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La recluse de Wildfell Hall, d'Anne Brontë


Ce roman est l'objet d'une lecture commune avec d'autres membres de Livraddict, et je dois avouer que j'ai hâte de lire leurs avis, car le mien est assez tranché...


Résumé :

Lorsqu'en ce dix-neuvième siècle, une jeune femme étrangère vient s'installer avec son jeune fils dans le manoir reculé et presque insalubre de Wildfell Hall, les membres de la bonne société du village frétillent de curiosité. Malheureusement Madame Graham ne semblent pas apprécier les visites et ne fournit aucune information sur son passé, s'attirant l'animosité de ses voisines. Cela n'empêche pas le jeune Gilbert Markham de tomber amoureux d'elle... mais les plus folles rumeurs courent sur son compte. Qui est cette jeune femme mystérieuse et pourquoi vit-elle si seule?


Mon avis :

Après avoir raté de peu une élection comme lecture du Book Club de Livraddict, ce roman a été proposé en lecture commune, et je me suis jetée sur l'occasion. Ça faisait longtemps que je voulais le lire : étant donné que les oeuvres les plus célèbres des deux autres soeurs Brontë, Jane Eyre et Les Hauts de Hurle-Vent, font partie de mes romans préférés toutes catégories confondues, j'avais très envie de découvrir la contribution de la soeur cadette, Anne. Je savais qu'il était moins célèbre que les autres et je m'étais efforcée de baisser mes attentes, d'autant plus que la préface de mon édition (en anglais) pourrait se résumer à "c'est pas terrible mais bon, la pauvre Anne, il faut quand même lui donner sa chance". Je dois avouer que dans le genre préface, j'ai lu plus enthousiasmant...

J'ai donc tourné les premières pages de ce roman avec un préjugé niveau "ça ne va pas être un chef d'oeuvre mais je vais sûrement passer un bon moment". Et là, autant vous le dire tout de suite : j'ai malheureusement subi une grosse déception.

Déjà, j'ai bien l'impression que la version que j'ai lue, la version ebook VO gratuite sur Amazon (la version originale du roman est dans le domaine public), a été tronquée de ses premières pages. On a droit à un roman épistolaire mais on ne sait pas à qui l'auteur s'adresse ni pourquoi il lui écrit. De toutes façons, je dois avouer que même avec ces informations (qui ne m'ont franchement pas manqué au final), je me demande bien pourquoi il était nécessaire d'utiliser la forme épistolaire. Au final il n'y a qu'un seul narrateur, une série de lettres très longues qui apparemment ont toutes été écrites à la suite et après les faits, et en plus, à l'intérieur des lettres, on a également une grande partie qui est la reproduction d'un journal intime ou de plusieurs autres lettres. Un roman directement à la première personne aurait été plus simple et le format épistolaire ne sert absolument à rien, il me semble.

Ensuite, gros souci : j'ai détesté le narrateur. Il est violent, arrogant, irascible, s'énerve pour un rien, superficiel, tombe amoureux sans trop de raisons, n'a aucun respect pour sa famille ou ses amis, sait reconnaître ce qui est moral et bon mais ne se gêne pas pour faire l'inverse, bref, c'est un vrai beau sale type. A partir du moment où le roman implique une bonne partie d'histoire d'amour où il est le protagoniste, c'est d'autant plus gênant, parce que je ne pouvais pas comprendre comment on pourrait tomber amoureux de lui. Et le pire c'est que je ne pense pas que ce soit le but de l'auteur, une critique déguisée avec plusieurs niveaux de compréhension. Juste un accident : elle voulait probablement décrire un homme un peu tumultueux mais gentil et sincère, j'y ai vu un homme détestable et dangereux.

En fait, j'ai détesté tous les personnages. C'est un peu dur, je sais, mais je n'y peux rien. Au début j'avais un peu pitié de cette pauvre Helen Graham, tombée dans un nid de vipère et immédiatement critiquée dans son dos parce qu'elle préfère vivre sa vie dans son coin et qu'elle a une facon un peu différente d'élever son fils (des idées aussi extravagantes que passer une bonne partie de son temps avec lui ou refuser de lui donner de l'alcool - il a cinq ans le gamin - je sais, c'est une autre époque). Mais quand on en apprend plus sur son histoire, elle devient une jeune femme hautaine, bien élevée et intelligente mais qui pour la décision la plus importante de sa vie refuse d'écouter les bons conseils, et puis une petite épouse parfaite, trop parfaite, la vraie sainte pleine de principes (très religieux). Elle n'est pas détestable mais disons que c'est difficile de ressentir la vraie sympathie que j'ai ressentie pour Jane Eyre, par exemple. Les personnages secondaires varient entre l'inintéressant, la vipère et le gros mou, sans beaucoup de nuances et surtout sans l'humour qui permet à Jane Austen, par exemple, de nous faire rire des pires personnages.

Vous allez me dire : ok les personnages sont pas terribles, est-ce l'intrigue qui sauve ce livre ?  Non, malheureusement !  Au début on a un mystère qui traîne, traîne et traîne, puis quand il se résout (brusquement et via le truc assez éculé du journal intime soudainement révélé), ce qu'il s'y passe est assez prévisible. Jusqu'à la fin j'ai espéré que ce drame évite la conclusion à l'eau de rose, mais non. Le seul moment où j'ai réussi à ne pas lire en diagonale (j'avoue que j'ai vite accéléré ma lecture après les quelques premiers chapitres), c'est le passage de la déchéance d'Arthur Huntingdon. Il serait modelé sur la déchéance du frère Brontë, Branwell, et on sent le réalisme et la douleur dans la description de cet homme pas mauvais, mais faible, et qui s'auto-détruit. Mais pour le reste... La fin de son histoire à lui est d'ailleurs franchement ridicule.

Qu'est-ce qu'il reste alors pour sauver ce roman dans mon estime ?  C'est simple : l'aspect critique sociale et féministe. Il a malheureusement beaucoup vieilli et le lecteur d'aujourd'hui a du mal à se représenter le courage qu'il a fallu à Helen pour enfreindre les conventions sociales (et la loi !), même dans la pire des situations. Ceci dit justement l'auteur insiste tellement pour faire d'Helen une sainte qui n'avait pas d'autre choix, qui se sacrifie par altruisme pour sauver son fils, et pour faire d'Arthur Huntingdon le monstre parfait qui brise toutes les règles, que ça en devient trop. Ceci dit, en tant que femme moderne, on sort de cette lecture très heureuse de ne pas vivre à une époque où les femmes devaient tout subir de la part de leur époux, comme c'est le cas ici.

Bref, franchement, une grosse déception. Je comprends qu'il ait pu être très subversif à l'époque où il a été écrit, mais c'est un roman que j'ai trouvé vieilli, et à côté de ceux des autres soeurs Brontë, il fait pâle figure. Je suis cependant heureuse de l'avoir lu, histoire d'avoir pu me faire un avis. 


Pour en savoir plus :
- les avis de mes co-lecteurs.ices : à venir


Antigone, de Jean Anouilh


J'ai beaucoup lu et peu chroniqué ces dernières semaines, ce qui m'oblige à publier mi-avril ma chronique du mois de mars pour le défi "un genre par mois". La voici enfin, ma première pièce de théâtre lue depuis très longtemps, sur un texte classique, que beaucoup vénèrent, et qui m'a profondément énervée...


Résumé :

Antigone, la fille d'Oedipe, doit mourir. Elle a choisi d'enterrer son frère Polynice, malgré l'interdiction de son oncle, le roi Créon, et elle doit être punie conformément à la loi. C'est son destin, elle en est persuadée : malgré l'exemple de lâcheté de sa soeur, malgré l'amour de son cousin et fiancé, malgré même Créon qui fera tout pour la sauver, Antigone doit mourir.


Mon avis :

Le mois de mars était le mois du théâtre et des classiques pour le challenge "Un genre par mois". Comme j'ai déjà lu pas mal de classiques mais quasiment aucune pièce de théâtre, je me suis dit que c'était l'occasion de tenter l'expérience.  Mais j'étais bien embêtée au moment de choisir une pièce, vu que je n'y connais rien. J'ai donc fait une petite recherche sur google "meilleure pièce de théâtre" et le titre qui revenait le plus souvent est un de ceux dont j'avais déjà entendu parler : le fameux Antigone d'Anouilh. J'avais, dans ma jeunesse, beaucoup aimé son "Becket ou l'Honneur de Dieu" et je me suis dit que c'était la pièce idéale pour renouer avec le théâtre.

Dès le début j'ai retrouvé le plaisir que j'avais ressenti en lisant "Becket" : la plume magnifique de l'auteur. Il a cette façon d'écrire comme on parle, avec beaucoup de naturel, et en même temps d'aligner ces phrases qu'on a envie de retenir pour les replacer. Il parle de sentiments, de passion, de destin mais ce n'est jamais pompeux, c'est toujours étonnamment terre-à-terre. Il se permet même, dans cette pièce tellement dramatique, d'ajouter quelques touches comiques, comme l'intervention des soldats. Cette pièce qui date de 1944 n'a pas pris une ride, ni dans le fond (déjà lui-même basé sur une histoire qui a 2500 ans d'âge...), ni dans la forme. Et le fait que ce soit écrit sous forme de pièce de théâtre, ce qui laisse le soin au lecteur d'imaginer le ton, les décors et les sentiments, n'a absolument pas été un problème pour moi : le résultat donne une impression de dépouillement qui oblige à se concentrer sur les personnages, le coeur du texte.

