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Tu seras un homme - féministe - mon fils ! d'Aurélia Blanc


Au lieu d'un roman, cette fois-ci je vous présente un essai, une lecture utile pour tous les parents de petits garçons !

Résumé :

"Le premier livre d'éducation non-sexiste à l'usage des garçons ! Depuis des décennies, on ne cesse de réfléchir sur le sens de la féminité, sur l'éducation de nos filles, que l'on veut voir fières et émancipées; on lutte à l'école, dans la rue, dans les familles, pour leur donner les mêmes chances qu'aux garçons. Mais on continue d'élever nos fils dans le même moule qu'avant, comme si on pouvait déconstruire le sexisme sans s'interroger sur la masculinité ! Grâce à des analyses d'experts, des témoignages et des informations pratiques, Aurélia Blanc décortique les stéréotypes et rassemble tous les outils pour aider les parents à élever leur garçon dans une société qui promeut l'égalité." (Résumé de l'éditeur)

L'apprentissage du guerrier, de Lois McMaster Bujold


Je vous avais promis de continuer la saga Vorkosigan pour découvrir les aventures de son héros principal, Miles... Et voilà une promesse qui m'a fait passer un bon moment !


Résumé :

Miles Naismith-Vorkosigan a 17 ans et rêve d'entrer à l'Académie Impériale de sa planète, Barrayar. Malheureusement, un attentat avant sa naissance a limité sa croissance et rendu ses os très fragiles, et même sa position d'héritier d'un titre de conte et de fils du premier ministre de l'Empereur ne lui permet pas de surmonter de tels obstacles à une carrière militaire. Le temps de se trouver un autre avenir, Miles emmène son garde du corps, Bothari, et la fille de celui-ci, Elena, en vacances chez sa grand-mère sur la planète Beta. Il espère en profiter pour découvrir l'identité secrète de la mère d'Elena ; à la place, de petit mensonge en gros coup de poker, Miles se retrouve embarqué au coeur d'aventures de plus en plus périlleuses où la seule chose qui peut le sauver c'est son ingéniosité et son immense culot.


Mon avis :

J'ai mis un mois à lire ce livre, mais uniquement parce que je l'ai commencé juste après les deux premiers tomes de cette série, narrés par la mère de Miles, Cordélia ; j'avais adoré les aventures de Cordélia et des autres héros, et j'ai eu un peu de mal à m'adapter aux aventures de son fils, beaucoup plus légères de prime abord.  Mais après une petite pause aux environs des 20% du livre, je l'ai repris en main et je ne l'ai plus lâché.

Miles Vorkosigan nous apparaît d'abord comme un jeune homme un peu léger, pas méchant mais capable de n'importe quel coup de tête. Malgré sa faiblesse physique, il est plein de fougue et déborde d'énergie. Né dans une des familles les plus puissantes sur sa planète, il a eu une enfance choyée et se croit capable de tout. Sa légère arrogance de gamin trop gâté m'a un peu énervée au début, et le roman, même s'il ne manque pas d'action, a mis un certain temps à me convaincre.

Puis Miles part en vacances et se retrouve d'emblée dans une situation qui ne le concerne pas du tout et où il s'immisce à coups de demi-mensonges et de promesses basées sur rien. Ce qui lui permet de s'offrir un ami et un mode de transport, mais qui l'oblige aussi à se lancer dans une aventure périlleuse pour payer sa dette. Puis l'aventure tourne mal, alors il doit tisser de gros mensonges complexes pour s'en sortir, ce qui lui met de plus grands problèmes encore sur les bras, et de fil en aiguille la situation devient incontrôlable.

Inutile de dire qu'à partir du moment où les choses sérieuses commencent, impossible de lâcher le livre. A chaque page, on se demande comment Miles va se sortir de la situation inextricable où il s'est mis, et jamais il ne nous déçoit. Miles, malgré son jeune âge, possède un talent prononcé pour comprendre l'état d'esprit de ses interlocuteurs et les manipuler ; il a un véritable génie stratégique, même s'il n'a pas la formation militaire nécessaire ; il a un culot infernal ; et surtout, il a une chance gigantesque et il sait en tirer parti au maximum. Ca pourrait en faire un personnage insupportable d'arrogance, mais via une narration centrée sur sa personne, l'autrice nous le présente comme un gamin un peu tête brûlée mais au grand coeur, qui se rend très bien compte qu'il joue avec le feu et au fond est à moitié mort d'inquiétude. Après avoir commencé toute cette aventure comme un jeu, il finit par se rendre compte qu'il joue avec la vie de ses compagnons et des personnes qu'il manipule. Et même s'il ne rêve que de faire partie de l'armée, quand il fait face à la mort, il se rend compte que ce jeu est bien plus sérieux qu'il n'aurait voulu. Son développement personnel, introduit assez subtilement, est aussi un aspect important de ce roman.

Un autre aspect marquant de ce roman, c'est le fait d'avoir choisi comme héros un jeune homme fragile physiquement. Miles est très loin des stéréotypes du héros d'aventures : il est particulièrement petit, ses os cassent comme du verre, et il est physiquement loin des canons de beauté (son cou est tellement court que les cols des uniformes lui font mal, par exemple). Son seul atout est d'être le fils de son père, ex-régent et premier ministre de sa planète, une situation qu'il utilise à son avantage tout en évitant habilement les critiques de népotisme. Ce choix de héros est particulièrement surprenant vu que l'intrigue se déroule dans une société militariste et assez rétrograde socialement, où la force physique est une grande partie du prestige d'un homme. Quand on le rencontre, Miles semble avoir appris à vivre avec ses faiblesses physiques et à les compenser par l'intelligence et la volonté. Le roman commence d'ailleurs sur une situation où, même s'il a tout fait pour contourner l'obstacle, son ambition se heurte irrémédiablement à ses limites physiques, mais Miles ne se laissera pas abattre et trouvera une autre route détournée qui lui permettra de réaliser ses rêves. A mon avis, avoir choisi pour héros un homme physiquement petit mais mentalement gigantesque est un des grands atouts de ce roman et ce qui le distingue des autres romans de science-fiction et d'aventure.     

En résumé, nous avons ici un roman qui commence avec pas mal d'humour, se poursuit avec des aventures effrénées menées par un jeune héros au culot inégalé, et qui se termine sur un ton plus sombre et plus sérieux. L'ensemble forme une série de montagnes russes pour le lecteur et une fois commencé, ce roman est difficile à lâcher. En ce qui me concerne, je compte bien poursuivre la série des aventures de Miles Vorkosigan, car même si elles sont très différentes de celles de ses parents (que j'ai adorées), ce tome m'a mis l'eau à la bouche.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre
- acheter ce livre sur Amazon

Barrayar, de Lois McMaster Bujold


Lorsque j'avais lu le premier tome de la saga Vorkosigan, "Shards of Honour", je m'étais promise de continuer la série.  Voici donc le deuxième tome, qui suit de si près le premier qu'il m'est impossible de parler de l'un sans dévoiler l'autre. Par conséquent : attention, spoilers sur le tome 1 !


Résumé : 

Cordelia Naismith, ancienne capitaine de vaisseau de la colonie Beta, était venue sur la planète Barrayar pour pouvoir mener une vie tranquille avec l'Amiral Aral Vorkosigan, depuis peu à la retraite. Tout a changé lorsque Vorkosigan a accepté, à la mort de l'Empereur, de devenir régent pour protéger l'héritier du trône qui n'a que cinq ans. Mais l'Empire de Barrayar est très instable, de nombreux nobles sont prêts à prendre le pouvoir par la force et l'assassinat, et la tâche du régent est aussi difficile que dangereuse. Cordelia, enceinte, doit s'adapter à la culture de sa planète d'adoption, servir de soutien à son mari, résoudre les conflits au sein de leur entourage, et surtout naviguer dans un environnement où la mort n'est jamais loin.


Mon avis :

Après avoir lu "Shards of Honor", le premier tome de la saga Vorkosigan, j'avais été tellement enchantée que j'ai sauté immédiatement sur le second, Barrayar. Bien qu'il ait été écrit beaucoup plus tard, il suit immédiatement le tome précédent. A la fin de Shards of Honor, Aral Vorkosigan acceptait à contrecoeur de devenir régent pour protéger l'Empire et essayer de maintenir la stabilité et la paix. Dans ce tome-ci, Cordelia, qui l'a poussé à faire ce choix, en subit les conséquences.

Ces deux tomes forment donc une seule histoire, qui constitue une préquelle aux aventures de Miles Vorkosigan, le héros principal de la saga qui porte son nom. Miles est pourtant déjà au coeur de cette intrigue-ci, sous forme de fœtus ; tandis qu'Aral est occupé à sauver sa planète, Cordelia, elle, s'acharne à protéger la vie de ce bébé qui n'est pas encore né. Et sa tâche n'est vraiment, vraiment pas facile.

Comme pour le tome précédent, celui-ci est plein d'action et d'aventure, mais contrairement au précédent, il n'est pas divisé en plusieurs parties. L'intrigue est relativement linéaire et permet à la pression de monter progressivement jusqu'à un final en apothéose. Plus les pages défilent, plus la tension devient insoutenable. J'ai carrément dévoré le dernier tiers en une nuit !  

