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Les Misérables, de Victor Hugo - en pièce radiophonique


J'ai enfin réussi à découvrir ce grand classique qui me faisait peur : en l'abordant sous une forme bien plus ludique !


Résumé :

Jean Valjean a passé 19 ans au bagne mais une fois sorti, sa peine n'est pas finie : la marque de sa condamnation sur son passeport lui ferme toutes les portes. Sauf celle de l'évêque Monseigneur Myriel, qui rachète son honnêteté en lui offrant l'argenterie qu'il avait tenté de voler. Cette main tendue permettra à Jean Valjean de devenir un homme bon, malgré le passé qu'il est obligé de fuire sans cesse son passé, et d'aider Cosette, la fille illégitime de la pauvre Fantine.


Mon avis :

Les Misérables, c'est exactement le genre de roman dont je me dis que je devrais le lire sans jamais en avoir le courage. Car bien sûr, c'est un classique, c'est Victor Hugo avec sa plume inimitable et son talent pour dénoncer l'injustice sociale, pour camper des personnages qui donnent les larmes aux yeux et offrir au passage l'aperçu poignant d'une époque. Mais ce sont aussi des digressions interminables, des diatribes politiques sur des sujets qui ont perdu depuis longtemps leur actualité, et une noirceur, une tristesse d'autant plus insupportables qu'elles sont rendues réalistes par le talent de l'auteur. J'ai lu il y a longtemps "Notre-Dame de Paris", je me suis permise d'en sauter de longs passages, et j'en suis ressortie avec le moral dans les chaussettes... Ca m'a beaucoup refroidie ! 

Alors évidemment, "Les Misérables", je n'étais pas pressée de m'y mettre. Enfant, j'avais reçu une édition abrégée de la partie "Fantine" et je n'avais déjà pas eu le courage de la terminer.  Mais je voulais quand même en apprendre plus sur ces icônes de la littérature que sont Cosette, Jean Valjean, Fantine, Gavroche, Marius et les autres.

Alors cette pièce radiophonique en quinze épisodes est tombée à point : j'ai pu découvrir les personnages et l'intrigue de cette grande fresque historique, voire même profiter de la plume de Victor Hugo, sans avoir à faire face aux centaines de pages de l'oeuvre originale. J'ai versé ma petite larme sur le malheur de Fantine sans être tout à fait démoralisée par l'injustice du monde où elle vit. Je vais enfin pouvoir briller en société en parlant des barricades parisiennes de 1832, youpeee !

Blague à part, voici encore une excellente adaptation que nous offre France Culture. Le texte est bien évidemment largement abrégé, mais la plupart des personnages y sont très bien décrits et les phrases utilisées sont bien de Victor Hugo. Ceux qui ont réalisé l'adaptation ne se sont pas contentés de couper les digressions politiques ; ils ont gardé la discussion politique entre Monseigneur Myriel et le conventionnel, par exemple, ou les convictions politiques de Mr Gillenormand. Et bien sûr, nous avons droit à l'explication des barricades et autres histoires nécessaires à l'intrigue. Les narrateurs sont excellents et même la musique de générique m'a beaucoup touchée.

Bref, je ne peux pas me vanter d'avoir lu Les Misérables, mais je pense en avoir eu une belle introduction. Je comprends maintenant en quoi ce roman est fascinant et ça m'a même donné envie de l'ouvrir, finalement, un jour ou l'autre. Si comme moi vous avez peut d'être enseveli sous les mots de Victor Hugo, n'hésitez pas à tenter cette version allégée !


Pour en savoir plus : 
- l'émission "Fiction / Le feuilleton" qui adapte de grandes oeuvres littéraires sous forme de pièces radiophoniques


Des ombres sur Innsmouth, de Howard Phillips Lovecraft (version pièce radiophonique)


Il y a un an, je vous parlais d'une pièce radiophonique basée sur une nouvelle de Lovecraft que j'avais écoutée et beaucoup appréciée : La couleur tombée du ciel. J'ai depuis remis le couvert avec une nouvelle pièce, "Des ombres sur Innsmouth", et je voulais à nouveau vous parler de l'auteur, de la nouvelle mais également de ce type un peu particulier d'expérience littéraire.