Ceci dit, je crois que c'est le livre qui m'a le plus énervée depuis longtemps. J'ai un peu honte de l'avouer, tant cette pièce fait partie des grands textes francophones, mais dès le début j'ai eu envie de mettre des claques à tous les personnages, en commençant par Antigone. Ca a commencé dès le prologue, au moment où on nous présente le contexte qui sera à l'origine du comportement d'Antigone :
Et maintenant que vous les connaissez tous, ils vont pouvoir vous jouer leur histoire. Elle commence au moment où les deux fils d'Œdipe, Étéocle et Polynice, qui devaient régner sur Thèbes un an chacun à tour de rôle, se sont battus et entre-tués sous les murs de la ville, Étéocle l'aîné, au terme de la première année de pouvoir, ayant refusé de céder la place à son frère. Sept grands princes étrangers que Polynice avait gagnés à sa cause ont été défaits devant les sept portes de Thèbes. Maintenant la ville est sauvée, les deux frères ennemis sont morts et Créon, le roi, a ordonné qu'à Étéocle, le bon frère, il serait fait d'imposantes funérailles, mais que Polynice, le vaurien, le révolté, le voyou, serait laissé sans pleurs et sans sépulture, la proie des corbeaux et des chacals.. Quiconque osera lui rendre les devoirs funèbres sera impitoyablement puni de mort.
Je suis déjà outrée. Pourquoi considérer qu'Etéocle est le bon frère alors que c'est celui qui a violé le marché, et Polynice le mauvais frère parce qu'il a essayé de faire valoir son droit par la force ?  J'espérais que ce gros problème logique serait éclairci plus tard dans le texte, mais non, ce ne sera pas le cas. 

Ensuite entre Antigone, qui a décidé d'enterrer Polynice contre les ordres de son oncle, tout en sachant que ça la condamne à mort. Elle pouvait avoir des tas de raisons d'agir ainsi : parce qu'elle n'est pas d'accord avec la décision illogique de son oncle, comme moi ; parce qu'elle considère que c'est important pour l'âme ou pour l'honneur de son frère ; parce qu'elle veut exposer au peuple à quel point son oncle est un barbare qui n'hésitera pas à la mettre à mort, elle, sa nièce et la fiancée de son fils... Sauf qu'au cours du texte, toutes ces raisons sont rejetées clairement et définitivement les unes après les autres. Créon apparaît comme un oncle gentil, comme un tyran par obligation, un roi qui n'a pas demandé son trône et porte sa couronne parce qu'il faut bien que quelqu'un maintienne la paix. Tandis qu'Antigone... impossible de la comprendre. Elle ne donne aucune raison à son geste, elle semble être d'accord qu'il n'a aucun sens, et en plus elle refuse de faire quoi que ce soit pour que son oncle n'ait pas à la tuer. En fait, tout ce qu'elle fait c'est se suicider par l'intermédiaire de Créon. Je ne vois pas d'autre explication. Alors au fur et à mesure qu'elle parlait, qu'elle refusait de répondre aux arguments très sensés de son oncle, elle me paraissait de plus en plus comme une adolescente bornée dans son rêve dramatique, égoïste et cruelle. En un mot : insupportable.

En plus de ça, je n'ai pas non plus compris Créon : il suffisait qu'il enferme sa nièce quelque part pendant quelques jours, et il n'avait plus à la mettre à mort. Je peux comprendre qu'il la laisse faire ses propres choix, décider de son destin (ce mot-là est au centre de toute la pièce)... mais il ne prononce pas ces mots-là, il semble plutôt la faire mourir entièrement à contre-coeur, sans même envisager la possibilité d'user de son pouvoir qu'elle lui reproche tant.

Bien sûr, je vois le parallèle avec la collaboration allemande qui avait lieu au moment où la pièce a été jouée pour la première fois ; je vois bien la critique de l'autorité tyrannique, même dans les mains du tyran qui ne veut que le bien du peuple et qui souffre de son pouvoir. Mais je ne comprends pas la logique. Cette pièce parle sans cesse de destin, d'une situation inévitable qui se met en place dès les premières pages, de quelque chose de plus grand que les personnages qui les obligerait à agir comme ils le font, comme des marionnettes. Mais je ne le vois pas, ça. Je vois exactement le contraire : des personnages qui ont tous les choix, toutes les possibilités, et qui à chaque ligne prennent la décision d'agir de la pire façon possible, se battant contre une fin heureuse vers laquelle tout semble les diriger. C'est en quelque sorte du drame sur base purement volontaire. Cette absurdité m'a donné envie de balancer ce livre contre les murs ! 

Bref, je suis loin de regretter cette lecture, d'autant plus que le style est du pur plaisir... mais j'en sors avec l'impression d'avoir vraiment loupé quelque chose. Suis-je trop terre-à-terre ? Suis-je la seule à avoir trouvé les actions de ces personnages tellement illogiques que c'en est dérangeant ?  J'aimerais savoir !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter ce livre sur Amazon

Persuasion, de Jane Austen


Je vous parle d'une deuxième romance ce mois-ci ! Ca ne m'arrive pas souvent, profitez-en si vous aimez ce genre  :)


Résumé :

Anne Elliott est une jeune femme raisonnable, intelligente et attachante, mais entre un père futile, une soeur aînée imbue d'elle-même et une soeur cadette mariée, elle est bien mal considérée au sein de sa famille. Huit ans plus tôt, elle a refusé les avances de l'homme qu'elle aimait sur les conseils d'une amie de la famille qui ne le voyait pas devenir un époux sérieux. Mais depuis lors, le Capitaine Wentworth est réapparu dans sa vie, il a fait carrière, il est riche et il est toujours aussi séduisant... Anne a-t-elle raté sa chance au bonheur ?


Mon avis :

Ca, c'était mon premier choix pour la romance du challenge "un genre par mois".  "Avant toi" de Jojo Moyes était un accident en cours de route, mais au départ, un peu démunie face à un genre qui me plaît rarement, je m'étais tournée vers une valeur sûre : cette chère Jane Austen. Comme beaucoup de demoiselles, je suis une grand fan d'Orgueil et préjugés et je complète au fur et à mesure des années ma lecture des romans de cette auteur. 

Ce que j'aime chez Jane Austen c'est qu'elle nous plonge volontairement dans la société des XVIII et XIXème siècles, dévoilant sous sa plume critique les aspects les plus importants. Les familles qu'elle décrit sont d'un milieu social élevé, et leurs préoccupations sont très différentes de celles d'aujourd'hui, mais la narration est tellement détaillée que l'on vit dans leur peau tout au long de chaque roman. C'est bien entendu le cas ici aussi : la famille Elliott doit faire face à des problèmes d'argent (très relatifs), leur héritage est promis à quelqu'un qu'ils ne connaissent quasiment pas, Elizabeth et Anne doivent trouver à se marier pour garder un certain statut social et l'amour n'est peut-être pas le plus important dans leur choix... Des thèmes qu'on retrouve dans d'autre romans de la même auteur. A chaque fois, la vie de ces gens me surprend : leur monde est très privilégié sans qu'ils s'en rendent compte ("être pauvre" signifie n'avoir qu'un domestique), et pourtant leur milieu est si étriqué et si compliqué ! Ils ont l'air de passer leur temps à trouver quelque chose à faire : visites, promenades, repas, écrire des lettres, et on recommence. Mais dès qu'ils sont en société, alors il faut paraître, être scrupuleusement poli et intelligement intéressant, démontrer un goût raffiné et une convenance sans failles, entamer des conversations philosophiques poussées et deviner à demi-mots les nombreux sous-entendus. Le style un peu recherché de Jane Austen rajoute probablement à la complexité des conversations, mais ce qui est sûr c'est que c'est une société où l'on est jugé à chaque mot et où la spontanéité est très, très rare. 

La complexité des relations est particulièrement marquée quand il s'agit de manoeuvrer pour réussir l'opération la plus importante d'une vie (surtout pour les femmes) : se marier. Ce n'est pas à demi-mot qu'il faut faire comprendre ses sentiments, c'est au quart d'un bout de souffle... ce qui bien évidemment entraîne de nombreux malentendus qui font tout le sel des romans. Je ne suis pas entièrement conquise par l'intrigue de celui-ci : il m'a semblé que l'intrigue principale traînait trop longtemps pour finalement se résoudre brusquement. Le point de vue d'Anne, celui que l'on suit, n'évolue pas d'un bout à l'autre et elle est dans une telle situation qu'elle ne peut rien faire ni espérer grand-chose ; c'est de l'autre côté que ça se passe et ce côté-là, on n'en apprend les sentiments qu'à la fin du roman. Il se passe des choses, mais pas dans le coeur de notre héroïne, et on se demande longtemps où tout ça va nous mener.

Ce que j'aime aussi chez Jane Austen, c'est son petit côté satyrique et l'humour que l'on trouve dans certaines situations et certains personnages, parfois même assez caricaturaux. Sauf que ce roman-ci m'a paru un peu en manquer, de cet humour. Anne est un personnage un peu terne, elle n'a pas la vivacité d'Elizabeth Bennet, on n'a pas envie de lui donner des claques comme à Emma Woodhouse, mais je l'aime bien : c'est une jeune femme raisonnable mais avec une riche vie intérieure, mature et responsable, prête à accepter beaucoup (trop ?) pour garder l'harmonie dans sa famille. Son père est un peu idiot et un peu vain, sa soeur aînée désagréable, la cadette pénible, mais aucun d'entre eux ne pousse ses défauts jusqu'au comique.  Un Mr Bennet et ses moqueries acide, un Mr Collins et sa bêtise m'ont manqué. Ce roman-ci est plus réaliste et du coup, un peu plus sombre aussi. 

