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Le livre des épées (The Book of Swords), de G.R.R. Martin, Ken Liu, Robin Hobb, Scott Lynch, etc.


Je suis toujours un peu triste de vous parler d'un excellent livre qui n'a malheureusement pas encore été traduit, mais celui-ci le sera bientôt, alors je me permets de vous en proposer un avant-goût !


Résumé :

La fantasy américaine a produit de nombreux sous-genres, mais l'un des plus anciens et des plus connus est le "sword and sorcery", qui arme ses héros d'épées et de magie pour les mettre en scène dans des aventures épiques. Ce recueil rassemble des nouvelles dans ce registre, écrites par les meilleurs auteurs actuels de fantasy.


Mon avis :

J'ai entendu parler de ce recueil avant sa sortie, l'année passée pendant la Worldcon à Helsinki. Scott Lynch, l'auteur de la fameuse série des Salauds Gentilshommes, était présent et proposait une lecture du début de sa nouvelle qui devait paraître dans cette anthologie. J'avais beaucoup aimé cette petite mise en bouche, et quand le recueil est sorti, je l'ai acheté au format audiolivre.

En réalité, c'était probablement une erreur. J'aurais dû acheter l'ebook et déguster une nouvelle par soirée, au chaud dans mon lit, comme j'aime. En audiolivre, un recueil de nouvelles nécessite de se plonger régulièrement dans une nouvelle histoire, avec des nouveaux personnages et un nouveau narrateur, et ça demande une concentration que je n'ai pas quand j'écoute un livre en faisant autre chose. Je me suis aussi vite aperçue que la fantasy de type "sword and sorcery" n'est pas mon genre favori, le vocabulaire était un peu complexe du fait des noms bizarres et phénomènes magiques, et la narration volontairement pompeuse n'arrangeait pas les choses. En bref : je décrochais souvent, et je devais revenir au début du chapitre, qui malheureusement commençait par une biographie de l'auteur et l'équivalent d'un petit quatrième de couverture sur la nouvelle à venir, que je me retapais à chaque fois.

Bref, au bout d'un moment j'en ai eu marre et j'ai mis cet audiobook (virtuellement) de côté pour reprendre une valeur sûre qui ne demandait pas de concentration, en l’occurrence le troisième tome des aventures de Téméraire. Puis j'ai repris l'écoute, le cerveau rafraîchi, et ça s'est beaucoup mieux passé.

Mon expérience un peu difficile est cependant entièrement de ma faute, et je le reconnais volontiers, car le recueil en lui-même est franchement excellent. Ceux qui connaissent un peu la fantasy made in US vont reconnaître pas mal d'auteurs dans la liste des nouvelles ci-dessous :

- The Best Man Wins de K.J. Parker
- Her Father’s Sword de Robin Hobb
- The Hidden Girl de Ken Liu
- The Sword of Destiny de Matthew Hughes
- "I Am a Handsome Man", Said Apollo Crow de Kate Elliott
- The Triumph of Virtue de Walter Jon Williams
- The Mocking Tower de Daniel Abraham
- Hrunting de C.J. Cherryh
- A Long, Cold Trail de Garth Nix
- When I Was a Highwayman de Ellen Kushner
- The Smoke of Gold Is Glory de Scott Lynch
- The Colgrid Conundrum de Rich Larson
- The King’s Evil de Elizabeth Bear
- Waterfalling de Lavie Tidhar
- The Sword Tyraste de Cecelia Holland
- The Sons of the Dragon de George R.R. Martin

Tous les récits sont d'excellente qualité, quoi qu'ils aient tous leurs particularités, en phase avec les caractéristiques de leurs auteurs : plein d'émotions pour celui de Robin Hobb (qui nous plonge dans le drame d'un village "forgé"), avec beaucoup de morts et très pessimiste pour celui de GRR Martin (qui nous raconte l'histoire d'une génération passée de rois Targaryens), un peu mystique pour Ken Liu, porté par un personnage plein de bagout pour celui de Scott Lynch, etc. Comme toujours, quand il s'agit d'un recueil de nouvelles, chacun aura ses préférées. En ce qui me concerne, j'ai découvert de nouveaux auteurs dont je note les noms pour le jour où j'aurai envie d'un peu de fantasy. 

Difficile de vous en dire plus sans m'attarder sur chacun de ces récits individuellement, mais je vous le dis honnêtement : si vous aimez la fantasy, si vous avez envie d'un peu de magie, si vous souhaitez découvrir le sword and sorcery, ou si vous êtes fan de l'un des auteurs de cette anthologie, n'hésitez pas et foncez. C'est de la bonne. Faites juste attention à choisir un format et timing de lecture qui vous permettent d'apprécier individuellement chacune de ces nouvelles, car elles méritent tous votre attention. Et j'ai une excellente nouvelle pour tous ceux qui ne parlent pas suffisamment l'anglais pour en profiter en VO : cette anthologie devrait sortir dans notre langue aux éditions J'ai Lu le 5 septembre !


Pour en savoir plus :

Mr Parker Pyne, d'Agatha Christie


Lors de mon dernier séjour chez mes parents, j'ai replongé dans leur collection de romans d'Agatha Christie et j'ai relu ce petit recueil original dont il faut vraiment que je vous parle !


Résumé :

"Etes-vous heureux ? Dans le cas contraire, consultez M. Parker Pyne". C'est une drôle de petite annonce que cet ancien statisticien publie dans les journaux. Les gens les plus variés viennent le consulter, et, en échange d'une somme d'argent variable et payable d'avance, il leur promet de résoudre leurs problèmes. Anciens militaires qui s'ennuient, épouses délaissées, voyageurs en détresse... les méthodes non conventionnelles de ce Mr Parker Pyne changent des vies.


Mon avis :

Tout le monde connaît Hercule Poirot et Miss Marple, les principaux personnages d'Agatha Christie. Parker Pyne est un héros beaucoup moins célèbre et qui pourtant mériterait d'être mieux connu. S'il est capable de résoudre des mystères aussi bien que les autres détectives, son talent a surtout pour but de rendre les gens heureux. Grâce à sa connaissance des statistiques, il est capable d'analyser les besoins de ses clients et de mettre en place toute une série de stratagèmes pour les satisfaire, parfois à leur insu.

C'est cet aspect que je trouve particulièrement remarquable. Dans la plupart des histoires courtes présentées dans ce recueil, il ne s'agit pas de trouver avec le détective l'identité du coupable ; à la place, il s'agit de découvrir comment notre héros va résoudre les problèmes de ses clients. On découvre ses stratagèmes en même temps que les personnages, même si, au fur et à mesure de la lecture, le lecteur se familiarise avec les techniques de M. Parker Pyne.  Alors l'auteur nous tient en haleine en nous tendant des pièges et en nous racontant des histoires de plus en plus compliquées. C'est un de ces recueils qu'il faut absolument lire dans l'ordre, parce qu'il y a une vraie progression d'une intrigue à l'autre. 

Bien sûr, dans l'espace limité de nouvelles, l'auteur n'a pas le temps de déployer toute une intrigue aussi complexe que ce qu'elle peut faire dans un roman. Mais elle trouve quand même le moyen de nous surprendre plus d'une fois en retournant la situation de façon inattendue et différente à chaque fois. Je me suis faite prendre de façon quasiment systématique, même si parfois le dénouement aurait pu être prévisible.

Au final je n'ose pas vous en dire plus, parce que c'est le genre de recueil qu'il faut découvrir par soi-même. J'ai surtout aimé l'originalité de ces histoires qui utilisent les mécanismes du roman policier à l'envers : au lieu d'une aventure à partir de laquelle on cherche un coupable, on a une personne autour de qui on découvre la construction d'une aventure.  Ça m'aurait beaucoup plu qu'Agatha Christie exploite encore plus ce personnage ; j'ignore comment elle aurait pu continuer à nous surprendre pendant quelques recueils de plus, mais je sais qu'elle en aurait trouvé le moyen !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Thalia, qui a aussi apprécié sa lecture
- acheter ce livre sur Amazon


The paper menagerie and other stories, de Ken Liu


Voici le livre qui a fait de Ken Liu l'un de mes auteurs préférés !


Résumé :

Ce recueil de nouvelles rassemble une série d'histoires très variées, avec pour seul point commun un élément de science-fiction ou de fantastique, et souvent le point de vue d'un personnage d'origine asiatique. De l'histoire tragique d'une famille malmenée par les guerres, aux aventures de pionniers humains envoyés dans l'espace à la recherche d'une nouvelle terre, en passant par le récit touchant d'un jeune Américain incapable de comprendre sa mère chinoise, les récits de ce recueil font réfléchir, horrifient ou mettent en lumière certains passages mal connus de l'Histoire.  


