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L'apprentissage du guerrier, de Lois McMaster Bujold


Je vous avais promis de continuer la saga Vorkosigan pour découvrir les aventures de son héros principal, Miles... Et voilà une promesse qui m'a fait passer un bon moment !


Résumé :

Miles Naismith-Vorkosigan a 17 ans et rêve d'entrer à l'Académie Impériale de sa planète, Barrayar. Malheureusement, un attentat avant sa naissance a limité sa croissance et rendu ses os très fragiles, et même sa position d'héritier d'un titre de conte et de fils du premier ministre de l'Empereur ne lui permet pas de surmonter de tels obstacles à une carrière militaire. Le temps de se trouver un autre avenir, Miles emmène son garde du corps, Bothari, et la fille de celui-ci, Elena, en vacances chez sa grand-mère sur la planète Beta. Il espère en profiter pour découvrir l'identité secrète de la mère d'Elena ; à la place, de petit mensonge en gros coup de poker, Miles se retrouve embarqué au coeur d'aventures de plus en plus périlleuses où la seule chose qui peut le sauver c'est son ingéniosité et son immense culot.


Mon avis :

J'ai mis un mois à lire ce livre, mais uniquement parce que je l'ai commencé juste après les deux premiers tomes de cette série, narrés par la mère de Miles, Cordélia ; j'avais adoré les aventures de Cordélia et des autres héros, et j'ai eu un peu de mal à m'adapter aux aventures de son fils, beaucoup plus légères de prime abord.  Mais après une petite pause aux environs des 20% du livre, je l'ai repris en main et je ne l'ai plus lâché.

Miles Vorkosigan nous apparaît d'abord comme un jeune homme un peu léger, pas méchant mais capable de n'importe quel coup de tête. Malgré sa faiblesse physique, il est plein de fougue et déborde d'énergie. Né dans une des familles les plus puissantes sur sa planète, il a eu une enfance choyée et se croit capable de tout. Sa légère arrogance de gamin trop gâté m'a un peu énervée au début, et le roman, même s'il ne manque pas d'action, a mis un certain temps à me convaincre.

Puis Miles part en vacances et se retrouve d'emblée dans une situation qui ne le concerne pas du tout et où il s'immisce à coups de demi-mensonges et de promesses basées sur rien. Ce qui lui permet de s'offrir un ami et un mode de transport, mais qui l'oblige aussi à se lancer dans une aventure périlleuse pour payer sa dette. Puis l'aventure tourne mal, alors il doit tisser de gros mensonges complexes pour s'en sortir, ce qui lui met de plus grands problèmes encore sur les bras, et de fil en aiguille la situation devient incontrôlable.

Inutile de dire qu'à partir du moment où les choses sérieuses commencent, impossible de lâcher le livre. A chaque page, on se demande comment Miles va se sortir de la situation inextricable où il s'est mis, et jamais il ne nous déçoit. Miles, malgré son jeune âge, possède un talent prononcé pour comprendre l'état d'esprit de ses interlocuteurs et les manipuler ; il a un véritable génie stratégique, même s'il n'a pas la formation militaire nécessaire ; il a un culot infernal ; et surtout, il a une chance gigantesque et il sait en tirer parti au maximum. Ca pourrait en faire un personnage insupportable d'arrogance, mais via une narration centrée sur sa personne, l'autrice nous le présente comme un gamin un peu tête brûlée mais au grand coeur, qui se rend très bien compte qu'il joue avec le feu et au fond est à moitié mort d'inquiétude. Après avoir commencé toute cette aventure comme un jeu, il finit par se rendre compte qu'il joue avec la vie de ses compagnons et des personnes qu'il manipule. Et même s'il ne rêve que de faire partie de l'armée, quand il fait face à la mort, il se rend compte que ce jeu est bien plus sérieux qu'il n'aurait voulu. Son développement personnel, introduit assez subtilement, est aussi un aspect important de ce roman.

Un autre aspect marquant de ce roman, c'est le fait d'avoir choisi comme héros un jeune homme fragile physiquement. Miles est très loin des stéréotypes du héros d'aventures : il est particulièrement petit, ses os cassent comme du verre, et il est physiquement loin des canons de beauté (son cou est tellement court que les cols des uniformes lui font mal, par exemple). Son seul atout est d'être le fils de son père, ex-régent et premier ministre de sa planète, une situation qu'il utilise à son avantage tout en évitant habilement les critiques de népotisme. Ce choix de héros est particulièrement surprenant vu que l'intrigue se déroule dans une société militariste et assez rétrograde socialement, où la force physique est une grande partie du prestige d'un homme. Quand on le rencontre, Miles semble avoir appris à vivre avec ses faiblesses physiques et à les compenser par l'intelligence et la volonté. Le roman commence d'ailleurs sur une situation où, même s'il a tout fait pour contourner l'obstacle, son ambition se heurte irrémédiablement à ses limites physiques, mais Miles ne se laissera pas abattre et trouvera une autre route détournée qui lui permettra de réaliser ses rêves. A mon avis, avoir choisi pour héros un homme physiquement petit mais mentalement gigantesque est un des grands atouts de ce roman et ce qui le distingue des autres romans de science-fiction et d'aventure.     

En résumé, nous avons ici un roman qui commence avec pas mal d'humour, se poursuit avec des aventures effrénées menées par un jeune héros au culot inégalé, et qui se termine sur un ton plus sombre et plus sérieux. L'ensemble forme une série de montagnes russes pour le lecteur et une fois commencé, ce roman est difficile à lâcher. En ce qui me concerne, je compte bien poursuivre la série des aventures de Miles Vorkosigan, car même si elles sont très différentes de celles de ses parents (que j'ai adorées), ce tome m'a mis l'eau à la bouche.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre
- acheter ce livre sur Amazon

Les Salauds Gentilshommes, tome 3 : La République des voleurs, de Scott Lynch


Je vous ai parlé il y a déjà quelques temps des tomes 1 et 2 de la série des Salauds Gentilhommes. A l'époque, je m'étais jetée ensuite sur le tome 3 (en audiolivre comme les deux premiers), mais je ne vous en avais pas parlé. Il est temps que je répare cette grave erreur, car cette série est certainement l'un de mes coups de coeur de cette année !  Attention, si vous n'avez pas lu les tomes 1 et 2, impossible d'éviter les spoilers !


