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De Bons Présages, de Terry Pratchett et Neil Gaiman


Quand j'ai annoncé lire ce roman sur les réseaux sociaux, quelqu'un était étonné que ça n'ait encore jamais été le cas. J'avoue, j'ai pris mon temps pour entamer cette collaboration de deux auteurs ultra-connus ! 


Résumé :

Rampa le démon et Aziraphale l'ange sont infiltrés sur Terre depuis si longtemps qu'ils finissent par trouver l'endroit plutôt confortable. Aussi, lorsque les forces du Bien et du Mal décident d'un commun accord de provoquer l'Apocalypse en envoyant l'Antéchrist, les deux compères, qui ont appris à s'apprécier malgré leurs différences, décident de faire ce qu'ils peuvent pour sauver l'humanité à l'insu de leur hiérarchie respective...


Mon avis :

J'avoue que quand on rassemble sur la même couverture les noms de deux auteurs parmi ceux que j'apprécie le plus, je ne peux pas m'empêcher d'avoir certains a-priori exagérément positifs. C'est même la raison pour laquelle ce livre traîne dans ma PAL depuis des temps immémoriaux : j'attendais le moment idéal pour pouvoir l'entamer sans attentes exagérées. J'avais fini par l'oublier, et un jour où je faisais le tour de ma liseuse pour trouver un petit quelque chose de facile à déguster, je suis retombée dessus et je me suis dit "pourquoi pas" en m'efforçant de rester très "chill".

Le début fut un peu mou en ce qui me concerne : j'avais tendance à me perdre dans les personnages et, comme je le lisais le soir pendant une période où j'étais particulièrement fatiguée, j'avançais très lentement. Puis j'ai pris un bon rythme, et j'ai été happée par l'histoire. 

On y retrouve clairement l'humour de Pratchett et l'inventivité de Gaiman.  L'histoire commence sur les chapeaux de roues avec l'amitié improbable entre un ange et un démon, chacun drôlement ramolli sur ses principes par un long séjour entouré des conforts humains. Ils sont tous les deux devenus des fonctionnaires du bien et du mal, détachés sur le terrain et qui, loin de leur hiérarchie, ce sont un peu laissés aller. Ils en sont même arrivés à s'entendre assez bien et à se respecter, même si forcément de temps en temps ça pète un peu...  Je les ai trouvés adorables ces deux-là, et ce ne sont pas les seuls personnages improbables. On fait aussi la connaissance d'un couvent de nonnes sataniques (pas super motivées non plus d'ailleurs), un Antéchrist d'une dizaine d'années et son groupe de copains, une descendante de voyante forcée de consacrer sa vie aux prédictions de son ancêtre, un chasseur de sorcières et son supérieur un peu obsédé par sa vocation, et surtout, les quatre motards de l'Apocalypse. Rien que des personnages qui nous amusent beaucoup à faire tout ce qu'ils peuvent pour sortir du moule dramatique que l'histoire et la religion sont censés leur imposer. Le récit joue à la perfection avec le ridicule de déplacer des personnages mythiques dans un contexte moderne. Comme on pouvait s'y attendre vu les auteurs, c'est plein d'originalité et très amusant.

Et pourtant... Je ne sais pas, j'ai pas été franchement conquise. J'ai trouvé que par moments, l'intrigue s'attarde sur les points qui visiblement ont beaucoup amusé les auteurs, mais qui ralentissent l'action. Peut-être parce que ma lecture a un peu traîné dans le temps, j'ai aussi trouvé que certains passages étaient un peu confus. Si au début j'ai beaucoup souri, et si j'ai retrouvé avec plaisir quelques références au Disque-Monde, à d'autres moments je me suis un peu ennuyée aussi. Rien de grave, hein, mais j'en ressors avec envie de dire : "oui, pas mal, c'était amusant quoi". Autant Terry Pratchett que Neil Gaiman m'ont beaucoup plus impressionnée dans d'autres récits.

Voilà, en résumé : une lecture sympa, mais vu les auteurs, je m'attendais à mieux. Au final, visiblement je n'ai pas réussi à me débarrasser de mes attentes exagérées, malgré tous mes efforts ! 


Pour en savoir plus :
- les avis de Thalia, qui ne connaissait pas les auteurs avant d'entamer sa lecture, celui de MarieJuliet, avec un "pas mal mais pas un coup de coeur" un peu comme moi, et celui de Mr K, qui l'a trouvé "jubilatoire et génial". 

Sourcellerie, de Terry Pratchett


En dernière minute, voici un roman dont je devais vous parler ce mois-ci, et une pure partie de plaisir !