Mon avis :

J'ai entamé ce recueil après en avoir entendu beaucoup de bien, et comme souvent je l'ai écouté sous forme d'audiolivre en VO. La narration est à deux voix et comme d'habitude très réussie, sur un ton un peu contemplatif qui correspond assez bien au contenu. Par contre, en me renseignant avant d'écrire cette chronique, j'apprends avec surprise que le recueil "La ménagerie de papier" publié en français n'a pas le même contenu que le recueil du même nom en anglais. Et ce n'est pas une histoire d'une ou deux nouvelles qui auraient été changées, non, en réalité il n'y a que cinq nouvelles qui soient communes aux deux recueils :
  - The Bookmaking Habits of Select Species (Le Livre Chez Diverses Espèces)
  - The Perfect Match (Faits Pour Être Ensemble)
  - The Paper Menagerie (La Ménagerie de Papier)
  - The Waves (Les Vagues)
  - Mono No Aware

Voici les nouvelles qui se retrouvent dans le recueil en anglais mais pas en français :
  - Preface
  - State Change
  - Good Hunting
  - The Literomancer
  - Simulacrum
  - The Regular
  - An Advanced Reader’s Picture Book of Comparative Cognition
  - All the Flavors
  - A Brief History of the Trans-Pacific Tunnel
  - The Litigation Master and the Monkey King
  - The Man Who Ended History: A Documentary

Et voici celles qui sont dans le recueil en français mais pas en anglais : 
  - Renaissance (Reborn)
  - Avant et Après (Before and After)
  - Les Algorithmes de l'Amour (The Algorithms for Love)
  - Nova Verba, Mundus Novus
  - Emily Vous Répond (Ask Emily)
  - Trajectoire (Arc)
  - Le Golem au GMS (The MSG Golem)
  - La Peste (The Plague)
  - L'Erreur d'Un Seul Bit (Single-Bit Error)
  - Journal Intime (The Journal)
  - L'Oracle (The Oracle)
  - La Plaideuse (The Litigatrix)
  - Le Peuple de Pélé (The People of Pele)
  - La Forme de la Pensée (The Shape of Thought)

Franchement, je ne comprends pas. Est-ce que les goûts français seraient si différents des goûts américains ?  Et si le but est de créer deux recueils différents, pourquoi leur donner le même titre ? Juste parce que la nouvelle titulaire a reçu de nombreux prix prestigieux ?  En tous cas, voici la raison pour laquelle le titre de cette chronique est le titre du recueil en anglais : c'est celui-là que j'ai lu et dont je vais vous parler.*

Je dois avouer que j'ai été très surprise et pas franchement convaincue par la première histoire, qui est l'une de celles qui figure dans les deux langues : "Le Livre Chez Diverses Espèces". Il s'agit d'une étude de la communication écrite chez une série d'espèces extraterrestres, un peu comme un essai fictionnel ou quelques pages d'une encyclopédie. Le contenu est très original et intéressant, mais c'est franchement aride pour une introduction. D'autant plus que ce type d'histoire ne ressemble aucunement à ce qui va suivre, même si le contenu est tellement varié qu'il est difficile de retrouver un vrai fil conducteur. Malgré tout cette première histoire sort du lot, elle m'a parue difficile à suivre, et je m'interroge sur les raisons pour lesquelles il a été choisi de la mettre avant toutes les autres. Elle figure d'ailleurs plutôt vers la fin du recueil en français, quand le lecteur est déjà un peu échauffé, et c'est tant mieux.

J'ai quand même persévéré, ce que je vous conseille de faire, car ce recueil est un vrai bijou. Il y a de tout, autant les longueurs que le contenu ou le ton varient énormément, et chacun aura forcément ses histoires préférées et celles que l'on aimera moins, mais il n'y a pas d'histoire qui me semble objectivement inférieure aux autres. Parmi mes préférées, il y a celles qui se retrouvent dans les deux recueils.  Celle qui a donné son titre aux recueils est l'histoire extrêmement touchante du fils américaine d'une chinoise qui fut une "épouse sur catalogue", avec une touche de fantastique. "Faits pour être ensemble / The Perfect Match" traite un sujet très à la mode, les robots qui analysent nos données pour nous fournir des recommandations personnelles ciblées. "The Waves / Les Vagues" est de la pure science-fiction, une histoire assez longue à propos de pionniers qui s'enfoncent dans l'espace pour chercher de nouvelles planètes habitables et qui devront faire une série de choix difficiles à propos de ce que c'est réellement, être humain. "Mono No Aware" est aussi une histoire terrible de sacrifice qui fend le coeur. Les autres sont excellentes aussi, et je regrette en particulier que "The Man Who Ended History" n'ait pas été traduite : elle utilise la science-fiction pour explorer un aspect vraiment terrible de la deuxième guerre mondiale, et peut-être mal connu par les Européens.  **

Un aspect très particulier de ce recueil, c'est son côté asiatique. L'auteur est chinois, a vécu au Japon et a immigré aux Etats-Unis dans son enfance, ce qui le situe au confluent de différentes cultures, et c'est une richesse qu'il apporte à ses écrits. Il aborde aussi bien l'histoire tumultueuse de la Chine et du Japon, voire même de la Corée, que l'expérience de l'immigration, souvent douloureuse elle aussi. Il intègre aussi beaucoup d'aspects culturels spécifiques, comme les légendes asiatiques ou la calligraphie. Beaucoup de ses histoires sont mélancoliques, voir carrément cruelles, et j'ai été marquée par le contraste entre le fatalisme des personnages asiatiques et la combativité des personnages américains. Ken Liu s'est aussi fait connaître par sa traduction du roman "Le Problème à Trois Corps" de Liu Cixin, qui m'avait énormément plu en partie à cause de son atmosphère orientale très exotique à mes yeux ; il y a à nouveau cette touche dans ce recueil dont les histoires reflètent l'expérience multiculturelle de leur auteur.

Voilà donc un recueil qui m'a vraiment retourné les tripes. J'avais déjà été conquise par "The Grace of Kings" du même auteur, début d'une belle saga fantasy, mais les histoires rassemblées ici m'ont fait pleurer et réfléchir, et m'ont aussi plongée dans différentes cultures et différentes façons de penser. Il est possible que, étant donné ma situation personnelle, je sois particulièrement sensible au thème du déracinement culturel et de l'émigration, et c'est un thème sous-jacent dans un grand nombre de ces histoires. Mais je pense que la plupart d'entre elles ont le potentiel de parler intimement au lecteur, de lui mettre la larme à l'oeil ou de l'interroger sur ce qui le définit et sur son éthique. L'auteur a su utiliser toutes les ficelles de la science-fiction et du fantastique pour cela, et c'est pour moi la plus belle façon de mettre ces genres à l'honneur. Une lecture à surtout ne pas manquer.

* Apparemment (voir les commentaires), le recueil en français est sorti avant le recueil en anglais.

** Elle a été traduite à part, sous le titre "L'homme qui mit fin à l'histoire", publiée au Bélial.


Pour en savoir plus :
- l'avis de Blackwolf, qui vous en dit plus sur le contenu des nouvelles présentes dans le recueil en français

Mercy Thompson : Ombres Mouvantes (Shifting Shadows), de Patricia Briggs


J'ai fait dernièrement un petit bond dans le passé en retournant dans l'univers de Mercy Thompson, une série d'urban fantasy que j'avais un peu laissé de côté...


Résumé :

Ce recueil rassemble 12 nouvelles dans l'univers de Mercy Thompson, dont 4 totalement inédites et 2 scènes supprimées des romans déjà publiés. On y découvre certains éléments de l'histoire des personnages importants dans l'univers de Mercy Thompson, l'origine de certains personnages secondaires, l'une ou l'autre intrigue où Mercy n'est pas impliquée, et une aventure où Mercy est aux premières loges.


Mon avis :

J'ai acheté ce recueil de nouvelles en audiolivre quand je l'ai trouvé en promotion sur Audible, mais j'ai commis une erreur : je l'ai écouté sans auparavant me rafraîchir la mémoire sur les aventures de Mercy, que j'ai lues pour la dernière fois il y a déjà trois ans. Le résultat c'est que je n'ai pas nécessairement reconnu certains personnages qui y sont déjà apparus et je n'ai pas eu tout le plaisir qui découle d'en apprendre un peu sur la vie "secrète" des compagnons de l'héroïne. Heureusement, au fil des nouvelles ma mémoire est revenue petit à petit et j'ai pu de plus en plus les apprécier.