Ceci dit c'est resté une lecture non seulement plaisante, mais aussi très instructive : la galerie de personnages est large et variée, et peut-être plus encore que dans les autres romans de Jane Austen, on visite en profondeur la vie des personnages. On y découvre une autre espèce de nantis, les capitaines de marine, on fait un petit tour à Lyme et à Bath, bref, c'est une jolie ballade. Mais je dois avouer que mon petit coeur n'a pas franchement tremblé pour l'avenir sentimental de cette pauvre Anne...

Pour en savoir plus :

Contes de la Bécasse, de Guy de Maupassant


Ce mois-ci, comme le veut le challenge "Un genre par mois", je redécouvre un classique de Maupassant... et je ne pensais pas qu'il me ferait un tel effet. 


Résumé :

Chaque année, à l'époque de la chasse à la bécasse, le vieux baron des Ravots invite les chasseurs a sa table. Un rituel désigne chaque année celui qui aura la chance de déguster la tête des oiseaux mais, en échange, devra raconter une histoire...


Mon avis :

Je suis tombée sur ce recueil de nouvelles un peu par hasard : pour le challenge "un genre par mois", je cherchais un roman classique à lire, et cet article m'a donné envie de me pencher à nouveau sur Maupassant que j'avais découvert pendant mon adolescence.  Comme tout ce que j'ai lu il y a si longtemps, j'ai entamé ce recueil de nouvelles sans savoir du tout à quoi m'attendre. 

Il s'agit donc d'un ensemble de contes très courts, de petites histoires où l'atmosphère prime souvent sur l'intrigue. Ils ont pour point commun d'explorer la nature humaine, sans fard. On sent chez l'auteur une certaine tendresse envers l'humanité ; il parle des défauts et qualités, petits et gros, des hommes et des femmes de son époque. Certaines histoires ont d'ailleur l'air à la fois tellement loufoques et tellement réalistes, parlent de personnalités tellement hors-normes mais décrites sans exagérations, qu'on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agit d'histoires réelles. En lisant par exemple "Farce normande" (à propos d'une drôle de blague jouée à un jeune marié) ou "Un Normand" (à propos d'un drôle de bonhomme qui fait commerce de prières et de statuettes de saints), je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer l'auteur, en visite à la campagne, rencontrant de tels personnages ou notant dans un petit carnets les histoires de village qu'on lui raconte autour d'un verre. D'autres "contes" (par exemple "Le testament") racontent des histoires de familles du genre à rester longtemps dans les mémoires. Ce recueil nous plonge ainsi dans les vies depuis longtemps terminées, dans des drames qui ont secoué des vies et aussi dans de petites anecdotes plus joyeuses, et la plume de l'auteur est extraordinaire pour nous faire vivre, en quelques pages seulement, toutes ces vies si différentes de ce qu'on connaît actuellement.

Et pourtant, j'étais presque contente de terminer ma lecture à cause du malaise que j'ai ressenti souvent. Car si dans ces histoires il y a de la tendresse, il y a aussi beaucoup de cruauté. On y trouve des meurtres, des viols, de la torture animale ou sentimentale, de l'avarice poussée à l'extrême, le tout raconté avec une candeur choquante au nom de personnages qui ne semblent pas réaliser en quoi que ce soit le mal qu'ils font. Je ne sais pas s'il y a une forme de dénonciation de la part de l'auteur, ou s'il veut juste raconter ce que l'on trouve derrière le vernis de civilisation... mais il a une façon de nous montrer le côté le plus noir de l'homme, avec un pessimisme qui est quelque peu contagieux. L'une de ces histoires, par exemple (La Rempailleuse), a pour introduction une discussion sur l'amour entre les invités du marquis, les femmes soutenant l'existence d'un grand amour unique et pur, les hommes persuadés que l'amour peut renaître plusieurs fois. Et là un invité raconte l'histoire d'un de ces grands amours uniques, justement... mais bâti sur de mauvaises raisons et accueilli avec la plus affreuse des cruautés. Assez souvent, l'histoire se déroule comme ça ; un petit conte qui a l'air bien gentil mais qui se termine de la pire manière qui soit. 

En résumé, j'ai été charmée par la puissance de narration de l'auteur qui nous plonge en quelques pages dans un autre monde, une autre aventure humaine... mais je suis trop sensible pour tant de pessimisme, tant de cruauté candide. J'ai très envie de redécouvrir Maupassant, mais ce recueil m'a donné une leçon : je ne tenterai l'aventure que quand je me sentirai de taille à lui faire face armée d'un optimisme à toute épreuve. 


Pour en savoir plus :
- acheter ce livre sur Amazon (on le trouve aussi gratuitement en ebook)

Le vagabond des étoiles, de Jack London


Je continue à rattraper mon retard de chroniques avec quelque chose d'un peu plus récent : le livre qui a fait l'objet du Book Club d'août !


Résumé :

Le professeur Darrell Standing n'a plus que quelques jours à vivre : il attend d'être pendu dans la prison de Folsom. Condamné à vie pour le meurtre d'un collègue, c'est un incident mineur qui lui vaudra la corde après des années d'isolement, de sanctions injustes et d'une forme de torture légale, "la camisole". Mais Darrell Standing a appris à s'auto-hypnotiser pour échapper à la douleur et est capable de redécouvrir ses nombreuses vies passées. 


Mon avis :

Encore un livre dans lequel je me suis plongée sans rien en savoir. Je savais juste que Jack London est un auteur américain célèbre que j'avais envie de découvrir (je ne pense pas avoir lu Croc-Blanc, son roman le plus célèbre). Cette lecture a été choisie dans le cadre du Book Club d'août qui avait pour thème les romans d'aventure, je m'attendais donc à un roman de ce genre.

Comme je le soupçonnais en lisant le résumé, les deux thèmes centraux sont la prison et la réincarnation. J'en rajouterais un troisième : l'injustice. 

Dès les premières pages, nous sommes confrontés à la vie en prison de Darrell Standing. Il a commis un meurtre (pour lequel nous n'avons aucune explication à part qu'il a été commis sous le coup de la colère) et est en prison depuis plusieurs années. Lorsqu'il nous raconte son séjour, de façon un peu décousue, l'horreur de ce qu'il subit est de plus en plus perceptible au fil du texte avec beaucoup de détails très terre-à-terre. Heureusement, cette horreur est atténuée par le ton rebelle de sa narration : le responsable de prison a décidé de briser cet homme à tout prix, quite à le tuer, mais il n'a réussi qu'à lui offrir une expérience nouvelle qui va changer sa vie. Je vous rassure, je ne gâche aucune surprise en vous racontant cela : c'est évident dès les premières pages. 

Ce que j'ai appris après avoir refermé le livre, en parcourant wikipédia, c'est que les sévices que subit Darrell Standing ne sont pas, comme je le croyais, des inventions de l'auteur pour rendre son récit plus dramatique. L'isolement pendant des années, ainsi que la "camisole" ("The Jacket" est d'ailleurs le titre de ce roman dans sa version britanique) étaient des sévices légaux et pratiqués à la prison de Folsom à l'époque où il écrit (le roman a été publié en 1915). Jack London s'est basé pour en parler sur le témoignage d'Edward Morrell, un prisonnier dont il a fait un personnage du roman et qu'il a contribué à faire sortir de prison. En sachant cela, ce roman prend tout à coup l'allure d'un plaidoyer très puissant contre les lois hyper-sévères de l'époque (Standing est finalement condamné à mort pour avoir apparemment donné un coup de poing à un gardien) et contre les excès du monde carcéral. 

Le deuxième aspect, la réincarnation, est au centre de l'intrigue elle-même et lie les différents récits qui la composent. Le narrateur revoit ses vies passées et nous en parle, soit en détails, soit de façon plus poétique ; parfois les récits portent sur une longue période, parfois sur un seul incident. Quelques-un sont ancrés dans une réalité historique (il paraît que Jack London a repris certains textes qu'il comptait utiliser dans des livres d'histoire). Certains récits ont une conclusion, d'autres non, mais ça ne m'a jamais dérangée : le narrateur navigue dans son passé comme dans des rêves et, bien qu'il fasse l'effort de nous présenter chacune de ses histoires dans une logique chronologique, parfois il ne peut pas tout reconstruire ou n'a pas le temps de tout raconte - après tout, ses heures sont comptées... Toutes ces intrigues individuelles pourraient donner un côté très décousu au roman mais les retours fréquents en prison les maintiennent fermement en place. Ce qui est plus ennuyeux, ce sont les longs monologues poético-philosophiques sur la réincarnation que nous impose le narrateur qui essaie visiblement de nous convaincre. Je les ai trouvés un peu trop abondant et assez vite fatigants, surtout quand on attend avec impatience la suite du récit.

Le troisième et dernier aspect important, c'est l'injustice. Si les différents récits enchâssés et le récit du narrateur en tant que prisonnier sont très variés, ils ont au moins une chose en commun : l'injustice du destin et des hommes. Dans chacun, Darrell Standing ou une de ses réincarnations doit subir un destin cruel qu'il ne mérite pas (même s'il n'est pas non plus entièrement innocent). C'est une constante qui ajoute un aspect important au récit, une colère sous-jacente ; mais quand on sait que certains des récits enchâssés ont été écrits dans un tout autre contexte, on ne peut s'empêcher de se dire que Jack London devait avoir une vision bien négative de la vie...