Cordélia et Aral restent fidèles à eux-même, tels que je les avais adorés dans le premier tome : pragmatiques, forts et tendres à la fois. Aral est dans son élément et on découvre, sans surprise, ses talents de commandement. Cordelia est longtemps assez passive, perdue comme elle l'est dans sa nouvelle patrie qu'elle comprend difficilement. Tous les moments où elle est perdue au sein d'une culture qui lui échappe en partie m'ont particulièrement touchée, moi qui suis un peu dans la même situation. Mais Cordelia était et reste un Commandant ; elle sait se battre, réagir au danger, gagner la loyauté de ceux qui la servent, et surtout, elle a un talent incroyable pour lire les sentiments et traduire les non-dits. Quand il faut, elle saura même affronter son mari, et lui, malgré son énorme pouvoir au sein d'une société très patriarcale, ne manque jamais de reconnaître et respecter ses avis.  Dans l'intimité, il la surnomme "Dear Captain", ce qui dans sa bouche est un magnifique compliment et une grande marque de respect. Ce couple est tout simplement parfait.

Ce tome est aussi celui où Cordelia cherche et trouve sa place en tant qu'étrangère sur Barrayar - d'où le titre du roman, car aux yeux de Cordelia, le fond de l'intrigue c'est cette planète et ses habitants. Elle qui vient d'une société plus avancée d'un point de vue social (en tous cas, sur certains points) est un peu notre guide et s'insurge à notre place quand elle rencontre une coutume barrayarenne moralement inacceptable. Ce faisant, elle fait ressortir et encourage les tendances humanistes et progressistes de son mari. Franchement, ça fait longtemps que je n'avais plus autant apprécié les héros d'un roman. 

Les personnages secondaires valent aussi leur pesant d'or. Kou et Drou sont adorables et leur histoire inutilement compliquée offre un peu de "comic relief" au coeur d'événements difficiles. Mais le sergent Bothari est peut-être le personnage le plus intéressant parmi ceux qui accompagnent Cordelia et Aral : à mi-chemin entre psychopathe et héros, c'est un homme tellement éclaté, tellement en souffrance et tellement dangereux, que je ne comprends pas comment l'autrice a réussi à en faire un personnage crédible. Un véritable tour de magie.

Dans ma chronique du tome précédent, j'avais un peu éludé la question du style narratif, que j'avais du mal à décrire. J'ai enfin compris sa particularité : l'autrice évite d'utiliser des adjectifs pour fournir des informations sur l'état d'esprit d'autres personnages que la narratrice. Par exemple, au lieu d'écrire "Machin, surpris, se tourna vers Cordelia" elle préférera "Machin se tourna vers Cordelia, qui lut la surprise sur son visage". C'est une approche très logique au fond, puisque le choix est de tout voir au travers des yeux de Cordelia, qui ne peut connaître les réactions des autres sans les constater elle-même. Mais c'est aussi un peu surprenant car le lecteur a un peu moins d'information, et il la reçoit un peu plus tard, en même temps que Cordelia elle-même comprend les choses ; par exemple, si Cordelia ne lit pas la surprise sur le visage du personnage, il faudra par la suite deviner que Machin était surpris quand il s'est tourné vers elle. C'est un de ces romans où le lecteur doit parfois être un peu actif pour tirer lui-même les conclusions qui découlent des observations de l'héroïne. C'est en tous cas une particularité qui rend le style narratif de l'autrice assez distinctif.

En résumé, tout est parfait dans ce roman. J'ai mis un peu plus de temps à y entrer pleinement que dans le premier tome, où l'histoire d'amour entre Aral et Cordelia m'a tout de suite convaincue, mais la galerie des personnages et la tension de l'intrigue m'ont petit à petit accrochée au point que je ne pouvais plus le lâcher. Je sais que le tome suivant change de point de vue, et si j'ai hâte de faire la connaissance de Miles, je suis aussi un peu triste de quitter Cordelia. Quoi qu'il en soit, voici une série que j'ai hâte de poursuivre !


PS: quelqu'un peut-il m'expliquer qui est le personnage derrière Cordelia sur la couverture extrêmement moche des éditions J'ai Lu


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre


La vie après la vie, de Raymond Moody


Changeons de registre pour une fois avec un peu d'ésotérisme...


Résumé :

Raymond Moody, docteur en philosophie et médecin, a eu la surprise au début de sa carrière de rencontrer plusieurs témoignages de personnes qui, alors qu'ils étaient dans un état très proche de la mort, ont vécu des expériences étrangement similaires. Il s'est mis à rechercher ce type de témoignages et a interrogé environ 150 personnes ayant frôlé la mort. Ce livre est celui qui a popularisé pour la première fois les expériences de mort imminente et décrit leurs principales caractéristiques.


Mon avis :

J'ai lu et enregistré ce livre à la demande d'une jeune femme handicapée pour qui je travaille, je n'ai donc pas choisi ce titre. J'étais quand même particulièrement curieuse de savoir ce qu'il recouvrait quand j'ai appris qu'il s'agissait du livre qui avait fait connaître les expériences de mort imminente. Le coeur qui s'arrête, l'esprit qui s'envole au-dessus de la table d’opération, le film où on revoit toute sa vie, le tunnel avec la lumière blanche tout au bout... Tout le monde connaît ces images. Eh bien, ce ne fut pas toujours le cas !  Avant 1975 et la publication de ce livre, personne ne savait, à moins de l'avoir vécu soi-même, que l'on pouvait avoir ce genre d'expérience.  C'est Raymond Moody, à travers ce livre assez court, qui les a fait connaître.

Le livre en lui-même est facile et agréable à lire ; bien qu'il soit écrit par un médecin et philosophe, il est visiblement destiné à un public très large, et quand un concept médical est présenté, il fait l’objet d'une explication simple. C'est rare cependant, car la plus grande partie du contenu du livre, ce sont les témoignages recueillis. Ils sont présentés et classifiés par l'auteur qui a identifié toute une série d'éléments communs que je vous laisse découvrir ; chacun de ces éléments est présenté en détail avec l'aide de passages des témoignages qui le décrivent. C'est simple à suivre, pas trop linéaire, et plutôt vivant, ce qui fait qu'on n'a pas le temps de s'ennuyer.

Il est quand même important de noter que, malgré les diplômes de son auteur et son large retentissement, ce livre n'a rien de scientifique. L'auteur reconnaît lui-même que sa méthode n'est pas sans défauts, mais ça va plus loin que ça. D'abord, il faut le croire sur parole quand il rapporte les témoignages qu'il énumère, tous anonymes. Sa procédure de sélection est carrément minimale et visiblement très subjective ; il tient compte par exemple de témoignages de personnes qui ont connu un moment de stress intense, sans s'être approché de la mort.  Et il ne semble jamais rien mettre en doute, au contraire, il cherche toujours à expliquer. Ce n'est pas vraiment un gros problème en soi car on comprend vite qu'il s'agit avant tout d'ouvrir une nouvelle piste de réflexion : ces témoignages ont-ils un sens ?  Il est dommage cependant que sa recherche de témoignage n'ait pas été plus rigoureuse et mieux documentée car j'imagine qu'il est difficile maintenant de trouver des témoignages qui ne soient pas potentiellement influencés par les images que son livre a mis dans la tête de tout le monde.

Ce qui m'a semblé beaucoup plus problématique, par contre, c'est son interprétation. La deuxième partie du livre s'attache à examiner différentes raisons pour expliquer le fait que ces témoignages aient autant de points communs. La façon dont il catégorise et présente ces explications potentielles de façon apparemment systématique donne l'impression qu'il est impartial. Mais au final, il les réfute les unes après les autres, puis se contente de suggérer ce qui semble la seule option possible (déjà fortement sous-entendue dans le titre même du livre) : que ces gens, lors de leur expérience de mort imminente, ont entrevu ce qui nous attend après la mort, une forme de paradis. Il a beau faire semblant d'être prudent dans sa façon de présenter les choses, et nier des années plus tard qu'il ait voulu suggérer quoi que ce soit, c'est très clairement ce à quoi ce livre tend. Je n'ai pas du tout apprécié ce côté hypocrite par lequel il prend une pose scientifique et affirme ne tirer aucune conclusion hâtive, pour en fait tenter de convaincre en douce le lecteur qu'il a prouvé l'existence de la vie après la mort.

En ce qui me concerne, je ne remets pas nécessairement en doute les expériences subjectives relatées dans les témoignages, et à ma connaissance ce livre n'a pas été dénoncé comme fraude. Mais il y a des tas de raisons qui pourraient provoquer ce genre d'expérience, à commencer par des mécanismes de notre cerveau que nous ne connaissons peut-être pas encore. Par exemple, il est courant d'avoir l'impression de vivre les choses au ralenti pendant un accident, je l'ai vécu moi-même. Ça n'a rien de surnaturel même si c'est déroutant. Dans le même genre, il me semble fort possible qu'au moment où le corps se trouve dans une situation de mort imminente, le cerveau nous envoie les images les mieux à même de nous encourager à nous battre une dernière fois, ou à l'inverse à nous apaiser pour mettre fin à nos souffrances. Je trouve ça même beaucoup plus rassurant que l'idée d'un potentiel tunnel pour me mener vers une lumière inconnue ; j'espère, au moment de m'éteindre, avoir un dernier aperçu de ma vie et des images qui me permettront de glisser vers le néant en toute quiétude. 