Résumé :

A la suite des aventures précédentes de nos Salauds Gentilhommes, notre pauvre Locke est mal en point : il est sur le point de mourir d'un poison apparemment sans antidote. Son dernier espoir : un marché avec une mystérieuse dame qui l'engage pour jouer un jeu politique très complexe où tous les coups sont permis. Locke et Jean savent qu'ils sont très doués à ce genre de choses et seraient presque certains de gagner... s'ils n'avaient pas un adversaire particulièrement doué et qui les connaît beaucoup trop bien.


Mon avis :

Il est grand temps que je vous parle de ce roman !  Après vous avoir fait l'éloge du premier et du deuxième tome de la série des Salauds Gentilhommes, je ne vous ai pas encore parlé de ce troisième. La raison n'est pas qu'il m'a déçu, au contraire : je l'ai tout autant adoré que les deux autres, peut-être même plus !

Pour commencer, je défie quiconque de terminer le tome 2 sans s'arracher les cheveux à l'idée de ne pas savoir ce qu'il se passe ensuite. Quel cliffhanger de malade !  Pas de doute, Locke est dans un vrai pétrin cette fois-ci, il ne va pas pouvoir s'en sortir par une pirouette, c'est une vraie question de vie ou de mort, bref, tout va mal. Et l'auteur s'attarde juste assez sur la situation de départ (qu'il empire encore un peu, si c'est possible) pour qu'on retrouve notre Salaud Gentilhomme préféré et qu'on meurt d'angoisse de le perdre. 

Puis arrive la déesse ex machina, et l'histoire change de ton. En fait, il y a deux intrigues parallèles dans ce tome ; on avait déjà des flashbacks dans les précédents mais là on se retrouve carrément avec une aventure palpitante dans le passé et une autre dans le présent. Double dose de suspense, difficile d'y résister.

Dans le présent, nous avons Locke et John qui se retrouvent obligés à collaborer avec d'anciens ennemis (on retourne jusqu'au tome 1, carrément) dans un jeu politique très bizarre. Ca change un peu des arnaques diverses et variées dont ils sont les spécialistes, mais ce serait un peu moins amusant (selon moi) s'il n'y avait pas l'intervention d'un personnage qui est resté mystérieux depuis le tout premier tome : la fameuse Sabetha.  Depuis le temps qu'on l'attendait, elle se révèle à la hauteur de nos espérances... et on découvre le côté "amoureux transi" de Locke, ce qui lui donne une nouvelle dimension. Il y a donc une touche de romance, pas trop insupportable (j'ai très, très peu de patience pour la romance), mais aussi des tas de sales coups, de tricheries, de retournements de situations et d'autres surprises. 

Dans le passé, nous retournons dans l'enfance de Locke, avec cette fois-ci un intérêt particulier pour sa relation avec Sabetha qui est loin d'être de tout repos. Je n'ai pas particulièrement apprécié cette jeune fille, même si elle a quelques excuses ; par contre, rien que sa façon de faire ressortir le côté coeur de Locke lui donne une bonne raison d'exister. Au fil des flash-backs, on retrouve ces deux héros et les autres Salauds Gentilhommes dans une aventure complexe, dangereuse et carrément savoureuse. Quand ça n'avance pas dans le présent, c'est l'aventure du passé qui nous tient en haleine, et vice-versa. Diabolique. 

Au final, on vit donc deux aventures et une histoire d'amour, on découvre un nouveau lieu dans l'univers qu'on explore tome après tome, on obtient pas mal d'explications concernant le tout premier tome, on retrouve des personnages disparus trop vite et surtout, on fait enfin la connaissance de la mystérieuse Sabetha qui nous narguait depuis bien trop longtemps. Et en plus, ça se termine sur quelques lignes qui annoncent un nouveau tome... sauf qu'il faudra encore l'attendre celui-là puisqu'il n'est toujours pas sorti. Aïe, la souffrance ! 


Pour en savoir plus :

Résilience : Histoire d'un survivant, de Steeve Hourdé


Je sors tout juste d'une petite pause bloguesque involontaire due à une vie fort chargée ces dernières semaines. Ca ne m'a pas empêché de lire et j'ai plusieurs chroniques à vous présenter. Voici la première, concernant un récit d'aventure et de survie...


Résumé :

Lorsque le ciel s'ouvre brusquement pour donner accès à un autre monde, l'humanité s'organise et choisit d'envoyer une équipe d'explorateurs. Le jeune Français Robin en fait partie, mais les choses ne se déroulent pas comme prévues et dès le début il se retrouve seul à devoir affronter un environnement très, très hostile...


Mon avis :

J'ai reçu ce roman en partenariat de la part de l'auteur via Livraddict, et quand j'ai finalement trouvé le temps de le lire, plusieurs semaines s'étaient écoulées. Le résultat c'est que j'avais complètement oublié le résumé et que je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. Tant mieux : j'aime les surprises, et celle-ci en fut une !

Ce roman commence sur le ton de la science-fiction : une fissure dans l'univers s'ouvre au-dessus de l'océan. L'humanité ne sait pas de quoi il s'agit mais présume (ou plutôt espère) qu'il s'agit d'un "trou de ver" qui l'emmènera vers un autre monde habitable, façon "Interstellar" pour ceux qui l'ont vu. Après l'envoi d'un drone qui semble confirmer cette supposition, une équipe internationale est sélectionnée pour partir à l'aventure... Et là s'arrête la science-fiction, car rien ne se passe comme prévu et notre héros devient brutalement un Robinson Crusoë moderne. C'est un peu surprenant comme revirement mais il arrive très tôt et ne nous laisse pas trop longtemps espérer des aventures interplanétaires.

Les histoires de naufragés sont parfois très populaires, mais ce n'est pas pour tout le monde : la lutte pour la survie peut devenir assez monotone. Ici notre héros fait face à de nombreux dangers dans un environnement carrément flippant, il n'a donc pas le temps de s'ennuyer et nous non plus. Il y a en plus un mystère de fond (mais où a-t-il bien pu atterrir, comment, pourquoi, pourra-t-il repartir ?) et une découverte surprenante qui fait écho à l'actualité récente pour nous tenir en haleine. Sans que ce soit un roman très captivant d'un point de vue émotionnel, on est quand même vite intrigués par Robin et sa lutte incessante pour sa survie ; l'intrigue alterne coups dur et victoires de façon à ce que ni lui ni nous ne perdions espoir. C'est un récit bien mené qui se lit rapidement et presque sans reprendre souffle.

