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Une histoire naturelle des dragons, de Marie Brennan


Petit retour en arrière pour moi avec cette chronique d'un livre lu il y a... plus d'un an. Voilà pourquoi il faut toujours prendre des notes en cours de lecture !


Résumé :

« Soyez avertis, cher lecteur : les volumes de cette série contiendront des montagnes gelées, des marais fétides, des étrangers hostiles, des compatriotes hostiles et à l'occasion des membres de ma famille hostiles, de mauvaises décisions, des mésaventures géographiques, des maladies dépourvues d'attrait romantique et une abondance de boue. Vous poursuivrez votre lecture à vos risques et périls. »
Ce premier tome des mémoires de Lady Isabella Trent raconte la jeunesse de cette naturaliste mondialement connue, depuis son enfance jusqu'à sa première expédition. Lady Trent raconte avec beaucoup de franchise comment elle en est venue à être fascinée par les dragons, comment elle a réussi à défier la société Victorienne pour les étudier, et ses premières aventures sur le terrain, qui lui ont fait vivre autant d'excitation que de drame.

Le livre des épées (The Book of Swords), de G.R.R. Martin, Ken Liu, Robin Hobb, Scott Lynch, etc.


Je suis toujours un peu triste de vous parler d'un excellent livre qui n'a malheureusement pas encore été traduit, mais celui-ci le sera bientôt, alors je me permets de vous en proposer un avant-goût !


Résumé :

La fantasy américaine a produit de nombreux sous-genres, mais l'un des plus anciens et des plus connus est le "sword and sorcery", qui arme ses héros d'épées et de magie pour les mettre en scène dans des aventures épiques. Ce recueil rassemble des nouvelles dans ce registre, écrites par les meilleurs auteurs actuels de fantasy.


Mon avis :

J'ai entendu parler de ce recueil avant sa sortie, l'année passée pendant la Worldcon à Helsinki. Scott Lynch, l'auteur de la fameuse série des Salauds Gentilshommes, était présent et proposait une lecture du début de sa nouvelle qui devait paraître dans cette anthologie. J'avais beaucoup aimé cette petite mise en bouche, et quand le recueil est sorti, je l'ai acheté au format audiolivre.

En réalité, c'était probablement une erreur. J'aurais dû acheter l'ebook et déguster une nouvelle par soirée, au chaud dans mon lit, comme j'aime. En audiolivre, un recueil de nouvelles nécessite de se plonger régulièrement dans une nouvelle histoire, avec des nouveaux personnages et un nouveau narrateur, et ça demande une concentration que je n'ai pas quand j'écoute un livre en faisant autre chose. Je me suis aussi vite aperçue que la fantasy de type "sword and sorcery" n'est pas mon genre favori, le vocabulaire était un peu complexe du fait des noms bizarres et phénomènes magiques, et la narration volontairement pompeuse n'arrangeait pas les choses. En bref : je décrochais souvent, et je devais revenir au début du chapitre, qui malheureusement commençait par une biographie de l'auteur et l'équivalent d'un petit quatrième de couverture sur la nouvelle à venir, que je me retapais à chaque fois.

Bref, au bout d'un moment j'en ai eu marre et j'ai mis cet audiobook (virtuellement) de côté pour reprendre une valeur sûre qui ne demandait pas de concentration, en l’occurrence le troisième tome des aventures de Téméraire. Puis j'ai repris l'écoute, le cerveau rafraîchi, et ça s'est beaucoup mieux passé.

Mon expérience un peu difficile est cependant entièrement de ma faute, et je le reconnais volontiers, car le recueil en lui-même est franchement excellent. Ceux qui connaissent un peu la fantasy made in US vont reconnaître pas mal d'auteurs dans la liste des nouvelles ci-dessous :

- The Best Man Wins de K.J. Parker
- Her Father’s Sword de Robin Hobb
- The Hidden Girl de Ken Liu
- The Sword of Destiny de Matthew Hughes
- "I Am a Handsome Man", Said Apollo Crow de Kate Elliott
- The Triumph of Virtue de Walter Jon Williams
- The Mocking Tower de Daniel Abraham
- Hrunting de C.J. Cherryh
- A Long, Cold Trail de Garth Nix
- When I Was a Highwayman de Ellen Kushner
- The Smoke of Gold Is Glory de Scott Lynch
- The Colgrid Conundrum de Rich Larson
- The King’s Evil de Elizabeth Bear
- Waterfalling de Lavie Tidhar
- The Sword Tyraste de Cecelia Holland
- The Sons of the Dragon de George R.R. Martin

Tous les récits sont d'excellente qualité, quoi qu'ils aient tous leurs particularités, en phase avec les caractéristiques de leurs auteurs : plein d'émotions pour celui de Robin Hobb (qui nous plonge dans le drame d'un village "forgé"), avec beaucoup de morts et très pessimiste pour celui de GRR Martin (qui nous raconte l'histoire d'une génération passée de rois Targaryens), un peu mystique pour Ken Liu, porté par un personnage plein de bagout pour celui de Scott Lynch, etc. Comme toujours, quand il s'agit d'un recueil de nouvelles, chacun aura ses préférées. En ce qui me concerne, j'ai découvert de nouveaux auteurs dont je note les noms pour le jour où j'aurai envie d'un peu de fantasy. 

Difficile de vous en dire plus sans m'attarder sur chacun de ces récits individuellement, mais je vous le dis honnêtement : si vous aimez la fantasy, si vous avez envie d'un peu de magie, si vous souhaitez découvrir le sword and sorcery, ou si vous êtes fan de l'un des auteurs de cette anthologie, n'hésitez pas et foncez. C'est de la bonne. Faites juste attention à choisir un format et timing de lecture qui vous permettent d'apprécier individuellement chacune de ces nouvelles, car elles méritent tous votre attention. Et j'ai une excellente nouvelle pour tous ceux qui ne parlent pas suffisamment l'anglais pour en profiter en VO : cette anthologie devrait sortir dans notre langue aux éditions J'ai Lu le 5 septembre !


Pour en savoir plus :

Téméraire, tome 3 : Par les chemins de la soie, de Naomi Novik


Revoici les aventures du dragon Téméraire et de son compagnon, le capitaine Will Laurence !


Résumé :

Après avoir résolu leurs problèmes en Chine, le capitaine Will Laurence et son dragon Téméraire sont prêts à retourner en Angleterre, quand ils reçoivent un message leur ordonnant d'aller à Istanbul pour récupérer trois oeufs de dragons. Comme la mission est urgente et que leur bateau est indisponible, ils sont obligés d'entamer un long et dangereux périple à travers l'Asie en suivant les anciennes routes de la soie. Traversées du désert, attaques, traîtrises et autres mésaventures attendent nos héros, qui devront également faire face aux armées de Napoléon...


Mon avis :

J'ai écouté ce roman à la suite des deux autres tomes l'année passée (au format audiolivre en VO), et j'avoue que c'était une erreur ; je me suis vite rendue compte que je saturais, à force d'enchaîner les aventures de Téméraire. Je n'étais pas attentive pendant l'écoute, et je n'ai même pas eu le courage de chroniquer ce troisième tome !   Du coup je l'ai laissé de côté, puis je l'ai réécouté récemment et j'y ai pris beaucoup plus de plaisir.

Dans le tome précédent, Téméraire et Will ont beaucoup voyagé, puisqu'ils sont allés jusqu'en Chine, mais leur voyage s'est surtout fait par bateau, ce qui fait qu'ils n'ont pas vraiment vu grand-chose d'autre que l'océan. Dans ce tome-ci, pour le voyage du retour, ils vont au contraire découvrir de nombreux pays et vivre des aventures beaucoup plus variées. En gros, on a droit à un gros road-trip à dos de dragon et en pleine guerres napoléoniennes. Les aventures sont nombreuses et variées, avec franchissements de frontières, difficultés d'approvisionnement, traversée du désert, magouilles politiques, attaques de brigands, cambriolage dans un harem, et beaucoup d'autres choses.

Une partie importante de l'intrigue est centrée sur le passage de nos héros dans ce qui n'est pas encore l'Allemagne, où ils vont se retrouver au coeur des guerres napoléoniennes, plus précisément la campagne de Prusse et la bataille d'Iéna. Dans le premier tome des aventures de Téméraire, on avait eu droit à quelques batailles aériennes et navales, mais le récit était centré sur l'apprentissage de Téméraire et de Will. Le deuxième tome était un récit de voyage et de diplomatie, et l'on s'était largement éloignés des champs de bataille. Mais dans celui-ci, on se retrouve en plein dedans. Et c'est là qu'on mesure le côté uchronie de cette série : l'autrice ne se contente pas de proposer une histoire de dragons sur un fond historique, elle reprend des événements qui ont marqué l'histoire européenne et les réécrit avec de nombreux détails réels, mais en les réinterprétant pour y inclure les dragons. Les personnages que croisent Téméraire et son équipe sont historiques, les tactiques militaires aussi, et j'imagine que le déroulement des batailles est également proche de la réalité... sauf qu'il y a des dragons. Ils ont leur importance et leurs faiblesses au niveau stratégique, et leur utilisation est révélatrice des caractéristiques de l'armée prussienne dans son ensemble, ainsi que de ce qui va déterminer la victoire ou la défaite. C'est très habile, et je vous conseille d'aller faire un tour sur Wikipédia pour en apprendre plus sur les batailles historiques auxquelles Téméraire participe, mais après la lecture pour ne pas gâcher la surprise.