Résumé :

Sur le Disque-Monde, le huitième fils d'un huitième fils devient un mage qui sera éduqué à l'Université de l'Invisible. Mais que devient le huitième fils d'un mage ? Normalement, ça ne devrait pas arriver : les mages n'ont pas d'enfant. Sauf un. Qui a eu huit fils. Et le huitième est un sourcellier qui risque bien de détruire le Disque-Monde.


Mon avis :

Quand j'ai envie d'un bon divertissement littéraire, une valeur sûre, je sais toujours où me tourner : je progresse un pas de plus dans l'univers magique créé par Terry Pratchett. L'humour, c'est toujours délicat, mais il y en a qui marchent bien avec moi et le Disque-Monde fait partie de ceux-ci. Ce mois-ci, le thème du challenge "Un genre par mois" c'était la fantasy, et comme en plus j'avais besoin d'une lecture légère et prenante en ce moment, "Sourcellerie" s'est imposé de lui-même.

J'ai donc retrouvé avec beaucoup de plaisir ce cher Rincevent et son acolyte le Bagage. L'aventure commence par la visite de l'Université de l'Invisible, ce lieux mythique tout aussi profondément farfelu que le reste du monde dans lequel elle se situe. Puis l'intrigue se divise en deux : d'une part, nous avons le fameux sourcelier, un sale gosse aux pouvoirs inimaginables qui vient prendre sa place parmi les sorciers. Et de l'autre, nous avons Rincevent, chargé (contre son gré, comme d'habitude) de la sécurité du chapeau magique de l'Archimage de l'Université, qui a sa propre personnalité et compte bien ne pas atterrir entre les mains de Thune le sourcellier. En résumé : côté pile, on a de la magie qui va détruire le monde, et côté face, un mage raté suivi d'un coffre à pattes au service d'un chapeau pointu. On est bien dans l'univers loufoque du Disque-Monde ! 

Par rapport aux autres volumes de la série que j'ai déjà lus, j'avais préféré Mortimer et La Huitième Fille qui sont d'autant plus amusants qu'ils abordent des thèmes très sérieux. Ici il s'agit surtout d'aventure et de magie, mais j'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver ce cher Rincevent et son Bagage. Rincevent a son côté très amusant de mage raté et très honnête par rapport à sa propre lâcheté, mais en même temps, il a tellement souvent raison que ce sont les autres personnages qui finissent par paraître ridicules. D'ailleurs, il se découvre trois nouveaux compagnons pour cette aventure (sans compter le chapeau) ; je n'en dirai rien à part que l'un d'eux est lié à un personnage des précédentes aventures, La Huitième Couleur et Le Huitième Sortilège. Ce n'est donc clairement pas par ce roman qu'il faut découvrir le Disque-Monde ; mais ce n'est pas non plus celui par lequel on terminera la lecture, étant donné qu'à la fin de ce tome, Rincevent et le Bagage se trouvent dans une situation qui nécessitera encore pas mal de pages...

Ce qui m'étonne le plus dans cette lecture, c'est que je ne me fatigue pas de l'humour de Terry Pratchett.  Il est très reconnaissable et très particulier, et pourtant, pour le moment, il arrive encore à me surprendre avec de nouveaux jeux de mots et de nouvelles situations inattendues. Je ne ris pas aux éclats, mais j'apprécie le loufoque de la narration à chaque page. Ceci dit, je n'en suis qu'au début de cette série qui compte quarante tomes, et je compte bien continuer à prendre mon temps en ne sortant les tomes suivants que quand j'ai besoin d'un divertissement facile et sûr.

 
Pour en savoir plus :

La huitième fille, de Terry Pratchett


Après être tombée par hasard sur un très bête article qui dénigrait l'oeuvre de Terry Pratchett, j'ai eu envie il y a quelques semaines de continuer ma lecture de la série du Disque-Monde. Voici donc le troisième tome...


Résumé :

Normalement, lorsqu'un mage est sur le point de mourir, la magie lui indique un successeur, le huitième fils d'un huitième fils. Sauf quand la magie se trompe... et que le successeur est une fille.  Et les mages sont toujours des hommes, les filles deviennent des sorcières, tout le monde sait ça. Sauf la petite Eskarina, qui est bien décidée à utiliser les pouvoirs dont elle a hérité par erreur.