Je me permets quand même deux critiques. D'une part, la fin est assez insatisfaisante. J'ignore si elle est censée appeler une suite, ce qui est très possible, mais au point où ça se termine très peu de choses sont résolues, ce qui est frustrant pour le lecteur. D'autre part, comme souvent les romans auto-édités, celui-ci aurait bien besoin d'une relecture professionnelle : les puristes comme je le suis ne manqueront pas de remarquer les quelques fautes d'orthographe et de grammaire, la ponctuation un peu hésitante et certaines tournures de phrases assez maladroites. Pour info, j'ai lu la version ebook et il est possible que la version papier ait fait l'objet d'une correction avant publication. De façon générale le style narratif très convenu n'est pas le point fort de ce roman mais c'est le genre de livre que l'on lit avant tout pour l'intrigue passionnante.

Voici donc un récit d'aventure bien mené qui se lit en quelques heures de détentes, parfait pour l'été ! 


Pour en savoir plus :


Le vagabond et quatre autres thrillers, de Alan Spade


Je varie beaucoup les genres, ces temps-ci ; si on faisait un petit tour du côté du récit d'aventures ? 


Résumé : 

Vick Lempereur est un ancien mercenaire qui essaie de laisser son existence violente derrière lui. Mais c'est l'aventure qui le poursuit... En Mauritanie, il est témoin d'un meurtre à bord d'un train ; en Tanzanie, un safari très particulier changera sa vie ; en France, il se retrouve au coeur d'un scandale pharmaceutique... Trois nouvelles entrecoupées d'une quatrième à propos d'un jeu vidéo mortel, et d'une cinquième qui nous dévoile les dangers de suivre son GPS aveuglément...


Mon avis : 

Voici un livre que j'ai découvert grâce à un partenariat Livraddict avec l'auteur, que je remercie pour cet envoi !  Je suis justement dans une période où, après avoir dévoré quelques pavés plutôt complexes, j'avais besoin d'histoires courtes et rythmées. J'ai trouvé exactement ce que je cherchais dans ce recueil de nouvelles d'Alan Spade.

L'originalité de ce recueil tient à ce qu'il rassemble plusieurs nouvelles liées les unes aux autres, à tel point que j'ai lu les quatre premières d'un trait en pensant qu'il s'agissait des chapitres d'une même histoire. Les deux premières et la quatrième, en particulier, sont très liées, d'autant plus que la première se termine sur un mystère non élucidé (ou bien une petite touche de fantastique, suivant la façon dont on le comprend), et la deuxième met le héros dans une situation délicate dont il essaiera de se sortir dans la quatrième nouvelle. La troisième nouvelle (vous suivez toujours ?) se situe dans le même univers narratif et développe une intrigue indépendante mais dont il sera fait référence dans la nouvelle suivante. Bref, à part la toute dernière, tout se tient pour former une intrigue unique qui pourrait, devrait même, donner lieu à d'autres épisodes car elle n'est pas entièrement conclue.

Au coeur de cette intrigue unique, il y a Vick Lempereur, un personnage assez caricatural au passé mystérieux. Entre sa description physique et ses réactions face au danger, il représente le baroudeur tel qu'on se l'imagine aisément. Plus intéressant à mes yeux est le contexte dans lequel on le découvre : au coeur de l'Afrique, dans un train mauritanien et dans la savane tanzanienne, les deux premières nouvelles sont un vrai dépaysement auquel je ne m'attendais pas. Les descriptions ne sont pas légion dans un récit surtout consacré à l'action, mais l'atmosphère y est. 

Le titre du recueil qualifie ces cinq nouvelles de "thrillers", mais je ne trouve pas cette étiquette appropriée. Ce sont des récits d'aventure, surtout les deux premiers ; il y a un aspect plus "thriller" dans le quatrième récit, mais le cinquième oscille plutôt du côté du fantastique. Pour moi, "thriller" implique une enquête échevelée, une course contre le temps ; ici on a du rythme et de l'action, la narration ne traîne pas et certaines histoires développent un certain mystère à élucider, mais rien d'"échevelé". Ce n'est absolument pas un défaut ; quand l'auteur prend un peu plus son temps, l'histoire y gagne en atmosphère, surtout ici pour les deux premiers récits en Afrique et la dernière nouvelle, plus étrange. J'espère seulement que ce titre un peu trompeur n'attirera pas un lectorat qui cherche autre chose.

Finalement, le seul reproche que je ferais à ce recueil ce sont ses personnages vraiment trop caricaturaux, trop peu nuancés. J'aime quand un bon divertissement ne joue pas la facilité des clichés.  Mais en-dehors de ça, c'est un recueil agréable à lire, dépaysant, certaines des intrigues sont particulièrement élaborées pour un si court nombre de pages, et j'ai particulièrement apprécié la construction en récits indépendants qui s'imbriquent pour former une intrigue plus large. J'ignore si un nouveau recueil est sorti ou est en préparation, mais je serais curieuse de découvrir la suite des aventures de Vick Lempereur pour qui les ennuis ne font que commencer, on dirait...


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis d'EliseM, qui a ses préférences parmi les cinq nouvelles
- acheter ce livre sur Amazon

Les Salauds Gentilshommes, tome 2 : Des horizons rouge sang, de Scott Lynch


Je commence à rattraper mon retard de chroniques en vous parlant de ce roman qui est le deuxième tome d'une série d'aventure et de fantasy et qui confirme mon verdict sur le premier tome : extraordinaire !


Résumé :

Nos deux Gentlemen Bastards, Locke et Jean, ont quitté leur ville de Camorre et se sont installés à Tal Verrar avec un plan précis : dévaliser L'Aiguille du péché, une maison de jeu réputée dont le trésor est apparemment inviolable. Sauf pour nos héros, évidemment, qui pour l'occasion sont devenus des spécialistes de la triche, de l'escalade et des meubles antiques... Mais l'imprévu n'est jamais loin : les Mages Esclaves, qu'ils ont privé de leur victoire à Camorre, n'ont pas dit leur dernier mot. Et voilà Locke et Jean obligés d'ajouter en urgence un nouveau talent à leur immense répertoire : l'art de la piraterie...


Mon avis :

Après avoir écouté l'audiolivre en VO du tome 1 de cette série "Les Salauds Gentilhommes", j'ai bien entendu plongé sur le tome 2 (je crois que c'était bien le but de la promotion qui m'a permis d'acquérir le 1 à un prix imbattable... et ça a vraiment bien fonctionné !). Ce fut un véritable plaisir que de retrouver nos deux héros pleins de bagou et de cran.