Il n'empêche que c'est cette partie du récit que j'ai le moins appréciée, peut-être parce qu'elle se prête moins au format audio. Il est un peu difficile de s'y retrouver dans les tactiques et positions. Les batailles s'enchaînent et l'autrice les couvre de plus en plus vite, probablement pour ne pas nous fatiguer, mais au fur et à mesure l'intrigue s'est transformée à mes yeux en un brouillard où je ne distinguais plus que les grandes lignes des champs de bataille ou de l'évolution de la situation.

En-dehors de ce petit souci, les aventures de Téméraire m'ont ravie. Il y a notamment un nouveau personnage très intéressant, un homme qui révèle encore une fois les préjugés de son époque et de Will Laurence en particulier. D'ailleurs Will va encore évoluer au cours de ce tome et ouvrir un petit peu les yeux sur l'injustice de la situation des dragons dans ce monde alternatif. Dès le premier tome, je m'étais plainte de cet aspect illogique dans les prémices du récit : comment se fait-il que les dragons sont utilisés comme des esclaves par les humains, alors qu'ils sont (très) intelligents, capables de s'exprimer et donc de communiquer, et beaucoup plus forts physiquement que les humains ? C'est sûr qu'ils sont beaucoup moins nombreux, mais leurs avantages physiques (ne serait-ce que leur taille et le fait de voler) devrait assurer le succès de n'importe quelle rébellion de leur part. Et pourtant Téméraire semble le premier, que ce soit dragon ou humain, à imaginer qu'ils puissent être traités autrement que comme des esclaves naturels. Ce tome ne donne pas d'explication sur cet aspect, à part un post-scriptum qui illustre l'état d'esprit d'un idiot savant qui refuse même de leur reconnaître la moindre intelligence, mais au moins Will semble ouvrir un petit peu les yeux sur l'injustice et le caractère intenable de cette situation. Ça promet d'autres aventures où Téméraire se battra pour ses droits, et il est temps que ça commence.

En résumé : un très bon troisième tome pour cette série, plein de voyages et d'action, avec quelques grandes batailles napoléonienne qui raviront les amateurs d'histoire (alternative). J'ai bien fait de le réécouter une deuxième fois pour me faire une opinion qui ne soit pas biaisée par un trop-plein de cette série. Il n'y a aucun doute que je continuerai avec le tome suivant ; ce récit a beau avoir été écrit pour un public résolument "jeunesse", j'ai beaucoup apprécié l'originalité de cette uchronie et la narration en version originale, qui est plus qu'excellente. Chaudement conseillé !


Pour en savoir plus :

Téméraire, tome 2: Le trône de jade, de Naomi Novik


Je vous parle aujourd'hui du second tome d'une série originale, mêlant guerres napoléoniennes et dragons de combat...


Résumé :

Téméraire le dragon et son "cavalier" Will Laurence viennent de découvrir que Téméraire appartient à une race très rare et qu'il possède des capacités particulières. Le problème c'est que l'Empereur de Chine entend bien récupérer Téméraire, qui avait été donné encore dans l'oeuf à la France et récupéré par l'Angleterre à l'issue d'une bataille navale pendant la guerre napoléonienne. L'Empereur a envoyé une délégation dirigée par son propre frère, et les autorités britanniques ont bien l'intention de tout faire pour améliorer leurs relations diplomatiques avec ce puissant pays. Will et Téméraire se retrouvent au coeur d'intrigues politiques qui vont les obliger à partir pour un très long voyage...


Mon avis :

Je dois avouer deux choses concernant cette lecture : d'abord, j'ai lu ce livre en 2017, dans la foulée du premier tome, mais je n'ai pas rédigé de chronique à l'époque et j'ai fini par le relire pour pouvoir vous en parler (et parce que je trouve ça dommage de ne pas me souvenir d'un livre, c'est la raison principale pour laquelle j'ai ouvert un blog). Ma deuxième confession, c'est que lorsque j'ai lu ce livre, c'était en audiolivre et je ne l'ai choisi que parce que j'aimais vraiment la voix du narrateur. Il a un ton grave (j'ai longtemps cru que Will Laurence avait au moins 60 ans !), un accent anglais et une diction parfaite, et je voulais juste poursuivre le plaisir de l'écouter me raconter une histoire. 

Le résultat c'est qu'à la première écoute, je n'étais peut-être pas très attentive et je ne me suis pas franchement enthousiasmée pour l'histoire en elle-même. J'avais trouvé le premier tome intéressant et original de par son mélange d'histoire et de fantasy, mais un peu simpliste, et ce deuxième tome reste dans la même veine. J'avais aussi été dérangée par un gros souci logique dans les prémisses de ce roman (ATTENTION SPOILERS SUR LE TOME 1) : les dragons sont vraiment traités comme des animaux domestiques et ne se rebellent jamais. Téméraire, encore tout jeune, fait quelques remarques très pertinentes à ce sujet, comme quoi il est obligé de se soumettre à la loi des hommes et à leur gouvernement, et même devenir soldat et potentiellement donner sa vie, alors qu'il n'a aucun droits. Or les dragons sont des êtres intelligents, capables de communiquer, de comprendre leur situation, et surtout bien plus forts physiquement que les hommes. Comment cette situation a-t-elle pu perdurer sans le moindre heurt, au point que Will trouve carrément absurde l'idée qu'il puisse en être autrement ?

Il se trouve que cet aspect est abordé plus sérieusement dans ce deuxième tome, sans vraiment répondre à la question directement mais en mettant les choses en perspective. Ce n'est toujours qu'un aspect très limité de l'intrigue et il intervient très tard, donc je ne vous en dirai pas plus, mais au moins il n'est pas entièrement passé sous silence. Ça m'a fait plaisir et m'a donné l'espoir qu'il devienne plus proéminent dans le tome suivant. 

Sinon de façon générale, on retrouve Téméraire et Will, fidèles à eux-même, dans de nouvelles aventures qui se dérouleront en grande partie sur les mers et en Asie. Les nouveaux décors sont époustouflants et les batailles ne manquent pas, composées de scènes d'action superbement décrites. Le rythme est relevé, pas le temps de s'ennuyer. Ce sont de belles aventures que nous offre ce second tome. 

Les seuls points négatifs en ce qui me concerne : je n'ai pas du tout réussi à distinguer les noms des personnages chinois (probablement à cause du format audio), et j'ai été marquée par l'orgueil de Will Laurence, trop souvent incapable d'accepter ou de comprendre les nécessités de la diplomatie. Dans ce tome, la plupart des problèmes viennent tout simplement de la rencontre entre deux cultures très différentes ; il me semble que dans ce contexte, Will en particulier est incapable ne serait-ce que d'envisager que ce qui constitue un affront dans sa culture n'en est pas un dans la culture chinoise, et vice-versa. Il passe beaucoup de temps à juger les Chinois sur leurs gestes, leur façon de se comporter et de parler, tout en les interprétant à la lumière de sa propre culture, puisqu'il ne sait rien de celle de ses interlocuteurs. En plus de ça, il se méfie énormément du diplomate qui connaît la Chine et est sensé le guider, en grande partie probablement parce qu'il est très jeune et un peu maladroit. Tout ceci résulte en un certain nombre de conflits qui sont sûrement pour la plupart basés sur des malentendus, mais on n'a que le point de vue de Will qui ne sera jamais mis en cause. Le côté très unilatéral de cette approche et le comportement orgueilleux de Will m'ont un peu agacée.

En résumé, ce roman poursuit dans la même veine du premier, avec de nouveaux décors magnifiques, de très belles scènes d'action, et beaucoup d'aventures bien menées. Je regrette toujours un peu l'aspect "jeunesse" qui explique peut-être les comportements parfois puérils de Will, mais j'ai apprécié ce très bon divertissement. Le roman est aussi très joliment écrit, le vocabulaire recherché, et si vous avez l'occasion de l'écouter en audiolivre VO, la voix du narrateur est tout simplement parfaite. J'aime beaucoup cette série que je recommanderais en particulier aux jeunes lecteurs, car elle est aussi divertissante qu'originale et instructive au niveau historique.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre
- acheter ce livre sur Amazon (en français)

Les Archives de Roshar, tome 3 : Oathbringer, de Brandon Sanderson


C'est la saison de la fantasy par chez moi !  Voici une sortie récente qui poursuit une de mes séries préférées... Encore une fois, je préfère le préciser : cette chronique ne peut pas éviter les spoilers concernant les deux premiers tomes des Archives de Roshar, alors si vous ne les avez pas encore lus, la lecture de cet article est à vos risques et périls ! Par contre, je ne dis bien entendu rien du contenu de ce tome-ci....