J'ai lu ce roman en version originale est le style est à la fois très vivant et un peu vieilli. La colère de Darrell Standing est bien rendue et son récit est très spontané, juste assez haché et décousu pour rendre réalistes les conditions de sa rédaction. La grammaire un peu "pompeuse" trahit l'âge du récit mais le remet aussi dans un contexte historique. Je ne conseillerais cependant pas la version originale à quelqu'un qui ne maîtrise pas bien l'anglais, les constructions sont parfois un peu difficiles à suivre, d'autant plus que Jack London est assez avare en virgules. 

Pour résumer, ce roman est un très peu récit d'aventures multiples emballées dans un plaidoyer marquant contre le système carcéral de son époque et contre l'injustice de l'homme à toutes les époques. Les passages plus philosophiques gêneront peut-être le lecteur impatient, mais les aventures de Darrell Standing et de ses multiples réincarnations, dont certaines sont basées sur des faits historiques, sont palpitantes et très joliment racontées. Voici donc un autre roman que je conseille et qui m'a donné envie de découvrir un peu plus l'oeuvre de Jack London.



La pierre de lune, de Wilkie Collins


Me revoilà, moi et mes chroniques ! J'ai un peu de mal à reprendre mes habitudes bloguesques après une longue pause due aux vacances ; je me retrouve à devoir chroniquer des bouquins que j'ai lus il y a deux mois, ça commence à faire long (et la pile est haute, aussi). Pour m'échauffer, je vais donc commencer par le haut de la pile, un des romans que j'ai terminé récemment.


Résumé :

La pierre de lune est un diamant unique, un joyaux indien révéré comme un dieu et protégé par trois Brahmins. Jusqu'au jour où un militaire anglais le vole et l'emporte dans son pays. La légende noire de ce joyau le poursuit jusqu'en Europe, tout comme ses trois gardiens, bien décidés à le récupérer. Est-ce si étonnant qu'il soit ensuite à l'origine du vol le plus incompréhensible qui soit ?


Mon avis :

Après avoir lu et avoir été très agréablement surprise par "La femme en blanc" du même auteur, je m'étais promis de découvrir une autre de ses oeuvres célèbres, "La pierre de lune".  Il paraît d'ailleurs que ce serait le premier roman policier, bien qu'il ait été publié plus de 25 ans après la première nouvelle du genre (Assassinat dans la rue Morgue, d'Edgar Allan Poe).  J'y ai donc plongé avec de grands espoirs, et du coup un plus grand risque de déception que lorsque j'avais entamé "La femme en blanc".

Résultat ? D'abord, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer de grandes similitudes entre les deux.  On y retrouve bien entendu la société victorienne, avec sous-jacent un commentaire social relativement subtil et très réussi. Dans "La femme en blanc", l'auteur dénonçait notamment la position de la femme légalement dépendante de l'homme ; cette fois-ci, il s'attarde sur les problèmes de classes sociales (le détective principal très talentueux n'a pas la possibilité de résoudre l'affaire jusqu'au bout parce qu'il n'est pas suffisamment respecté du fait de son statut social inférieur), sur la xénophobie de la société anglaise, et, moins directement, sur l'occupation anglaise de l'Inde. Un autre sujet inattendu qui a apparemment fait couler beaucoup d'encre à l'époque, c'est la description précise des effets de l'opium. Ils m'ont paru si surprenants que j'hésitais à y croire, mais apparemment Wilkie Collins savait ce dont il parlait, car il en était lui-même dépendant.

Un autre aspect identique à "La femme en blanc", c'est la narration alternée entre différents personnages. Même si c'est moins surprenant que la première fois, ça marche à nouveau : chacun des points de vue permet un ton différent qui varie la narration, la présentation du roman sous forme d'une collection de documents lui donne un certain réalisme en engageant le lecteur d'une façon différente, et surtout, plusieurs des narrateurs apportent un aspect comique qui allège un peu cette histoire assez sombre. En particulier, Gabriel Betteredge, le servant fidèle, est touchant et en même temps amusant par sa faculté d'auto-dérision ; tandis que Drusilla Clack est la caricature de la vieille emmerdeuse qui ne cesse de trouver des justifications ridicules à ses très très gros défauts. Il a beau exagérer un peu parfois, l'auteur a un véritable talent pour se mettre dans la peau de ses différents narrateurs.

Mais cessons de tourner autour du pot : est-ce que ce premier roman policier m'a apporté le même plaisir de lecture que certains de ses successeurs ? Eh bien je dois dire que j'ai préféré "la femme en blanc" pour certains aspects, principalement pour le personnage du Conte Fosco et le huis-clos époustouflant à Blackwater. Mais ce roman est un vrai polar, un peu lent, plutôt long, mais très réussi. Impossible (en tous cas pour moi) de deviner le meurtrier. L'auteur utilise toute une série de procédés littéraires qui définiront le genre et qui sont assez familier au lecteur actuel, mais il les maîtrise parfaitement. Vers le milieu du livre, j'en suis venue à me demander si le mystère serait jamais résolu, tant l'enquête semble s'enliser même pour le détective qui semblait le plus capable de la résoudre. Mais l'intrigue continue, portée notamment par un petit triangle amoureux, et lorsque les indices commencent à arriver, ils portent le lecteur de surprise en surprise. Il y a aussi quelques moments où le maintien du suspense semble un peu forcé (pourquoi personne n'est-il capable d'expliquer les choses directement quand on leur pose une question ?), mais ça fait partie du jeu.

Bref, je n'ai pas vu les pages passer. Les différents narrateurs, les multiples ramifications de l'intrigue, le commentaire social sous-jacent, l'humour et le style classique qui contraste avec la modernité du sujet en font un roman remarquable. Autant les amateurs de polars que de romans classiques ou de pur divertissement apprécieront. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter ce livre sur Amazon

La petite Fadette, de George Sand


Voici un livre chéri dans ma jeunesse, qui m'est revenu en tête brutalement et que j'ai relu spontanément, en-dehors de tout planning de lecture. De temps en temps il faut se laisser porter par ses envies...


Résumé :

Les deux jumeaux du père Barbeaux, Landry et Sylvinet, sont de beaux et gentils garçons inséparables. Quand ils ont 14 ans, leur père décide d'envoyer l'un d'eux travailler dans la ferme d'un voisin. Landry est tiré au sort et s'habitue petit à petit à son nouvel environnement, mais Sylvinet, resté à la maison, est mélancolique au point d'en tomber malade. Un jour où Landry vient le voir, Sylvinet n'apparaît pas et sa mère confie à Landry qu'elle craint qu'il attente à sa vie. Landry, paniqué, a recours pour le retrouver à l'aide de la Petite Fadette, une petite sauvageonne qu'il a toujours méprisée, et suite à ça découvrira qu'elle est bien différente de ce qu'il s'était imaginé.


Mon avis :

Ce roman, je l'ai découvert pour la première fois quand j'étais adolescente et qu'on me l'a offert pour un anniversaire ; je l'avais adoré à l'époque et j'étais curieuse de le relire pour savoir si mon avis était resté le même. Je n'étais pas sûre de pouvoir toujours apprécier cette histoire d'amour gentillette et j'avais peur de découvrir que le texte était bien plus daté que dans mon souvenir.

Eh bien, j'avais tort. Cette histoire d'amour très douce m'a pourtant à nouveau émue. Il est clair que tout ceci est fort idéalisé ; dans le petit monde rural que décrit avec tendresse George Sand, il n'y a pas de famines, personne n'est vraiment pauvre au point d'en souffrir, les adultes sont sages et les jeunes ont la belle vie. Le village est aussi prêt à revoir remarquablement vite son opinion d'une jeune fille devenue tout à coup fréquentable. Les gentils sont récompensés par une vie heureuse, les moins gentils ne sont pas vraiment méchants. Mais ça donne à toute cette histoire la saveur d'un conte très doux qui fait chaud au coeur.

En plus de ça, ce roman raconte bien plus de choses qu'une seule histoire d'amour. Il parle avant tout de deux "bessons", des jumeaux identiques inséparables toute leur enfance et qui vont évoluer de façon différente. On y voit l'erreur de parents qui font pourtant de leur mieux, la souffrance d'un coeur trop gâté et la façon dont un gentil garçon peut souffrir de la jalousie sans même le savoir. L'histoire est simple mais touchante et si joliment racontée qu'on ne peut que s'attacher aux bessons et souffrir avec eux.

C'est aussi l'histoire d'une jeune fille méprisée qui va dévoiler sa vraie nature, et en ça c'est un peu un roman féministe : la petite Fadette est finalement, malgré sa jeunesse et son sexe, le personnage le plus sage et raisonnable du roman. Je dis que c'est "un peu" un roman féministe parce qu'en même temps, pour pouvoir obtenir la reconnaissance et le bonheur, elle devra avant tout faire l'effort de se conformer à ce qu'on attend d'une "fille de bien". Elle passe son enfance à être rejetée et méprisée par la communauté parce qu'elle est trop garçon manqué, qu'elle fait preuve de trop d'esprit et parce que sa mère s'est enfuie avec les soldats ; on attend d'elle qu'elle soit féminine, discrète et que par sa conduite sage et soumise elle se fasse pardonner un péché qui n'est pas le sien. C'est ce qu'elle finira par faire pour obtenir l'homme dont elle est amoureuse, et elle semble s'accommoder de sa vie et apprécier qu'on reconnaisse enfin ses qualités... mais c'est aussi une défaite, quand on y songe.