La première nouvelle s'appelle "Silver" (Coeur d'Argent) et remonte très loin en arrière pour raconter la transformation de Bran et Samuel en loups garous et la rencontre de Sam et Ariana. C'est de loin celle que j'ai le moins appréciée, pour plusieurs raisons, l'une d'entre elles étant entièrement de ma faute : je ne me souvenais absolument pas du personnage d'Ariana (j'avoue je ne me souviens toujours pas d'elle, il faut vraiment que je relise les dernières aventures de Mercy). J'avais bien entendu reconnu Bran et Samuel, mais si on découvre leur conversion en loups-garous, c'est un aspect qui est expédié en quelques mots et finalement je n'ai pas vraiment compris comment ils en sont arrivés là. La deuxième raison pour laquelle je n'ai pas vraiment apprécié cette nouvelle est qu'elle placée loin dans le passé, et par conséquent a une allure très légendaire, voire mystique, alors que moi ce que j'aime bien dans cette série c'est justement sa modernité et le mélange d'être surnaturels avec l'environnement urbain. La troisième raison, c'est que cette nouvelle est particulièrement triste (Patricia Briggs le reconnaît elle-même). Bref, j'ai commencé cette écoute avec une histoire qui m'a rendue mélancolique sans rien me rappeler de ce que j'aime chez Mercy Thompson, et j'étais un peu refroidie.

Heureusement pour moi, la deuxième histoire ("Fairy Gifts", Bénédictions de Fae) est assez différente : on y fait la connaissance de Thomas, un jeune vampire américain d'origine asiatique, qui revient dans la ville minière où il a vécu son enfance pour y retrouver une jeune Fae avec qui il a conclu un contrat il y a bien longtemps. Cette histoire n'implique aucun personnage connu dans l'univers de Mercy Thompson et a aussi un petit côté légendaire puisqu'elle remonte beaucoup dans le passé (seulement une centaine d'années cette fois-ci) et qu'on a un peu de sombre politique de Faes, mais elle implique deux personnages dont la relation s'avère finalement assez touchante et elle est plus courte que la première.

C'est à la troisième nouvelle que j'ai commencé à retrouver mes marques et ce que j'aime dans cette série. Elle s'intitule "Gray" et si on n'y retrouve toujours pas de personnages déjà croisés autour de Mercy, c'est avant tout une belle histoire de deuil, d'amour et d'amitié. Elle n'est pas trop longue, pleine de surprises, les personnages sont vraiment attachants et de façon générale elle réchauffe le coeur.

La quatrième nouvelle s'intitule "Seeing Eye" (Loup d'Aveugle) et on y trouve l'histoire originelle de deux personnages de "Terrain de Chasse", le tome 2 d'Alpha et Omega, que j'ai lu mais dont je ne me souviens pas du tout (décidément, heureusement que j'ai un blog pour soutenir un tout petit peu ma mémoire de poisson rouge...). C'est une histoire plutôt sympa, qui met en scène une sorcière qui fait le bien, pour une fois. Une bonne façon de réhabiliter un peu ce type de personnages qu'on voit surtout sous leur mauvais côté.

Après ça, on assiste à la rencontre d'Anna et Charles dans "Alpha et Omega", la préquelle à la série du même nom. Je l'avais lue et je m'en souvenais (pour une fois !), mais j'avais oublié les détails et c'est une jolie histoire que j'ai beaucoup aimé écouter.

"The Star of David" (L'Etoile de David) est aussi une belle histoire pleine d'espoir, centrée autour d'un personnage secondaire de l'univers de Mercy, David Christiansen. On le croise dans la toute première histoire de Mercy Thompson, L'Appel de la Lune, et bizarrement je me souvenais de lui. C'est vraiment sympa d'en apprendre plus sur son expérience douloureuse de loup-garou et de le voir à l'action dans une histoire courte mais qui offre quand même pas mal de rebondissements.

"A Rose in Winter" (Des Roses en Hiver) nous en dit aussi un peu plus sur une enfant qui a été changée en loup-garou à l'âge de dix ans (Kara, qui a paraît-il aussi croisé le chemin de Mercy mais dont je n'ai aucun souvenir) et qui a du mal à se contrôler, malgré l'apprentissage que lui offre Bran. Elle va alors nouer une amitié surprenante avec Asil, un vieux loup-garou qui n'attendait plus que la folie et la mort (lui, je m'en souvenais). Cette histoire est un peu lente mais touchante et pleine de poésie.

"In Red, With Pearls" (Du Sang sur les Perles) m'a permis de retrouver deux personnages dont je me souvenais très bien et que j'apprécie beaucoup : Warren et Kyle. L'auteure nous explique en introduction qu'elle voulait montrer un peu le côté fort de Warren, mais en ce qui me concerne ce n'était pas nécessaire : je l'ai toujours vu comme un personnage intelligent et j'ai vraiment apprécié de le retrouver aux commandes d'une intrigue qui ressemble beaucoup à un mini-polar. Par contre j'ai été un peu déçue par la résolution de cette énigme, assez brutale bien qu'inattendue.

Ensuite on retrouve un autre personnage connu (et dont je me souvenais !) de la meute d'Adam : le fameux, l'insupportable Ben. Dans Redemption (Rédemption, vous l'aurez deviné), il nous surprend tous en montrant à la fois l'origine de son caractère impossible et un gros changement dans son comportement, dont il est lui-même le premier surpris. Bien que certains aspects de l'intrigue soient un peu exagérés (le méchant est vraiment caricatural je trouve), cette nouvelle donne vraiment un autre éclairage sur un personnage récurrent.

"Hollow" (Le Creux) est la seule histoire dont l'héroïne est Mercy elle-même, et elle va se retrouver confrontée à un fantôme, étant à peu près la seule spécialiste de ce genre de créatures dans son coin du monde. L'histoire est agréable, encore une fois pleine d'action et de rebondissements, et c'est toujours un plaisir de retrouver Mercy.

Le recueil se termine avec deux passages qui n'ont pas été inclus dans les romans "Le Grimoire d'argent" et "La Faille de la Nuit". A ne lire que si vous avez déjà découvert ces romans, vu qu'ils sont pleins de spoilers. Personnellement ce sont deux romans dont je ne me souviens plus très bien et du coup je n'ai pas pu apprécier ces passages comme je l'aurais dû.

En résumé, comme dans tous les recueils de nouvelles il y en a qui m'ont beaucoup plu et d'autres que j'ai moins apprécié. Le problème c'est que ce sont les premières que j'ai moins aimé ; je comprends que l'ordre dans lequel elles sont placées est chronologique, mais du coup on commence par celles qui sont le moins "urban fantasy". Et bien sûr ma mémoire défaillante m'a empêché de reconnaître des personnages importants et donc d'apprécier le côté "retour aux sources" de certaines nouvelles. Qu'à cela ne tienne : je conseille ce recueil à tous les fans de Mercy Thompson, à condition d'avoir lu au moins jusqu'au tome 8 (La Faille de la Nuit), et de préférence en ayant aussi lu la série spin-off "Alpha et Omega". Si tout ceci est frais dans votre mémoire, vous allez passer un très bon moment !


Pour en savoir plus :


Le Club des Veufs Noirs, d'Isaac Asimov


Qu'est-ce que ça donne quand un auteur de science-fiction s'essaie dans le genre nouvelle policière ?


Résumé :

Une fois par mois, six amis se réunissent au restaurant d'un club, où ils partagent un repas servi par leur maître d'hôtel, Henri. Les règles de ces rencontres sont très précises : tout ce qui y est dit reste confidentiel, l'un d'entre eux à tour de rôle dirige les discussions, et il fait venir un invité qui sera questionné. Au fil des rencontres, un thème s'installe : chacun des invités a un mystère à leur soumettre, et les six membres du Club tenteront de le résoudre avec l'aide d'Henri. 


Mon avis :

Je suis une grande fan d'Asimov, dont j'ai adoré la série Fondation. Je dois encore lire Les Robots, mais quand ce livre m'est tombé dans les mains alors que je passais justement par une petite période de lecture de romans policiers, je me suis laissée tenter.

Je ne suis pas sûre qu'il s'agisse vraiment d'histoires policières, vu qu'il s'agit dans plusieurs cas de petits mystères qui n'impliqueraient pas la police, mais il s'agit en tous cas d'enquêtes. Lors de la discussion entre les participants du Club des Veufs Noirs (qui ne sont ni veufs ni noirs), l'un des participants ou l'invité du jour se retrouve, par hasard au début, à raconter une petite énigme dont il n'a pas la réponse. Ça va du meurtre à la triche lors d'un examen, en passant par un bruit bizarre dans un appartement ou une sombre histoire d'espionnage industriel. Les Veufs Noirs, qui sont avant tout de grands curieux, posent des tas de questions, font des tas d'hypothèses, jusqu'à tomber sur la solution par pur raisonnement logique. C'est une façon agréablement originale d'envisager une enquête : la faire mener par un groupe d'amis sans expérience ni autre moyen d'enquête qu'une discussion autour d'un verre de cognac à la fin d'un bon repas.