Résumé :

Le destin de Roshar a complètement changé. Les "voidbringers", ceux qui vont détruire l'humanité d'après les légendes, se sont avérés être les parshendis, les cousins des esclaves parshmens. Leur attaque a commencé au moment même où de nouvelles tempêtes ultra destructrices se sont mises à traverser le monde en sens inverse de celles auxquelles le continent s'était adapté. Dalinar a reconstitué les Radiants, mais pour protéger le monde, il doit unifier les différents royaumes, une tâche qui semble impossible tant ils sont nombreux ceux qui craignent les ambitions du Black Thorn. Kaladen retourne chez lui pour protéger sa famille et découvre au passage le véritable visage de l'ennemi. Adolin porte un très lourd secret. Quant à Shallan, à force de fuir ses peurs, elle en perd sa propre identité...


Mon avis :

Je viens de terminer ce troisième tome des Archives de Roshar et waw, j'en ai la tête qui tourne !  Il se trouve que, par hasard, j'ai été prise dans la lecture de deux pavés fantasy en même temps : le dernier tome des Aventuriers de la Mer, lu et enregistré pour quelqu'un d'autre, et ce troisième tome de la grande saga de Brandon Sanderson, que j'ai découvert au format audiolivre.  Il faut savoir aussi qu'avant d'entamer ce roman-ci qui est sorti à l'automne dernier, j'ai ressenti le besoin de me rafraîchir la mémoire et de relire (enfin, réécouter) le deuxième tome. Et comme il y a eu entretemps la prériode des fêtes et plusieurs semaines où j'étais trop occupée pour profiter de mes audiolivres, au total ça fait bien trois mois que je suis perdue dans Roshar et, de façon plus générale, dans la fantasy. J'avoue que ça commençait à faire long et bien que ces deux sagas sont vraiment des monuments dans leur genre, je serai contente de passer à un autre genre, au moins temporairement !

Je me plains, et en même temps j'ai l'impression d'être le genre de personne qui fait toute une histoire parce que son champagne n'est pas tout à fait à la bonne température. Soyons clair : avec ce troisième tome, Les Archives de Roshar confirment leur place parmi les grandes, grandes sagas de fantasy. J'imagine que ceux qui ont lu jusqu'ici sont ceux qui connaissent déjà les deux premiers tomes, alors je peux vous le confirmer : celui-ci les vaut largement.

Dans le premier tome, "La voie des rois", on se concentrait surtout sur Kaladen, son passé, sa "résurrection", et sur la façon dont lui, Shallan et Dalinar allaient se rassembler. Les pions ainsi placés, le deuxième tome, "Words of Radiance", lançait l'aventure petit à petit jusqu'à une explosion finale, tout en nous permettant de découvrir le passé traumatisant de cette pauvre Shallan. Alors de façon un peu prévisible, ce tome-ci concentre ses flash-backs sur l'histoire de Dalinar, ce personnage si héroïque, si noble et si parfait... qui en fait cache lui aussi de gros, gros secrets. L'intrigue quant à elle a en quelque sorte explosé : l'aventure et la guerre, qui se concentraient sur les "shattered plains", a maintenant une scène bien plus vaste puisque c'est l'ensemble de Roshar qui est menacé. La Désolation a commencé, et ce tome-ci va aussi nous permettre d'en apprendre plus sur tout ce passé mythique que l'on n'a fait qu'entrevoir jusqu'à présent et qui explique un peu ce qui attend nos héros.

Autant vous dire que c'est du lourd, et même du dense. Le rythme est très maîtrisé mais comme pour les tomes précédents, même quand ça ralentit, il vaut mieux ne rien rater.  C'est un peu un problème pour moi parce qu'en audiolivre, je retiens moins bien les noms de personnages (et ils deviennent de plus en plus nombreux), et j'ai parfois tendance à être distraite. En réécoutant "Words of Radiance", j'ai pu beaucoup mieux apprécier la construction de l'intrigue et tous les passages que je n'avais pas bien compris, et je pense que je vais devoir faire la même chose avec ce tome-ci pour bien tout saisir. Il n'empêche que j'ai pu suivre sans soucis la plus grande partie de l'intrigue et l'apprécier pleinement.

Ce qui m'impressionne le plus, c'est qu'on sent que l'auteur a construit tout un monde hyper complexe, basé sur une mythologie et un système de magie extrêmement travaillés, et qu'il se contente de nous les dévoiler au compte-gouttes, en fonction des besoins, mais qu'il y a encore beaucoup, beaucoup à apprendre. Chaque nouveau tome élargit le point de vue de façon exponentielle, c'est fascinant. Mais en plus de ça, on sent aussi que cette saga hyper riche se construit dans le cadre encore plus riche du Cosmere, cet univers qui lie la plus grande partie des romans de Brandon Sanderson (Warbreaker, Fils-des-Brumes, Elantris, etc). Même pour moi et ma mémoire de poisson rouge, les éléments qui passent d'un monde à l'autre deviennent de plus en plus évidents. Un jour tout se rejoindra et on aura une giga-série du Cosmere qui fera sûrement au moins un million de pages au total... Ca fait peur et envie en même temps !

En résumé, j'ai encore adoré ce troisième tome. C'est du grand art. Je n'ai pas ressenti l'impatience que j'avais vécue par moments en lisant l'histoire de Kaladen dans le premier tome, celle de Dalinar est plus inattendue et très poignante. Il y a aussi de nombreuses scènes d'action et de batailles extrêmement visuelles, qui m'ont d'ailleurs rappelé celles des Fils-des-Brumes.  Il y a plusieurs surprises complètement inattendues et une grosse brochettes de personnages, qui se révèlent de plus en plus complexes à mesure qu'on les découvre. C'est un roman qui est facile à lire dans sa forme, car il n'a pas l'hyper-réalisme du Trône de Fer, par exemple, mais aussi très complexe dans son fond, tant l'intrigue et le décor dévoilent des profondeurs insoupçonnés. C'est un vrai plaisir à lire, mais je suis sûre que ce sera aussi un vrai plaisir à relire, et pourquoi à lire encore une troisième fois. Je m'attends à faire de nouvelles découvertes à chaque relecture. 


Pour en savoir plus :
- la page Goodreads du livre

Les Aventuriers de la Mer (intégrale), tome 3 : Ship of Destiny, de Robin Hobb


Parfois, ça fait du bien de terminer un pavé !  Et encore plus quand il s'agit d'une trilogie de pavés. Voici une trilogie célèbre qui se conclut comme un feu d'artifice !


Résumé :

Le monde des marchands de Terrilville est sens-dessus-dessous. Ronica, qui a tout perdu, est considérée comme une traîtresse par ses concitoyens dans une ville en pleine révolution. Sa fille Keffria a trouvé refuge avec ses enfants dans la cité suspendue de Trehaug, mais un tremblement de terre a coincé Selden et Reyn sous terre, tandis que Malta essaie de sauver sa vie et celle du Satrap de Jamaillia.  Wintrow (qui s'appelle Hiémain en français, mon dieu que c'est moche...) est aux portes de la mort sur le bateau de Kennit le pirate.  Althea et Brashen sont partis récupérer Vivacia, sur Parangon, une vivenef à moitié folle et avec un équipage peu fiable. Et comme si ça ne suffisait pas, le dernier dragon en vie vient d'être libéré de son cocon...


Mon avis :

Voici le troisième et dernier tome de la série des Aventuriers de la Mer (suivant la division de la version originale, celle que j'ai lue). Comme les deux tomes précédents, j'ai lu à voix haute et enregistré ce roman à la demande d'une amie malvoyante. Et je peux vous dire que ce ne fut pas facile : ça m'a pris 42 heures, réparties sur mon temps libre pendant un mois ! 

Lorsque j'ai chroniqué les premiers tomes, leur principal défaut était la lenteur de l'intrigue et son pessimisme. C'est la même raison pour laquelle j'avais abandonné la série de l'Assassin Royal au bout de deux tomes (en VO) : l'histoire était magnifiquement écrite, le monde très riche, mais l'intrigue semblait aller de pire en pire, sans jamais le moindre répit ni la moindre bonne nouvelle pour le héros auquel je m'étais attachée de tout mon coeur. Maintenant que j'ai terminé cette trilogie-ci, forcée d'aller jusqu'au bout puisque je la lisais pour quelqu'un d'autre, je comprends mieux la façon dont elle fonctionne. Dans le premier tome, tout allait mal, le monde s'écroulait, les personnages principaux faisaient de grosses erreurs qui mettaient leur vie sur un chemin qui ne pouvait mener qu'à la destruction. Dans le deuxième tome, nos héros reprenaient enfin un peu les choses en main, les liens entre les différents centres de l'action commençaient à se voir, et on sentait que rien n'était gagné mais qu'il y avait un espoir pour une fin positive. 

Et puis dans ce tome-ci, j'ai enfin reçu les récompenses de ma patience. L'action y est beaucoup plus rapide, les choses avancent sans arrêt. Les personnages ont mûri et agissent enfin en adultes responsables qui savent ce qu'ils veulent. Les centres d'action se rencontrent au fur et à mesure. Les mystères sont expliqués au fur et à mesure. En résumé : les choses se mettent en place pour une fin très satisfaisante.