Mon avis :

Le Disque-Monde fait partie de mes lectures-doudou, le genre de choses vers lesquelles je me tourne quand j'ai envie de lire quelque chose de sûr, quelque chose de court et de facile, quelque chose qui me divertira et me permettra de m'échapper sans risque de déception. C'est pourquoi je me les garde bien au chaud ; je n'ai lu que quatre volumes de la série qui en compte 41 et pourtant je me les garde pour les moments où j'en ai vraiment besoin. Mais vous pouvez être sûrs que, petit à petit, vous les découvrirez sur ces pages...

Voici donc le troisième tome (j'ai récemment chroniqué le quatrième, "Mortimer", lu en lecture commune). Je l'ai découvert en anglais ; même s'il est probable que je rate certaines références culturelles purement britanniques et même si la traduction française est excellente (un véritable tour de force, en fait), je préfère commencer par la version originale.

Après deux volumes consacrés à Rincevent et Deuxfleurs, voici le premier de la série où ils n'apparaissent pas du tout. A la place, on a Eskarina, une petite fille qui n'a peur de rien et qui a hérité par erreur de pouvoirs magiques, et Mémé Ciredutemps, la sorcière qui l'a mise au monde et essaie de la protéger. Comme d'habitude, les personnages sont truculents : si Eskarina est surtout remarquable parce qu'elle n'a pas froid aux yeux, Mémé Ciredutemps est le prototype de la vieille dame un peu acariâtre, très pragmatique, avec au fond un très bon coeur.  Je sais que je la rencontrerai à nouveau plus tard dans la série et ce sera un vrai plaisir, tant elle est un joli mélange de petits défauts et de grandes qualités.

Le thème central de ce roman est mieux présenté dans le titre anglais, "Equal rites", un jeu de mots entre "equal rights" (égalité des droits, donc égalité des sexes) et "rites", les rituels. Car il s'agit d'un très joli récit féministe, au fond ; avec son humour très particulier, Pratchett se moque des préjugés qui entourent les deux sexes. Sans cesse on répète à Eskarina qu'une femme ne peut pas devenir mage, que c'est une idée ridicule... et quand elle demande naïvement pourquoi, personne ne peut lui donner une réponse qui ait un sens. On lui explique qu'elle peut devenir sorcière et que c'est un métier tout à fait respectable, mais juste après on explique que les sorcières sont moins bien considérées que la plus basse classe des mages.  Mémé Ciredutemps en particulier est confrontée à ses préjugés : persuadée qu'une fille ne pourra jamais devenir mage, elle fait de son mieux pour canaliser Eskarina vers la carrière de sorcière, mais doit au fur et à mesure se rendre à l'évidence : sa place est sur les bancs de l'Université de l'Invisible.

A côté de ça, on a, comme d'habitude, toute une série d'aventures, beaucoup de rigolades, et de façon un peu surprenante, un monde bien plus bienveillant que celui des deux premiers tomes. J'ai terminé ce roman en une journée et je ne me suis pas ennuyée une seconde. Je regrette juste qu'on n'en apprenne pas plus sur l'avenir d'Eskarina ; je sais qu'on ne la croisera que de façon très courte dans la suite des romans, mais son statut de mage féminin aurait pu en faire un sujet intéressant à suivre dans d'autres aventures. Par contre, je serai ravie de retrouver Mémé Ciredutemps et son pragmatisme, son talent pour la magie et pour exploiter la crédulité de ses semblables.


Pour en savoir plus :


Mortimer, de Terry Pratchett


Voici encore une chronique qui attendait depuis trop longtemps sa publication... Ce roman était la lecture de mai du Cercle d'Atuan, en hommage à son auteur décédé récemment, et ça tombait très bien : j'avais envie de le lire depuis très longtemps !


Résumé :

Sur le Disque-Monde, c'est la Mort (personnage masculin au squelette terrifiant dans lequel percent deux yeux bleus brillants) qui récolte les âmes des pauvres ères qui ont fait leur temps. Même s'il ne se déplace personnellement que pour les sorciers et les princes, la Mort est débordé et voudrait s'offrir un peu de bon temps. C'est pourquoi il engage le jeune Mortimer, un fils de paysan un peu fantasque. Qu'est-ce que ça veut dire, être apprenti de la Mort ? Ca signifie découvrir son repaire hors du temps, manier la faux magique, et surtout, beaucoup de possibilités de faire de grosses, très grosses bêtises...


Mon avis :

Je savais en commençant ce roman que ce serait un vrai plaisir à lire. Je n'ai lu que les deux premiers tomes de la série du Disque-Monde, et je les avais déjà adorés ; le consensus général étant que "Mortimer" est l'un de meilleurs volumes de la série, je m'attendais à être conquise. Et pour une fois, malgré mes attentes, je n'ai pas été déçue !