Je dois dire pourtant que je n'ai pas été entièrement conquise. Pour commencer, le début est un peu abrupt : la présentation des personnages est très réduite et ils ne sont pas tous présents à chaque fois, ce qui fait que je n'ai commencé à me les représenter que vers le milieu du livre. Ces nouvelles étaient faites pour être publiées séparément avant d'être rassemblées en recueil, et j'imagine que quand une nouvelle est écrite pour être lue seule, on ne peut pas trop se permettre de détailler les personnages. Mais c'est plus gênant dans le cadre d'un recueil quand ces personnages reviennent à chaque nouvelle histoire.

Ensuite, dans ma version française (et je pense qu'il n'y en a qu'une), la traduction est carrément pénible. Il n'y a pas d'erreurs, non, mais le texte est lourd, les conversations peu naturelles, l'humour tombe à plat. On sent que ce sont des textes écrits en anglais pour un public américain et que l'on manque beaucoup de choses, d'autant plus que les membres du Club des Veufs Noirs sont des hommes cultivés et que le lecteur francophone moyen manque du bagage culturel pour suivre leurs conversations. L'exemple le plus fragrant est l'un des aspects récurrents à presque chaque rencontre depuis la première : l'un des membres du club a décidé de composer un limerick pour chaque chant de l'Iliade et l'Odyssée, et récite un nouveau poème à chaque rencontre. J'admire l'effort qu'il a fallu faire pour traduire ces poèmes en français, mais soyons honnête, peu d'entre nous pourront apprécier la qualité des vers ou leur conformité au texte original...

J'ai aussi été déçue par le fait que j'ai deviné la plupart des solutions. Je ne veux pas me vanter, mais il est possible que j'aie lu trop de nouvelles policières, ce qui me facilite un peu la tâche mais me gâche le plaisir. Dès la première histoire, le mystère paraît insoluble et alors la seule réflexion possible c'est de penser "outside the box", ce qui aboutit un peu trop souvent à une solution évidente. Je ne veux pas en dire plus, mais ce fut un vrai problème pour moi. Je n'ai pas tout deviné, ça aurait d'ailleurs été impossible ; il y a notamment une histoire dont l'énigme est centrée autour du texte de la suite d'Alice au Pays des Merveilles, que je n'ai pas lu (là encore, une grosse référence culturelle américaine). Mais j'ai bien dû deviner au moins la moitié des solutions et c'est dommage.

Ceci dit, au fur et à mesure que j'avançais dans les histoires, je les appréciais de plus en plus. Elles sont très variées, vraiment bien construites pour laisser le mystère s'épaissir progressivement, et quand on commence à reconnaître les participants et leur rituel, on arrive à mieux apprécier les conversations.  J'ai fini ce livre avec beaucoup de plaisir et j'ai vraiment l'intention de poursuivre avec le deuxième recueil de cette série qui en compte cinq au total. Je pense juste que je vais le lire en anglais la prochaine fois, histoire d'éviter la traduction pas vraiment réussie. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Beckygirl, qui a découvert Asimov via ce recueil et l'a apprécié, et à l'inverse celui de Lynnae, qui a été déçue
- acheter ce livre sur Amazon.


Le Mystérieux Mr Quinn, d'Agatha Christie


Pour ceux qui aiment Agatha Christie, voici un livre et un duo que vous ne connaissez peut-être pas...


Résumé :

Dans ce recueil de nouvelles, nous faisons la connaissance de deux héros peu connus de la romancière Agatha Christie : l'énigmatique Mr Quinn et son ami Mr Satterthwaite. Mr Satterthwaite aime observer les gens qui l'entourent et s'est fait une spécialité de suivre de près les drames qu'il rencontre. Mr Quinn apparaît comme par accident lorsque Mr Satterthwaite se trouve mêlé à une intrigue particulièrement mystérieuse et sait poser les questions qui vont dévoiler la vérité par la bouche de son ami. C'est ainsi qu'un soir de nouvel an, alors que Mr Satterthwaite se trouve chez des amis, Mr Quinn vient s'y réfugier le temps de faire réparer une panne de sa voiture et permet à Mr Satterthwaite et ses amis de comprendre le suicide inexpliqué du précédent propriétaire des lieux. A une autre occasion et chez d'autres amis, Mr Quinn débarque juste après un double meurtre dont la coupable semble évidente et éclaire l'affaire d'une toute autre lumière. Mr Quinn croise aussi Mr Satterthwaite dans une auberge lors d'un voyage où, à deux, ils éclaircissent le mystère de la disparition d'un jeune marié, et dans un restaurant de Londres, où il pousse son ami à conduire l'enquête qui innocente un condamné à mort. Même en vacances à Monaco ou en Espagne, Mr Quinn apparaît brutalement auprès de Mr Satterthwaite quand il est temps de changer le destin de ceux qu'ils croisent.


Mon avis :

Ma maman (et aussi mon papa, mais surtout maman) est une grande spécialiste d'Agatha Christie. Non seulement elle a lu tous ses livres (et il y en a une floppée !) mais elle a aussi vu la plupart des adaptations télé et cinématographiques, et elle se souvient de tout. Vers Noël, alors que je terminais "Le Noël d'Hercule Poirot" pour le Book Club de Livraddict, je l'ai testée : je parcourais la liste de tous les romans d'Agatha Christie, je lui donnais un titre au hasard (parmi les moins connus bien sûr), et je lui demandais de me raconter l'histoire en vérifiant grâce aux résumés sur Bibliomania. A part un ou deux titres où il a fallu que je lui donne un petit indice en plus (le nom d'un personnage suffisait), elle a répondu juste à chaque fois.  C'est impressionnant. S'il y avait un Trivial Pursuit sur Agatha Christie, je n'oserais jamais jouer avec elle.

Bref, je me suis enfin décidée à profiter de sa science et je lui ai demandé de me conseiller un roman d'Agatha Christie que je n'aurais pas encore lu et qui serait particulièrement intéressant. Après avoir longuement réfléchi, elle m'a conseillé le recueil de nouvelles "Le Mystérieux Mr Quinn". Je n'en avais jamais entendu parler, et elle a ajouté à ma curiosité en tentant de façon un peu nébuleuse de de m'expliquer qui était ce fameux Mr Quinn. Quelques heures plus tard, j'avais téléchargé ce recueil en VO sur ma liseuse, et je faisais sa connaissance.

Je dois dire que c'est un personnage qui échappe à toute description simple. Le recueil dans son entier est surprenant, assez loin de ce dont on a l'habitude avec notre fameuse Agatha. Il y a des enquêtes, c'est sûr, mais pas nécessairement liées à des meurtres et certaines sont presque à la marge de l'histoire en elle-même. L'ambiance est aussi très différente : on ne retrouve pas les caricatures habituelles que sont la plupart des personnages des romans d'Agatha Christie, mais on se retrouve toujours dans des situations tendues, pleines de non-dits, où l'humeur des personnages est plus importante que leurs actions. S'il y a parfois un peu d'humour, il est très léger, beaucoup plus que dans certaines enquêtes plus classiques où l'auteur se moque ouvertement de ses personnages. 

Et puis surtout, il y a cet aspect surnaturel, romantique, poétique même, incarné par Mr Quinn. Il débarque, reste à la fois mystérieux et très réel, dévoile peu de choses lui-même mais sert de catalyseur pour que Mr Satterthwaite fasse lui-même les découvertes qui s'imposent, puis disparaît. Les mystères (et il n'y a pas toujours de "mystère" en soi au départ, régulièrement il s'agit surtout de révéler ce qui se cache sous les apparences) sont résolus non pas par la logique pure d'Hercule Poirot ou de Jane Marple, mais par l'étude des caractères et par l'instinct. Ce ne sont pas des "whodunnit" comme les autres romans d'Agatha Christie ; ce sont des histoires d'ambiance, de haine ou d'amour, où la vérité se cache jusqu'à ce que Mr Quinn vienne pointer le doigt sur une anomalie et où Mr Satterthwaite la dévoile. 

Au fur et à mesure des récits, il y a aussi une relation très intéressante qui s'installe entre Mr Quinn et Mr Satterthwaite. Si on en apprend peu sur Mr Quinn qui reste volontairement très mystérieux, Mr Satterthwaite lui se dévoile comme probablement le personnage le plus intéressant de tout l'univers d'Agatha Christie (à mon humble avis). Au-dehors, c'est un gentleman comme il faut, célibataire, riche et oisif, qui se fait facilement oublier pour mieux observer les petits drames humains qui l'entourent. Mais les apparitions de Mr Quinn vont dévoiler de plus en plus une sensibilité, un manque qui se cachent derrière cette façade. Je vous laisse en découvrir plus, d'autant que c'est très difficile à expliquer.

