcèlement sexuel. Ensuite, il y a la véritable héroïne, Eléa, dont on ne sait qu'une chose : elle est belle - très belle - extrêmement belle - et très amoureuse. C'est tout. Sans trop en dire sur l'intrigue, elle devient d'ailleurs l'héroïne de cette histoire à cause d'une sélection basée sur des critères bien différents de ceux qui orienteront le choix du héros masculin... Et elle n'agit que pour retrouver l'appui masculin dont elle a besoin. René Barjavel n'a évidemment pas voulu dénigrer le genre féminin et n'a fait que refléter les préjugés de son époque, mais j'espère que les jeunes lecteurs actuels se rendent compte de l'image de la femme parfaite, belle, faible et dépendante, qui est véhiculée dans ce roman. Moi en tous cas je ne m'en étais pas rendue compte lors de ma première lecture quand j'étais adolescente, et ça me fait un peu peur.

Voici donc un roman qui se laisse lire mais qui n'était pas vraiment pour moi, malgré son succès. Je suis quand même contente, d'une certaine façon, de découvrir que mes goûts n'ont pas trop changé au fil des années !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- le Book Club de Livraddict
- la chronique de Lyra Sullyvan, pas plus enthousiaste que moi, celle de Frankie qui n'est pas fan non plus, et la chronique d'Ollie qui elle a beaucoup aimé
- acheter ce livre sur Amazon.

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell


Au programme aujourd'hui : un grand classique littéraire et cinématographique qui a occupé mon été !


Résumé :

Scarlett est la fille aînée de Gerald O'Hara, un riche planteur de Géorgie. En cette année 1861, Scarlett a 16 et est une vraie Belle du Sud : séductrice, pleine de caractère, elle est la coqueluche des jeunes hommes du conté. Lorsque celui dont elle est amoureuse, Ashley, se fiance avec Melanie, Scarlett épouse par dépit le frère de Melanie. Mais la guerre de Sécession vient tout bouleverser : tous les jeunes hommes s'engagent dans l'armée confédérée et le mode de vie sudiste disparaît brutalement, forçant Scarlett à faire face à l'adversité. 


Mon avis :

Ce roman est encore une fois la preuve qu'il ne faut pas apprécier un héros ou une héroïne pour être séduit par le livre dans lequel il/elle apparaît. J'ai détesté Scarlett depuis le première page et jusqu'à la dernière, malgré toutes les épreuves qu'elle traverse, malgré sa force de caractère admirable, et malgré l'évolution de sa personnalité. Une femme comme ça, sans coeur, sans sympathie pour ceux qui l'aiment et sans le moindre sens moral me hérisse le poil. Tout au début de l'histoire, quand elle se marie par dépit avec un jeune homme qu'elle méprise, j'ai décidé de refermer le livre pour ne plus le rouvrir ; un tel manque de jugement ne pouvait mener qu'à une série de catastrophes qui allaient me taper sur les nerfs.

Heureusement pour moi, je me suis rappellée un peu plus tard que la guerre de Sécession approchait et la curiosité historique l'a emporté sur ma haine de Scarlett. Et c'est finalement ce que j'ai apprécié le plus dans ce long roman : la fresque historique très élaborée et très réaliste qui en fait la trame. La guerre de Sécession, je ne la connais vaguement que par quelques cours et Les Tuniques Bleues. Mais en général, avec le recul, c'est toujours le point de vue des gagnants qui l'emporte. Dans Autant en emporte le vent, ce sont les perdants que l'on suit. On découvre le véritable "Southern way of life", ce mélange très particulier d'esclavagisme paternisant, de galanterie, de pudeur, de séduction, de richesse et de fêtes. Margareth Mitchell, elle-même sudiste, n'élude aucun aspect de la vie à l'époque, même les moins reluisants, mais traite le tout avec une justesse qui paraît très réaliste. 

Par exemple, j'ai beaucoup aimé tout ce qui touche à l'esclavage : les Sudistes ne comprennent pas pourquoi les Nordistes se permettent de remettre en cause leur mode de vie, alors qu'ils traitent leurs esclaves comme s'ils faisaient partie de la famille, les soignent et gèrent leur vie pour le mieux. Ils s'offusquent de ce que les Nordistes exigent la fin de l'esclavagisme, sans comprendre que les esclaves ont besoin d'êtres traités comme des enfants. Ils montrent à la fois beaucoup d'amitié pour leurs esclaves quand ils restent soumis, mais également beaucoup de crainte face aux esclaves libérés qu'ils considèrent comme des bêtes féroces prêtes à violer les femmes blanches. Et ils redoutent le jour où les esclaves, plus nombreux, obtiendront le droit de vote et mettront à la tête de l'état un "darkie"... Ce genre de relation est beaucoup plus subtil que "La case de l'Oncle Tom" et que les problèmes économiques que l'on donne en général comme raison pour la lutte contre l'abolition.

Pour revenir au roman, je suis d'habitude de plus en plus allergique aux histoires d'amour, et je m'attendais à beaucoup de guimauve entre Scarlett et le fameux Rhett Butler.  Je me suis largement trompée, car loin d'être un bellâtre ombrageux, Rhett Butler est un véritable héros comme je les aime, profond et nuancé (en plus d'avoir beaucoup de charme, c'est un fait que je ne peux pas nier). Sa clairvoyance et son ironie, son humour particulier et sa tendresse étrange vis-à-vis de Scarlett passent largement au-dessus de la tête de cette dernière mais n'échappent pas au lecteur. Il sert à nous ouvrir les yeux sur l'envers du décor, quand Scarlett, autour de qui l'histoire est narrée, n'en voit jamais que l'endroit. Les autres personnages sont tout aussi travaillés, et ma préférée reste Melanie : on la croit naïve et fragile, alors qu'en réalité elle est tout aussi forte que Scarlett, à sa façon, plus intelligente et surtout bien, bien plus gentille et humaine qu'elle. C'est un personnage qui m'a souvent surprise et l'auteur l'approfondit au fil des événements avec beaucoup de brio. 

L'intrigue est très longue mais le rythme est bien maîtrisé et les rebondissements nombreux, ce qui fait que j'ai mis beaucoup de temps à le lire mais je ne me suis pas ennuyée. Il me reste maintenant à voir le film, qui, il paraît, est magnifique. En résumé, voici une histoire d'amour qui parle beaucoup plus d'Histoire que d'amour.

Un dernier mot : j'ai lu ce roman en anglais, et pour ceux qui souhaiteraient tenter l'expérience, je peux vous dire que ce n'est pas trop difficile. Le seul problème majeur, c'est la conversation des "darkies" (esclaves) : elle est transposée avec leur "argot" et leur accent, très loin de l'anglais classique, et il m'a souvent fallu lire les phrases à haute voix pour en comprendre le sens. Mais ce n'est qu'une toute petite partie de l'histoire.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la discussion du Book Club de Livraddict portant sur ce roman : impressions générales, intrigue, personnages et le style et l'auteure.