Pour en savoir plus :
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Shards of Honour, de Lois McMaster Bujold


Malgré ma gigantesque PAL et plusieurs lectures entamées ou urgentes, j'ai commencé récemment une nouvelle saga de SF, la saga Vorkosigan !


Résumé :

Le capitaine Cordélia Naismith est à la tête d'une équipe de scientifiques en charge d'étudier la faune d'une planète récemment découverte, quand son camp est attaqué brutalement par une troupe armée venant d'une planète ennemie. Tandis que son équipe a réussi à s'enfuir avec leur vaisseau spatial, Cordélia et un collègue dont le cerveau a été endommagé sont fait prisonniers par le commandant du groupe ennemi, Aral Vorkosigan, qui a fait lui-même l'objet d'une mutinerie. S'en suit un périple dangereux à travers une faute et une flore inconnues pour rejoindre le camp de Vorkosigan, pendant lequel Cordélia va apprendre à connaître cet homme qui a une réputation de guerrier particulièrement cruel.


Mon avis :

D'habitude, quand je lis en VO un roman qui a été traduit en français, je donne son titre en français comme en-tête de ma chronique parce que je suppose que la plupart de mes lecteurs souhaiteront le découvrir dans cette langue. Cette fois-ci, je ne le fais pas parce que la traduction apparemment la plus connue dévoile à elle toute seule un point majeur de l'intrigue, celui qui m'a le plus marquée. Je peux seulement vous dire que dans les dernières traductions, ce roman s'appelle L'Honneur de Cordelia. J'ai une sainte horreur des spoilers, et je me suis déjà énervée plusieurs fois contre les spoilers dans les quatrième de couverture, mais là, dans la traduction du titre... bravo, messieurs les éditeurs, vous avez fait très fort. Pour ceux qui connaissent la série, je précise que (spoiler - surligner pour lire) je parle du titre "Cordélia Vorkosigan", qui dévoile dès le début que Cordélia va épouser Aral Vorkosigan.

Mais reprenons au début. Encore une fois, ce roman a atterri dans ma liseuse par des moyens détournés et surprenants. Un jour, je procrastinais gentiment devant mon ordi tout en me disant que je ferais mieux de prendre un bon bouquin. J'avais envie de science-fiction (j'ai souvent envie de science-fiction, vous l'aurez peut-être remarqué) et je me suis dit que je pourrais aller piocher des idées parmi les gagnants des prix Hugo des dernières années. Lois McMaster Bujold y figure de façon prominente, étant donné qu'elle a gagné le Hugo du meilleur roman pas moins de quatre fois. Plusieurs de ces romans primés font partie de la saga Vorkosigan qui a aussi obtenu un Hugo spécial de la meilleure série.

L'étape suivante fut de déterminer par où commencer cette série qui a, comme souvent, une chronologie et une histoire de publication un peu compliquées, et je me suis décidée pour ce tome. Il fut le premier écrit, parmi les premiers publiés, et même si la partie de la série la plus connue concerne le héros Miles Vorkosigan qui n'y apparaît pas, il marque le début d'une chronologie assez serrée (un autre tome se situe plus tôt chronologiquement, mais il a été écrit longtemps après). Cet historique un peu complexe explique probablement le spoiler dont je vous ai parlé dans la traduction du titre : la version française de ce roman a été publiée après d'autres volumes plus connus de cette saga, et (spoiler - surligner pour lire) de nombreux lecteurs savaient probablement déjà que Cordélia et Aral se marieraient; le fait que l'histoire narre les circonstances de leur rencontre, et donc de l'origine de Miles, devaient être un certain argument de vente.

Bref. Comme ça m'arrive très souvent, une fois ce livre acheté et téléchargé sur ma liseuse, je l'ai complètement oublié pendant un certain temps, jusqu'à l'y retrouver au hasard bien plus tard. Je l'ai donc découvert en toute naïveté, comme j'aime. J'ai eu le plaisir de faire la connaissance de Cordélia Naismith, une femme volontaire, courageuse, qui dès le début démontre à la fois sa force, son humanité, et sa capacité à surmonter ses préjugés. J'ai aussi découvert Aral Vorkosigan, ce militaire dur mais intègre, capable de diriger mais aussi de faire confiance, viril et sensible. Suivre ces deux personnages qui entament un périple dangereux mais vont aussi apprendre à se connaître malgré leurs énormes différences culturelles et leurs préjugés fut un vrai plaisir.  Je crois que c'est ce que j'ai le plus aimé dans ce roman : des personnages réalistes, à peine décrits pour qu'on puisse faire leur connaissance en même temps qu'ils font la connaissance l'un de l'autre, et que j'ai appréciés dès le début.

Le reste de l'intrigue est divisé en plusieurs parties où ils vont évoluer séparément, se perdre et puis se retrouver pour se perdre à nouveau. J'ai été surprise par cette intrigue divisée en aventures séparées, comme s'il s'agissait d'une série rassemblée en un seul volume. Ce n'est pas un défaut pourtant, car ça ajoute au réalisme : dans la vraie vie, les choses se déroulent rarement de façon linéaire.

Les aventures de nos personnages se déroulent sur un fond politique et culturel où plusieurs branches de l'humanité, essaimée sur différentes planètes, ont évolué séparément et développé des cultures assez différentes. Il y a un gros aspect space opera, avec une bonne dose d'action, mais aussi beaucoup de cachotteries, de secrets et de double-jeux. Je suis toujours un peu triste de lire des récits de science-fiction qui se déroulent dans un futur lointain mais dont les acteurs font face aux mêmes problèmes que ceux que nous rencontrons : la xénophobie, la loi du plus fort, les meurtres politiques, le nationalisme qui s'exprime par la guerre. Je suis peut-être un peu naïve mais j'imagine un monde qui évolue, lentement mais sûrement, pour s'éloigner de ces bêtises. Le monde de Cordélia et surtout celui de Vorkosigan n'ont pas beaucoup évolué socialement: la planète Beta dont vient Cordélia est évoluée technologiquement mais n'a que peu de respect pour les libertés individuelles, et celle de Vorkosigan est un Empire fondé sur une aristocratie guerrière. Tous deux s'insurgent contre cet état de fait, cependant, et le récit tourne aussi autour de ces questions : comment servir son pays en tant que soldat quand on souhaite la paix, vaut-il mieux essayer de changer les choses en intégrant un système corrompu ou refuser d'y participer, et de façon plus générale, comment vivre avec honneur quand on fait partie d'une machine sociale qui n'en possède aucun. Ce sont des questions qui résonnent déjà de nos jours.

Je suis peu satisfaite de cette chronique parce que ce roman fut un vrai plaisir qui m'a envoûtée au bout seulement de quelques pages, et je n'arrive pas à expliquer clairement pourquoi. Je pense que c'est avant tout les personnages et leur relation qui m'a beaucoup plu; ils sont très terre-à-terre, mais ils m'ont semblé très réels et m'ont touchée de façon surprenante. L'intrigue est prenante, le monde facile à assimiler, et la narration ne s'encombre pas de fioritures tout en restant très efficace. Autrement dit, j'ai été conquise au point d'acheter directement la suite de ce tome. Un début prometteur pour cette série, en ce qui me concerne !


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La Petite Fadette, de George Sand


Qui c'est qui relit un livre pour la centième fois, se persuade qu'elle ne l'a jamais commenté, rédige une chronique, et se rend compte au moment de la publier qu'elle avait déjà écrit un article sur ce roman ?  C'est bibi, bien sûr ! Qu'à cela ne tienne, maintenant que la chronique est écrite, je la publie, et je me rends compte que mon avis n'a pas du tout changé depuis trois ans...


Résumé :

Lorsque les jumeaux Landry et Sylvinet sont nés, au cœur de la campagne française du XVIIIème siècle, la sage-femme a conseillé à leurs parents de les séparer le plus vite possible. Le conseil n'a pas été suivi, et lorsqu'adolescent Landry est envoyé travailler dans une autre ferme, Sylvinet se morfond et disparaît. Landry, à la recherche de son frère, obtient l'aide de la petite Fadette, la petite-fille d'une vieille dame acariâtre qui se dit sorcière. Et Landry apprendra que la jeune fille rejetée par tout le village cache en fait un coeur d'or.


Mon avis :

Vous connaissez le concept du livre-doudou ? Celui que l'on connaît par cœur mais vers lequel on revient régulièrement, pour un peu de familiarité, celui qui nous réconforte comme un ami proche ?