Voici un des rares livres d'Agatha Christie qui ouvre beaucoup de sujets de discussion en-dehors de l'intrigue elle-même. Je pense qu'il y a beaucoup de façon plausibles d'interpréter la nature de Mr Quinn, sa relation avec Mr Satterthwaite et leurs rôles à tous les deux. Décrire l'ambiance des histoires dans lesquelles ils apparaissent est en soi un défi. Le résultat, c'est un recueil de nouvelles qui mérite d'être connu, vraiment, et qui prouve (encore une fois) que cette chère Agatha avait plus d'une corde à son arc.

PS: il est utile de préciser que la traduction française du recueil ne compte que 6 nouvelles, tandis que sa version originale en compte 12. Le titre en VO est "The Mysterious Mr Quin", avec un seul N à la fin de son nom, pour que son nom en entier (Harley Quin) soit lu comme Harlequin (la raison en est claire pour le lecteur au fil des histoires). J'ignore pourquoi la traduction a été incomplète ni pourquoi le nom a été rallongé de façon à perdre le jeu de mots. J'espère pour vous lecteurs francophones que cette injustice sera réparée un jour avec une nouvelle édition complète !

Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre


Le Flambeau (The Hound of Death), d'Agatha Christie


J'ai eu une petite période Agatha Christie ces dernières semaines, il est largement temps que je vous en parle...


Résumé :

Dans ce recueil de nouvelles, on découvre le talent d'Agatha Christie dans un genre un peu différent du policier qui l'a rendue célèbre : le fantastique. Dans ces douze histoires sont abordés des thèmes comme les pouvoirs surnaturels, les fantômes, la voyance, les prémonitions, les possessions, la magie noire... et quelques mystères plus classiques.


Mon avis :

J'ai entendu parler de ce recueil que je ne connaissais pas du tout sur Facebook à l'occasion de l'un de mes "c'est lundi, que lisez-vous ?" sur facebook. C'est toujours sympa quand je peux faire de nouvelles découvertes grâce à des échanges avec d'autres lecteurs ! J'étais particulièrement étonnée d'entendre parler d'un recueil de nouvelles d'Agatha Christie dont je n'avais jamais entendu parler, et j'étais curieuse de découvrir sa plume dans un genre différent de celui qui l'a rendue célèbre.  J'ai donc acquis l'ebook et je l'ai lu dès que j'en ai eu l'occasion (ça date déjà un peu).

En effet, ces nouvelles sont assez différentes des nouvelles et romans policiers de la même auteur. Etant donné qu'on se situe dans le domaine du fantastique, l'intrigue est souvent plus centrée sur la peur, la légende ou le mystère, et la plume s'adapte en se faisant plus mystique, parfois même un peu poétique. L'ambiance est importante et très différente de celle, terre-à-terre, des enquêtes d'Hercule Poirot ou de Jane Marple. Etant donné le format, les personnages sont parfois à peine esquissés, mais ils ne correspondent pas aux personnages assez clichés et presque caricaturaux que l'on trouve souvent dans les autres romans. 

Toutes les histoires sont différentes, et la plupart ont un élément fantastique, mais pas toutes. Le résultat c'est qu'on s'attend parfois à une explication fantastique avant d'apprendre à la fin qu'en fait, le mystère n'était qu'une machination tout à fait terrestre. D'autres fois, il n'y a ni mystère ni doute, il s'agit plutôt d'un drame où le destin et les forces surnaturelles prouvent qu'ils ne peuvent pas être domptés par l'homme. Parfois aussi, on ne sait pas que croire : les personnages ont-ils été victimes d'hallucinations, ou de leur imagination trop fertile ?  Le doute n'est pas toujours résolu mais étant donné le thème assez mystique de ce recueil, ce n'est jamais une frustration.

En résumé, Agatha Christie a tenté ici un genre qui ne lui est pas familier et elle s'en sort avec brio. Comme dans tous les recueils de nouvelles, il y en a que je préfère et d'autres que j'aime moins, mais je pense que c'est forcément très personnel : il n'y a pas de nouvelle qui soit objectivement largement moins bonne que les autres, elles sont juste très différentes les unes des autres. En ce qui me concerne je ne me suis pas ennuyée et j'ai été surprise de trouver ce recueil aussi envoûtant. Je le conseillerais à tous les lecteurs, qu'ils aiment l'auteur ou pas, car ces textes se démarquent nettement du reste de son oeuvre. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis d'Hylyirio, une grande fan d'Agatha Christie
- acheter ce livre sur Amazon

Trigger Warning: Short Fictions and Disturbances, de Neil Gaiman


Je suis tombée à peu près par hasard sur le dernier recueil de nouvelles de Neil Gaiman, sorti en 2015. Il n'est pas encore publié en français j'en ai peur, mais si l'anglais ne vous fait pas peur, alors ce seront peut-être les histoires derrière ces pages qui le feront...


Résumé :

Parfois, les films, émissions et autres pièces de divertissement incluent un avertissement de type "trigger warning" : si vous êtes sensible à telle ou telle chose, éloignez-vous, car cette narration risque de réveiller en vous des sensations déplaisantes. Pour ce recueil de 24 nouvelles, Neil Gaiman nous avertit dès le titre. Attendez-vous à tout, car il y a de tout entre ces pages, et soyez prêts à ce que ces petites histoires variées réveillent chez vous toutes sortes d'émotions... 


Mon avis : 

C'est souvent difficile de parler d'un recueil de nouvelles, vu que les histoires sont généralement difficiles à qualifier dans une chronique unique, et les présenter individuellement est fastidieux. Ici, le problème est aggravé par le fait que les nouvelles sont extrêmement variées et nombreuses. L'auteur l'avoue lui-même : rien ne relie ces histoires entre elles, ni la forme, ni le fond. Il y a surtout de la prose, mais il y a aussi de la poésie ; certaines sont longues, d'autres très courtes ; la plupart ne sont constituées que d'une seule intrigue, mais "A calendar of tales" rassemble douze petite histoires, une par mois de l'année ; certaines sont réalistes, d'autres prennent la forme de contes ou légendes, d'autres encore semblent réalistes jusqu'à ce qu'un élément fantastique vienne tout perturber ; certaines font rire, certaines mettent la larme à l'oeil, certaines font frissonner, certaines sont pleines d'aventures palpitantes et certaines sont carrément lugubres. 

Il y en a aussi qui reprennent des personnages connus : on a droit à une intrigue dont le héros est Sherlock Holmes, une autre qui est une histoire du Doctor Who (version Matt Smith), et une troisième qui retrouve Shadow, le héros de American Gods. Je crois que ce sont mes préférées, d'ailleurs.  Je n'ai pas un souvenir très précis de American Gods, alors j'avais peur de me sentir un peu larguée (il faut vraiment que je relise ce livre), mais Shadow est un personnage si reconnaissable et si charismatique que cette petite aventure sombre, lors de laquelle il s'arrête quelques jours dans un village accueillant et en découvre un vilain secret, m'a parue immédiatement familière. Sherlock Holmes est un personnages si souvent adapté qu'il est difficile de lui apporter de la nouveauté, mais Neil Gaiman s'en sort de façon grandiose en écrivant une aventure où le détective s'attaque au plus grand mystère de l'humanité. Quant à Doctor Who, en tant que grande fan de la série télé (moderne), je n'ai jamais osé lire ses adaptations littéraires de peur d'être déçue à cause du changement de format, mais j'ai tout à fait adoré cette aventure bizarre, parfaite pour le personnage et aussi prenante qu'un épisode télé. 

Une des raisons majeures pour lesquelles j'ai acheté ce livre, c'est qu'il était, dans son format audio, en promotion sur Audible, et qu'il était narré par Neil Gaiman lui-même. J'étais curieuse de découvrir comment l'auteur lui-même interprétait son texte. Et je n'ai pas été déçue : le ton n'est pas nécessairement celui que j'aurais utilisé dans ma propre imagination, il y a peut-être parfois un peu trop d'intonations dramatiques dans certaines phrases qui auraient pu être beaucoup plus neutres pour laisser le texte parler de lui-même... Mais Neil Gaiman a une voix complètement irrésistible !  Je la qualifierais même de très sexy. Il garde la bouche très près du micro, élève rarement la voix au-delà d'un doux murmure, et d'un bout à l'autre on a l'impression qu'il nous chuchote ses histoires à l'oreille... C'est une sensation incroyable, cette proximité, et ça rajoute une dimension très particulière à toutes les histoires : celles qui sont tendres et émouvantes le sont encore plus, celles qui sont déjà lugubres ou effrayantes donnent physiquement la chair de poule. J'ai lu il y a un certain temps un autre de ses recueils de nouvelles au format écrit et je peux dire avec certitude que j'ai beaucoup plus apprécié celui-ci à cause de son format audio, indépendamment de la qualité des histoires en elles-mêmes.