Ceci dit, l'auteur a le mérite d'offrir une jolie leçon de tolérance. La longue conversation entre Landry et la petite Fadette dans les champs est un des plus beaux dialogues que j'aie jamais lus ; quand Landry est tout étonné de s'attacher à la jeune fille qu'il pensait détester juste à cause de ses jolis mots, moi je ne suis pas étonnée du tout. Comment résister à une voix - une plume - aussi touchante ?

Comme d'habitude avec les romans de George Sand, on a aussi le plaisir de découvrir la vie rurale du XIXème siècle, de se balader dans les champs et les forêts avec les personnages. On découvre la beauté d'un boeuf en pleine forme, la petite lumière envoûtante d'un feu follet ou le plaisir de faire de petits moulins de brindilles comme les enfants de l'époque.  Les paysans ne sont pas sales et ignorants, pauvres ou malades, ils sont sages, heureux, ils forment une communauté où chacun a sa place. C'est assez bizarre mais sous la plume de George Sand, ce genre de tableau n'a pas pris une ride.

En résumé, je recommande chaudement ce joli conte qui continue à me mettre les larmes aux yeux ; je pense qu'il rendre pour moi dans la catégorie "livres-doudous" que je feuillèterai encore et encore lorsque j'aurai besoin d'un peu de douceur.  Si vous ne le connaissez pas, découvrez-le d'autant plus facilement qu'il est dans le domaine public et existe sous la forme d'ebook ou d'audiolivre gratuits. Il se lit vite et en vaut vraiment la peine.


Pour en savoir plus :
- l'avis de Belykhalil, qui n'a pas du tout été conquise, pour tempérer un peu mon enthousiasme
- acheter ce livre sur Amazon en ebook gratuit ou en papier


Les Misérables, de Victor Hugo - en pièce radiophonique


J'ai enfin réussi à découvrir ce grand classique qui me faisait peur : en l'abordant sous une forme bien plus ludique !


Résumé :

Jean Valjean a passé 19 ans au bagne mais une fois sorti, sa peine n'est pas finie : la marque de sa condamnation sur son passeport lui ferme toutes les portes. Sauf celle de l'évêque Monseigneur Myriel, qui rachète son honnêteté en lui offrant l'argenterie qu'il avait tenté de voler. Cette main tendue permettra à Jean Valjean de devenir un homme bon, malgré le passé qu'il est obligé de fuire sans cesse son passé, et d'aider Cosette, la fille illégitime de la pauvre Fantine.


Mon avis :

Les Misérables, c'est exactement le genre de roman dont je me dis que je devrais le lire sans jamais en avoir le courage. Car bien sûr, c'est un classique, c'est Victor Hugo avec sa plume inimitable et son talent pour dénoncer l'injustice sociale, pour camper des personnages qui donnent les larmes aux yeux et offrir au passage l'aperçu poignant d'une époque. Mais ce sont aussi des digressions interminables, des diatribes politiques sur des sujets qui ont perdu depuis longtemps leur actualité, et une noirceur, une tristesse d'autant plus insupportables qu'elles sont rendues réalistes par le talent de l'auteur. J'ai lu il y a longtemps "Notre-Dame de Paris", je me suis permise d'en sauter de longs passages, et j'en suis ressortie avec le moral dans les chaussettes... Ca m'a beaucoup refroidie ! 

Alors évidemment, "Les Misérables", je n'étais pas pressée de m'y mettre. Enfant, j'avais reçu une édition abrégée de la partie "Fantine" et je n'avais déjà pas eu le courage de la terminer.  Mais je voulais quand même en apprendre plus sur ces icônes de la littérature que sont Cosette, Jean Valjean, Fantine, Gavroche, Marius et les autres.

Alors cette pièce radiophonique en quinze épisodes est tombée à point : j'ai pu découvrir les personnages et l'intrigue de cette grande fresque historique, voire même profiter de la plume de Victor Hugo, sans avoir à faire face aux centaines de pages de l'oeuvre originale. J'ai versé ma petite larme sur le malheur de Fantine sans être tout à fait démoralisée par l'injustice du monde où elle vit. Je vais enfin pouvoir briller en société en parlant des barricades parisiennes de 1832, youpeee !

Blague à part, voici encore une excellente adaptation que nous offre France Culture. Le texte est bien évidemment largement abrégé, mais la plupart des personnages y sont très bien décrits et les phrases utilisées sont bien de Victor Hugo. Ceux qui ont réalisé l'adaptation ne se sont pas contentés de couper les digressions politiques ; ils ont gardé la discussion politique entre Monseigneur Myriel et le conventionnel, par exemple, ou les convictions politiques de Mr Gillenormand. Et bien sûr, nous avons droit à l'explication des barricades et autres histoires nécessaires à l'intrigue. Les narrateurs sont excellents et même la musique de générique m'a beaucoup touchée.

Bref, je ne peux pas me vanter d'avoir lu Les Misérables, mais je pense en avoir eu une belle introduction. Je comprends maintenant en quoi ce roman est fascinant et ça m'a même donné envie de l'ouvrir, finalement, un jour ou l'autre. Si comme moi vous avez peut d'être enseveli sous les mots de Victor Hugo, n'hésitez pas à tenter cette version allégée !


Pour en savoir plus : 
- l'émission "Fiction / Le feuilleton" qui adapte de grandes oeuvres littéraires sous forme de pièces radiophoniques


L'amour aux temps du choléra, de Gabriel Garcia Marquez


Quand on a parlé du décès du prix Nobel de littérature Gabriel Garcia Marquez, j'ai jeté un oeil dans ma bibliothèque pour vérifier ce que j'avais déjà lu de lui. Il y avait "Chronique d'une mort annoncée" que j'ai beaucoup aimé mais que je n'ai bizarrement pas commenté, et puis "L'amour aux temps du choléra", que j'avais commencé et arrêté pour je ne sais quelle raison. Alors j'ai repris cette lecture, qui s'est avérée bien différente de ce à quoi je m'attendais !


Résumé : 

Quelque part dans les Caraïbes, le docteur Juvénal Urbino découvre le suicide d'un ami qui avait décidé de ne pas affronter la vieillesse. Cet évènement le renvoie à son propre âge avancé, à celui de son épouse Fermina Daza et à leur long mariage qui n'a pas été sans difficultés. Il ignore que dans la même ville, un autre homme attend sa mort pour retrouver celle qu'il aime depuis plus d'un demi-siècle.


Mon avis :

Je dois dire que j'ai été surprise par ce roman dont je ne connaissais que le titre. Le début concerne avant tout la mort de Jeremiah de Saint-Amour, adversaire aux échecs et ami de Juvénal Urbino, qui laisse comme testament une longue lettre de révélations. Le docteur Urbino semble très affecté à la lecture de cette lettre et elle semble contenir de lourds secrets ; je m'imaginais donc que le roman allait se développer sur ce thème. Et puis non ; on ne découvre qu'un secret qui ne m'a pas paru vraiment justifier le choc du docteur, et ensuite l'intrigue se recentre autour de Juvénal Urbino, Fermina Daza et l'homme qui l'aime depuis toujours, Florentino Ariza. Avec sa construction en aller-retours entre les personnages et entre le passé et le présent, j'ai envie de décrire ce roman comme une série de digressions.

Ensuite, après avoir lu le livre mais avant de rédiger cette chronique, je suis allée sur Wikipédia pour récolter quelques informations... et j'ai été à nouveau très surprise : tous les résumés de l'intrigue semblent se centrer sur une seule histoire d'amour, celle de Fermina Daza et Florentino Ariza (je reprends à chaque fois le nom et le prénom car c'est ce que fait l'auteur dans le roman). Partout, l'histoire est présentée comme une victoire de l'amour contre le temps, et l'amour dont on parle est toujours celui de Florentino Ariza. Ce n'est pas du tout comme ça que je l'ai ressenti ! 

Pour moi, il y a une double histoire d'amour : l'amour de Juvénal Urbino et celui de Florentino Ariza (tous les deux pour la même femme, Fermina Daza). Et chacune de ces histoire raconte un aspect de l'amour : l'amour conjugal et l'amour passionné.

Bizarrement, c'est l'amour conjugal qui m'a le plus touchée. C'est un amour difficile entre deux êtres qui ne se connaissaient que très peu au moment de lier leurs destins et qui doivent ensuite se supporter pendant le reste de leur vie. Ils entrent dans cette union sans être vraiment certains qu'il s'agit vraiment d'amour, et c'est une question qui poursuivra Fermina Daza jusqu'au bout : "C'est ça, l'amour ? Ce n'est que ça ?". Mais en même temps, ils construisent une complicité, une connaissance et un besoin l'un de l'autre qui deviendra toute leur vie. Ils se battent au fil des années pour cette relation, pas parce que c'est ce qu'exige la société (à un certain moment ils se sépareront et ça ne semble poser aucun problème), mais parce qu'ils se rendent compte qu'ils ont du respect l'un pour l'autre et besoin l'un de l'autre. Et moi aussi j'ai du respect pour ces deux personnages, patients chacun à leur façon. Ce sont leurs rencontres, leurs affrontements et leurs moments de complicité qui m'ont de temps en temps arraché quelques larmes d'émotion.
Elle avait supplié Dieu de lui concéder au moins un instant afin qu'il ne s'en allât pas sans savoir combien elle l'avait aimé par-delà leurs doutes à tous les deux, et senti un désir irrésistible de recommencer sa vie avec lui depuis le début afin qu'ils pussent se dire tout ce qu'ils ne s'étaient pas dit et bien refaire tout ce qu'autrefois ils avaient peut-être mal fait.