La Petite Fadette, c'est l'un de mes livres-doudous. Je l'ai lu dans mon enfance, relu plusieurs fois dans mon adolescence, et puis récupéré sous format ebook pour pouvoir le relire encore et encore, dans le désordre, par passages, en diagonales ou de haut en bas. Je pense que vous l'aurez deviné : n'espérez pas un avis objectif de ma part. Ce roman c'est pour moi un bonbon sucré et réconfortant.

Il est parfois difficile de savoir ce qui plaît dans un livre-doudou, et je suis souvent étonnée que ce roman fonctionne aussi bien pour moi. D'abord, d'habitude les histoires d'amour m'ennuient. Ensuite, ce roman a ses petits défauts que je reconnais de bon cœur. Par exemple, je suis toujours un peu étonnée de la différence entre la façon dont la petite Fadette est considérée et ce que l'on découvre de sa personnalité au travers des yeux de Landry. On parle beaucoup de sa "mauvaise réputation" sans jamais expliciter de quoi il s'agit ou ce dont on l'accuse à part d'avoir une mère qui a abandonné sa famille. On dit qu'elle a mauvais caractère, qu'elle se moque des gens, les insulte, ce genre de choses, mais avec Landry elle est parfaitement polie et calme ; j'ai un peu de mal à croire que sa personnalité ait changé du jour au lendemain, ou qu'un village dans son ensemble lui en ai attribué une qu'elle ne méritait absolument pas. Bref, je sais que la "rumeur publique" peut être très cruelle, mais là il me semble que ca manque un peu de crédibilité.

Ceci dit, je pourrais tout pardonner à ce roman rien que pour ses dialogues, ou plutôt, les discours de son héroïne. Quand la petite Fadette parle à Landry le soir de la Saint-Andoche, le pauvre gamin est ensorcelé, mais honnêtement, moi aussi. Quand elle parle à Madelon, son humilité me serre le cœur, et quand elle avoue enfin son amour à Landry, je ne peux plus retenir mes larmes. Enfin, quand elle guérit Sylvinet rien qu'en lui parlant, elle a l'air de faire de la magie, mais ses mots sont si beaux que j'y crois sans hésiter. Il n'y a pas d'envolées lyriques, pas de grandes phrases ou de beaux poèmes, juste une langue simple, qui explique sans embellir, des mots terre-à-terre qui respirent l'honnêteté et la sincérité. J'ai beau relire encore et encore ces passages jusqu'à presque les connaître par cœur, ils continuent à me toucher tout autant à chaque fois.

Tout ceci est emballé dans une jolie histoire assez simple, au cœur de l'écrin campagnard qui a fait la renommée de George Sand. Les détails géographiques et quelques minuscules apartés ajoutent un charme inattendu ; par exemple, quand le lieu d'une rencontre est présenté de façon précise comme si le lecteur connaissait forcément l'endroit ("...dans le chemin de sable qui descend des vignes d’Urmont à la Fremelaine"), ou quand on nous apprend une anecdote où l'on sent encore la colère des gens de la campagne ("...dans le petit chemin creux qu’on appelle la Traîne-au-Gendarme, parce qu’un gendarme du roi y a été tué par les gens de la Cosse, dans les anciens temps, lorsqu’on voulait forcer le pauvre monde à payer la taille et à faire la corvée, contrairement aux termes de la loi, qui était déjà bien assez dure, telle qu’on l’avait donnée"). La narration est destinée à une génération de lecteurs qui doivent être familiers avec ce genre de décor, et pour nous qui ne le sommes pas, elle est a un parfum inimitable de nostalgie, car George Sand adorait visiblement la vie des gens simples qu'elle met en scène. Leurs conditions de vie sont probablement idéalisées, mais ce roman fait un peu office de conte de fée réaliste, et c'est ce que j'aime.

En résumé, ce roman est en fait un joli conte pour adultes, plein de douceur et de nostalgie, et surtout embelli par des dialogues inimitables. Le temps, au lieu de l'abîmer, donne à ce récit une nouvelle saveur. J'aime beaucoup les romans champêtres de George Sand, mais celui-ci reste mon préféré.


Pour en savoir plus :

La main gauche de la nuit, d'Ursula Le Guin


Ça faisait longtemps que je devais lire ce grand classique de la science-fiction, et malheureusement il m'a fallu le décès de l'autrice pour m'y décider...


Résumé :

Dans un monde futuriste où l'espèce humaine s'est essaimée sur de nombreuses planètes, des peuples qui ont longtemps perdu contact se sont retrouvés et réorganisés au sein d'une association libre et non contraignante, l'Ekumen. Lorsqu'une nouvelle planète habitée par des humains qui ont développé une société évoluée est découverte, l'Ekumen envoie un représentant unique pour les encourager à rejoindre leur association sans les menacer. Genly Aï joue se rôle sur la planète Winter, un monde très froid dominé par deux grandes nations. Genly doit faire face à un système politique compliqué et dangereux, mais surtout à une énorme différence biologique : les habitants de Winter sont des hermaphrodites asexués qui deviennent tantôt hommes, tantôt femmes pendant une courte période de reproduction. La bonne volonté de l'Envoi est mise à l'épreuve face à ces êtres auquel il ne peut pas appliquer ses schémas d’interaction, et il en vient à méconnaître le seul autochtone qui croit vraiment en lui.


Mon avis :

Lors de ma scolarité, j'ai eu la chance de croiser un professeur de français qui, je ne m'en rends compte que maintenant, avait à coeur de nous faire découvrir un éventail de genres littéraires bien plus large que ce qui est préconisé par le programme classique. A l'époque nous avions étudié pendant quelques semaines la science-fiction (avec notamment un devoir sur le film "Blade Runner") et je me rappelle que "La main gauche de la nuit" avait été l'un des romans recommandés. J'étais donc persuadée de l'avoir lu à l'époque (sans en garder aucun souvenir) jusqu'à ce que le décès d'Ursula Le Guin il y a quelques semaine ne remette ce titre sur l'avant de la scène et que je me rende compte, avec grande surprise, que son résumé ne me disait absolument rien. J'ai décidé de réparer rapidement cette erreur et après plusieurs faux départs dus à mon manque de temps pour lire, j'ai fini par entamer et terminer ce roman culte.

J'avoue qu'au début j'ai été un peu déroutée. Les avis que j'avais lus parlaient d'une sorte de road-trip qui allait permettre à deux humains de différentes planètes d'apprendre à se comprendre, mais le road-trip en question n'arrive que dans la deuxième moitié du livre, même s'il est effectivement marquant. Le début, c'est surtout un récit politique. Au moment où l'aventure commence, Genly est sur Winter depuis déjà longtemps, il s'est installé dans le royaume de Karhide où il essaie en vain d'avoir une entrevue avec l'Empereur. Il est censé avoir le soutien du premier ministre Estraven, mais clairement il n'a pas confiance en lui, pour des raisons plutôt culturelles : il ne comprend pas la façon de s'exprimer des Karhide qui ont un sens de l'honneur très particulier, et puis il est très perturbé par l'hermaphrodisme d'Estraven et le fait que son comportement ne corresponde pas aux stéréotypes auxquels il est habitué. Tout à coup, alors qu'il a enfin obtenu une entrevue avec l'Empereur, la situation change brutalement, et Estraven autant que Genly seront envoyés sur les routes de leur monde, dans des positions parfois très difficiles...

Il y a beaucoup à dire sur ce roman qui est avant tout très "immersif".  Je mets des guillemets car ce mot peut avoir plusieurs sens : je ne parle pas de ces romans qu'il est impossible de lâcher des mains tant le suspense est incessant, je parle de ces romans qui nous plongent sans explication et sans efforts dans un monde fondamentalement différent du nôtre. Il n'y a pas d'introduction : l'existence de l'Ekumen et le rôle de Genly n'apparaissent qu'au fur et à mesure, quand il les explique à d'autres protagonistes. Le récit ne comprend aucune note subtile à l'attention du lecteur : on comprend que Winter est une planète très froide parce que Genly ne cesse d'avoir froid, on comprend qu'elle abrite deux principaux pays aux systèmes politiques très différents parce que Genly les visite, on se fait une idée de ses religion parce que Genly fait l'effort d'en apprendre plus. Le récit prend en fait la forme d'une double narration, d'une part le rapport de Genly à l'Ekumen, d'autre part le journal d'Estraven qui permet de se rendre compte des erreurs d'interprétation de Genly, mais il n'y a rien qui soit écrit à l'attention du lecteur lui-même. Le résultat c'est un récit particulièrement réaliste, dans lequel on est tout à coup immergé sans bouée, mais comme il est aussi très efficace, on évite la noyade.

La première partie est donc une série de voyages et de jeux politiques, parfois un peu obscurs. J'ai eu l'impression d'y voir une critique politique déguisée, avec d'un côté un pays avec beaucoup de liberté mais un système politique inefficace et injuste, de l'autre un système hyper bureaucratique, apparemment plutôt attractif, mais au final extrêmement répressif. Les parallèles historiques sont limités, mais ça donne quand même à réfléchir.