Un autre attrait de ce livre (mais je crois que l'auteur fait ça à chacun de ses recueils de nouvelles), c'est l'introduction : Neil Gaiman nous explique l'origine de chacune des histoires à venir, ce qui est particulièrement intéressant, je trouve. On y découvre l'inspiration et l'occasion pour leur écriture, parfois en longueur, et souvent ça nous permet aussi de plonger, un tout petit peu, dans l'intimité de l'auteur. Il prévient que l'on peut choisir de lire cette partie avant de lire les nouvelles, ou bien après ; j'ai choisi de l'écouter avant pour ne pas avoir à revenir en arrière dans le fichier audio, et si c'est intéressant en effet, c'est quand même un peu étrange d'entendre parler d'histoires dont on ne connaît pas le contenu. Je pense que je vais le réécouter un de ces jours, maintenant que je connais les histoires.

Voilà, en résumé : un recueil extrêmement varié, donc il y aura forcément des histoires qui seront plus marquantes que d'autres pour chaque lecteur. En ce qui me concerne il y en a où je me suis sentie un peu perdue, d'autres qui m'ont mise mal à l'aise, et certaines que j'ai adoré, mais je pense qu'aucune ne m'a vraiment laissée indifférente, chacune est originale et unique. Ce recueil est surtout un témoignage du talent de Neil Gaiman : l'imagination de cet homme et son talent pour créer des atmosphères incroyablement variées sont visiblement sans limites.


Pour en savoir plus :

 

Un imperceptible vacarme, tome 1 : Lointaines et limitrophes, de Dominique Warfa


J'ai terminé plusieurs livres en même temps cette semaine, il est temps que je vous en parle. Commençons avec un recueil de nouvelles d'un auteur belge que je découvrais pour la première fois.


Résumé :

"Une étrange et lointaine écologie. Un danseur technologiquement possédé. Un vaisseau lancé à la recherche de nouvelles terres, à n’importe quel prix. Une version alternative des tueurs fous du Brabant. Des voyages temporels sous influence chimique, ou pas. Des créatures irréelles qui hantent l’Amazonie. Des plongées dans la virtualité ou au cœur de la mer quantique. Un système automatisé qui ressuscite l’espèce humaine. Les moisissures d’un vieux mur qui prennent la parole. Indisponibles depuis longtemps, ces vingt-quatre nouvelles ont été écrites et publiées à l’origine entre 1976 et 2004, dans les pages de revues ou d’anthologies – entre Bruxelles, Paris ou Montréal. Elles ouvrent sur toutes les versions de l’univers, par les visions du fantastique ou de la fantasy, mais surtout de la science-fiction. Il s’agit d’une science-fiction parfois onirique, mais le plus souvent argumentée – et « dure », comme l’on dit qu’il existe des sciences « dures » ! Ce recueil résume près de quarante ans de vie en compagnie de la SF. Et comme il ne se veut pour autant pas trop proche de l’hommage posthume, il contient quatre textes inédits."
(présentation de l'éditeur)


Mon avis :

J'ai reçu ce partenariat via Livraddict de la part de l'éditeur Multivers Editions qui republie de la littérature de genre au format ebook, et je les remercie pour cette découverte. J'ai été tout de suite attirée par ce recueil de nouvelles de science-fiction : c'était une excellente façon de découvrir un auteur que je ne connaissais pas, belge de surcroit, et je trouve qu'écrire des courts récits dans les littératures de l'imaginaire, quand il faut en quelques pages seulement présenter tout un monde tout en proposant une intrigue, est un exercice particulièrement révélateur du talent d'un écrivain. 

En lisant le résumé proposé par l'auteur, ci-dessus, je m'attendais à un ensemble d'au moins une dizaine de récits assez courts. J'avais négligé le "tome 1" dans le titre : ce recueil est divisé en plusieurs tomes et celui-ci ne contient que "que" six récits. Il faudra que je me plonge dans les tomes suivants pour découvrir les autres nouvelles qui m'avaient alléchées dans le résumé.  C'est pour moi une erreur de la part de l'éditeur, car j'étais curieuse notamment de découvrir cette "version alternative des tueurs fous du Brabant" promise qui ne se trouve pas dans ce volume. Autre petit défaut d'édition : l'absence de table des matières, pourtant très pratique pour naviguer dans les ebooks.

Les six récits que contient ce recueil sont très différents les uns des autres. Dans Un bal sur Tempête on plonge directement au coeur d'un monde très loin dans le futur, sur une planète dont les humains "civilisés" pillent les ressources, repoussant toujours plus loin les autochtones. Il y a un côté écologique dans ce récit, et parallèlement à l'aspect futuristique, on est aussi surpris de retrouver de gros échos historiques : c'est une autre planète, mais c'est aussi un peu (beaucoup) l'Amazonie d'aujourd'hui.  Pourtant le récit est centré sur un bal et sur une jeune femme dans le coma, et il donne aussi une grosse impression de fantastique, ce genre où l'on croise de la cruauté autant que du rêve. Bref, dès le premier récit du recueil, on se rend compte que Dominique Warfa ne limite pas son imagination à un seul genre, qu'il est capable de plonger le lecteur dans un cocktail aux ingrédients très variés, et que ça marche.

Le deuxième récit, La danse de l'aigle, partage avec le premier le thème des autochtones proches de la nature et le petit rappel historique, puisque dans ce monde du futur, le Vatican a retrouvé une grande influence sur la société, en devenant (et ça il fallait l'oser) à l'avant-garde de la recherche scientifique. Le décor est différent, on se trouve haut dans les montagnes et on regarde vers le ciel, mais le fantastique est toujours là, ainsi que le talent de l'auteur pour produire une atmosphère presque poétique. 

J'ai gardé peu de souvenirs du troisième récit, L'éveil.  C'est le plus onirique de ce recueil, et j'ai été assez déroutée par son côté surréaliste. Le quatrième, par contre, m'a marquée parce que c'est de loin le plus long : Plongée profonde raconte l'histoire de Mack, "plongeur" dans un vaisseau chargé d'explorer de nouvelles planètes. Et la "plongée" dont il est chargée ne se fait pas dans un liquide... Je ne vous en dis pas plus, mais voici encore un récit original où l'auteur prend le temps de perdre le lecteur pour le retrouver, où le décor change plusieurs fois, et qui peut être interprété de différentes façons. Je ne suis pas sûre d'avoir été satisfaite par la fin un peu obscure, mais finalement elle reflète probablement la réalité du personnage principal. 

Les deux derniers récits sont plus courts, moins allégoriques, peut-être plus classiques dans la forme : Cruelle création parle de sculptures vivantes et Les lumières de Bellaire d'un amour adolescent. Après nous avoir promené dans des mondes presque ésotériques, le recueil nous ramène doucement sur terre.

Voilà donc ce recueil et les impressions qu'il m'a laissées. Globalement ce que j'ai le plus apprécié finalement, c'est le talent de Dominique Warfa pour construire une atmosphère : chaque histoire est totalement différente, dans le fond comme dans la forme, le contexte ou le genre, certaines sont très courtes, et pourtant en quelques pages seulement, parfois quelques paragraphes, on entre dans son monde à cent pourcents. Ce recueil m'a définitivement donné envie de découvrir les autres nouvelles qu'il a écrites et ce fut un vrai plaisir de le découvrir, récit par récit.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre 
- le site de Multivers Editions
 

Contes de la Bécasse, de Guy de Maupassant


Ce mois-ci, comme le veut le challenge "Un genre par mois", je redécouvre un classique de Maupassant... et je ne pensais pas qu'il me ferait un tel effet. 


Résumé :

Chaque année, à l'époque de la chasse à la bécasse, le vieux baron des Ravots invite les chasseurs a sa table. Un rituel désigne chaque année celui qui aura la chance de déguster la tête des oiseaux mais, en échange, devra raconter une histoire...


Mon avis :

Je suis tombée sur ce recueil de nouvelles un peu par hasard : pour le challenge "un genre par mois", je cherchais un roman classique à lire, et cet article m'a donné envie de me pencher à nouveau sur Maupassant que j'avais découvert pendant mon adolescence.  Comme tout ce que j'ai lu il y a si longtemps, j'ai entamé ce recueil de nouvelles sans savoir du tout à quoi m'attendre. 