De l'autre côté du ring il y a Florentino Ariza et son amour irrépressible, passionné, extrêmement romantique. C'est un amour qui n'a rien de raisonné : un coup de foudre, une maladie. C'est d'ailleurs (à mon avis) à cause de lui que le choléra fait partie du titre ; c'est une maladie qui est mentionnée régulièrement au fil des pages, comme une toile de fond, mais la véritable maladie c'est celle qui emporte Florentino Ariza. Et elle tue aussi bien que le choléra, car elle emporte sur son passage les femmes que Florentino côtoie.  
Transito Ariza avait l'habitude de dire : "La seule maladie qu'a eue mon fils, c'est le choléra". Elle confondait, bien sûr, amour et choléra, et ce bien avant que s'embrouillât sa mémoire.

Moi, contrairement à beaucoup de lecteurs apparemment, je n'arrive pas à considérer Florentino Ariza comme un champion de l'amour. Je l'ai trouvé pathétique, égoïste, vicieux et par moments carrément dégueulasse. Sa seule qualité c'est d'avoir su faire comprendre à Fermina Daza que la vieillesse n'interdisait pas les sentiments et l'amour physique. Mais au fil du livre il m'a trop souvent fait pitié par son incapacité à "tourner la page" et à saisir les occasions de bonheur qui se trouvent à sa portée. Et sur la fin il m'a carrément donné envie de vomir, lorsqu'à plus de soixante ans il a une relation avec sa pupille de quatorze ans :
Pour lire ce qu'elle avait écrit, Florentino Ariza s'inclina par-dessus son épaule. Sa chaleur d'homme, son souffle entrecoupé, l'odeur de ses vêtements qui était la même que celle de son oreiller la troublèrent. Elle n'était plus la petite fille à peine débarquée dont il ôtait les vêtements un par un avec des cajoleries de bébé : d'abord les chaussures pour le nounours, puis la chemise pour le lapinou, et un baiser pour la jolie petite chatte à son papa.  Non : c'était une femme au vrai sens du terme, qui aimait prendre des initiatives.
Je ne vous ai toujours pas dit si j'ai aimé ce roman on pas. Eh bien je l'ai tout simplement adoré. Il a un sujet particulier et très difficile à traiter : la vieillesse, avec tous ses problèmes physiques et la peur de la déchéance. Il me semble difficile de parler de ça sans devenir pathétique ou caricatural, mais avec la plume qu'il a, Gabriel Garcia Marquez peut tout se permettre. Grâce à une multitude de détails et une façon très personnelle de raconter son histoire, il m'a plongée toute entière dans son univers à chaque fois que je reprenais le livre en main. Il n'y avait pour moi plus rien d'étranger dans la vie de cette ville si éloignée de ma réalité et dans la tête de ces personnages si différents des hommes et des femmes que je connais. Toute l'histoire est extrêmement lumineuse et réaliste, à la fois crue et poétique, froide et terriblement touchante. C'est une histoire d'amour mais on parle aussi sans fards de la vie intime des personnages, comme les coliques et constipations de Florentino Ariza. Le temps de cette lecture, l'auteur m'a transportée dans les Caraïbes du siècle dernier (ou de celui d'avant ?) comme si j'y avais vécu toute ma vie. Il m'a fait vivre la passion de la jeunesse et la gêne de la vieillesse. J'en suis ressortie bouleversée. 

Et pour terminer, deux passages que j'ai soulignés tant j'ai trouvé la plume magnifique :
Elle lui semblait si belle, si séduisante, si différente des gens du commun qu'il ne comprenait pas pourquoi personne n'était comme lui bouleversé par le chant de castagnette de ses talons sur les pavés de la rue, ni pourquoi les coeurs ne battaient pas la chamade aux soupirs de ses volants, ni pourquoi personne ne devenait fou d'amour sous la caresse de ses cheveux, l'envol de ses mains, l'or de son rire. Il ne perdait aucun de ses gestes, aucune expression de sa personnalité, mais il n'osait l'approcher par crainte de briser l'enchantement.
C'était une grande mulâtresse, élégante, aux os longs, dont la peau avait la couleur et la douce consistance de la mélasse, portant ce matin-là un tailleur rouge à pois blancs et un chapeau assorti dont les larges bords ombraient jusqu'à ses paupières. Elle semblait d'un sexe plus défini que le reste des humains.
Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre

Le procès, de Franz Kafka


Aujourd'hui, je vous présente une chronique dont je suis particulièrement fière : je l'ai commencée en me lamentant intérieurement de n'avoir rien compris au roman, et je la termine avec une (petite) idée de ce que l'auteur a (peut-être) voulu nous faire comprendre. J'espère que d'autres lecteurs pourront m'éclairer encore davantage !


Résumé :

Joseph K., employé de banque, reçoit un jour la visite de deux hommes qui semblent représenter la justice. On le conduit devant un greffier, mais on ne lui dit pas de quoi il est accusé, qui va le juger ni quand ça aura lieu, et il est laissé en liberté. A partir de là, il vit sous la coupe de ce procès absurde qu'il ne comprend pas et dont il attend le dénouement.


Mon avis :

Ca vous arrive parfois de lire un roman et, la dernière page tournée, de vous rendre compte que vous n'avez pas compris de quoi il s'agissait vraiment ? C'est une sensation bizarre, que j'ai déjà eue notamment avec Haruki Murakami : je comprends tous les mots, toutes les péripéties, mais je ne vois absolument pas de quoi il s'agissait, globalement. Je sais que ce roman fait partie des grands classiques de la littérature mondiale, que nombre d'études ont été faites à son sujet, et je me sens un peu bête d'avouer que je ne vois vraiment pas où l'auteur voulait en venir.

Mais commençons par le commencement.  Comme personnage principal, nous avons donc Joseph K., employé de banque, un peu borné, plutôt impatient, très égocentrique et à tendance libidineuse. Son caractère oscille sans cesse entre détestable et pitoyable, victime et bourreau, volontaire ou défaitiste ; autrement dit, il est insaisissable. En réalité ce n'est pas vraiment important puisque l'histoire porte sur ce qu'il lui arrive et la façon dont il le vit, pas réellement sur sa personnalité, mais alors pourquoi lui en donner une ? Pourquoi ne pas en faire un pion sans trait distinctif, qui représenterait l'homme normal dans sa généralité ? Même chose pour son nom : pourquoi lui donner un prénom et une initiale, pas un nom complet ni aucun nom du tout ?  Est-ce qu'il est quelqu'un ou est-ce qu'il est tout le monde ?

Ensuite, il y a l'intrigue, tout ce qui arrive à Joseph K et ses actions qui en découlent. Cette intrigue ne ressemble à aucune autre, et pourtant je peux vous décrire l'atmosphère très facilement : ça ressemble à un rêve légèrement angoissant. Vous savez, ces rêves où certains aspects sont très détaillés (les lieux, les décors, les sentiments) et d'autres complètement flous ? Ces rêves où on essaie sans cesse d'agir et de réagir de façon logique, mais où on ne cesse de faire face à des situations délirantes ? Ces rêves où il y a régulièrement des situations ou des détails complètement illogiques auxquels on trouve après coup une explication ?  Je pense par exemple aux trois hommes dans le placard, ou à la femme du portier de la salle d'interrogatoires : quand Joseph arrive la première fois, sa pièce est vide, quand il revient le lendemain, elle est entièrement meublée, alors il lui demande comment ça se fait, et elle lui donne une explication incroyable qu'il prend pour argent comptant. Autre exemple qui est typiquement onirique : quand il rencontre le greffier tout au début du livre, il y a trois hommes dans la pièce, qu'il ne connaît pas ; mais quand on lui annonce que ce sont des collègues, tout à coup il les reconnaît. C'est exactement comme ça que ça se passe dans les rêves (en tous cas les miens).

Tout est présenté sur un ton extrêmement réaliste, et en même temps, tout est impossible ; Joseph K vit dans une sorte de monde parallèle dont il se met vite à suivre la logique surréaliste. Le temps est déformé (un jour, il quitte le boulot en pleine journée pour se rendre chez son avocat où il arrive en pleine nuit), les lieux aussi (comme les greniers qui servent de tribunaux), il y a un aspect de tension sexuelle plutôt inexpliqué, l'accent est souvent mis sur l'atmosphère comme représentation d'un état d'esprit (quand il étouffe dans la maison du peintre, quand il se sent perdu dans la cathédrale...). Typiquement ce que je vis dans mes rêves les plus réalistes.

La seule chose logique là-dedans, en réalité, et ça va vous surprendre, c'est le système judiciaire. En gros, il n'a qu'un but : bafouer tous les droits de l'accusé de façon à être le plus inique possible. Du point de vue de la juriste que je suis encore un peu, c'est peut-être l'aspect le plus intéressant de ce roman : on se rend brutalement compte à quel point les principes judiciaires les plus importants sont en effet des garanties contre un système qui, sans eux, deviendrait tout à fait invivable. D'une rencontre à l'autre, Joseph K se rend compte qu'il n'a vraiment aucun moyen pour accéder à la moindre miette de justice. Il ne peut pas se défendre car il ne sait pas de quoi il est accusé et ne connaît pas ses juges. Il n'a aucune information sur l'évolution de son procès, sur le temps qu'il prendra, et n'apprendra même jamais son issue, il est donc condamné à vivre pour le reste de sa vie dans l'attente d'une éventuelle peine. Il ne connaît même pas les lois sur lesquels ce procès se base ; seuls les spécialistes y ont accès, lui ne reçoit que des informations parcellaires et contradictoires. De toutes façons, il semble que toute cette soi-disant justice soit entièrement subjective et les juges facilement corrompus. C'est comme un catalogue de tout ce qu'un système judiciaire ne peut pas être s'il doit être juste.