Je ne sais pas à quel moment j'ai fini par être vraiment happée par le récit. Au début j'avais l'impression de me retrouver dans un récit intéressant et bien écrit mais un peu austère, et puis arrivée à un certain point, quand ça a commencé à vraiment mal tourner pour Genly, je me suis rendue compte que j'étais captivée. Et là, comme on me l'avait prédit, commence la partie la plus mémorable du roman : ce tête-à-tête entre deux personnes si différentes qui vont enfin arriver à surmonter leurs incompatibilités pour pouvoir se comprendre et s'apprécier. Le suspense est insoutenable, le récit douloureux, l'exploit admirable, et au milieu de tout ça, il y a une véritable intimité qui se crée. J'en suis ressortie très émue, avec l'impression d'avoir cotoyé de très près cette paire peu conventionnelle.

Ce récit est connu pour sa description d'une société où la sexualité est très différente de celle que nous connaissons. Je pense que cet aspect a peut-être un tout petit peu vieilli, car la société a beaucoup évolué sur ces choses-là depuis sa parution. J'ai quand même été surprise par la délicatesse avec laquelle cet aspect est abordé. Plutôt que de se concentrer sur ce que ça implique pour la vie affective et sexuelle (bien que ce soit aussi abordé), les personnages font face à des problèmes beaucoup moins évidents, notamment concernant ce que ça implique pour la confiance et la compréhension entre les gens, sur la différence entre amour et amitié, etc. Genly est obligé de faire un travail personnel sur sa façon d'appréhender les (non-)différences entres les sexes, lui qui se pensait ouvert d'esprit, et c'est une belle leçon que beaucoup d'entre nous devrions aussi recevoir.

En résumé, voici un roman qui vaut la peine d'être patient. Si vous vous ennuyez un peu dans la première moitié, n'abandonnez pas: la suite est une véritable expérience.

Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre

Gone Before Christmas, de Charles Finch


Ca fait plusieurs semaines que je ne vous ai plus parlé des aventures de Charles Lenox, alors voici le dernier tome sorti. C'est une série qui mériterait vraiment d'être traduite en français, elle ne cesse de s'améliorer !


Résumé :

Peu avant le jour de Noël 1877, le détective victorien Charles Lenox se voit confier un nouveau mystère qui fait s'arracher les cheveux à Scotland Yard. Un militaire, officier de l'une des plus prestigieuses compagnies anglaise, a disparu mystérieusement. Il est entré chercher son chapeau dans un vestiaire désert, n'en est jamais ressorti, et il ne reste de lui qu'une giclée de sang sur un mur. Lenox arrivera-t-il à résoudre ce mystère avant les fêtes ?


Mon avis :

Cet épisode des aventures de Charles Lenox est le plus récent à ce jour (un nouvel épisode devrait sortir fin février), et ce n'est pas un roman complet mais une histoire relativement courte d'environ 80 pages. Et il reprend dans ce format plus court toutes les qualités que j'apprécie particulièrement dans cette série.

D'abord, il y a l'intrigue policière. Le mystère est un peu plus simple que dans les romans, vu le format, mais comme dit Lenox lui-même, les meilleures énigmes sont celles qui sont formées d'éléments très simples avec juste un gros problème. C'est exactement le cas ici : un militaire apparemment sans problèmes qui disparaît d'une pièce fermée. L'auteur sait comme d'habitude distiller les petits mystères annexes pour nous jeter sur de fausses pistes et noyer les vrais indices, ce qui fait qu'à la fin, je n'avais rien deviné tout en constatant que c'était évident. Frustrant, mais surtout très satisfaisant.

Ensuite, il y la découverte de la vie quotidienne à l'époque victorienne. Leurs traditions de Noël sont un peu différentes des nôtres, et j'ai trouvé ce livre très instructif sur ce point. On découvre aussi la vie militaire, les commissions, les casernes, la hiérarchie, avec juste ce qu'il faut d'explication pour nous permettre de comprendre ce milieu, mais sans que la narration aie l'air trop didactique.

Enfin, et surtout, il y a la vie de Charles Lenox. Son petit monde s'est élargi au fil des romans et chacun des personnages secondaires est adorable à sa façon. Ils sont tous parfaitement réalistes et étrangement familiers, même s'ils évoluent dans une autre époque que la nôtre. Ici l'auteur alterne très régulièrement les passages concernant l'enquête et les passages concernant la vie privée de Charles Lenox; le résultat est un va-et-vient qui balance le côté sombre de la disparation et de la vie de la victime avec le côté chaleureux de l'entourage de Charles préparant Noël. Dès le début, j'ai adoré l'échange entre les deux frères, Charles et Edmund, discutant pour savoir qui aurait le sapin de Noël mort et qui aurait celui qui n'est que mourant. Il y a tellement de tendresse dans le petite monde de la famille Lenox que j'aurais vraiment voulu passer Noël avec eux.

Voilà, en résumé c'est une petite histoire policière qui sent aussi beaucoup le conte de Noël. Si il n'y avait pas le problème de gâcher la surprise concernant l'évolution de la vie privée de notre héros, je recommanderais bien ce court volume pour découvrir l'univers de cette série, car il y est magnifiquement représenté. Maintenant, plus qu'à attendre un mois pour le tome suivant ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Goodreads du livre


The Jewel and Her Lapidary, de Fran Wilde


Je vous présente un nouveau récit court de fantasy, une histoire de pierres précieuses...


Résumé :

C'est l'histoire d'une vallée où règne une famille qui tient son pouvoir de pierres précieuses capables d'influencer les comportements des humains. Pour entendre les cris des pierres et les faire obéir, il faut des pouvoirs et un entraînements spéciaux qui sont réservés aux Lapidaires ; chaque membre de la famille royale a son Lapidaire qui le suit et le sert de la naissance à la mort. Mais il y a un coup d'état ; le roi est trahi par son propre lapidaire, et toute sa famille est assassinée. Il ne reste plus que la jeune princesse Lin, peu éduquée, et son Lapidaire Sima, aux pouvoirs limités. Les deux jeune filles sont seules pour faire face au traître et aux envahisseurs qui ont l'intention d'utiliser les pierres pour soumettre les habitants de la vallée à la servitude.


Mon avis :
Encore une "novelette" (longue nouvelle) qui avait été sélectionnée pour le prix Hugo 2017, que j'avais reçue en tant que votante, et que je n'ai lue finalement que début janvier cette année, pendant ma petite folie de textes courts - je lisais en même temps le troisième tome des Archives de Roshar de Brandon Sanderson et ce pavé qui n'en finissait pas m'a donné des envies de petites pauses ludiques. Comme pour "Every Heart a Doorway", j'ai également été attirée par le titre de ce récit : "Le joyau et son lapidaire". Il a fallu que je me renseigne pour apprendre qu'un lapidaire est celui qui façonne les pierres précieuses, mais ce titre m'évoquait déjà des images de pierres étincelantes, d'amitié et de talent.  Sans compter que la couverture est également sublime...

Il y a un peu de tout ça dans ce récit, mais je dois avouer qu'il m'a surtout décontenancée. Il est joliment écrit, oppressant et prenant, l'action commence brutalement dès les premières lignes, mais... il nous présente un monde complexe en seulement quelques pages, et en tant que lectrice, j'ai vite été dépassée. L'idée est jolie : les rois et les reines de cette vallée ont des pouvoirs magiques qui leur permettent d'influencer le comportement de leurs sujets et ennemis, par exemple en rendant les frontières de leur pays infranchissables, mais ces pouvoirs leurs viennent de pierres précieuses qu'ils portent constamment, et ils ne sont pas capables eux-mêmes de les utiliser, ils doivent les faire obéir par l'intermédiaire d'un "lapidaire" qui leur est entièrement dévoué. La relation entre la jeune princesse Lin et son lapidaire Sima forme le coeur de ce récit : elles se trouvent toutes les deux dans une situation désespérée, et sont toutes les deux liées par le coeur et par la magie à des voeux qu'elles doivent respecter et qui ne sont pas les mêmes. Y a-t-il une façon d'utiliser les joyaux qui leur restent pour sauver leur vallée, tout en respectant leurs voeux ? C'est un vrai casse-tête à rebondissements et surtout empreint de beaucoup de douleur et d'anxiété que l'auteur nous fait très bien ressentir.

Le problème c'est que le contenu est si complexe qu'il aurait mérité plus d'explications et plus de longueur. La narration nous permet de comprendre les choses petit à petit, mais il reste des tas de questions inexploitées. Le système de magie, la façon d'assembler les pierres à leur monture, de les "apprivoiser", le point de vue du lapidaire qui est presque un esclave, le point de vue d'une famille royale qui finalement n'a aucune légitimité puisqu'aucun pouvoir personnel, les relations complexes entre les pierres et les lapidaires, le rôle des voeux et des bijoux... Il reste à mon avis tellement de questions, tellement de points qui mériteraient d'être développés, que ça en est frustrant. 