Il s'agit donc d'un ensemble de contes très courts, de petites histoires où l'atmosphère prime souvent sur l'intrigue. Ils ont pour point commun d'explorer la nature humaine, sans fard. On sent chez l'auteur une certaine tendresse envers l'humanité ; il parle des défauts et qualités, petits et gros, des hommes et des femmes de son époque. Certaines histoires ont d'ailleur l'air à la fois tellement loufoques et tellement réalistes, parlent de personnalités tellement hors-normes mais décrites sans exagérations, qu'on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agit d'histoires réelles. En lisant par exemple "Farce normande" (à propos d'une drôle de blague jouée à un jeune marié) ou "Un Normand" (à propos d'un drôle de bonhomme qui fait commerce de prières et de statuettes de saints), je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer l'auteur, en visite à la campagne, rencontrant de tels personnages ou notant dans un petit carnets les histoires de village qu'on lui raconte autour d'un verre. D'autres "contes" (par exemple "Le testament") racontent des histoires de familles du genre à rester longtemps dans les mémoires. Ce recueil nous plonge ainsi dans les vies depuis longtemps terminées, dans des drames qui ont secoué des vies et aussi dans de petites anecdotes plus joyeuses, et la plume de l'auteur est extraordinaire pour nous faire vivre, en quelques pages seulement, toutes ces vies si différentes de ce qu'on connaît actuellement.

Et pourtant, j'étais presque contente de terminer ma lecture à cause du malaise que j'ai ressenti souvent. Car si dans ces histoires il y a de la tendresse, il y a aussi beaucoup de cruauté. On y trouve des meurtres, des viols, de la torture animale ou sentimentale, de l'avarice poussée à l'extrême, le tout raconté avec une candeur choquante au nom de personnages qui ne semblent pas réaliser en quoi que ce soit le mal qu'ils font. Je ne sais pas s'il y a une forme de dénonciation de la part de l'auteur, ou s'il veut juste raconter ce que l'on trouve derrière le vernis de civilisation... mais il a une façon de nous montrer le côté le plus noir de l'homme, avec un pessimisme qui est quelque peu contagieux. L'une de ces histoires, par exemple (La Rempailleuse), a pour introduction une discussion sur l'amour entre les invités du marquis, les femmes soutenant l'existence d'un grand amour unique et pur, les hommes persuadés que l'amour peut renaître plusieurs fois. Et là un invité raconte l'histoire d'un de ces grands amours uniques, justement... mais bâti sur de mauvaises raisons et accueilli avec la plus affreuse des cruautés. Assez souvent, l'histoire se déroule comme ça ; un petit conte qui a l'air bien gentil mais qui se termine de la pire manière qui soit. 

En résumé, j'ai été charmée par la puissance de narration de l'auteur qui nous plonge en quelques pages dans un autre monde, une autre aventure humaine... mais je suis trop sensible pour tant de pessimisme, tant de cruauté candide. J'ai très envie de redécouvrir Maupassant, mais ce recueil m'a donné une leçon : je ne tenterai l'aventure que quand je me sentirai de taille à lui faire face armée d'un optimisme à toute épreuve. 


Pour en savoir plus :
- acheter ce livre sur Amazon (on le trouve aussi gratuitement en ebook)

Le vagabond et quatre autres thrillers, de Alan Spade


Je varie beaucoup les genres, ces temps-ci ; si on faisait un petit tour du côté du récit d'aventures ? 


Résumé : 

Vick Lempereur est un ancien mercenaire qui essaie de laisser son existence violente derrière lui. Mais c'est l'aventure qui le poursuit... En Mauritanie, il est témoin d'un meurtre à bord d'un train ; en Tanzanie, un safari très particulier changera sa vie ; en France, il se retrouve au coeur d'un scandale pharmaceutique... Trois nouvelles entrecoupées d'une quatrième à propos d'un jeu vidéo mortel, et d'une cinquième qui nous dévoile les dangers de suivre son GPS aveuglément...


Mon avis : 

Voici un livre que j'ai découvert grâce à un partenariat Livraddict avec l'auteur, que je remercie pour cet envoi !  Je suis justement dans une période où, après avoir dévoré quelques pavés plutôt complexes, j'avais besoin d'histoires courtes et rythmées. J'ai trouvé exactement ce que je cherchais dans ce recueil de nouvelles d'Alan Spade.

L'originalité de ce recueil tient à ce qu'il rassemble plusieurs nouvelles liées les unes aux autres, à tel point que j'ai lu les quatre premières d'un trait en pensant qu'il s'agissait des chapitres d'une même histoire. Les deux premières et la quatrième, en particulier, sont très liées, d'autant plus que la première se termine sur un mystère non élucidé (ou bien une petite touche de fantastique, suivant la façon dont on le comprend), et la deuxième met le héros dans une situation délicate dont il essaiera de se sortir dans la quatrième nouvelle. La troisième nouvelle (vous suivez toujours ?) se situe dans le même univers narratif et développe une intrigue indépendante mais dont il sera fait référence dans la nouvelle suivante. Bref, à part la toute dernière, tout se tient pour former une intrigue unique qui pourrait, devrait même, donner lieu à d'autres épisodes car elle n'est pas entièrement conclue.

Au coeur de cette intrigue unique, il y a Vick Lempereur, un personnage assez caricatural au passé mystérieux. Entre sa description physique et ses réactions face au danger, il représente le baroudeur tel qu'on se l'imagine aisément. Plus intéressant à mes yeux est le contexte dans lequel on le découvre : au coeur de l'Afrique, dans un train mauritanien et dans la savane tanzanienne, les deux premières nouvelles sont un vrai dépaysement auquel je ne m'attendais pas. Les descriptions ne sont pas légion dans un récit surtout consacré à l'action, mais l'atmosphère y est. 

Le titre du recueil qualifie ces cinq nouvelles de "thrillers", mais je ne trouve pas cette étiquette appropriée. Ce sont des récits d'aventure, surtout les deux premiers ; il y a un aspect plus "thriller" dans le quatrième récit, mais le cinquième oscille plutôt du côté du fantastique. Pour moi, "thriller" implique une enquête échevelée, une course contre le temps ; ici on a du rythme et de l'action, la narration ne traîne pas et certaines histoires développent un certain mystère à élucider, mais rien d'"échevelé". Ce n'est absolument pas un défaut ; quand l'auteur prend un peu plus son temps, l'histoire y gagne en atmosphère, surtout ici pour les deux premiers récits en Afrique et la dernière nouvelle, plus étrange. J'espère seulement que ce titre un peu trompeur n'attirera pas un lectorat qui cherche autre chose.

Finalement, le seul reproche que je ferais à ce recueil ce sont ses personnages vraiment trop caricaturaux, trop peu nuancés. J'aime quand un bon divertissement ne joue pas la facilité des clichés.  Mais en-dehors de ça, c'est un recueil agréable à lire, dépaysant, certaines des intrigues sont particulièrement élaborées pour un si court nombre de pages, et j'ai particulièrement apprécié la construction en récits indépendants qui s'imbriquent pour former une intrigue plus large. J'ignore si un nouveau recueil est sorti ou est en préparation, mais je serais curieuse de découvrir la suite des aventures de Vick Lempereur pour qui les ennuis ne font que commencer, on dirait...


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis d'EliseM, qui a ses préférences parmi les cinq nouvelles
- acheter ce livre sur Amazon

Petits crimes japonais, de Kyotaro Nishimura

Tri et relecture, seconde partie. Encore un auteur de romans policiers japonais, mais celui-ci d'un autre style, plus fidèle au genre, et d'une autre époque, plus proche de nous.

Résumé :

Petits crimes japonais est un recueil de huit nouvelles, publié d'abord chez Clancier-Guénaud puis chez Rivages/Noir. On y découvre les origines d'un cadavre souriant, une façon originale d'aider les sans-abris, les bénéfices de l'altruisme, les distractions sournoises des grands riches, les dangers potentiels à nourrir les pigeons, l'émotion particulière de certains souvenirs de guerre, les qualités d'un bon maître chanteur, et même, la besogne étrange d'un extra-terrestre. La plupart de ces histoires ont leur squelette dans le placard, et souvent d'ailleurs, assez littéralement.