Au début Joseph K réagit de la même façon que nous le ferions ; il s'insurge, persuadé que tout ceci est une erreur ou une farce et que, comme il n'a rien fait de mal, l'erreur se résoudra toute seule. Par la suite, rien ne vient confirmer qu'il y a vraiment un procès ; il ne reçoit aucun papier, aucune information, ça pourrait toujours être une farce particulièrement élaborée et cruelle. Mais tout le harcèle : la rumeur publique, les soi-disant officiers, et tout un tas de personnages secondaires plus ou moins inexplicables. Alors il se met à y croire, à s'inquiéter et finalement à s'habituer à l'idée qu'il est peut-être coupable et que son destin ne dépend pas de lui. Peut-être que c'est là le message du livre : comment un système opaque peut détruire un homme... Mais alors, pourquoi l'avoir placé dans un monde surréaliste qui enlève toute vraisemblance à cette parabole ?

Avant de commencer ce roman, je savais un peu de quoi il s'agissait et je m'attendais à être frustrée par l'absence d'explication concernant le procès. Finalement, ce n'est pas ça qui m'a frustrée, car comme Joseph K, on se met à accepter ce qui ressemble plus à un destin qu'à une justice. Mais je n'ai jamais réussi à accepter tout le reste : les personnages absurdes, les situations insensées, les réactions de Joseph K qui oscille entre la logique et différentes obsessions inexpliquées.  Je n'ai pas détesté, non, sinon je ne me serais pas forcée à lire jusqu'au bout ; mais j'ai poursuivi cette lecture avec l'impression que je ne percevais qu'un centième de ce que j'aurais dû voir. Je me rends compte de l'utilité de certains personnages ou de certaines situations, car ils font partie du cheminement de Joseph K vers l'acceptation de son destin ; mais d'autres, par exemple les femmes, restent tout simplement incompréhensibles.

Il paraît qu'un bon livre est un livre qui fait réfléchir, et vu la longueur de ma chronique, c'est bien le cas ; mais puis-je qualifier de "bon livre" un roman qui me frustre au plus haut point ?  Un livre que j'ai lu avec l'impression de ne pas avoir les sous-titre, exactement comme quand Joseph reçoit son client italien ? Finalement, c'est peut-être ça le génie de ce roman, ce qui en fait un grand classique : il place le lecteur dans l'état d'esprit exact de son personnage principal. Comme Joseph, j'ai commencé par comprendre, puis je me suis perdue, je me suis battue pour retrouver un sens à tout ça, et finalement je me suis résignée.

J'ai commencé à écrire cette chronique un peu angoissée à l'idée de ne savoir rien dire d'intéressant ; et finalement, elle m'a aidée à éclaircir mes propres impressions et je suis plutôt satisfaite de ma conclusion. Voilà à quoi sert un blog, sans aucun doute !


Pour en savoir plus :



...et c'est aussi une lecture qui compte pour le challenge "chefs d'oeuvre de la SFFF", ce qui me permet de lire un des deux livres du genre "fantastique et trans-fiction" que je me suis engagée à découvrir !




Northanger Abbey, de Jane Austen


Depuis que j'ai ma toute nouvelle bibliothèque, ce qui est génial, c'est de retrouver à portée de mains des livres qui étaient dans des caisses depuis six mois, au point que j'avais oublié que je les possédais. Le premier livre dans ce cas-là qui a attiré ma main, c'est un roman de ma copine Jane Austen avec une jolie couverture pastel et un titre qui rappelle une série que j'ai beaucoup regardée à Noël... J'ai pris ça pour un signe, je l'ai lu en quelques jours, et voici mon avis !


Résumé :

La jeune Catherine, fille de pasteur campagnard, est emmené par des voisins à Bath, un lieu de villégiature où toute la bourgeoisie anglaise se retrouve. De soirée en bal, de déjeuner en visites au théâtre, elle fait la connaissance de nouveaux amis. Mais Catherine est simple, naïve et incapable de distinguer l'honnêteté des manipulations...


Mon avis :

Si je compte bien, c'est le quatrième roman de Jane Austen que je lis. Il y a eu d'abord Orgueil et préjugés, que comme beaucoup de lectrices j'ai adoré ; Raisons et sentiments, un peu moins sarcastique ; Emma, à l'héroïne insupportable ; et maintenant celui-ci. Et autant vous le dire tout de suite, de ces quatre oeuvres, c'est celle-ci que j'ai le moins apprécié.

C'est surtout le premier quart qui m'a posé problème. On y découvre Catherine, présentée avec une sorte d'humour acerbe qui, pour une fois sous la plume de Jane Austen, m'a semblé forcé et faux. Cette introduction m'a laissée perplexe : est-ce que l'auteur souhaitait présenter son héroïne avec malice, ou avec tendresse ? Catherine est-elle une petite idiote, ou une jeune femme naïve mais très sincère, du fait des circonstances ? L'auteur n'est pas sensé nous donner toutes les clés du personnage, mais ici ce n'est pas un caractère nuancé qui en ressort, c'est plutôt une série de contradictions et on ne sait plus sur quel pied dancer.

En faisant meilleure connaissance de Catherine au fil des pages, lorsque l'introduction laisse place à l'histoire, j'ai enfin pu former mon opinion : Catherine est une jeune femme pas vraiment idiote mais extrêmement, insupportablement naïve. Heureusement, les événements lui permettent d'apprendre à lire entre les lignes, mais au départ elle est totalement incapable de concevoir que ses interlocuteurs puissent penser une chose et en dire une autre. Elle prend tout au pied de la lettre jusqu'à l'absurdité et est manipulée dès le début. J'ai du mal à croire que, quelles que soient les circonstances de son éducation, une personne de 16 ans puisse être aussi naïve.

Evidemment, c'est le ressort de l'intrigue : Catherine est incapable de jouer le jeu extrêmement subtil des relations entre personnes de bonnes familles, dictées par la politesse et les convenances. Je pense que s'il y a une volonté de la part de l'auteur de dénoncer les pratiques de son temps, c'est là qu'elle se trouve : les règles de communication de l'époque sont si subtiles, si contradictoires, il y a tellement de non-dits que ça en devient ridicule. Au fond, c'est Catherine qui a raison : on devrait pouvoir s'exprimer clairement et la vie serait bien plus facile.

Le personnage de Catherine et la façon dont elle est présentée ont donc été un problème pour moi ; un autre problème, c'est le rythme de l'intrigue. Le résumé de mon édition parlait d'une invitation de Catherine à Northanger Abbey, la maison de nouveaux amis. En fait, cette invitation n'a lieu qu'au milieu du livre, et le séjour en tant que tel ne prend que le dernier quart. Tout le reste, ça se passe à Bath, où Catherine va d'un déjeuner à un bal, d'une pièce de théâtre à un thé avec des amis. Le scénario se déroule dans ce petit milieu fermé et porte avant tout sur les tous petits événements, le moindre discours, la moindre rencontre ou promenade. Ce genre de vie oisive devait être terriblement ennuyeuse, et cet ennui se répercute dans l'histoire. Il se passe des choses, oui, et l'intrigue évolue petit à petit ; mais les occasions et les décors sont si répétitifs que ça en devient vite lassant.

Finalement, il n'y a que le petit mystère à la fin qui vaille de poursuivre jusque là. Il y a évidemment une jolie histoire d'amour, mais en l'absence d'un Darcy sombre et mystérieux, cette part de l'intrigue manque cruellement de romantisme, bizarrement. Et les petits mystères qui étonnent si profondément Catherine sont faciles à percer pour le lecteur un peu moins naïf qu'elle.

Bref, voilà un livre que j'ai lu d'une traite (les insomnies ont au moins ça de bon), mais qui m'a quand même déçue : il n'y a ni l'humour caustique mais léger, ni la profondeur dans la romance, ni l'intrigue prenante, ni l'héroïne attachante que l'on trouve dans un "Orgeuil et préjugés" et ce qu'il reste est assez insipide. C'est dommage.

Et maintenant, j'aimerais me réconcilier avec Jane Austen mais je ne sais plus vers quel roman me tourner. Des suggestions ? 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre, avec pleiiiiiiin d'autres chroniques de blogueurs
- acheter le livre sur Amazon (en français)


Rebecca, de Daphné du Maurier


Ma toute première lecture de 2014 est en fait une relecture, et une belle ré-découverte !


Résumé :

Lorsque la jeune narratrice, timide demoiselle de compagnie pour une vieille dame acariâtre, rencontre Maximillien de Winter, maître du magnifique domaine de Manderley, elle en tombe amoureuse tout en sachant que tout les sépare. Cependant et contre toute attente, Maximilien, récemment veuf, lui demande de l'épouser. Après un mariage rapide et une courte lune de miel, le couple s'installe à Manderley, mais la nouvelle maîtresse de maison s'y sent vite mal à l'aise, entre un mari distant, une gouvernante hostile et l'ombre permanente de Rebecca, l'épouse morte mystérieusement...


Mon avis :

Ceux et celles qui me connaissent savent que je ne suis pas une grande fan de romance. Vu le résumé de celui-ci, qu'est-ce qui a pu m'attirer ? Eh bien, d'abord par le fait qu'un roman dont Alfred Hitchcock a fait un film doit contenir autre chose qu'une simple romance. Et puis ces derniers mois je suis passée par une phase "je relis des romans que j'avais découverts pendant mon adolescence et dont je n'ai qu'un vague souvenir" ; Rebecca fait partie de cette catégorie. J'en avais le souvenir d'une histoire un peu sombre, un peu glauque, pas celui d'une histoire d'amour ennuyeuse.