C'est d'autant plus une prouesse parce que jusqu'au bout, il y a plein de moments où l'intrigue semble se trouver dans une impasse. Impossible pour moi d'imaginer comment les personnages concernés allaient pouvoir se sortir d'une situation qui avait l'air désespérée, jusqu'au moment où, miracle, ils s'en sortent, parfois par un gros coup de chance, souvent par leur propre ingéniosité. Ça arrive pas mal de fois, et de plus en plus souvent à mesure que l'on arrive à la fin de ce roman et que l'intrigue se resserre. J'avoue que sur le dernier tiers, j'avais du mal à lâcher le livre, même si c'était ma voix qui me lâchait ! 

Comme d'habitude, la plume de Robin Hobb est parfaite. Dans la version originale, le vocabulaire est surprenamment relevé, avec un langage parfois un peu vieillot qui correspond bien à l'atmosphère médiévale du roman. Certains passages sont très difficiles humainement parlant, et l'auteur a su retranscrire la souffrance avec beaucoup de brio. Ce tome comprend aussi une série de magnifiques batailles navales qui sont tellement bien décrites que je les projetais sans problème sur mon grand écran technicolore 3D mental. Je vous assure, c'était superbe !

Bref, j'en viens à regretter de ne pas avoir terminé la trilogie de l'Assassin Royal ; si elle a employé le même type de construction pour son intrigue, j'ai sûrement raté la meilleure partie ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Goodreads du livre
- la fiche Bibliomania de la saga (en français)

The Jewel and Her Lapidary, de Fran Wilde


Je vous présente un nouveau récit court de fantasy, une histoire de pierres précieuses...


Résumé :

C'est l'histoire d'une vallée où règne une famille qui tient son pouvoir de pierres précieuses capables d'influencer les comportements des humains. Pour entendre les cris des pierres et les faire obéir, il faut des pouvoirs et un entraînements spéciaux qui sont réservés aux Lapidaires ; chaque membre de la famille royale a son Lapidaire qui le suit et le sert de la naissance à la mort. Mais il y a un coup d'état ; le roi est trahi par son propre lapidaire, et toute sa famille est assassinée. Il ne reste plus que la jeune princesse Lin, peu éduquée, et son Lapidaire Sima, aux pouvoirs limités. Les deux jeune filles sont seules pour faire face au traître et aux envahisseurs qui ont l'intention d'utiliser les pierres pour soumettre les habitants de la vallée à la servitude.


Mon avis :
Encore une "novelette" (longue nouvelle) qui avait été sélectionnée pour le prix Hugo 2017, que j'avais reçue en tant que votante, et que je n'ai lue finalement que début janvier cette année, pendant ma petite folie de textes courts - je lisais en même temps le troisième tome des Archives de Roshar de Brandon Sanderson et ce pavé qui n'en finissait pas m'a donné des envies de petites pauses ludiques. Comme pour "Every Heart a Doorway", j'ai également été attirée par le titre de ce récit : "Le joyau et son lapidaire". Il a fallu que je me renseigne pour apprendre qu'un lapidaire est celui qui façonne les pierres précieuses, mais ce titre m'évoquait déjà des images de pierres étincelantes, d'amitié et de talent.  Sans compter que la couverture est également sublime...

Il y a un peu de tout ça dans ce récit, mais je dois avouer qu'il m'a surtout décontenancée. Il est joliment écrit, oppressant et prenant, l'action commence brutalement dès les premières lignes, mais... il nous présente un monde complexe en seulement quelques pages, et en tant que lectrice, j'ai vite été dépassée. L'idée est jolie : les rois et les reines de cette vallée ont des pouvoirs magiques qui leur permettent d'influencer le comportement de leurs sujets et ennemis, par exemple en rendant les frontières de leur pays infranchissables, mais ces pouvoirs leurs viennent de pierres précieuses qu'ils portent constamment, et ils ne sont pas capables eux-mêmes de les utiliser, ils doivent les faire obéir par l'intermédiaire d'un "lapidaire" qui leur est entièrement dévoué. La relation entre la jeune princesse Lin et son lapidaire Sima forme le coeur de ce récit : elles se trouvent toutes les deux dans une situation désespérée, et sont toutes les deux liées par le coeur et par la magie à des voeux qu'elles doivent respecter et qui ne sont pas les mêmes. Y a-t-il une façon d'utiliser les joyaux qui leur restent pour sauver leur vallée, tout en respectant leurs voeux ? C'est un vrai casse-tête à rebondissements et surtout empreint de beaucoup de douleur et d'anxiété que l'auteur nous fait très bien ressentir.

Le problème c'est que le contenu est si complexe qu'il aurait mérité plus d'explications et plus de longueur. La narration nous permet de comprendre les choses petit à petit, mais il reste des tas de questions inexploitées. Le système de magie, la façon d'assembler les pierres à leur monture, de les "apprivoiser", le point de vue du lapidaire qui est presque un esclave, le point de vue d'une famille royale qui finalement n'a aucune légitimité puisqu'aucun pouvoir personnel, les relations complexes entre les pierres et les lapidaires, le rôle des voeux et des bijoux... Il reste à mon avis tellement de questions, tellement de points qui mériteraient d'être développés, que ça en est frustrant. 

En bref, c'est un beau récit, qui part d'une bonne idée, mais qui aurait dû faire l'objet d'un roman complet, pas juste d'un récit court. Il s'y passe des tas de choses, Lin et Sima sont des personnages auxquels on s'attache vite, mais j'aurais voulu que la complexité de leur monde nous soit dévoilée plus en profondeur. Décidément, je continue à penser que la catégorie "novelette" des Hugos de l'année passée était riche en découvertes, mais que le gagnant (The Tomato Thief) a été bien choisi. 


Pour en savoir plus :

De Bons Présages, de Terry Pratchett et Neil Gaiman


Quand j'ai annoncé lire ce roman sur les réseaux sociaux, quelqu'un était étonné que ça n'ait encore jamais été le cas. J'avoue, j'ai pris mon temps pour entamer cette collaboration de deux auteurs ultra-connus ! 


Résumé :

Rampa le démon et Aziraphale l'ange sont infiltrés sur Terre depuis si longtemps qu'ils finissent par trouver l'endroit plutôt confortable. Aussi, lorsque les forces du Bien et du Mal décident d'un commun accord de provoquer l'Apocalypse en envoyant l'Antéchrist, les deux compères, qui ont appris à s'apprécier malgré leurs différences, décident de faire ce qu'ils peuvent pour sauver l'humanité à l'insu de leur hiérarchie respective...


Mon avis :

J'avoue que quand on rassemble sur la même couverture les noms de deux auteurs parmi ceux que j'apprécie le plus, je ne peux pas m'empêcher d'avoir certains a-priori exagérément positifs. C'est même la raison pour laquelle ce livre traîne dans ma PAL depuis des temps immémoriaux : j'attendais le moment idéal pour pouvoir l'entamer sans attentes exagérées. J'avais fini par l'oublier, et un jour où je faisais le tour de ma liseuse pour trouver un petit quelque chose de facile à déguster, je suis retombée dessus et je me suis dit "pourquoi pas" en m'efforçant de rester très "chill".

Le début fut un peu mou en ce qui me concerne : j'avais tendance à me perdre dans les personnages et, comme je le lisais le soir pendant une période où j'étais particulièrement fatiguée, j'avançais très lentement. Puis j'ai pris un bon rythme, et j'ai été happée par l'histoire. 

On y retrouve clairement l'humour de Pratchett et l'inventivité de Gaiman.  L'histoire commence sur les chapeaux de roues avec l'amitié improbable entre un ange et un démon, chacun drôlement ramolli sur ses principes par un long séjour entouré des conforts humains. Ils sont tous les deux devenus des fonctionnaires du bien et du mal, détachés sur le terrain et qui, loin de leur hiérarchie, ce sont un peu laissés aller. Ils en sont même arrivés à s'entendre assez bien et à se respecter, même si forcément de temps en temps ça pète un peu...  Je les ai trouvés adorables ces deux-là, et ce ne sont pas les seuls personnages improbables. On fait aussi la connaissance d'un couvent de nonnes sataniques (pas super motivées non plus d'ailleurs), un Antéchrist d'une dizaine d'années et son groupe de copains, une descendante de voyante forcée de consacrer sa vie aux prédictions de son ancêtre, un chasseur de sorcières et son supérieur un peu obsédé par sa vocation, et surtout, les quatre motards de l'Apocalypse. Rien que des personnages qui nous amusent beaucoup à faire tout ce qu'ils peuvent pour sortir du moule dramatique que l'histoire et la religion sont censés leur imposer. Le récit joue à la perfection avec le ridicule de déplacer des personnages mythiques dans un contexte moderne. Comme on pouvait s'y attendre vu les auteurs, c'est plein d'originalité et très amusant.