Je l'ai lu en anglais, je n'ai donc pas d'avis particulier sur la traduction, mais je sais qu'elle est généralement très réussie. Le premier piège qu'a dû éviter le traducteur est dans le titre : la version originale s'intitule "Mort", le diminutif de Mortimer et une référence évidente au mot français qui est utilisé en anglais dans certains contextes très spécifiques. Du coup le titre français a repris le prénom en entier et utilise "Morty" comme diminutif. Voici un petit exemple de la subtilité des jeux de mots extrêmement fréquents dans les romans de Terry Pratchett ; il est fort probable que j'en ai raté un bon nombre, mais je n'ai eu aucun problème à comprendre le texte dans sa langue originale. 

Le charme de Pratchett a deux facettes : une imagination débordante pour l'intrigue et un style humoristique inimitable. L'intrigue est très réussie : c'est un concentré d'aventure qui emprunte des tas de clichés pour les retourner de façon à nous surprendre. La Mort par exemple, on l'imagine très bien avec sa cape, sa faux, son regard terrifiant, le désespoir qui l'accompagne... sauf qu'au lieu de le prendre tel qu'il est, un personnage d'horreur, Pratchett en fait un chef d'entreprise, un fonctionnaire, le père un peu débordé d'une adolescente difficile, et surtout un grand curieux qui a envie de découvrir les plaisirs humains. Tout de suite, ça détonne !  C'est aussi le début d'une intrigue pleine de rebondissements où notre héros, l'apprenti Mortimer, sera vite débordé par les conséquences d'une fausse manoeuvre impulsive... Les pages se tournent comme celles d'un conte plein d'aventures, et en-dehors d'une fin où quelques aspects m'ont un peu déçue, c'est un récit qu'on n'a pas envie de lâcher une fois qu'on l'a commencé.

Quant au style narratif, il est inimitable. L'humour, c'est quelque chose qui plaît ou qui ne plaît pas, c'est très personnel ; je n'ai pas vraiment adhéré à celui de Douglas Adams, un autre auteur anglais célèbre pour ses romans de science-fiction humoristique, mais par contre j'adhère sans réserve à celui de Terry Pratchett. Je ne ris pas à toutes les pages, mais le sourire y est toujours. L'auteur a notamment un talent particulier pour les descriptions, il ne cesse d'inventer des métaphores amusantes et éclairantes à la fois ; il parvient ainsi à rendre ce roman très visuel.  En plus de ça, il ne se contente pas d'utiliser le langage pour parvenir à ses fins, il emploie aussi des ressources inexplorées de la typographie. Par exemple, la Mort s'exprime toujours en lettres capitales, ce qui lui donne une majesté inattendue, permet de jouer avec le contraste entre le sérieux de la police et la frivolité des propos, et permet aussi de faire passer des informations supplémentaires au coeur de l'intrigue (je vous laisse découvrir de quoi il s'agit). Il n'hésite pas non plus à utiliser des procédés qui s'approchent de la BD, comme par exemple 
"..." dit-il.
Ca doit être un vrai cauchemar pour les narrateurs d'audiolivres ! 

Bref, voilà un roman de divertissement parfait : il vous fera passer un excellent moment, le genre de choses qu'il faut lire quand on n'a pas trop le moral. D'après des co-lecteurs qui ont entamé la découverte du Disque-Monde avec ce roman, ne pas avoir lu les épisodes précédents n'est pas du tout un problème. Il s'adresse donc à tout le monde, et si je ne peux pas garantir que l'humour de Pratchett sera celui qui vous convient, je peux vous garantir que ça vaut vraiment la peine d'essayer ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis de mes co-lecteurs (à venir)
- acheter ce livre sur Amazon


La huitième couleur, de Terry Pratchett

J'ai lu ce livre il y a un an ou deux, à l'époque où je n'avais pas de blog, et lorsque j'ai vu une lecture commune se profiler, je me suis dit que ce serait une bonne occasion pour le relire et le commenter.  Mauvaise idée : me voici avec un billet publié deux jours en retard... Ce qui ne m'empêche pas de vous donner mon avis !


Résumé :

Dans un monde en forme de disque porté par quatre éléphants debout sur le dos d'une tortue voguant dans l'espace intersidéral, les choses sont forcément un peu bizarres.  La magie fuit de partout, vaguement maîtrisée par des mages formés à l'université ; les Dieux jouent au monopoly avec leurs administrés comme pions ; les villes sont désordonnées et soumises à la loi du plus fort, tandis que les campagnes sont pleines d'êtres aussi étranges que dangereux.  Rincevent, mage renvoyé de l'université avant d'avoir obtenu son diplôme, se débrouille pour passer inaperçu au milieu de tout cela.  Jusqu'au jour où son destin se trouve lié à un petit homme enthousiaste venu d'un autre continent : un touriste... 