En bref, c'est un beau récit, qui part d'une bonne idée, mais qui aurait dû faire l'objet d'un roman complet, pas juste d'un récit court. Il s'y passe des tas de choses, Lin et Sima sont des personnages auxquels on s'attache vite, mais j'aurais voulu que la complexité de leur monde nous soit dévoilée plus en profondeur. Décidément, je continue à penser que la catégorie "novelette" des Hugos de l'année passée était riche en découvertes, mais que le gagnant (The Tomato Thief) a été bien choisi. 


Pour en savoir plus :

Touring with the Alien, de Carolyn Ives Gilman


Voici encore un avis sur un court récit en anglais ; je vous promets de ne pas vous parler que de ça toute l'année, mais j'en ai lu plusieurs récemment, et ça fait du bien entre deux pavés de fantasy !


Résumé :

Les extra-terrestres ont débarqué sur Terre, sans prévenir, sans combat. Depuis des mois, ils restent enfermés dans leurs capsules et ne communiquent que très peu, via des humains enlevés il y a une vingtaine d'année et élevés pour jouer le rôle de traducteurs. Jusqu'au jour où Avery, conductrice pour une sorte d'agence de voyages très spéciaux, reçoit une nouvelle mission : transporter un extraterrestre et son traducteur dans un bus aménagé pour faire, en secret, un petit voyage à la découverte de l'espèce humaine.


Mon avis :

Encore un récit court, une "novelette" cette fois-ci (je me perds un peu dans les catégories de longueur que nos amis américains adorent), qui avait été sélectionnée pour les prix Hugo de 2017 et que j'ai donc reçue en tant que votante. Elle n'a pas gagné dans sa catégorie, car le prix a été remporté par "The Tomato Thief" d'Ursula Vernon, ce qui est entièrement mérité à mon avis.

Ce n'est pas que "Une tournée avec l'extra-terrestre" (j'espère qu'ils vont trouver une meilleure traduction de ce titre que la mienne...) n'est pas intéressant. Au contraire, j'ai bien aimé la prémisse : un extra-terrestre a envie de découvrir l'humanité et part faire un petit tour en bus, façon touriste ; il pourrait se passer n'importe quoi, les possibilités sont immenses. Avery est sympa, mi-guide touristique et mi-agent secret ; l'extra-terrestre est vraiment un être différent, pas un humanoïde ; et son traducteur est un personnage surprenant, transplanté depuis tellement longtemps qu'il lui manque de quoi le rendre vraiment humain. Et leur voyage n'est pas ennuyeux, il se termine même sur une surprise que je n'avais vraiment pas vue venir.

Cependant, il manque quelque chose ; une intensité, une profondeur, un réalisme dans les motivations et la psychologie des personnages. La narration reste très plate et laisse le lecteur à l'écart. Quand Avery dit du traducteur "je l'aime bien", je suis surprise car je n'avais pas du tout pressenti son attachement. Et quand elle fait un choix vraiment extrême sur la fin, je ne saisis pas du tout ses motivations. Le voyage en lui-même est court et s'il arrive quelques petits trucs, au final c'est loin d'être une aventure échevelée. Je suis clairement restée sur un goût de trop peu, autant au niveau de l'intrigue que de l'intensité sentimentale.

Au final, voici une petite nouvelle que j'ai lue sans difficulté et sans ennui, mais je suis assez déçue : l'idée avait beaucoup de potentiel qui n'est pas réalisé, et la narration de la psychologie des personnages n'est pas bien gérée. Ce n'est pas une histoire qui me laissera un souvenir impérissable. 


Pour en savoir plus :

The Martian Obelisk, de Linda Nagata


Voici une autre de mes premières lectures de l'année, une nouvelle de science-fiction qui m'a beaucoup marquée et que je recommande chaudement. 


Résumé : 

L'humanité est condamnée. Tout le monde le sait : entre une série de catastrophes naturelles qui ne font qu'empirer et des guerres à n'en plus finir, l'espoir n'est plus permis. Susannah, architecte de renom, est résignée, mais a décidé que l'humanité ne disparaîtrait pas sans laisser une trace de son passage. Elle a réussi à convaincre un riche investisseur et a monté un projet grandiose, la construction téléguidée d'un obélisque immense sur la planète Mars. Mais alors que la construction s'achève, il va falloir faire un choix : sacrifier encore une vie de plus ou renoncer à l'ultime œuvre de l'humanité.


Mon avis :

En août, à l'occasion de la Worldcon, j'ai profité d'une promotion pour m'abonner à la version électronique du magazine Locus, une référence dans le monde de la SFFF outre-atlantique. En parcourant la dernière édition fin décembre, il y a une nouvelle de Linda Nagata qui faisait l'objet d'une recommandation et dont le sujet m'a tout de suite intéressée, alors je l'ai achetée et téléchargée sur ma liseuse, et voici comment j'ai découvert "L'Obélisque Martien".

Ce qui m'a tout de suite attirée dans ce récit, c'est l'idée très pessimiste : l'humanité est condamnée, et au lieu de se battre jusqu'au dernier moment comme dans les films américains, l'héroïne ne songe qu'à laisser un souvenir du passage de l'humanité, une sorte de chant du cygne, une entreprise colossale, inutile et qu'elle ne verra jamais. J'étais très curieuse de la façon dont cet état d'esprit particulier serait transcrit, et malgré la limite imposée par le format court, j'ai beaucoup aimé le résultat. Susannah a tout perdu, autour d'elle le moindre détail lui rappelle la déchéance de l'humanité, et comme c'est arrivé sur très peu de temps, elle sait mesurer précisément, tout comme nous le faisons, l'étendue de ce qui a été perdu. C'est triste mais pas larmoyant, assez défaitiste mais on comprend pourquoi. 

L'intrigue qui suit est très bien construite. Les éléments de compréhension sont apportés au compte-goutte, et le suspense est parfaitement maîtrisé, jouant en partie sur le délai de communication entre la Terre et Mars. L'auteur parvient à nous faire comprendre les enjeux et l'historique du projet, son importance pour les protagonistes, et tout le contexte qui l'accompagne, juste à temps pour que nous puissions partager le dilemme puis l'explosion de sentiments que vit l'héroïne. On sent le récit d'une auteure confirmée qui maîtrise parfaitement son art. J'ai été très vite plongée dans cet univers et je n'en suis ressortie qu'à contrecœur.

A histoire courte, chronique courte, car je ne voudrais pas vous gâcher la surprise, mais tout ce que j'ai à vous dire c'est ceci : si vous avez une heure ou deux à perdre et si vous maîtrisez l'anglais, n'hésitez pas à plonger sur cette nouvelle. C'est un vrai petit bijou. Je suis vraiment admirative du talent qu'il faut pour développer un monde futuriste et une intrigue dans un nombre aussi limité de pages, ce que Linda Nagata a parfaitement réussi à faire. Encore une lecture marquante pour bien débuter une nouvelle année !


Pour en savoir plus :
 

Every Heart a Doorway, de Seanan McGuire


Voici un récit fantastique qui m'a beaucoup marquée, ma première lecture de 2018 !


Résumé :

L'école de Miss Eleanor West accueille des adolescents particuliers, ceux qui ont découvert une porte étrange, ont glissé dans un monde magique, mais malheureusement en ont été expulsés et ne rêvent que de retrouver la porte qui les y conduira à nouveau. Nancy fait partie de ces malheureux : derrière sa porte, elle a découvert un Maître adoré qui soigne les morts, elle a appris a rester immobile jusqu'à faire arrêter son coeur, à ne plus s'habiller qu'en noir pour mieux devenir invisible... Mais ce monde qui semble affreux, elle y a été infiniment heureuse et ne vit que pour y retourner, malgré une famille qui ne la croit pas et la comprend encore moins. Chez Miss West elle découvrira qu'elle n'est pas seule dans sa situation et trouvera enfin une communauté qui la comprend... jusqu'à ce que la mort se mette à frapper ses nouveaux amis.


Mon avis :

J'ai commencé 2018 avec la lecture de cette novella qui a gagné le prix Hugo de 2017. En tant que votante, j'avais reçu l'ebook gratuitement, mais je n'avais malheureusement pas eu le temps de le lire. Quand j'ai cherché quelque chose à découvrir dans ma liseuse le premier janvier, je suis retombée sur ce titre marquant (et superbe !) et je l'ai découvert sans a-priori. J'ignorais notamment (je ne l'ai appris qu'après coup) que Seanan McGuire est le vrai nom de l'auteur Mira Grant qui a notamment écrit le roman Feed très apprécié par les amateurs de littérature Young Adults et par les fans d'histoires de zombies. Je l'ai lu en 2016 et je l'avais apprécié, mais je n'aurais jamais deviné qu'il s'agissait du même auteur, tant les histoires et le ton sont différents.