Et pourtant... Je ne sais pas, j'ai pas été franchement conquise. J'ai trouvé que par moments, l'intrigue s'attarde sur les points qui visiblement ont beaucoup amusé les auteurs, mais qui ralentissent l'action. Peut-être parce que ma lecture a un peu traîné dans le temps, j'ai aussi trouvé que certains passages étaient un peu confus. Si au début j'ai beaucoup souri, et si j'ai retrouvé avec plaisir quelques références au Disque-Monde, à d'autres moments je me suis un peu ennuyée aussi. Rien de grave, hein, mais j'en ressors avec envie de dire : "oui, pas mal, c'était amusant quoi". Autant Terry Pratchett que Neil Gaiman m'ont beaucoup plus impressionnée dans d'autres récits.

Voilà, en résumé : une lecture sympa, mais vu les auteurs, je m'attendais à mieux. Au final, visiblement je n'ai pas réussi à me débarrasser de mes attentes exagérées, malgré tous mes efforts ! 


Pour en savoir plus :
- les avis de Thalia, qui ne connaissait pas les auteurs avant d'entamer sa lecture, celui de MarieJuliet, avec un "pas mal mais pas un coup de coeur" un peu comme moi, et celui de Mr K, qui l'a trouvé "jubilatoire et génial". 

Les aventuriers de la mer, tome 2 : L'Arche des Ombres, de Robin Hobb


Aujourd'hui je vous propose un bon morceau de fantasy !


Résumé :

Est-ce la fin pour la famille Vestrit ? Depuis qu'Ephron, le patriarche, est mort, tout va mal.  Son vaisseau, Vivacia, a été utilisé pour le transport d'esclaves, absorbant toute la souffrance de son cargo, puis a été prise par l'ambitieux pirate Kennit. Althea, la fille cadette d'Ephron, s'est enfuie. Les dettes s'accumulent, et la situation politique devient de plus en plus difficile à cause d'un jeune Satrap qui ne respecte pas les promesses faites par ses ancêtres. 


Mon avis :

Comme je l'avais expliqué dans mon billet concernant le tome 1, je n'ai pas vraiment choisi cette lecture, car c'est un livre qu'une jeune femme handicapée m'a demandé d'enregistrer pour qu'elle puisse en profiter. Si on ne tient pas compte du fait que c'est une lecture qui m'a pris une quarantaine d'heures à voix haute (et ça, je vous assure, c'est dur !), je me suis bien amusée. La première partie m'avait ouvert l'appétit et j'étais impatiente d'en apprendre plus.

On retrouve donc la famille Vestrit et les autres personnages de leur environnement comme on les avait laissés, c'est à dire au milieu des ennuis. Certains personnages ont réagi et pris des initiatives et ce tome-ci va enfin permettre de les voir porter leurs fruits. D'autres vont enfin apprendre à réagir, grandir et se transformer, et sous la plume délicate de Robin Hobb, leur métamorphose se dévoile avec beaucoup de subtilité. On va aussi faire la connaissance de nouveaux personnages : le détestable Satrap (équivalent d'un empereur) et l'une de ses "compagnes de coeur", une jeune femme intelligente bien que fort naïve (au début en tous cas) qui est clairement amenée à jouer un rôle important et positif.

Nous allons aussi en apprendre plus sur les habitants du Désert des Pluies, ces gens qui sacrifient leur santé et vivent dans un lieu très difficile pour pouvoir récolter le bois des vivenefs et les pierres précieuses qui font leur fortune et celles de leurs alliés commerciaux. Ce fut un vrai plaisir de s'aventurer dans cet endroit très spécial. D'autant plus que ça nous permet de comprendre plusieurs mystères, par exemple celui des serpents marins ; à la fin de ce tome, on se rend compte que les parties de ce roman, donc certaines jusque là assez incompréhensibles, sont en fait étroitement liées. Il y a encore beaucoup à apprendre mais les enjeux sont bien mieux cernés.

Bref, il se passe pas mal de choses dans ce tome... mais il reste aussi beaucoup de longueurs. Si on en apprend plus sur Kennit, son histoire personnelle et ses relations avec les autres personnages, par exemple, au final toute cette partie de l'intrigue peut se résumer en quelques phrases. Je ne peux pas dire que je me suis ennuyée, mais c'est sûr que l'auteur prend son temps. Elle aime visiblement approfondir la psychologie de ses personnages et les faire évoluer de façon très subtile, mais son rythme risque quand même de fatiguer les lecteurs moins patients.

En résumé, voilà un tome digne du premier, avec ses forces et ses faiblesses. Si vous aimez l'auteur et si vous avez apprécié le premier tome, n'hésitez pas à vous jeter dessus, vous allez adorer. Si par contre vous vous impatientez rapidement face à des intrigues qui prennent leur temps et des tomes au grand nombre de pages, ou si vous vous êtes ennuyé.e pendant le premier tome, alors soyez prudents.


Pour en savoir plus :
- l'avis d'Aluna, qui a été particulièrement touchée par le sort d'un personnage...

Téméraire, tome 1 : Les dragons de sa majesté, de Naomi Novik


Parlons dragons, voulez-vous ?  Et de Napoléon aussi, tant qu'on y est...


Résumé :

Lorsqu'il attaque un vaisseau français en pleine guerre napoléonienne, le capitaine britannique Will Laurence ne se doute pas que sa prise inclut un œuf de dragon sur le point d'éclore. Comme les jeunes dragons s'attachent généralement au premier humain qu'ils rencontrent, cela signifie que l'un des marins va devoir tout abandonner pour le métier à mauvaise réputation de pilote de dragon de guerre. Mais après tout, peut-être n'est-ce pas un sort si horrible que ça, surtout quand le dragon en question s'avère être aussi attachant qu'exceptionnel...


Mon avis :

Voici encore un roman sur lequel je suis tombée un peu par hasard : il faisait partie d'une promotion pour les membres d'Audible. J'avais déjà entendu le titre, je connaissais le narrateur, et une intrigue où la fantasy s'inscrit dans l'Histoire me tente toujours, alors je n'ai pas hésité plus longtemps. Quand j'ai fini le long et très prenant 22.11.63 de Stephen King (oui, cette chronique date un peu), j'avais besoin de quelque chose de plus court et d'un peu moins intense bien que suffisamment distrayant, et ce roman s'est avéré parfait dans ce rôle.

Nous avons donc une intrigue basée sur une histoire alternative où les dragons sont des animaux courants et font l'objet d'élevage. On ignore à quoi ils servent en temps de paix, mais en temps de guerre, ils font office de vaisseaux aériens vivants. L'originalité ici c'est que les dragons, en plus de leurs pilotes attitrés, transportent tout un équipe de soldat grâce à des systèmes de harnais sophistiqués. Les plus gros servent au transport de troupes, les plus rapides deviennent des courriers, et ceux qui ont des capacités physiques appropriées se lancent dans la bataille aérienne. Très peu d'entre eux crachent du feu ou du poison, la plupart jouent simplement le rôle d'avion de chasse à partir desquels leur équipage tire sur les ennemis avec les armes de l'époque. Le résultat c'est que les campagnes de Napoléon se jouent aussi bien dans les airs que sur la mer ou au sol. 

L'intrigue en elle-même n'a rien de bien extraordinaire : la naissance du dragon, son éducation, quelques batailles, une construction classique pour le premier tome d'une série. Les personnages aussi sont assez classiques, bien qu'assez attachants, surtout le héros, un gentleman doté d'un grand sens du devoir et de la discipline et qui va s'autoriser un attachement grandissant pour son dragon. Mais ça marche assez bien, c'est vraiment divertissant, et c'est joliment écrit. Contrairement à beaucoup de romans dans cette veine, le héros est aussi un adulte confirmé et non pas un adolescent qui se cherche, ce qui évite de classer cette série dans la catégorie "jeunes adultes", et personnellement, je préfère ça. 

Ce qui est intéressant aussi c'est qu'on frôle déjà plusieurs problèmes qui pourraient facilement faire passer cette série du genre "aventures avec dragons" à quelque chose de plus profond. Car d'un côté, les dragons sont des animaux vraiment intelligents, capables de parler et de raisonner, mais de l'autre, ils sont traités comme des machines. On voit particulièrement le problème quand un dragon est maltraité par son maître et exprime son désespoir avec la douleur d'un enfant battu. Téméraire lui-même, le dragon héros, exprime clairement qu'il ne suit les ordres qu'à cause de son attachement pour son pilote, car il ne voit pas pourquoi il devrait obéir à des règles qui déterminent son destin sans qu'il ait rien eu à en dire. Il n'a vraiment pas tort, et on se demande un peu comment les hommes ont réussi à domestiquer les dragons et les obliger à obéir pendant si longtemps alors qu'ils sont aussi intelligents et beaucoup plus puissants physiquement. J'espère que cet aspect sera traité dans la suite de la série, il y a un bon gros potentiel pour une révolution des dragons !