Dès le début, on les retrouve tel qu'on les avait découverts avant les drames qui ont émaillés leurs premières aventures. Exilés de leur ville d'origine où ils ne sont plus les bienvenus après que les évènements les ont forcés à dévoiler leurs véritables talents, ils se sont installés dans la ville de Tal Verrar, une cité portuaire célèbre pour ses jeux d'argents. Je l'ai imaginée comme une sorte de Macau version renaissance européenne (je n'ai jamais visité Macau, mais les deux images mentales se sont confondues rapidement, peut-être à cause de l'exotisme, des casinos et de la proximité de la mer). Et dès le début, les plans de Locke et Jean nous sont présentés, toujours aussi extravagants : ils vont dévaliser le plus grand casino de la ville, voler son trésor parfaitement inviolable, en commençant par tricher suffisamment pour s'introduire dans les cercles de joueurs les plus restreints. Evidemment, on ne sait pas comment ils vont faire et on est impatients de le découvrir.

Sauf que l'histoire ne se déroule pas vraiment comme on s'y attend. Pour commencer, le jeu de nos héros va se compliquer à cause de l'intervention de leurs anciens ennemis, ce qui les obligera à mener un double jeu extrêmement délicat. Et puis tout à coup l'histoire prendra une nouvelle tournure : Locke et Jean, pris dans une intrigue politique qui les dépasse, vont devoir remplir une mission extrêmement difficile en navigant sur les mers à la recherche de pirates. De rebondissements en rebondissements, l'auteur ne cesse de nous prendre par surprise, et tout l'ensemble forme un récit d'aventure qui ne nous laisse pas le temps de souffler.  Ce qui est remarquable, c'est que l'intrigue qui a l'air de partir dans tous les sens finit par se terminer de façon satisfaisante sur tous les points.

En plus de ça, comme dans le premier tome, nous avons droit à une jolie dose de flash backs. On remonte cette fois-ci aux quelques mois qui se situent entre le tome 1 et le tome 2 ; Locke a du mal à faire face aux événements tragiques qui l'ont obligé à fuir et la loyauté de Jean est mise à rude épreuve. C'est d'ailleurs une des thèmes centraux de ce roman : la loyauté entre les deux amis fait l'objet de plusieurs tests consécutifs, à cause de ce qui leur arrive à l'un et à l'autre, de malentendus, de l'arrivée de nouveaux personnages, de choix difficiles... Le fonctionnement du "couple" Locke-Jean est exploré en détails dans ce tome et ça tombe parfaitement à point, puisque je me demandais jusqu'à quel point ce duo pourrait fonctionner en-dehors du cadre du clan qu'ils formaient avec d'autres Salauds Gentilhommes. 

En écoutant le premier tome sous forme d'audiolivre, j'avais énormément apprécié la narration très particulière du lecteur, mais j'avais eu du mal à suivre les détails de l'intrigue. Cette fois-ci, un peu plus familière avec les personnages et leur monde, j'ai du fournir moins d'efforts ; je crois quand même que je n'ai pas compris et retenu les détails du fonctionnement du monde riche créé par l'auteur aussi bien que si j'avais lu le roman sur papier, mais ça ne me dérange pas. Maintenant, dans ma tête, tous nos héros ont une voix et une personnalités uniques qui m'accompagnent où que j'aille. Je prévois d'ailleurs d'écouter à nouveau la trilogie dans quelques mois, quand j'aurai un peu oublié les détails. Par contre ce que j'ai remarqué cette fois-ci c'est la beauté du vocabulaire inventé par l'auteur. Non seulement les noms sonnent vraiment très joliment à l'oreille (Camorr, Tal Verrar, Father Chains, Locke Lamora, the Crooked Warden...), mais en plus les aspects les plus modernes du récit sont dissimulés sous un vocable magique ou ancien. Les lunettes sont des "optics", tout ce qui est plus ou moins chimique ou scientifique est "alchemical" (c'est tellement plus joli d'appeler une lampe un "alchemical globe" !), etc. Je ne m'en étais pas rendu compte, mais cette série a été écrite pour être lue à voix haute, et Michael Page fait ça comme un dieu. 

Est-ce bien utile d'ajouter que je suis déjà plongée dans le tome 3 et que je l'aurai fini bientôt ? Cette série est une vraie merveille. Je n'ai rien à lui reprocher, je suis juste un poil jalouse de ces gens dont l'imagination et le talent permettent la création de telles histoires. Heureusement qu'ils nous en font profiter !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis de Taliesin, Miss Spooky Muffin et Blackwolf, qui ne trouvent eux non plus rien à redire (à partir quelques longueurs dans les descriptions qu'on ne remarque que parce que le reste de l'intrigue nous rend impatients !)
- acheter ce livre sur Amazon
- l'audiolivre (en VO)


Le Déchronologue, de Stéphane Beauverger


Comme chaque mois, voici la lecture du Cercle d'Atuan pour novembre... et, encore une fois, j'ai été conquise !


Résumé :

Le capitaine Henri Villon est sur le point de mourir, victime avec son bateau, le Déchronologue, d'une bataille navale impossible face à un ennemi apparemment invincible. Rien ne le destinait pourtant à devenir le champion qui tenterait de sauver le monde du chaos temporel. Il y a quelques années seulement (si le temps a encore réellement un sens), Villon n'était qu'un pirate des caraïbes comme les autres, avide de richesses, en particulier les étranges "maravillas", ces objets rares et merveilleux à l'origine énigmatique. Mais le destin, après l'avoir beaucoup éprouvé, a fait de lui le témoin du chaos temporel où est plongé le monde, et le seul marin armé pour défendre les mers contre l'incursion d'ennemis d'autres époques.


Mon avis :

Je ne sais comment ce roman a atterri dans ma wish-list, mais j'imagine qu'au détour d'une chronique, le résumé d'une intrigue mélangeant histoire, aventure et fantastique a dû m'interpeler. Ce n'est qu'après qu'il ait été élu comme lecture du mois par le Cercle d'Atuan que j'ai eu quelques doutes : de nombreux commentaires sur Bibliomania parlaient d'une lecture complexe, assuraient qu'il fallait "s'accrocher", et la table des matières composée de chapitre dans le désordre semblait leur donner raison. Je m'attendais donc à un livre qui nécessiterait un niveau d'attention maximum, quelque chose qui serait intéressant mais probablement pas particulièrement délassant. Quelle erreur !