Mon avis :

Vous savez ce que c'est, de la fantasy humoristique ?  Si la réponse est non, achetez-vous tout de suite un Pratchett.  Et si la réponse est oui, achetez-vous quand même un Pratchett : il est sûrement bien meilleur que tout ce que vous connaissez.  Tant que vous y êtes, procurez-vous "The color of magic" ou "La huitième couleur", qui est le premier de sa série - la plupart des épisodes des aventures du Disque-Monde peuvent se lire indépendament les uns des autres, mais pourquoi pas commencer par le début...

Ce qui porte ce livre, ce qui le rend inimitable, c'est sans aucun doute l'humour.  Il en faut une sacré dose pour imaginer un monde aussi loufoque, aussi ironique que le Disque-Monde.  L'auteur revisite les thèmes les plus éculés de la fantasy, les mélange, les écornes, et les dépose en désordre sur le plateau de jeu qu'il s'est créé. C'est ébouriffant, c'est le moins qu'on puisse dire. Les héros deviennent des imbéciles fonctionnaire du pillage, les dieux de grands joueurs qui s'ennuient, la magie une espèce de ressource naturelle plutôt dangereuse qu'utile, les mages des vieux idiots empoisonnés par les vapeurs de mercure... Rien n'est prévisible, tout est nouveau et sympathique.

Humour aussi, et surtout, dans le style.  C'est absolument décapant et inimitable. Comme un humour est toujours impossible à décrire, je vous propose un petit exemple, issu de l'introduction de mon édition par l'auteur :
"If I had a penny for every time someone asked me where I got the idea of the Discworld, I'd have - hang on a moment - £ 4.67.
Anyway, the answer is that is was lying around and didn't look as though it belonged to anyone.
The world rides through space on the back of a turtle. It's one of the great ancient myths, found wherever men and turtles were gathered together; the four elephants were an Indo-European sophistication. The idea has been lying in the lumber rooms of legend for centuries. All I had to do was grab it and run away before the alarms went off."
 Ou, autrement dit :
Si j'avais reçu un penny à chaque fois que quelqu'un m'a demandé d'où m'est venue l'idée du Disque-Monde, j'aurais - un petit moment - £ 4.67.
De toutes façons, la réponse est que l'idée traînait et avait l'air de n'appartenir à personne.
Le monde navigue à travers l'espace sur le dos d'une tortue.  C'est l'un des grandes mythes anciens, que l'on trouve dans tous les endroits où hommes et tortues ont été rassemblés ; les quatre éléphants sont une sophistication indo-européenne.  Cette idée se trouvait dans les greniers des légendes depuis des siècles.  Tout ce que j'avais à faire était l'attrapper et m'enfuir en courant avant que les alarmes ne se déclenchent.

J'espère que ça vous donne une petite idée du sens de l'humour Pratchettien : factuel, terre-à-terre, jouant sur les mots et bourré de métaphores des plus originales.  Il enrobe chaque phrase et chaque personnage, jonglant avec les clichés, alternant des descriptions très - trop - conventionnelles des romans d'aventure et de fantasy avec des passages ironisant sur ces clichés. 

L'aventure est présente sans arrêt, on n'a pas une page de calme dans le tourbillon des péripéties qui entraînent Rincevent et le touriste, Deux-Fleurs, d'un bout à l'autre de leur monde.  C'est parfois un peu précipité et par moment j'ai eu l'impression que c'était un peu trop : ils tombent d'une catastrophe à une autre sans aucune prise sur les événements (la plupart du temps) et en fin de compte, le trop-plein d tension atténue l'impatience du lecteur.  Mais là je suis vraiment difficile, parce qu'au final on ne s'ennuie pas et on sourit aux moments où on s'y attend le moins, ce qui fait de cette lecture quelque chose de vraiment exceptionnel. 

Bref, je vous conseille vivement cette lecture, tout en vous prévenant : la fin se termine sur un cliffhanger - bien que le mot s'applique très mal à ce cas-ci, vous verrez pourquoi - qui vous obligera à vous lancer dans le second volume, le huitième sortilège. Mais quand on aime, plus c'est long, mieux c'est, n'est-ce pas ? 


La fiche bibliomania du livre :

Les avis de mes co-lecteurs :