Every Heart a Doorway ("A chaque coeur sa porte") est une intrigue très spéciale, même si elle reprend de nombreux éléments connus : la découverte d'un nouvel environnement scolaire pour un adolescent qui a du mal à s'intégrer, le principe de l'école pour enfants avec des "dons" étranges, les portes dans le monde réel qui mènent vers des mondes fantastiques. Le génie de l'auteur a été de les combiner pour proposer un autre aspect de ces histoires : que se passe-t-il quand les jeunes gens qui découvrent un monde fantastique et magnifique (à leurs yeux) en sont expulsés ?  La réponse de l'auteur : ils se retrouvent tout à coup inadéquats dans le monde réel, profondément incompris même lorsqu'ils essaient de crier leur ressenti et même par ceux qui les aiment le plus, nostalgiques d'un état d'innocence qu'ils ont définitivement perdus, et incapables de se projeter dans un avenir qui leur semble terriblement ennuyeux... Bref, des sentiments qui caractérisent l'adolescence pour beaucoup de monde. C'est là, d'après moi, le point fort de ce récit : en leur apportant une justification, il rend très réalistes les anxiétés de l'adolescence pour tous ceux qui ne s'en souviennent plus ou qui, comme moi, ne les ont pas vraiment connues.  Je pense qu'un adolescent lisant ce livre doit se reconnaître dans ces héros et ce qu'ils vivent, et ça doit être particulièrement réconfortant.

Le récit a aussi une atmosphère très spéciale parce que les mondes qu'ont visité nos héros sont loin d'être des paradis, et pourtant les jeunes gens qui les ont visités sont prêts à tout pour y retourner. Certains mondes sont même carrément cauchemardesques : ils y sont l'esclave d'un vampire, ou l'assistant d'un docteur Frankenstein. Il est expliqué que ces jeunes trouvent derrière leur porte le monde dont ils ont besoin, mais en même temps qu'il y a une catégorie de jeunes (dans une autre école) qui ont été traumatisés par leur voyage, donc ce n'est pas très clair. Quoi qu'il en soit, la façon dont ils se languissent pour un univers qui nous semble parfois absolument effroyable rajoute un côté un peu glauque au récit, qui lui donne une dimension supplémentaire. 

Au final, je retiens beaucoup plus l'atmosphère et les prémisses de ce récit que son intrigue : il y a des morts et une mini-enquête (que j'avais percée à jour avant que tout ne soit révélé), mais j'ai l'impression que l'auteur s'est imaginé un univers extrêmement intéressant et puis s'est cassé la tête pour trouver une intrigue qui justifie d'écrire une histoire à son sujet. Ça ne m'a pas vraiment dérangée pendant la lecture, car l'univers est tellement spécial et l'atmosphère tellement réussie que c'est une histoire que j'ai pris un plaisir énorme à découvrir.

Ce récit est le premier tome d'une série qui en compte trois jusqu'à présent (le dernier tome devrait être sorti tout récemment), et je suis très partagée : d'une part j'ai envie d'en savoir plus sur l'expérience des jeunes qui ont franchi les portes et sont revenus, d'autre part j'ai peur de savoir déjà tout ce qu'il y a à savoir et de m'ennuyer. Déjà ce récit se termine avec un chapitre sur la jeunesse de deux jeunes héroïnes qui m'a semblé superflu. A voir si je continue, en tous cas je vous tiendrai au courant !


Pour en savoir plus :
 

The Inheritance (Charles Lenox tome 10), de Charles Finch


Avant de vous parler de mes lectures de 2018, voici une chronique datant de la fin de l'année passée : je continue les aventures de mon détective victorien préféré, Charles Lenox !


Résumé :

Charles Lenox est un peu débordé par le succès de son agence de détectives privés, mais lorsqu'un vieil ami d'école le contacte pour lui demander son aide, il n'hésite pas. D'autant plus que l'ami en question, Leigh, a été à la source de sa toute première enquête, qui n'avait jamais abouti. Mais Leigh ne se rend pas à leur rendez-vous, et il semble avoir complètement disparu ! Craignant le pire, Charles part à sa recherche...


Mon avis :

Je vous fatigue peut-être un peu avec toutes les aventures de Charles Lenox, mais je n'y peux rien, je ne me fatigue pas de cet enquêteur adorable. Nous en sommes déjà au dixième volume de ses aventures, et je peux vous rassurer tout de suite : après ca, je ne pourrai plus vous parler que d'une petite nouvelle dans la même série, et puis je devrai attendre les nouvelles publications. Au rythme d'une par an, mes chroniques concernant cette série ralentiront de facon substantielle !

L'auteur a pris l'habitude de nous faire découvrir, dans (presque) chaque tome, un nouvel aspect de la vie dans l'Angleterre victorienne. Ici, nous avons un petit apercu de la vie en internat pour jeunes aristocrates aisés. Notre héros, Charles Lenox, y a rencontré un jeune homme un peu à part, qui refusait ou n'arrivait pas à se soumettre aux codes sociaux de cette communauté très particulière, et contre toute attente ils sont devenus amis. Je crois que dans cette histoire, c'est l'aspect qui m'a touchée le plus : l'image du jeune Charles, adolescent, et pourtant déjà capable de déceler les qualités d'une personne derrière les apparences, de s'associer avec le pariah du groupe sans en avoir honte... Il faut un vrai grand coeur pour faire ce genre de choses quand on a une quinzaine d'années ! J'aime Charles Lenox parce que c'est un homme bien, un homme normal mais profondément humain, et malgré la différence d'époque, ses relations avec ses amis ou sa famille sont les mêmes que ceux que nous aurions aujourd'hui. 

Un autre aspect qui donne chaud au coeur dans cette histoire, c'est que le copain, Leigh, il est finalement devenu une sommité dans son domaine. Lui que tout le monde annoncait comme un gros perdant de la vie, c'était simplement un jeune homme qui avait besoin de faire son chemin au lieu de se plier au moule. Tout l'inverse de Charles, donc, qui lui est très à l'aise dans le moule en question. Et pourtant, les deux amis, profondément différents, se retrouvent trente-cinq ans après comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Leur complicité est sans cesse soulignée de facon subtile, et au final, Leigh est devenu mon personnage secondaire préféré. J'espère vraiment qu'on va le retrouver dans de nouvelles aventures, même si malheureusement j'en doute. Dans tous les cas, ce duo adorable m'a réchauffé le coeur et fait de ce roman l'un de mes préférés dans cette série.

Concernant l'intrigue, elle est pleine d'action et construite de facon un peu originale, car elle se divise en quelque sorte en plusieurs étapes. Il y a notamment un moment où j'ai cru que le livre se terminait, alors qu'il restait encore vingt pourcents. Il y a aussi une petite intrigue parallèle qui se centre sur les partenaires de Charles Lenox, et puis il y a un mystère annexe datant de la jeunesse de Charles et de Leigh. Bref, plein de petits puzzles qui trouvent une solution les uns après les autres, et bizarrement le roman arrive à ne pas avoir l'air décousu. 

Au final, je ne sais pas comment l'auteur fait, mais au bout de dix épisodes que j'ai lus dans un laps de temps assez restreint, je ne suis vraiment pas fatiguée des aventures de Charles Lenox, au contraire. Vivement la suite !


Pour en savoir plus :

The Tomato Thief, d'Ursula Vernon


Il me reste encore beaucoup de romans, novellas, nouvelles et novellettes nominés pour les Hugos de cette année à découvrir, et je les lis un par un... Je vous souhaite que ce récit soit traduit rapidement en français, car ce fut un vrai coup de coeur !


Résumé :

Granma (grand-mère) Harken habite seule avec son chat au bord du désert, et ses voisins ont appris a respecter les talents surprenants de cette vieille dame bougonne. Chaque année, elle fait pousser des tomates absolument délicieuses dans son jardin. Jusqu'au jour où on lui vole une tomate tout juste mûre, puis une autre, et bientôt chaque tomate disparaît la nuit précédant sa cueillette. Mais Granma Harken n'est pas du genre à se laisser faire, même si attraper le voleur l'entraîne dans une mission bien trop dangereuse pour une dame de son âge...


Mon avis :

Voici encore un récit que j'ai découvert grâce à sa nomination aux Hugos de cette année, et il a même obtenu le prix dans la catégorie "novellette". Je l'ignorais en entamant ma lecture, mais je n'en suis pas étonnée, car c'est un récit pour lequel j'ai fondu comme un morceau de sucre dans une tasse de café brûlant (sauf si le sucre est finlandais, parce qu'ici ils ont des morceaux de sucre si denses qu'ils ne fondent pas dans le café, enfin bref). 

Dès le départ, j'ai été prise d'amitié pour cette brave Granma Harken. C'est la grand-mère parfaite : indépendante, un peu bougonne, et pleine de bon sens qu'elle articule dans des formules de sagesse, telles que "Worrying didn’t do any good, but somehow that never stops anybody" (personne n'a jamais rien résolu en se faisant du souci, et pourtant ça n'a jamais empêché personne de s'en faire),  ou "Sometimes the best cure for life was a ripe tomato" (parfois le meilleure remède pour soigner la vie c'est une tomate mûre).  Elle a aussi une bonne dose d'humour et elle m'a fait sourire plus d'une fois, ce qui fait qu'après seulement quelques lignes, on a vraiment envie de savoir ce qu'il va lui arriver.