Oui, les chapitres sont dans le désordre et oui, on n'apprend les tenants et aboutissants des aventures du capitaine Villon qu'au compte-goutte, chaque chose en son temps. L'histoire est racontée par morceaux qui forment comme un puzzle où l'on voit l'image se former petit à petit, en devinant au fur et à mesure les parties manquantes, avant de connaître les détails de l'histoire véritable lorsqu'enfin on tombe sur le morceau qui manquait. Mais à aucun moment je n'ai trouvé ça compliqué ou difficile à lire. Les chapitres sont bien présentés dans le désordre mais certainement pas au hasard ; les premiers passages fournissent assez d'information que pour ne pas être perdu dans l'histoire, et les derniers clôturent une intrigue qui se termine en apothéose. Au milieu, toute une série d'indices permettent de repérer facilement où l'on se trouve dans la vie du narrateur, même si comme moi on n'est pas très doué pour situer les dates présentées en début de chapitre : il y a par exemple les noms des bateaux du capitaine Villon qui représentent chacun une période dans son histoire.  Au fur et à mesure que l'on avance, les chapitres servent moins à développer l'intrigue qu'à éclairer certains points qui restaient jusque là mystérieux, mais cette construction très particulière permet de maintenir le suspense jusqu'à la dernière page et reflète d'une certaine façon le chaos temporel contre lequel lutte le héros.

Le désordre des chapitres est une première particularité de ce roman ; l'autre, c'est de mélanger les aventures d'un pirate des caraïbes avec une bonne dose de fantastique. L'ensemble s'accommode si bien qu'au début on ne repère pas nécessairement les détails incongrus dans le décor historique. Ensuite on apprend à les repérer, voire à les reconnaître jusqu'à un certain point puisqu'ils viennent d'un futur qu'on connait en grande partie. Ce qui est sûr, c'est que ça ne paraît à aucun moment incongru et j'ai adoré ce mélange inhabituel ! Entre le fantastique, l'action et l'exotisme, il y a tous les ingrédients pour coller ce livre aux mains du lecteur.

Ce roman n'a-t-il donc aucun défaut ? Peut-être que si, ça dépend comment on l'envisage : on n'obtient pas toutes les réponses à toutes les questions qui se posent au cours de l'intrigue. La résolution notamment est un peu surprenante, car ce qui arrive à la fin en ce qui concerne l'aspect fantastique et son "avenir" n'est pas expliqué. On ne sait pas non plus d'où vient tout le chaos temporel qui est à l'origine des problèmes du capitaine Villon. Ceci dit ça ne m'a pas particulièrement gênée : on a assez d'éléments pour imaginer plusieurs hypothèses et un peu de mystère ne fait pas de mal, surtout quand toute l'histoire se tient parfaitement en-dehors de ça.

Voilà, je crois que vous avez compris : j'ai adoré ce roman et je ne peux que le recommander chaudement, il est rafraîchissant d'originalité, plein d'action, exotique par son décor historique et géographique, et construit d'une façon très spéciale qui nécessite un peu plus d'attention de la part du lecteur mais qui fonctionne parfaitement. Superbe !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Miss Spooky Muffin, qui n'a pas vraiment apprécié, celui de Sia, qui l'a trouvé "brillant", et celui de Lelf, qui le trouve "difficile d'accès" mais qui l'a beaucoup apprécié.
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Jésus contre Hitler (l'intégrale) de Neil Jomunsi


"Jésus contre Hitler", c'est une série de quatre épisodes en format ebook dont on a pas mal parlé sur la blogosphère. Alors, est-ce que le contenu est à la hauteur du titre alléchant ?


Résumé : 

"Nous sommes à la fin des années 1960 et David Goldstein, l’un des fleurons des armées de l’Oncle Sam, est recruté par l’Agence B., peut-être l’organisme le plus secret et le plus étrange du gouvernement américain. Là, il va faire la connaissance de son nouveau collègue et surtout découvrir que l’un des pires criminels de l’histoire n’est pas aussi mort que le grand public ne le croit."
(résumé d'Herbefol)


Mon avis :

Voici une série qui me chatouillait la curiosité depuis quelques temps déjà. Les copines Thalia, Iluze et Helran avaient lu et commenté le premier tome et en parlaient comme d'un divertissement décalé plutôt réussi. Le titre promettait quelque chose de complètement barré, plein d'ironie et d'humour, mais l'humour justement c'est quelque chose de périlleux et j'avais très peur que cette série, à force de chercher l'originalité à tout prix, devienne vite pénible. Il n'empêche que "Jésus contre Hitler" restait en bonne place dans ma wishlist, alors quand Neil Jomunsi a proposé l'intégrale gratuitement à l'occasion du Ray's Day, je n'ai pas hésité. 

Je dois avouer qu'au début, j'ai eu peur de voir mes craintes confirmées. Le premier tome est un peu... brouillon, disons, et je ne savais pas trop sur quel pied danser. Le héros, David, est engagé par une agence gouvernementale ultra-secrète dont le patron a un look de hippie et s'appelle John ; il n'explique rien à David qui passe son temps à se faire entraîner dans des situations très bizarres sans rien comprendre à rien, au point qu'il en devenait presque agaçant. D'autant plus que nous, lecteurs, on en sait déjà beaucoup rien qu'à cause du titre de la série et de l'épisode, ce qui nous met dans la situation un peu bizarre d'en savoir plus que le narrateur. L'action est très, très rapide ; la mission n'est pas préparée, les deux parties sont sensées être de grands héros guerriers mais se comportent comme des amateurs, et tout se dénoue en quelques dizaines de pages. Mais surtout, pendant tout ce tome je me demandais comment il fallait que je prenne tout ça : comme un récit d'aventure façon série B ou comme un roman humoristique ? Certains passages sont perturbants, comme celui-là, dont la dernière phrase me laisse encore perplexe :
Dévaler un genre de toboggan à toute vitesse dans l'obscurité... voilà ce qui attendait les deux comparses lancés à la poursuite du plus célèbre psychopathe antisémite de tous les temps. Cela aurait pu ressembler à un après-midi au parc d'attractions, mais il s'agissait d'une mission secrète pour maintenir la paix dans le monde civilisé : il faut savoir reconnaître une priorité lorsqu'elle s'impose à vous. 
En fait il m'a fallu arriver à un autre passage pour obtenir la réponse :
"Jésus, et puis maintenant Hitler... j'ai l'impression d'être le héros d'un de ces mauvais romans vendus à la sauvette par des escrocs et achetés en cachette par des abrutis..."
Voilà donc ce que c'est : c'est un roman d'aventure qui reprend les codes des films et roman de gare sur le mode espionnage et action, pour les tirer dans tous les sens jusqu'à les ridiculiser et les rendre amusants grâce à une bonne dose d'auto-dérision. L'équivalent de "The expendables" pour les films. Y-compris tous les "guest stars" qu'on croyait trop vieux et trop usés ou bien trop respectables que pour jouer un rôle pareil. 