Au final, j'ai terminé cette lecture rapidement et j'en ai été ravie. Je crois qu'une des raisons qui m'ont permis de l'apprécier à ce point, c'est le narrateur : il s'agit de celui qui avait aussi prêté sa voix à l'intégrale de Sherlock Holmes que j'ai écoutée il y a environ un an. Sa diction est parfaite, sa narration très naturelle, et il donne à ses personnages ce petit accent bourgeois qui rend l'anglais classique magnifique. Ce sont cette voix et cet accent qui rendent notre héros si attractif, et la diction un peu enfantine du dragon qui nous oblige à l'aimer. 

Bref, voici un livre qui m'a fait passer un très bon moment : une intrigue assez classique mais très prenante et pleine d'action, des personnages attachants, une histoire assez courte pour le premier volume d'une série fantasy, bref, tout ce qu'il faut pour quelques heures de détente !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis de Sia d'Encres et Calames, que le côté convenu du roman a plus dérangé que moi, et de BlackWolf, vraiment pas convaincu par ce premier tome. 
- acheter ce livre sur Amazon

Les Aventuriers de la Mer, tome 1 : L'Arche des Ombres, de Robin Hobb


De retour de vacances, commençons par parler une auteure que les fans de fantasy connaissent bien : Robin Hobb !


Résumé :

Ephron Vestrit, le capitaine du vaisseau Vivacia, est sur le point de mourir. La Vivacia n'est pas un bateau comme les autres : c'est une vivenef, construite en bois magique au prix d'un lourd endettement familial, et qui prendra vie lorsque son troisième capitaine, Ephron, mourra sur son pont. Althea, la fille cadette d'Ephron, a voyagé depuis son enfance sur Vivacia et s'attend à en devenir la nouvelle capitaine... mais Ephron a préféré confier le vaisseau à son beau-fils Kyle, dont il sous-estime le manque de talent et le caractère autoritaire.  Pendant ce temps, Ronica, l'épouse d'Ephron, et leur fille Keffria, l'épouse de Kyle, sont seules pour faire face à un domaine au bord de la ruine ; le fils de Keffria, Hiéman, est emmené de force sur Vivacia par son père; et Kennit, un pirate cruel et ambitieux, ne rêve que de capturer une vivenef pour devenir le plus puissant pirate de tous les temps.


Mon avis :

Voici un des livres que j'ai lus en VO et enregistrés pour une jeune femme mal-voyante. Je fais ce travail depuis plusieurs années et la plupart des livres qu'elle me fait lire ne m'intéressent pas particulièrement (et donc je n'en parle pas sur ce blog). Mais cette fois-ci, elle est vraiment très bien tombée : c'est un livre que je connaissais, dont je savais qu'il serait bon, et pourtant que je n'aurais probablement pas lu par moi-même. J'ai lu il y a plusieurs années déjà la première trilogie de l'Assassin royal, et j'avais adoré la plume de Robin Hobb, mais j'avais eu aussi le coeur brisé : le pauvre héros, Fritz, ne faisait que souffrir et l'intrigue semblait tellement cruelle que je n'ai pas eu le courage de continuer. Les Aventuriers de la Mer se situe juste après cette trilogie.

J'ai donc rassemblé tout mon courage et j'ai entamé ces nouvelles aventures, en m'attendant à ce qu'elles soient à la fois très bien racontées et très tristes. Et je n'ai pas été déçue. Robin Hobb a le don de décrire les sentiments les plus puissants avec une vérité inimitable. Tout est vrai, sensible, réaliste, subtil. Dans l'Assassin Royal, j'avais en particulier été marquée par le don de Fitz envers les animaux. Dans cette trilogie, cette sensibilité est transmise via ces personnages très particuliers que sont les vivenefs. Ces bateaux qui ont pris vie sont à la fois liés à la famille qui les navigue et à la fois doué d'une personnalité propre, fragile, qui doit se forger avec le temps. On en rencontre peu mais ceux-là sont riches en histoires et en traumatismes.  Ils ont aussi leur propre moyen de communication par le touché, leurs peurs et des liens particuliers à certains humains. C'est vraiment passionnant à découvrir. Au niveau de la tristesse, elle est bien là, car les destinées des "bons" ont l'air de prendre une mauvaise tournure et les choix qui sont faits sont quasiment automatiquement ceux qui aboutiront au plus grand nombre d'ennuis... mais je n'ai pas ressenti l'injustice et le désespoir qui m'avaient plombées à la lecture des aventures de Fritz, le héros de l'Assassin royal.

Comme dans l'Assassin royal, l'auteur prend son temps avec son intrigue : ce premier tome est un véritable pavé d'un millier de pages. Il faut dire qu'il y a beaucoup à nous faire découvrir : un nouvel univers (cette trilogie se situe dans le même monde que L'Assassin royal, mais peut sans problème être lue indépendamment), quelques aspects surnaturels, une géographie complexe, de la politique et économie sous-jacentes, et toute une galerie de personnages. Les présenter les uns après les autres, dévoiler leur personnalité avec subtilité puis leur faire vivre toutes sortes d'aventures prend du temps.  J'avoue cependant que parfois, j'ai eu l'impression que c'était un peu trop. J'ai personnellement eu l'impression que j'avais bien cerné certains personnages sans avoir besoin que l'auteur insiste encore et encore sur leurs caractères à force de nouvelles scènes révélatrices. Ce n'est qu'une supposition ; peut-être que le réalisme de ces personnages tient justement au temps qui est consacré à les décrire ? 

L'intrigue se joue séparément sur plusieurs scènes auprès de chacun des personnages principaux et les chapitres alternent entre l'un et l'autre, ce qui ne m'a pas du tout posé de problèmes de compréhension, même s'ils sont assez nombreux. Vers la fin, plusieurs de ces fils narratifs se rejoignent, et on sent que la fresque commence à se dessiner. Il faudra que j'entame les tomes suivants pour en savoir plus. L'enregistrement m'a pris une quarantaine d'heures, je vais laisser quelques mois passer avant de prendre le tome suivant histoire de respirer un peu, mais je pense que je ne manquerai pas de le lire.

Voilà donc une belle lecture, longue et assez sombre, mais prenante et touchante à sa façon. La place de Robin Hobb parmi les grands maîtres de la fantasy est décidément méritée !


Pour en savoir plus :

The Grace of Kings (tome 1 de Dandelion Dinasty), de Ken Liu


Aujourd'hui, au menu, c'est petit coup de gueule et grand coup de coeur !

 
Résumé :

L'Empereur Mapidéré a pris le pouvoir sur les sept îles de Dara, mettant fin à des siècles de conflits récurrents entre les petits royaumes. Son but est d'apporter la paix et la sécurité, mais pour conserver le pouvoir et assouvir sa folie des grandeurs, son règne devient tyrannique. L'injustice règne, les hommes sont réduits en esclavage pour accomplir les rêves pharaoniques de l'empereur, les notables spoliés des anciens royaumes n'attendent que l'occasion de reprendre le pouvoir, et l'héritier de Mapidéré est un enfant manipulé. Toutes les conditions sont réunies pour provoquer une révolution complexe pleine de rebondissements où la bonne volonté et la noblesse de coeur ne sont pas toujours suffisants pour mener à la victoire....


Mon avis :

S'il y a un truc qui m'énerve dans la vie, une habitude qui devrait être éradiquée depuis bien longtemps, ce sont les SPOILERS DANS LES QUATRIEMES DE COUVERTURES. Je suis désolée d'utiliser des lettres capitales mais je suis ENERVEE !!!  Qui peut bien être suffisamment sadique que pour se dire "dans le texte qui servira de principal argument de vente pour ce roman, je vais inclure un résumé des trois-quarts de son contenu" ???  Si on se sent obligé de raconter les points principaux d'une intrigue pour donner envie de lire le livre, c'est qu'on ne croit pas vraiment en sa qualité, sérieusement ("ayé, il se passe rien d'intéressant avant la moitié de toutes façons !").  Ca, et les quatrièmes de couverture qui donnent une fausse impression pour classer un titre dans une catégorie plus vendable (Joyland, c'est à toi que je pense), c'est un véritable crime littéraire, un acte de traîtrise envers le lecteur qui n'a aucune excuse.

Bref, tout ça pour dire que le résumé de "The Grace of Kings" m'a bien spoilé l'histoire, et que je ne m'en remets pas. Je vous rassure, mon résumé ci-dessus ne dépasse pas les 10% de l'intrigue, mais celui que j'ai trouvé partout (le résumé éditeur, j'imagine) raconte le point principal de l'intrigue qui n'apparaît pas avant, allez, le troisième tiers (et je suis gentille). Jusque là on est sensé ne pas s'y attendre et c'est là tout l'intérêt de cette belle histoire. Mais non hein, l'important c'est de vendre voyons, une fois que le bouquin est acheté on ne leur doit plus rien à ces imbéciles de lecteurs...