Et là, on n'est pas déçu. Cette histoire est apparemment la deuxième dans une série (la première serait intitulée "Jackalope Wives") et elle fait allusion à quelques aventures passées concernant son petit-fils, mais ça ne pose pas de problèmes par rapport à la compréhension de celle-ci. Par contre, on a la surprise de découvrir un aspect fantastique très présent dont on ne se douterait pas en entamant cette histoire de voleur de tomates. Dans le monde de Granma Harken, le désert est peuplé d'animaux qui parlent, de monstres échappés d'autres dimensions, et de trains qui sont en fait des dieux. Granma Harken est elle-même un être un peu spécial, peut-être pas tout à fait humain... En tous cas elle sait comment découvrir et comprendre les dimensions fantastiques de son monde, et malgré son âge avancé et son petit côté misanthrope, elle n'hésite pas à se lancer dans une aventure qu'elle sait dangereuse pour aider un pauvre être prisonnier... 

Bref, je suis conquise par Granma Harken et par son univers. L'intrigue est très orientée fantastique, mais elle est aussi simple à suivre et tout à fait logique, ce que je préfère. Ma seule difficulté a été avec le vocabulaire : la narration emploie un certain nombre de mots propres au vocabulaire de la région du sud des Etats-Unis où a lieu l'histoire, avec notamment des noms d'animaux réels et imaginaires et des mots empruntés à l'espagnol, et ce n'est pas le genre de vocabulaire que l'on croise tous les jours ; j'ai appris notamment qu'un jackrabbit c'est un lièvre, et un jackalope, c'est un animal mythique avec un corps de lièvre et des cornes d'antilope.  Mais ce n'est pas en soi un gros obstacle à la compréhension de la lecture, alors si vous croisez les aventures de Granma Harken, jetez-vous dessus ! 

Pour en savoir plus : 

De Bons Présages, de Terry Pratchett et Neil Gaiman


Quand j'ai annoncé lire ce roman sur les réseaux sociaux, quelqu'un était étonné que ça n'ait encore jamais été le cas. J'avoue, j'ai pris mon temps pour entamer cette collaboration de deux auteurs ultra-connus ! 


Résumé :

Rampa le démon et Aziraphale l'ange sont infiltrés sur Terre depuis si longtemps qu'ils finissent par trouver l'endroit plutôt confortable. Aussi, lorsque les forces du Bien et du Mal décident d'un commun accord de provoquer l'Apocalypse en envoyant l'Antéchrist, les deux compères, qui ont appris à s'apprécier malgré leurs différences, décident de faire ce qu'ils peuvent pour sauver l'humanité à l'insu de leur hiérarchie respective...


Mon avis :

J'avoue que quand on rassemble sur la même couverture les noms de deux auteurs parmi ceux que j'apprécie le plus, je ne peux pas m'empêcher d'avoir certains a-priori exagérément positifs. C'est même la raison pour laquelle ce livre traîne dans ma PAL depuis des temps immémoriaux : j'attendais le moment idéal pour pouvoir l'entamer sans attentes exagérées. J'avais fini par l'oublier, et un jour où je faisais le tour de ma liseuse pour trouver un petit quelque chose de facile à déguster, je suis retombée dessus et je me suis dit "pourquoi pas" en m'efforçant de rester très "chill".

Le début fut un peu mou en ce qui me concerne : j'avais tendance à me perdre dans les personnages et, comme je le lisais le soir pendant une période où j'étais particulièrement fatiguée, j'avançais très lentement. Puis j'ai pris un bon rythme, et j'ai été happée par l'histoire. 

On y retrouve clairement l'humour de Pratchett et l'inventivité de Gaiman.  L'histoire commence sur les chapeaux de roues avec l'amitié improbable entre un ange et un démon, chacun drôlement ramolli sur ses principes par un long séjour entouré des conforts humains. Ils sont tous les deux devenus des fonctionnaires du bien et du mal, détachés sur le terrain et qui, loin de leur hiérarchie, ce sont un peu laissés aller. Ils en sont même arrivés à s'entendre assez bien et à se respecter, même si forcément de temps en temps ça pète un peu...  Je les ai trouvés adorables ces deux-là, et ce ne sont pas les seuls personnages improbables. On fait aussi la connaissance d'un couvent de nonnes sataniques (pas super motivées non plus d'ailleurs), un Antéchrist d'une dizaine d'années et son groupe de copains, une descendante de voyante forcée de consacrer sa vie aux prédictions de son ancêtre, un chasseur de sorcières et son supérieur un peu obsédé par sa vocation, et surtout, les quatre motards de l'Apocalypse. Rien que des personnages qui nous amusent beaucoup à faire tout ce qu'ils peuvent pour sortir du moule dramatique que l'histoire et la religion sont censés leur imposer. Le récit joue à la perfection avec le ridicule de déplacer des personnages mythiques dans un contexte moderne. Comme on pouvait s'y attendre vu les auteurs, c'est plein d'originalité et très amusant.

Et pourtant... Je ne sais pas, j'ai pas été franchement conquise. J'ai trouvé que par moments, l'intrigue s'attarde sur les points qui visiblement ont beaucoup amusé les auteurs, mais qui ralentissent l'action. Peut-être parce que ma lecture a un peu traîné dans le temps, j'ai aussi trouvé que certains passages étaient un peu confus. Si au début j'ai beaucoup souri, et si j'ai retrouvé avec plaisir quelques références au Disque-Monde, à d'autres moments je me suis un peu ennuyée aussi. Rien de grave, hein, mais j'en ressors avec envie de dire : "oui, pas mal, c'était amusant quoi". Autant Terry Pratchett que Neil Gaiman m'ont beaucoup plus impressionnée dans d'autres récits.

Voilà, en résumé : une lecture sympa, mais vu les auteurs, je m'attendais à mieux. Au final, visiblement je n'ai pas réussi à me débarrasser de mes attentes exagérées, malgré tous mes efforts ! 


Pour en savoir plus :
- les avis de Thalia, qui ne connaissait pas les auteurs avant d'entamer sa lecture, celui de MarieJuliet, avec un "pas mal mais pas un coup de coeur" un peu comme moi, et celui de Mr K, qui l'a trouvé "jubilatoire et génial". 

The Art of Space Travel, de Nina Allan


Aujourd'hui je vous parle d'une novella qui est assez différente de ce que son titre pourrait laisser croire... 


Résumé :

En 2047, des hommes ont tenté de coloniser Mars, mais le voyage s'est terminé en tragédie. Trente ans plus tard, une nouvelle expédition est sur le point de partir. Deux des astronautes, avant leur départ, vont passer une nuit à l'hôtel où Emily est manager, et c'est le branle-bas de combat avant l'arrivée de ces illustres clients. Au milieu de tout ça, Emily doit aussi s'occuper de sa maman qui décline mentalement et physiquement, et peut-être lui arracher le nom de son père avant qu'il ne soit trop tard.


Mon avis :

Cette novella qui se dévore en quelques heures faisait partie des nominations pour les Hugos de cette année et, en tant que votante, je l'ai reçue gratuitement à cette occasion. C'est très pratique d'avoir une petite collection de récits courts à intercaler entre des lectures plus conséquentes, comme une sorte d’entremets littéraire ! J'ai d'ailleurs dévoré celui-ci en quelques heures et il m'a fait du bien.

J'avoue que je me suis lancée dans sa lecture sans rien en savoir à part le titre ; je n'ai pas lu la quatrième de couverture, je n'ai jamais rien lu de cette auteure, je n'ai consulté aucun avis, j'ai juste ouvert l'ebook et je me suis lancée. Ce fut une excellente stratégie en fait, parce qu'avec le recul, je me rends compte qu'il pourrait être assez naturel d'être surpris par ce récit, peut-être même déçu. Contrairement à ce que laisserait entendre le titre et le résumé, il s'agit d'une histoire où la science-fiction est très peu présente, à peine une toile de fond. Il ne s'agit pas non plus d'un récit d'aventure avec voyage interplanétaire. Il s'agit plutôt d'un récit d'introspection, un tout petit bout de la vie de son héroïne, centré autour de la visite des astronautes qui réveille des questions longtemps enfouies. 

Autant vous le dire tout de suite : j'ai beaucoup aimé. C'est doux, c'est triste, c'est tendre. La narration est un peu disparate, elle suite la méthode du "stream of consciousness" où le narrateur partage le désordre de ses pensées. Mais ce n'est pas non plus confus ; simplement on se ballade dans la tête d'Emily, on découvre son passé, ses choix, son entourage. C'est un personnage attachant, réaliste, dont la vie n'a pas nécessairement pris les chemins qu'elle avait prévu, mais qui ne regrette rien. Et puis il y a sa mère que l'on découvre à travers ses yeux, une personne aimée mais qui a su rester mystérieuse, et la tristesse de la voir s'éloigner mentalement, beaucoup trop jeune.  Malgré tout le récit n'est pas triste, mais il est introspectif et touchant, et surtout il se termine sur une découverte que je n'avais pas vue venir et qui prend aux tripes. 

Voilà, en quelques mots, ce que m'a fait ressentir ce récit assez court mais très immersif. S'il vous tombe sous les yeux, ne le laissez pas passer ! 


Pour en savoir plus :