En parlant des "guest stars", Neil Jomunsi ne se prive de rien et Jésus et Hitler ne sont pas les seuls personnages connus que l'on croise. Et il les torture d'une façon qui est dans certains cas assez hilarantes (je pense à un petit animal de compagnie, ceux qui ont lu l'intégrale comprendront). Quant au rythme de l'intrigue qui m'avait paru trop rapide dans le premier tome, il reste rapide dans les suivants mais les épisodes sont plus longs et le scénario beaucoup plus approfondi, ce qui manquait au premier.

En résumé, c'est bien ce que pensaient les copines : un très chouette divertissement, amusant, entraînant, facile à lire et original, de quoi lire dans les transports en commun par exemple (testé et approuvé), bon marché (1,50€ par épisode et 3,50€ pour l'intégrale), le genre de choses qu'on peut caser par petites doses de quelques minutes. On ne s'ennuie pas, on sourit souvent, et ce mélange des genres est finalement assez réussi. Neil Jomunsi a réinventé le roman de gare et il a eu bien raison !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la chronique d'Herbefol, très bien écrite et très juste
- acheter ce livre

Terre des hommes, d'Antoine de Saint-Exupéry

Après un passage "fantasy" intense, je voulais changer un peu d'univers.  J'ai pris au passage un roman qui traîne dans ma bibliothèque depuis toujours... Et je l'ai dévoré en une journée.


Résumé :

"La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres.  Parce qu'elle nous résiste.  L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle.  Mais, pour l'atteindre, il lui faut un outil. Il lui faut un rabot, ou une charrue.  Le paysan, dans son labour, arrache peu à peu quelques secrets à la nature, et la vérité qu'il dégage est universelle.  De même l'avion, l'outil des lignes aériennes, mêle l'homme à tous les vieux problèmes."


Mon avis :

J'ai choisi comme résumé le tout premier paragraphe du livre parce qu'en effet, il résume bien l'ensemble de cette oeuvre beaucoup plus profonde que ce que ses 182 pages aérées pourraient laisser présager.
On y parle d'avion, et c'est bien l'avion qui est le grand héros de cette histoire.  L'auteur fut un aviateur passionné au moment où l'aviation en était encore à ses débuts et où chaque vol était une aventure risquée.  Sans les outils de navigation modernes, les pilotes naviguaient à l’œil, s'orientaient grâce aux lumières et aux paysages, risquaient sans cesse de se perdre ou d'emboutir une montagne. Inutile de dire que dans un tel environnement, les pilotes et leurs techniciens étaient de véritables aventuriers, des passionnés et des fous. Ils apprenaient avant tout à se poser en catastrophe aux quatre coins du monde et, pour ça, à étudier les moindres détails de cartes pas toujours très fiables.



Il va sans dire qu'un tel métier permet d'accumuler les aventures et les anecdotes particulièrement exotiques pour un lecteur moderne, ces histoires où les héros frôlent la mort, visitent des contrées improbables, se retrouvent dans les régions les plus dangereuses du globe.  Et Saint-Exupéry en a des aventures à raconter !  Les siennes, celles de ses amis.  L'anecdote centrale est celle où il s'écrase en plein désert et manque mourir de soif avec son co-équipier, mais il nous régale aussi d'autres histoires, certaines extrêmement belles, d'autres tristes ou effrayantes.

Mais le passage que je vous ai transcris parle surtout de la terre et de l'homme, comme le titre du livre.  Car en parcourant le ciel en avion, le pilote a l'occasion de voir le monde d'en haut.  Il peut découvrir à quel point la terre est belle et variée. Il peut aussi réfléchir sur l'homme, le destin, sa place sur cette planète. Et quand le pilote est en plus un homme aussi rêveur, philosophe et poète que l'auteur du Petit Prince, chaque pensée et chaque instant se transforme en arc-en-ciel. 

Ce livre n'est pas un roman. Ce n'est pas un récit d'aventure.  C'est avant tout un long poème, un recueil de pensées d'un homme qui vivait la tête dans les étoiles et, d'en haut, observait la terre des hommes. C'est un écrit de toute beauté, des pages magnifiques qui nous entraînent plus loin que ce qu'on aurait pu imaginer.  C'est une vision optimiste et très empathique de l'humanité, mais une vision qui espère toujours que moins de petits Mozarts seront assassinés. C'est un texte dont on voudrait connaître par cœur la moitié des passages pour pouvoir les citer à l'envi, tant ils sont vrais, même 60 ans plus tard. 

Je n'ai jamais autant regretté de ne pas pouvoir vous mettre un passage audio (ou plusieurs), comme j'en avais l'habitude - mais un problème matériel m'en empêche. Tout ce que je peux vous conseiller, c'est de découvrir ces pages magnifiques et de les conserver à porter de main pour y retrouver quelques vérités qu'on oublie souvent.


Pour en savoir plus :
- la page Bibliomania du livre
- acheter le livre sur Amazon

The Dream-Quest of Unknown Kadath, de H.P. Lovecraft

The Dream-Quest of Unknown Kadath, en français, À la recherche de Kadath, est une nouvelle d'une centaine de pages de Howard Phillips Lovecraft, le créateur du tentaculaire mythe de Cthulhu, un des piliers du fantastique moderne. En France, le texte a été publié dans le recueil Démons et merveilles, avec les trois autres histoires, beaucoup plus courtes, mettant en scène le personnage discret de Randolph Carter. Pour ma part, j'ai préféré le lire dans sa version originale, publiée dans l'oeuvre intégrale de l'auteur en trois volumes chez Arkham House.