Bon je me calme, mais vous êtes prévenus. Quoi qu'il en soit, si je suis aussi en rogne, c'est surtout parce que c'est vraiment un chouette bouquin, le genre qu'on a du mal à terminer une fois passés les dix pourcents. Vous savez, ces pavés où on se dit en commençant "quoi, tout ça ?" et où plus on avance plus on se dit "quoi, rien que ça ?". Souvent, en fantasy, les intrigues ont tendance à être assez lentes ; il faut de la construction de personnages, on prend son temps pour raconter leurs origines (parfois sur plusieurs générations pour le côté légendaire), il y a de la politique et de la géographie complexes à faire assimiler en douceur, toussa toussa. Ici, rien de tel. Le monde est complexe et les personnages nombreux, mais les lieux, les histoires et les héros apparaissent au fur et à mesure qu'ils deviennent nécessaires à l'intrigue. Certains personnages importants n'entrent dans l'histoire que vers la fin d'ailleurs (dont un dont on parle dans le résumé, encore une fois, ARGGGHHHH !). Ce faisant l'auteur utilise une technique d'apprentissage progressif qui permet au lecteur d'apprendre beaucoup sans jamais se sentir un peu dépassé.

En plus de ça, l'auteur a l'air d'être le même genre de lecteur que moi, qui veut des faits et qui n'hésite pas à sauter allègrement les temps morts. Il n'y a aucune précipitation, mais l'intrigue, qui comprend beaucoup de batailles, d'événements politiques et d'action, se déroule sur une longue période, et on ne s'attarde pas sur les années de nécessaire immobilisme temporaire. C'est un peu surprenant au début : l'histoire commence par une belle scène d'action, puis on saute plusieurs années pour progresser vers une nouvelle époque où les choses sérieuses commencent. Il arrive aussi régulièrement que des processus qui prennent du temps soient résumés en quelques lignes. Résultat : les événements s'enchaînent et on n'a pas une minute le temps de s'embêter.

Je m'emballe, je m'emballe, et je ne vous ai même pas dit de quoi ca parle... Alors c'est de la fantasy, donc on a un monde assez complet, un peu de magie (mais pas tellement en fin de compte), et des bestioles surprenantes. Mais on a surtout beaucoup d'intrigue politique, économique, psychologique, et beaucoup d'innovations techniques. Plus qu'une série d'aventures, c'est une histoire centrée sur quelques questions politico-philosophiques : qu'est-ce que l'honneur ? Est-ce que la fin justifie les moyens ? Est-il possible de garder ses valeurs morales intactes quand il faut se battre et parfois les enfreindre pour les faire valoir ? Y a-t-il vraiment de bons et de méchants dirigeants ? On comprend tout ca au fur et à mesure de l'histoire et on se rend compte que sa richesse n'est pas nécessairement son enchaînement d'actions et de surprises, mais surtout le fait que l'auteur pose ces questions en filigrane, le fait que même les meilleurs personnages sont obligés de se compromettre pour imposer ce qu'ils pensent être le mieux pour le peuple.

Dans les points négatifs, je n'ai pas grand-chose à déclarer. Les personnages manquent parfois un peu de subtilité et de nuance, on voit venir leurs erreurs à des kilomètres tant ils sont prévisibles dans leurs défauts, mais ils sont aussi nombreux et variés, ce qui compense. J'ai aussi eu du mal à suivre les noms et surtout les lieux, mais ca c'est surtout dû au format : je n'ai pas beaucoup de mémoire auditive et l'audiobook n'est pas le meilleur format pour les intrigues complexes, d'autant plus que les noms ont des consonnances étrangères marquée (on sent bien que l'auteur est d'origine asiatique).  Dans la version papier je pense qu'il y a un index des personnages et une carte. Mais ces défauts ne sont que des détails, car je me suis surtout beaucoup, beaucoup amusée.

Bref, je me pourlèche (virtuellement) les babines d'avoir commencé une série qui me plaît déjà autant ! Le tome 2 est sorti en VO et je vais devoir en profiter vite fait, avant d'avoir oublié les détails du premier tome. Longue vie à la dynastie du pissenlit !


Mercy Thompson : Ombres Mouvantes (Shifting Shadows), de Patricia Briggs


J'ai fait dernièrement un petit bond dans le passé en retournant dans l'univers de Mercy Thompson, une série d'urban fantasy que j'avais un peu laissé de côté...


Résumé :

Ce recueil rassemble 12 nouvelles dans l'univers de Mercy Thompson, dont 4 totalement inédites et 2 scènes supprimées des romans déjà publiés. On y découvre certains éléments de l'histoire des personnages importants dans l'univers de Mercy Thompson, l'origine de certains personnages secondaires, l'une ou l'autre intrigue où Mercy n'est pas impliquée, et une aventure où Mercy est aux premières loges.


Mon avis :

J'ai acheté ce recueil de nouvelles en audiolivre quand je l'ai trouvé en promotion sur Audible, mais j'ai commis une erreur : je l'ai écouté sans auparavant me rafraîchir la mémoire sur les aventures de Mercy, que j'ai lues pour la dernière fois il y a déjà trois ans. Le résultat c'est que je n'ai pas nécessairement reconnu certains personnages qui y sont déjà apparus et je n'ai pas eu tout le plaisir qui découle d'en apprendre un peu sur la vie "secrète" des compagnons de l'héroïne. Heureusement, au fil des nouvelles ma mémoire est revenue petit à petit et j'ai pu de plus en plus les apprécier.

La première nouvelle s'appelle "Silver" (Coeur d'Argent) et remonte très loin en arrière pour raconter la transformation de Bran et Samuel en loups garous et la rencontre de Sam et Ariana. C'est de loin celle que j'ai le moins appréciée, pour plusieurs raisons, l'une d'entre elles étant entièrement de ma faute : je ne me souvenais absolument pas du personnage d'Ariana (j'avoue je ne me souviens toujours pas d'elle, il faut vraiment que je relise les dernières aventures de Mercy). J'avais bien entendu reconnu Bran et Samuel, mais si on découvre leur conversion en loups-garous, c'est un aspect qui est expédié en quelques mots et finalement je n'ai pas vraiment compris comment ils en sont arrivés là. La deuxième raison pour laquelle je n'ai pas vraiment apprécié cette nouvelle est qu'elle placée loin dans le passé, et par conséquent a une allure très légendaire, voire mystique, alors que moi ce que j'aime bien dans cette série c'est justement sa modernité et le mélange d'être surnaturels avec l'environnement urbain. La troisième raison, c'est que cette nouvelle est particulièrement triste (Patricia Briggs le reconnaît elle-même). Bref, j'ai commencé cette écoute avec une histoire qui m'a rendue mélancolique sans rien me rappeler de ce que j'aime chez Mercy Thompson, et j'étais un peu refroidie.

Heureusement pour moi, la deuxième histoire ("Fairy Gifts", Bénédictions de Fae) est assez différente : on y fait la connaissance de Thomas, un jeune vampire américain d'origine asiatique, qui revient dans la ville minière où il a vécu son enfance pour y retrouver une jeune Fae avec qui il a conclu un contrat il y a bien longtemps. Cette histoire n'implique aucun personnage connu dans l'univers de Mercy Thompson et a aussi un petit côté légendaire puisqu'elle remonte beaucoup dans le passé (seulement une centaine d'années cette fois-ci) et qu'on a un peu de sombre politique de Faes, mais elle implique deux personnages dont la relation s'avère finalement assez touchante et elle est plus courte que la première.

C'est à la troisième nouvelle que j'ai commencé à retrouver mes marques et ce que j'aime dans cette série. Elle s'intitule "Gray" et si on n'y retrouve toujours pas de personnages déjà croisés autour de Mercy, c'est avant tout une belle histoire de deuil, d'amour et d'amitié. Elle n'est pas trop longue, pleine de surprises, les personnages sont vraiment attachants et de façon générale elle réchauffe le coeur.

La quatrième nouvelle s'intitule "Seeing Eye" (Loup d'Aveugle) et on y trouve l'histoire originelle de deux personnages de "Terrain de Chasse", le tome 2 d'Alpha et Omega, que j'ai lu mais dont je ne me souviens pas du tout (décidément, heureusement que j'ai un blog pour soutenir un tout petit peu ma mémoire de poisson rouge...). C'est une histoire plutôt sympa, qui met en scène une sorcière qui fait le bien, pour une fois. Une bonne façon de réhabiliter un peu ce type de personnages qu'on voit surtout sous leur mauvais côté.

Après ça, on assiste à la rencontre d'Anna et Charles dans "Alpha et Omega", la préquelle à la série du même nom. Je l'avais lue et je m'en souvenais (pour une fois !), mais j'avais oublié les détails et c'est une jolie histoire que j'ai beaucoup aimé écouter.

"The Star of David" (L'Etoile de David) est aussi une belle histoire pleine d'espoir, centrée autour d'un personnage secondaire de l'univers de Mercy, David Christiansen. On le croise dans la toute première histoire de Mercy Thompson, L'Appel de la Lune, et bizarrement je me souvenais de lui. C'est vraiment sympa d'en apprendre plus sur son expérience douloureuse de loup-garou et de le voir à l'action dans une histoire courte mais qui offre quand même pas mal de rebondissements.