Petite présentation : ce roman, publié en 1938, est l'oeuvre la plus connue de Daphne du Maurier, une aristocrate anglaise. Elle est aussi l'auteur de "Les oiseaux" et "L'auberge de la Jamaïque", qui comme Rebecca, ont été adaptés au cinéma par Alfred Hitchcock. Rebecca est, comme Les Hauts de Hurlevent dont il est inspiré, un roman classique du style gothique.

"Gothique", ça veut dire quoi ?  Dans ce cas-ci, une ambiance pesante, incarnée par la fameuse Mme Danvers, la gouvernante en charge de la maison. Ça veut dire aussi du mystère, celui qui entoure Rebecca, cette épouse et maîtresse de maison tellement parfaite et regrettée qu'on n'en parle pas. Toute la partie de l'intrigue qui se déroule à Manderley est couverte d'une part d'ombre qu'on discerne à peine ; le lecteur sent bien qu'il y a quelque chose de caché derrière les apparences, mais c'est beaucoup plus subtil que ce à quoi je m'attendais. 

L'histoire d'amour en elle-même est finalement peu romantique : la demande en mariage est brutale, et une fois à Manderley, Max de Winter devient un mari carrément insupportable, qui se fâche de façon incompréhensible et laisse sa pauvre jeune épouse timide se débrouiller toute seule. L'épouse en question est à la fois intéressante par sa riche vie intérieure et son imagination débordante, et énervante à cause de sa timidité qui lui fait sans cesse faire les mauvais choix. Il paraît évident au lecteur qu'elle devrait imposer sa volonté en tant que maîtresse de Manderley, au lieu de se cacher dans les coins ! Et l'histoire du bal m'a parue tout à fait évidente alors qu'elle est prise par surprise. Mais la jeune narratrice est aussi touchante et on peut en quelque sorte la comprendre.

La troisième partie du livre, pleine de suspense, rachète les défauts du reste. Les évènements s'enchaînent avec une rapidité surprenante par rapport au rythme plutôt lent du reste du roman. J'ai vraiment adoré cette partie haletante et pleine de rebondissements. J'ai aussi apprécié la position originale du lecteur qui en vient à soutenir "le méchant", c'est assez particulier (et d'ailleurs cet aspect a été gommé dans le film).

Enfin, dernier aspect qui m'a marquée, c'est l'importance de Manderley, la maison. Elle est décrite en détails, autant l'intérieur que l'extérieur, mais c'est beaucoup plus qu'un décor : c'est un personnage à part entière, la vrai cause de tout le drame, la motivation de la plupart des acteurs. La fin n'en est que plus dramatique et presque inévitable...

Bref, voilà une histoire qui n'est pas aussi sombre que ce à quoi je m'attendais, mais qui est aussi beaucoup plus intéressante que ce que le résumé laisse présager. Elle commence lentement, s'assombrit au fil des pages et termine en apothéose. Si le livre a un peu vieilli quand il s'agit des relations sociales, son décor sur fond de maison aux allures de château lui donne un petit aspect de conte intemporel. J'ai passé un très bon moment, une belle façon de commencer 2014 en lecture !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Nelfe, encore plus enthousiaste que moi, celle de Lalita, qui n'a pas aimé la fin, et celui d'Aidoku, qui n'a pas apprécié l'intrigue ni la narratrice
- acheter ce livre sur Amazon.

Les Hauts de Hurlevent, d'Emily Brontë


Sur un coup de tête (ou plutôt un coup de coeur), je me suis replongée dans ce roman passionnant, sombre et violent. Un classique qui sort de l'ordinaire ! 


Résumé :

En cette fin de XVIIIème siècle, Mr Lockwood rend visite au propriétaire de la maison qu'il loue en plein coeur de la campagne anglaise la plus solitaire. Il découvre une famille pour le moins étrange : le sombre maître des lieux, un jeune homme bourru et pas éduqué, une jolie jeune femme hargneuse et un vieux serviteur pharisien, tous unis par la méchanceté et la haine les uns des autres. Forcé par une tempête de neige à rester loger sur place, Mr Lockwood découvre quelques livres marqués de variations sur le même nom : Catherine Earnshaw, Catherine Heathcliff, Catherine Linton. Quelle est l'histoire de cette famille si mal assortie ?  Qui était la fameuse Catherine qui semble au coeur de toute cette violente passion ?


Mon avis :

En participant au Book Club d'avril sur Jane Eyre, je me suis rendue compte que je n'avais jamais commenté ce très beau roman qu'est "Les Hauts de Hurlevent". J'ai donc été prise d'une envie subite de le relire, en VO pour la première fois, et de vous le présenter.

Au moment de sa sortie en 1847, les Hauts de Hurlevent ont beaucoup choqué lecteurs et critiques. Il a d'ailleurs été d'abord refusé par les éditeurs et n'est paru que suite à l'immense succès que la soeur d'Emily, Charlotte, a connu avec Jane Eyre. Il faut dire que Jane Eyre est une histoire d'amour plutôt classique, d'un romantisme agréable qui distingue bien les gentils et les méchants. Les Hauts de Hurlevent, c'est au contraire une histoire de passion, de vengeance et de haine, un tourbillon centré autour de deux personnages dont l'amour va déchirer deux familles sur deux générations.

Ce roman est un véritable ovni dans la littérature de l'époque. C'est de la littérature romantique, avec une bonne dose de gothique, mais surtout avec un aspect peu présent dans les autres romans de sa catégorie : une grande violence. Cette violence se retrouve dans les sentiments qui marquent l'intrigue : les personnages aiment à en mourir, haïssent à s'en détruire moralement, ils se laissent emporter par leurs passions comme par un torrent. Violence dans les paroles, aussi : on est loin de l'amour courtois et du langage châtié de Jane Eyre et Mr Rochester, ici on s'insulte sans cesse, on se menace de mort pour un rien, et le temps qui a démodé la langue n'a rien enlevé à la force des injures. Violence enfin jusque dans les actes : pour ne citer que les exemples les plus terribles, on trouve dans ces pages deux enfants battus (dont l'un échappe de justesse à une mort accidentelle), un enlèvement avec séquestration, une profanation de tombe et une tentative de meurtre qui se termine par un tabassage en règle. Voilà qui est bien surprenant sous la plume d'une jeune femme, fille de pasteur !

Je ne voudrais pourtant pas vous faire peur, futurs lecteurs, car ce roman, je l'ai adoré depuis ma première lecture. Il y a quelque chose de terriblement puissant dans le destin qui va croiser ces deux familles. C'est peut-être dû au huis-clos à l'atmosphère envoûtante : de la première à la dernière ligne, le lecteur se retrouve plongé au milieu de la lande anglaise. L'espace où s'inscrit l'intrigue est réduit à deux maisons séparées par quatre "miles" de chemins boueux : d'un côté, La Grange, un beau manoir bien comme il faut, et de l'autre, Les Hauts, une ferme-manoir très ancienne, sombre et battue par les vents. Sans jamais s'attarder sur les descriptions, l'auteure crée une atmosphère d'époque très réaliste, du lit en bois de Catherine aux jardins et écuries, en passant par la cuisine et la grande salle, les seules pièces chauffées de cette maison qu'on devine glaciale en hiver. On s'y lève longtemps avant le jour, on s'y couche avec le soleil, on devine une vie de travail campagnard, sans grand plaisirs, une monotonie qui est peut-être à l'origine de la passion qui dévore les habitants de l'intérieur...

Une autre chose qui surprend, c'est le côté mauvais de tous les personnages. L'auteure n'en a pas épargné un seul, même si elle laisse au lecteur le soin de les juger. Même la narratrice, Nelly, n'échappe pas à la règle : son rôle dans les évènements est loin d'être irréprochable et par moments, elle se présente elle-même comme une langue de vipère trop sûre de son jugement et peu fiable. C'est d'ailleurs assez étonnant de trouver une domestique dans un rôle aussi important : d'habitude, ils sont réduits au statut d'ombre serviable sans jugement ni caractère. Mais dans le monde fermé des Hauts, c'est Nelly qui éduque les enfants, qui dirige la maison, qui sert de confidente, et elle se permet aussi de réprimander les maîtres quand elle le juge nécessaire.

Il va falloir que je m'arrête un jour, je pourrais remplir des pages et des pages en vous parlant de ce roman qui me fascine. Où la petite Emily Brontë a-t-elle trouvé un tel univers, comment a-t-elle pu si bien en parler ?  La seule chose que je reproche à ce roman, c'est le langage à peu près incompréhensible de Joseph ; la transcription de son accent du Yorkshire est largement passée par-dessus la tête de mon anglais classique. C'est un peu dommage, car j'ai l'impression d'avoir raté un personnage haut en couleur.

Voilà un livre qu'il faut lire si vous cherchez de l'histoire et de la passion, du gothique et de la violence, de la beauté et de la haine. Cette histoire a un petit côté "Dallas" version XVIIIème siècle, elle est pleine de méchants qu'on adore détester et de gentils qui deviennent méchants ou se font écraser.  Elle donne un aperçu de ce que la langue anglaise classique devient si on remplace la politesse par les insultes. Et, si la vengeance et la haine sont souvent au menu, on y trouve aussi beaucoup d'amour et une bonne dose d'espoir.


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