Résumé :

Randolph Carter n'est pas un doux rêveur, c'est un rêveur chevronné ! Il n'a même pas peur de s'adresser directement aux dieux pour trouver la cité merveilleuse au couchant qu'ils lui interdisent de rêver. Mais pour présenter sa requête, il lui faut d'abord atteindre leur sanctuaire, Kadath l'inconnue, au sommet duquel trône leur château d'onyx, et dont nul ne connaît l'emplacement. Pour accomplir sa quête onirique, l'intrépide Carter va remuer ciel et terre, s'envoler vers la lune où s'ébattent les chats, escalader le versant caché de Ngranek à la recherche du visage gravé, s'évader des profondeurs du val de Pnath avec des goules, longer les carrières d'Inganok scindées par les dieux, traverser les plateaux glacés de Leng. Mais parviendra-t-il à son but quand l'ombre de Nyarlathotep, le Chaos Rampant, semble épier chacun de ses mouvements ?


L'avis de Sanjuro :

Malgré toutes ses belles promesses, The Dream-Quest of Unknown Kadath est une oeuvre mineure de H.P. Lovecraft. A l'époque où elle fut écrite, en 1927, c'était pourtant une entreprise ambitieuse pour son auteur, habitué aux nouvelles et à la poésie, qui signait là son texte le plus long. Bien qu'on y trouve les monstres et l'atmosphère inquiétante auxquels il doit son succès, Kadath se présente avant tout comme un récit d'aventures. Et c'est peut-être là où le bât blesse: Lovecraft n'est pas dans son élément, dans sa chère Nouvelle-Angleterre hantée d'indicibles secrets. Ironie suprême, d'une certaine façon, c'est aussi la conclusion à laquelle arrive l'histoire !

Carter traverse différentes régions de ce monde imaginaire, faisant la rencontre des peuplades variées qui y vivent, voyageant à dos de zèbre ou d'oiseau monstrueux, suivant des indices et échappant à des traquenards, toujours obnubilé par l'objet fantastique de sa quête. Le voici qui se fait kidnapper... avant de triompher grâce à l'intervention de quelque allié inattendu. C'est, dans le fond, de l'aventure tout ce qu'il y a de classique, mais pas forcément très convainquante. Il y a une grande inégalité, beaucoup de hauts et de bas, de moments où l'on commence à se sentir emporté par le récit, comme dans les bons romans, avant de retomber soudain comme une masse molle, rejeté par cet univers que l'on a du mal à prendre au sérieux.

La faute en revient en partie à la réputation du mythe de Cthulhu, dont le renom, la portée, ont dépassé au gré des décennies le talent de son auteur. On attend quelque chose de grand et de terrible alors on a du mal à lui pardonner certaines légèretés: ces goules qui se comportent comme de braves toutous, ces dieux un peu mous qui semblent fuir les humains et ces monstres fantoches qu'on nous dit effrayants mais qui s'expédient tous comme on éclaterait des bulles. Contrairement à d'autres de ses histoires, ce qui rôde dans les ténèbres n'arrive à produire ici qu'une nuance de peur. Un des meilleurs passages à ce titre est celui dans le monastère sans fenêtre, ce mastaba polaire où réside le grand prêtre vêtu de jaune et voilé de rouge. Dans ces dédales aveugles, écrasé de claustrophobie, un début de terreur enfin éclot.

On aime aussi les belles et grandes descriptions, les fameux paysages cyclopéens et les vues de cauchemar, qui se dressent avec beaucoup d'emphase et d'intensité, comme le démontre le passage suivant:

"Then came a wide gap in the range, where the hideous reaches of transmontane Leng were joined to the cold waste on this side by a low pass through which the stars shone wanly. Carter watched this gap with intense care, knowing that he might see outlined against the sky beyond it the lower parts of the vast thing that flew undulantly above the pinnacles. The object had now floated ahead a trifle, and every eye of the party was fixed on the rift where it would presently appear in full-length silhouette. Gradually the huge thing above the peaks neared the gap, slightly slackening its speed as if conscious of having outdistanced the ghoulish army. For another minute suspense was keen, and then the brief instant of full silhouette and revelation came; bringing to the lips of the ghouls an awed and half-choked meep of cosmic fear, and to the soul of the traveller a chill that has never wholly left it. For the mammoth bobbing shape that overtopped the ridge was only a head—a mitred double head—and below it in terrible vastness loped the frightful swollen body that bore it; the mountain-high monstrosity that walked in stealth and silence; the hyaena-like distortion of a giant anthropoid shape that trotted blackly against the sky, its repulsive pair of cone-capped heads reaching half way to the zenith."

Il y a du bon dans Kadath, et les fans de Cthulhu le liront, sinon avec avidité, au moins avec intérêt. Le récit malheureusement ne se compose pas uniquement de perles comme celle-ci, plutôt rares. Le style a également sa part de responsabilité. Relativement froid, purement descriptif, sans dialogues à l'exception de la tirade finale, il ne parvient pas à instaurer l'esprit épique indispensable. Lovecraft cède a des enfantillages: beaucoup de répétitions qui ne produisent pas l'effet désiré, une certaine fadeur à décrire le beau et le merveilleux (à l'inverse de l'affreux et du terrible), et un univers auquel il manque décidément une cohésion. Le domaine du rêve ne justifiant pas tout !

H.P. Lovecraft lui-même avait la lucidité de reconnaître que ce n'est pas une très bonne histoire. A l'inverse de son confrère et ami Robert E. Howard, auteur de Conan, il n'était visiblement pas à l'aise dans le récit d'aventure. Son imaginaire, plutôt que de s'y épanouir, regarde constamment dans une autre direction, ce trou sombre plein de mystère et d'horreur qui débouche quelque part dans une cave abandonnée d'Arkham.

Voyage au centre de la terre, de Jules Verne

Il y a des jours où un bon bouquin vous sauve un mauvais week-end. Ce fut le cas le week-end de Pâques, que j'ai passé, contrainte et forcée, à travailler manuellement entourée de gens qui ne parlaient pas ma langue.  Dans ces cas-là, une seule planche de salut : un bon audiolivre sur mon iPod.  


Résumé :

Le professeur Otto Lidenbrock, savant allemand, découvre dans un vieux livre islandais un document mystérieux écrit en runes et codé.  Lorsque son neveu Axel et lui arrivent à le déchiffrer, ils découvrent que ce message mystérieux a été écrit par Arne Saknussemm, un chimiste islandais du XVIème siècle, qui prétend avoir atteint le centre de la Terre en passant par le cratère d'un volcan. Aussitôt, le professeur Lidenbrock entraîne son neveu pour reproduire cette grande aventure...