"A Rose in Winter" (Des Roses en Hiver) nous en dit aussi un peu plus sur une enfant qui a été changée en loup-garou à l'âge de dix ans (Kara, qui a paraît-il aussi croisé le chemin de Mercy mais dont je n'ai aucun souvenir) et qui a du mal à se contrôler, malgré l'apprentissage que lui offre Bran. Elle va alors nouer une amitié surprenante avec Asil, un vieux loup-garou qui n'attendait plus que la folie et la mort (lui, je m'en souvenais). Cette histoire est un peu lente mais touchante et pleine de poésie.

"In Red, With Pearls" (Du Sang sur les Perles) m'a permis de retrouver deux personnages dont je me souvenais très bien et que j'apprécie beaucoup : Warren et Kyle. L'auteure nous explique en introduction qu'elle voulait montrer un peu le côté fort de Warren, mais en ce qui me concerne ce n'était pas nécessaire : je l'ai toujours vu comme un personnage intelligent et j'ai vraiment apprécié de le retrouver aux commandes d'une intrigue qui ressemble beaucoup à un mini-polar. Par contre j'ai été un peu déçue par la résolution de cette énigme, assez brutale bien qu'inattendue.

Ensuite on retrouve un autre personnage connu (et dont je me souvenais !) de la meute d'Adam : le fameux, l'insupportable Ben. Dans Redemption (Rédemption, vous l'aurez deviné), il nous surprend tous en montrant à la fois l'origine de son caractère impossible et un gros changement dans son comportement, dont il est lui-même le premier surpris. Bien que certains aspects de l'intrigue soient un peu exagérés (le méchant est vraiment caricatural je trouve), cette nouvelle donne vraiment un autre éclairage sur un personnage récurrent.

"Hollow" (Le Creux) est la seule histoire dont l'héroïne est Mercy elle-même, et elle va se retrouver confrontée à un fantôme, étant à peu près la seule spécialiste de ce genre de créatures dans son coin du monde. L'histoire est agréable, encore une fois pleine d'action et de rebondissements, et c'est toujours un plaisir de retrouver Mercy.

Le recueil se termine avec deux passages qui n'ont pas été inclus dans les romans "Le Grimoire d'argent" et "La Faille de la Nuit". A ne lire que si vous avez déjà découvert ces romans, vu qu'ils sont pleins de spoilers. Personnellement ce sont deux romans dont je ne me souviens plus très bien et du coup je n'ai pas pu apprécier ces passages comme je l'aurais dû.

En résumé, comme dans tous les recueils de nouvelles il y en a qui m'ont beaucoup plu et d'autres que j'ai moins apprécié. Le problème c'est que ce sont les premières que j'ai moins aimé ; je comprends que l'ordre dans lequel elles sont placées est chronologique, mais du coup on commence par celles qui sont le moins "urban fantasy". Et bien sûr ma mémoire défaillante m'a empêché de reconnaître des personnages importants et donc d'apprécier le côté "retour aux sources" de certaines nouvelles. Qu'à cela ne tienne : je conseille ce recueil à tous les fans de Mercy Thompson, à condition d'avoir lu au moins jusqu'au tome 8 (La Faille de la Nuit), et de préférence en ayant aussi lu la série spin-off "Alpha et Omega". Si tout ceci est frais dans votre mémoire, vous allez passer un très bon moment !


Pour en savoir plus :


Chronique du Tueur de Roi, tome 1 : Le Nom du Vent, de Patrick Rothfuss


Aujourd'hui je retourne un moment vers la fantasy pour vous parler d'une de ses sagas récentes les plus connues...


Résumé :

J'ai libéré des princesses. J'ai incendié la ville de Trebon. J'ai suivi les pistes au clair de lune que personne n'ose évoquer durant le jour. J'ai conversé avec les dieux, aimé des femmes et écrit des chansons qui font pleurer les ménestrels.
J'ai été exclu de l'Université à un âge où l'on est encore trop jeune pour y entrer. J'y étais allé pour apprendre la magie, celle dont on parle dans les histoires. Je voulais apprendre le nom du vent.
Mon nom est Kvothe.
Vous avez dû entendre parler de moi.
Découvrez l'extraordinaire destin de Kvothe : magicien de génie, voleur accompli, musicien d'exception... infâme assassin.
Découvrez la vérité qui a créé la légende.


Mon avis :

Je vous ai déjà dit que je ne me renseignais pas beaucoup sur mes livres avant de les lire?  Il suffit de peu : une promotion, un auteur que j'aime, un titre que j'ai croisé plusieurs fois ; je note, j'achète, je laisse de côté, et quelques mois ou années après, je retombe sur ce livre alors que j'en ai tout oublié et je le découvre sans rien en savoir. C'est encore une fois ce qu'il s'est passé avec "Le nom du vent" ; je crois que j'ai lu l'un ou l'autre de mes auteurs de fantasy favoris en faire les louanges (Brandon Sanderson peut-être ?), et probablement qu'il a été en promotion sur Audible un jour ou l'autre, ou alors je me suis dit que les presque 28h de lecture seraient un bon investissement pour mon crédit mensuel. Quoi qu'il en soit, cet été, après avoir fini "Dry Bones" (dont je vous parle bientôt), j'ai eu envie de retourner vers la fantasy et j'ai commencé l'écoute de "Le Nom du Vent". Je ne savais pas du tout de quel genre de fantasy il s'agissait, ni même que c'était le premier tome d'une trilogie (dont je troisième tome n'est pas encore paru). J'ai tout découvert en partant de zéro, comme j'aime.

Première surprise : la poésie dans la narration. Dès les premières lignes, l'auteur nous parle de trois sortes de silence qui s'accumulent dans une auberge au milieu d'un petit village perdu. L'ambiance est surprenante, presque tendre, mais aussi sombre, celle d'un havre de paix où l'ont vient se reposer après avoir bravé les dangers de l'extérieur. Puis il se passe deux ou trois choses surprenantes et on fera la connaissance du héros discret de ce roman, Kvothe.

Seconde surprise : l'intrigue de l'auberge n'est en fait qu'une sorte d'introduction à un récit qui n'est qu'un immense flash-back. Le héros raconte son histoire à la première personne, toujours avec une sorte de poésie quand il prend le temps de s'attarder sur un passage important ou une personne spéciale. Il s'interrompt parfois et on se retrouve alors dans l'auberge où on en découvre un peu plus sur le Kvoth du présent, l'époque dans laquelle il vit et ses compagnons actuels, mais l'histoire importante c'est celle de sa vie. Une vie pleine de hauts et de bas qui s'enchaînent, des moments dramatiques et des moments de bonheur, mais surtout beaucoup d'aventures, un peu de magie, quelques personnages surprenants et ce genre de choses qui sont les ingrédients d'une bonne fantasy.

Troisième surprise : l'histoire n'est pas finie !  Le récit de la vie de Kvothe est prévu pour durer 3 jours, et ce premier tome se termine à la fin du premier jour. Au niveau de la narration, Kvothe est encore si jeune, même s'il lui est déjà arrivé plein de choses et si l'on devine déjà sa légende qui se construit. Je n'aime pas d'habitude commencer une série qui n'est pas finie (et l'auteur a l'air très loin de produire le dernier volume), mais je prendrai mon temps pour entamer le deuxième tome.

Au total, voilà une histoire qui transporte, très joliment racontée, comme un beau conte auquel le narrateur insuffle une bonne dose de poésie. Il se passe beaucoup de choses, et le jeune Kvothe avec son courage, sa confiance en lui et sa sensibilité m'a totalement séduite. J'ai tremblé pour lui, j'ai eu envie de lui pointer ses erreurs au moment où il les fait, j'ai admiré sa résolution à toute épreuve. Et pourtant... j'ai trouvé ça long. Il se passe sans cesse des choses, mais il reste tant à raconter que j'aurais presque voulu qu'il abrège un peu. Son séjour à l'Université en particulier est raconté presque mois par mois, avec sans arrêt les mêmes problèmes, les mêmes ennemis, les mêmes soucis d'argent... Je m'en veux presque d'avoir eu ce genre de ressenti parce que j'ai très envie de connaître la suite de cette histoire qui a beaucoup, beaucoup de qualités, ne serait-ce que sa superbe narration. Mais je n'y peux rien, j'ai été contente de voir la fin, et c'est assez rare pour moi, même quand il s'agit d'un long pavé.

Je crois que mon problème vient du fait que ce n'est pas vraiment le genre de récit que j'apprécie : la fantasy légendaire, un peu poétique, tournant autour de la vie d'un homme hors du commun, ce n'a jamais été mon truc ; je pense par exemple à Elric, Les Princes d'Ambre, Terremer,... . La surprise n'est donc pas que j'ai trouvé tout ça un peu long, la surprise c'est que j'ai malgré tout beaucoup aimé : la personnalité attachante de Kvothe, la belle plume et le côté très détaillé, voire terre-à-terre du récit, le mettent à part dans son genre. C'est ça qui m'a permis d'autant l'apprécier, même si l'impatience a eu le dessus de temps en temps.

Le résultat c'est que je lirai sans aucun doute la suite un jour ou l'autre, et la fin quand elle sortira. Et que je conseille cette histoire à tous les amateurs de fantasy, elle est accessible, intéressante à tous points de vue, et vous verrez que Kvothe vaut largement la peine d'être connu !


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