L'avis de Sanjuro :

Le nom de Kyotaro Nishimura est probablement inconnu de la plupart des lecteurs européens, pourtant, c'est un auteur prolifique qui écrit depuis les années 60 et a publié près de 500 livres ! Âgé maintenant de 81 ans, cela ne l'empêche pas de poursuivre son activité d'écrivain. Son dernier roman est même sorti tout récemment, le 5 octobre 2011, Totsugawa Shôzô Hakone Bypass no Wana, qui veut dire, si je ne m'abuse, Le Piège de la Déviation d'Hakone; Totsugawa Shôzô étant le nom de son détective vedette. A ma connaissance, très peu de ses romans ont été traduits en français, les deux que j'ai lus étant Les Dunes de Tottori, un bon petit polar sur le chemin de fer dans la veine de The Great Train Robbery de Michael Crichton, et Les Grands détectives n'ont pas froid aux yeux, une histoire amusante où plusieurs détectives célèbres (le commissaire Maigret, Ellery Queen, Hercule Poirot et Kogoro Akechi; cf. critique du Lézard noir) tentent ensemble de résoudre un mystère au Japon.

Les nouvelles de Petits crimes japonais n'ont rien d'extraordinaire mais sont toutes assez distrayantes. Il y a juste ce qu'il faut d'élément de surprise pour ne pas avoir l'impression d'avoir perdu son temps. A cause de cela d'ailleurs, on a du mal à en trouver une meilleure ou moins bonne que les autres. Elles se valent toutes, même celle qui prend le risque de faire dans la science-fiction. On remarque quand même un leimotiv dans la moitié de ces histoires, c'est que l'acte criminel procure une jouissance à son auteur et n'est pas simplement ou exclusivement motivé par une "nécessité". C'est bizarre, mais intéressant parce que le traitement n'est pas malsain; c'est juste observé, avec une neutralité toute japonaise. C'est évident en particulier à cause des deux premières histoires qui relatent une expérience similaire.

La majorité des traductions a été effectuée par Jean-Christian Bouvier, dont la plume agréable assure une bonne transition vers la langue française. La seule chose qui manque à ce recueil, finalement, ce sont des dates. Aucune des histoires ne sont datées. Il y a bien un droit d'auteur de 1978, mais peut-on s'y fier ?

Malgré des idées un chouia invraisemblables qui nécessitent une part de crédulité et d'initiation aux moeurs japonaises, Petits crimes japonais se feuillette gentiment. Kyotaro Nishimura n'est pas du calibre d'un Seicho Matsumoto, mais ces bouquins se lisent comme des pulps américains... à la sauce teriyaki !

Le K, de Dino Buzzati

J'aime beaucoup les lectures communes.  D'abord, parce que c'est une façon agréable de lire en commun, même à distance, avec le plaisir de comparer son avis à celui d'autres lecteurs. Ensuite, parce que ça me remet en tête des livres oubliés, déjà lus ou pas, qui méritent mon attention.  "Le K" traînait dans ma bibliothèque depuis environ quinze ans ; je l'avais lu mais je n'en gardais aucun souvenir.  Mais Mélusine l'a remis à l'ordre du jour en le proposant comme lecture commune et il le méritait bien.


Résumé :

"Le K" n'est que la première nouvelle de ce recueil qui en compte cinquante.  "Autant d'histoires merveilleuses, tristes ou inquiétantes pour traduire la réalité vécue de ce qui est par nature incommunicable", comme le dit si bien la quatrième de couverture.


Mon avis :

Je ne sais pas pourquoi, j'avais gardé de ce recueil un souvenir un peu haustère, celui d'une lecture relativement difficile et très classique.  Aussi, j'ai été étonnée dès les premières pages : ces petites histoires sont très faciles à lire et assez modernes (autant qu'elles puissent l'être en sachant qu'elles ont été publiées en 1975).  Elles sont aussi étonnamment courtes, même pour des nouvelles : une dizaine de pages au maximum, souvent moins. Elles sont toutes surprenantes d'originalité et certaines sont même franchement amusantes - j'ai notamment souri à la représentation de la création.  Certaines histoires sont visiblement réfléchies et longuement mûries, d'autres sont l'élaboration d'impressions fugitives mises spontanément sur le papier. La plupart sont des récits fantastiques, soit légèrement (un élément fantastique dans un monde réel), soit plus profondément (la visite des enfers par exemple). 

Mais toutes ces histoires ont en commun leur forme de parabole moderne.  De chacune d'elle ressort une métaphore, une représentation imagée d'un sentiment très humain et très profond comme la peur de la mort, l'amour, la vieillesse, le besoin de gloire, de surpasser les autres, la jalousie, la solitude des villes... Ce qui fait que ces petites lectures a priori si légères et plaisantes sont en réalité beaucoup plus profondes qu'elles n'en ont l'air.  L'auteur a un don très particulier pour nous plonger dans l'univers des émotions qu'il décrit : on sort mélancolique de ses histoires sur le temps qui passe, tremblant de ses récits concernant la peur de la vieillesse ou de la mort, effarés de ses descriptions de l'orgueil, etc.  Son utilisation du fantastique pour représenter des réalités très humaines est remarquable, on ne peut pas en sortir insensible.

En bref, voici une lecture à plusieurs degrés qu'il faudrait savourer à petites doses, une histoire par jour par exemple.  On commencerait par apprécier l'intrigue en tant que telle et son originalité ; mais il faudrait aller plus loin, parce que souvent, il faut l'avouer, ces petites histoires se terminent un peu brusquement.  Alors on se laisserait le temps de s'imprégner des impressions que l'auteur a fait naître ; et, pour le reste de la journée, on réfléchirait profondément avec lui sur les questions intemporelles et profondément humaines qu'il se pose.

Voici donc un recueil de nouvelles à plusieurs niveaux, une expérience littéraire profonde et pourtant à la portée de tous. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre ;
- Les avis de mes co-lectrices : Mélusine, qui vous offre de nombreux exemples de nouvelles résumées, pour vous donner une idée, et Fleurdusoleil, qui vous présente ses trois histoires préférées. 

La chose des ténèbres, de H.P. Lovecraft et autres

Il y a quelques semaines, j'ai émis le désir d'étendre encore un peu ma culture littéraire en découvrant le style fantastique propre à H.P. Lovecraft. Etant donné que je n'avais rien lu des oeuvres de cet auteur pourtant célèbre, Lily m'a gentiment proposé de me prêter un livre "introductif" pour que je découvre cet univers. C'est chose faite depuis un certain temps, et je vous soumets mes premières impressions...


Résumé:

"H.P. Lovecraft (180-1937), le Grand Fantastiqueur, a tant fasciné ses disciples que l'un d'eux, Robert Bloch, l'a mis en scène à la fin de l'Appel de Cthulhu, où il le fait mourir de façon atroce. Le maître réplique dans La chose des ténèbres, où il raconte la damnation de Bloch. A quoi celui-ci répondit par un nouveau texte ! Le jeu a passionné des générations d'écrivains jusqu'à nos jours."




Mon avis:


Ce livre est donc un recueil de dix nouvelles qui commence par celle intitulée "La chose des ténèbres" et qui est de la main même de Lovecraft. Les autres sont écrites par ses disciples, sur le même style et dans le thème du mythe du Cthulhu. C'est le deuxième volume des "Légendes du mythe du Cthulhu".

J'ai lu ce recueil sans difficultés, mais avec un intérêt qui diminuait au fur et à mesure des pages. La première histoire m'a beaucoup plu, mais les autres sont de qualité fort variée: certaines ne sont franchement pas terrible (d'ailleurs, après vérification dans le "dictionnaire des auteurs" qui se trouve à la fin du volume, ce sont celles qui sont de la main des auteurs les moins connus...).

Toutes ces nouvelles se basent sur un principe très audacieux: faire découvrir une légende terrifiante et encore présente, le mythe de Cthulhu, sans jamais en dire trop; créer la terreur sans jamais découvrir la bête. C'est un exercice périlleux pour lequel il faut un doigté qui n'est visiblement pas à la disposition de tous les auteurs présents dans ce recueil. Les premières nouvelles arrivent cependant à vous envoûter (sans que je parle vraiment de "terreur") avec des non-dits, et c'est une impression très agréable qui donne envie d'en lire plus.

Je ne suis pas sûre cependant que ce recueil soit la meilleure façon d'aborder Lovecraft. Le fait que la seule nouvelle écrite de sa main soit celle que j'ai préférée est bon signe, mais je n'ai pas eu l'impression de plonger dans son univers. C'est un peu comme si on commençait à découvrir le monde d'Harry Potter en lisant "Les Contes de Beedle le Barde". Le premier contact est bon, mais ce n'est encore qu'un tout premier contact.

Je compte donc prolonger la découverte dès que j'en ai l'occasion. J'hésite à lire ces oeuvres en anglais, parce qu'en français le style recherché genre classique du XXème siècle et le vocabulaire assez riche me font craindre de ne pas tout saisir dans la version originale. Mais en tous cas je me plongerai dans ce monde dès que j'en aurai l'occasion.



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