Résumé : 

Le narrateur, un étudiant en voyage touristique, est obligé de faire une escale de quelques heures dans la petite ville portuaire d'Innsmouth. On l'a pourtant prévenu que la ville est quasiment en ruines et que ses habitants ont un physique répugnant et une tendance à la folie. Mais une fois sur place, la curiosité le pousse à découvrir les raisons de l'atmosphère oppressante d'Innsmouth...


Mon avis :

Tout d'abord, il faut que je précise une chose importante : ceci n'est pas le texte original, c'est une traduction et une adaptation. Le texte est présenté sous la forme d'une pièce radiophonique mise en ligne par France Culture : des acteurs "jouent" le texte, avec des bruitages et sans narration externe (le personnage principal joue un peu le rôle du narrateur). Je me rends compte qu'il y a quelques différences par rapport à la nouvelle originale, principalement (il me semble) pour transformer certaines parties "narratives" en conversations qui permettent un aspect plus théatral. Ceci dit, l'adaptation semble fidèle, tous les éléments essentiels y sont, y-compris l'atmosphère. Les acteurs sont excellents, le bruitage aussi, et l'ensemble donne un relief à l'histoire sans, il me semble, la dénaturer.

En ce qui concerne le texte en lui-même, j'ai bien l'impression qu'à force de "fréquenter" Lovecraft, je l'apprécie de mieux en mieux. Pour "La couleur tombée du ciel", dont je vous ai parlé il y a déjà un an, je m'étais sentie un peu frustrée par l'absence d'explication : on vit le déclin d'une famille à cause d'un météorite sans avoir aucune idée de ce qui a bien pu se passer exactement. Je n'ai pas du tout eu ce sentiment cette fois-ci. Bien sûr, il y a une bonne dose de surnaturel, mais en quelque sorte tout s'explique logiquement. La ville d'Innsmouth, si mystérieuse et si décadente, subit en réalité les effets d'un certain événement lointain et ça me suffit comme interprétation.

La chose qui m'a un peu plus dérangée ici, c'est le côté "racisme" de l'affaire. On apprend dès le début que les habitants d'Innsmouth sont détestés par les gens des villes alentours, principalement en raison de leur apparence physique particulière. Ce jugement s'avère en réalité fondé, mais j'ai quand même été interpellée par le fait que la narrateur, avant de rien savoir, se laisse à ce point influencer par ce préjugé. Il lui semble tout naturel, à lui et à celui qui lui parle d'Innsmouth avant qu'il n'y aille (et donc probablement à l'auteur aussi) de traiter Innsmouth comme un ville de pestiférés parce qu'une partie de ses habitants ont certaines caractéristiques physiques. Cette nouvelle a été publiée en 1936, et je ne peux pas m'empêcher de me dire qu'elle illustre un peu les idées qui aboutiront, en Allemagne, sur les programmes d'euthanasie et les camps de concentration.

Ceci dit, je me laisse peut-être influencer par l'ambiance particulièrement glauque créée par Lovecraft. Le vocabulaire utilisé (en tous cas dans la traduction) et très particulier : on parle d'oppression, d'horreur, de dégoût et de tous leurs synonymes à tout bout de champ. Et quand on y regarde bien, c'est vraiment ce vocabulaire qui tient toute l'histoire ; si on retire les impressions exprimées par le narrateur et qu'on ne garde que les faits, il ne reste pas grand-chose et on a surtout l'impression que le narrateur est paranoïaque. C'est cet aspect, cette espèce de flou laissant un peu de place pour une interprétation toute différente, qui rend cette nouvelle intéressante, je trouve.

Je pense qu'au final, si l'adaptation en pièce radiophonique a modifié ma perception du texte, c'est probablement dans le sens positif. Car j'ai beaucoup apprécié cette pièce, à tous les niveaux : intrigue, vocabulaire, narration. J'ai enfin l'impression d'entrer dans l'univers de Lovecraft, youpeee ! 

...et je pense que cette nouvelle compte pour le Challenge Fant'Classique d'Iluze, que je continue petit à petit !


Pour en savoir plus :
- la page web de France Culture où cette pièce peut être écoutée
- la fiche Bibliomania du livre correspondant, "Le cauchemar d'Innsmouth"

La couleur tombée du ciel de H.P. Lovecraft


Voici un livre que j'ai découvert d'une façon un peu particulière : sous la forme d'une pièce radiophonique ! 


Résumé :

Prospectant autour de la ville d’Arkham, Massachusetts, un jeune géomètre entend parler de faits étranges qui ont eu lieu trente ans auparavant et qui effraient encore les habitants de la région. Il rencontre alors Ammi Pierce, l’unique témoin de ce qui s’est déroulé dans la Lande foudroyée. A la suite de la chute d’un météorite, une multitude d’événements insolites et troublants se sont produits autour de la ferme de Nahum Gardner. Et ces évènements n’étaient que les prémices d’une véritable horreur...


Mon avis :

Je me suis déjà frottée à Howard Lovecraft, ce grand auteur classique du fantastique. Malheureusement, nous avions raté notre rendez-vous : j'avais eu la malchance de choisir un recueil de nouvelles dont une seule était de sa main. Je m'étais promise de renouveler cette expérience.  Et là, c'est une double occasion qui s'est présentée à moi.
D'abord, il y a eu le challenge Fant'Classique d'Iluze, qui porte sur des romans fantastiques publiés avant 1970 ; dans ces conditions, Lovecraft était incontournable. Ensuite, j'ai appris quelque part sur le net (j'ai déjà oublié où, malheureusement) que France Culture publiait un podcast très bien fait présentant des narrations d'histoires de Lovecraft. Un jour où j'avais un assez long trajet devant moi, j'ai téléchargé un épisode et tenté cette nouvelle forme de narration.

Evidemment, il ne s'agit pas réellement de lecture ici, mais d'une nouvelle façon de faire l'expérience d'un texte. Ce n'est pas un audiolivre, où un lecteur se contente de réciter le texte à voix haute. Ici, le texte est (j'imagine) retravaillé pour laisser plus de place aux dialogues, qui sont alors "joués" par des acteurs accompagnés de bruitages. C'est un peu comme voir un film mais sans l'image. C'était ma première expérience du type.

Puisqu'on parle de la qualité de l'expérience, commençons par là : j'ai été bluffée. L'histoire est prenante, racontée avec beaucoup de justesse, les bruitages sont parfaits, on se retrouve plongé dans l'atmosphère aussi bien que si on regardait un film. Je n'ai pas lu l'histoire, je ne peux donc pas comparer par rapport au texte, mais je pense avoir eu un très bel aperçu de ce que voulait créer Lovecraft.

Le texte en lui-même maintenant, qu'en dire... Je vois bien les qualités qu'on lui prête et pourtant je ne suis pas tout à fait conquise. C'est très intéressant, cette façon de raconter un mystère ancien, qui a effrayé durablement les contemporains, mais qui reste entièrement inexpliqué (et même, impossible à narrer tout à fait puisque la langue manque de mots pour décrire cette couleur qui est à l'origine de tout). On ne découvre que les conséquences, pas une seule raison ni le moindre début d'explication. Les victimes et les témoins sont purement passifs, ils n'essayent pas de fuir et ne peuvent pas se battre. Si je comprends bien, c'est justement ce qui caractérise les histoires de Lovecraft et ce sont les ingrédients de l'atmosphère si étrange qu'il crée à chaque fois. Mais je dois être trop terre-à-terre, car ça me laisse de marbre, ou presque : j'ai envie d'écouter la suite de l'histoire mais je ne suis pas effrayée du tout et je ne peux pas m'empêcher de me demander : mais pourquoi ne quittent-ils pas la ferme ? Pourquoi ne cessent-ils pas de boire l'eau du puits ?  Je voudrais au moins des hypothèses, des réactions, un message, quelque chose qui ne vient pas et ça me frustre un peu. Je suis tout à fait consciente que quand il s'agit d'épouvante, il vaut mieux en dire le moins possible ; mais mon imagination a besoin d'une base minimum pour déclencher les frissons et là, je n'ai pas eu "ma dose". Ceci dit, je n'ose pas me prononcer avec trop d'assurance sur un texte que j'ai découvert triplement déformé, via la traduction, l'adaptation et la voix des narrateurs.

Bref, déception est un grand mot, disons que je n'ai pas été tout à fait conquise mais je ne renonce pas à Lovecraft. Et j'ai découvert une nouvelle façon de découvrir un roman, la narration radiophonique, qui elle m'a totalement épatée. Affaire à suivre donc, et merci France Culture !


Pour en savoir plus :
- le podcast de France Culture
- la fiche Bibliomania du livre
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