Mon avis :

Le plaisir que l'on trouve à écouter un audiolivre dépend en grande partie de la voix du lecteur.  J'ai déjà eu de mauvaises expériences, des lecteurs qui avaient une voix ennuyeuse, traînante, ne correspondant pas à l'oeuvre qu'ils lisaient. Mais j'ai surtout eu d'excellentes surprises, des lecteurs passionnants, des voix parfaitement adaptées à la lecture, en bref des audiolivres où le plaisir était doublé par le fait de s'entendre raconter l'histoire. 

"Voyage au centre de la terre" fut de ces expériences positives.  Je m'étais fournie chez mon dealer préféré, www.litteratureaudio.com, qui offre gratuitement des audiolivres d'oeuvres dans le domaine public.  Cette fois-ci le lecteur était un certain Damien Genevois et j'ai adoré sa façon de raconter l'histoire : il arrivait à transmettre l'enthousiasme et la naïveté du neveu du héros et parvenait à donner un ton naturel aux descriptions parfois un peu ardues de lieux ou de théories scientifiques.  Un vrai plaisir à écouter !

En ce qui concerne l'histoire, c'est du très bon Jules Verne, un de mes préférés.   Sur les traces d'un savant islandais qui a laissé un message codé dans un vieux bouquin, le jeune Axel se fait entraîner par son oncle au coeur d'un volcan dans le but d'atteindre le centre de la terre. Il y va en traînant la patte, tiré par son oncle et poussé par sa fiancée secrète.  Le manque de caractère du jeune homme est assez pénible par moments mais c'est un excellent narrateur malgré tout.

Comme d'habitude, Verne nous concocte un voyage formidable, rempli d'aventures et d'images grandioses.  On y rencontre une mer souterraine où soufflent des geysers géants et des orages électriques impressionnants, un champ de champignons gigantesques et d'arbres pétrifiés, on y meurt de soif, on s'y perd dans un dédale de galleries, on y voyage sur le dos d'un ascenseur de lave en fusion... Le lecteur comme les personnages n'ont pas droit à un moment de repos, à part pour admirer le monde autour d'eux ! 

Le plus amusant dans cette histoire est que Jules Verne la justifie par des théories scientifiques de son époque qui semblent crédibles malgré tout ce que nous savons maintenant prouvant qu'elles sont entièrement fausses.  On en viendrait à grimper dans le volcan avec eux, juste pour voir s'il fait vraiment chaud au fond !  Il y a au passage quelques découvertes touristiques de l'Islande et quelques passages "savants" mais soit c'est le narrateur qui les fait passer plus facilement, soit elles étaient beaucoup moins nombreuses que dans "Vingt-mille lieues sous les mers" par exemple.

Bref, un audiolivre que je vous conseille ; il a sauvé mon week-end ! Merci Jules Verne et merci Damien Genevois !

La Carte du Temps, de Félix J. Palma

J'ai terminé il y a peu de temps ce gros pavé de 549 pages - mais de jolies pages, bien aérées, précédées par une belle couverture, et suivies d'un résumé alléchant.  Vous me suivez pour une petite présentation ?


Résumé :

Londres, 1896.  Alors que l'écrivain H. G. Wells vient de connaître le succès avec son roman "La Machine à remonter le temps", il semble que ce qu'il a imaginé soit devenu réalité : Gillian Murray, un entrepreneur audacieux, propose contre une forte somme d'argent des voyages dans le temps.  Ses clients ont le privilège d'embarquer dans un curieux tramway à vapeur qui les emmènera à travers la quatrième dimension jusqu'à l'an 2000 pour assister à la bataille finale de la guerre entre les hommes et les automates. Les clients de ses deux premières expéditions en reviennent enchantés, et cette possibilité de voyager dans le temps va changer la vie du jeune Andrew Harrington, de la jolie Claire et de l'écrivain H. G. Wells lui-même...


Mon avis :

Écrire une chronique de ce livre est un exercice très périlleux : je ne voudrais pas vous dévoiler les astuces de l'intrigue alors qu'elle représente à mon avis le gros point fort de ce roman.  Je me contenterai de dire que l'histoire qui est racontée ici est vraiment originale.  Les voyages dans le temps, en voilà bien un sujet hyper exploité !  Difficile de ne pas retomber dans les schémas classiques qui explorent les conséquences hyper complexes des changements que les voyageurs imposent au cours de l'histoire. Mais ici, l'auteur réussit le pari ambitieux d'envisager le problème sous un tout nouvel angle : il s'agit d'analyser les conséquences sur la vie des héros non pas du fait de voyager, mais de la possibilité de le faire. Qu'est-ce qui serait différent si la société savait que, moyennant finances, certaines personnes pouvaient se déplacer dans le temps ?  Comment cette connaissance peut-elle être exploitée sans avoir effectivement besoin de voyager, pour faire le bien ou pour faire le mal ?

Le récit en lui-même est déjà un voyage dans le temps puisqu'il a lieu au XIXème siècle. Il n'aurait pas pu être mieux placé : c'est une époque vraiment particulière, celle où les avancées de la science sont tellement fulgurantes qu'elles laissent croire que tout est possible, celle où on ne s'interroge pas encore des problèmes moraux que ces avancées vont engendrer. C'est aussi une période ou Londres voit se côtoyer les plus grandes richesses et la misère la plus noire, où de grandes choses ont eu lieu et de grandes oeuvres sont nées. On rencontre d'ailleurs au fil des pages quelques personnages connus.

Le style narratif a aussi quelque chose qui colle avec l'époque. L'auteur emploie un langage très soigné, volontairement un peu pompeux, qui colle assez bien avec l'idée qu'on se fait de la langue de la bourgeoisie de l'époque, ou avec les romans d'aventure de Jules Verne qui écrivait à cette période-là. Il prend aussi le lecteur à partie de temps en temps, comme une petite marque de fantaisie de sa part. J'ai repéré quelques petites erreurs de traduction (dont la plus comique : Jack l’Étrangleur au lieu de Jack l’Éventreur), mais rien de bien grave, et le style dans son ensemble est un plaisir à lire.

Alors au final, est-ce un coup de cœur ?  Je dirai que non et pour une raison bien simple : trop de longueurs !  Le récit se traîne souvent, les descriptions sont longues et les digressions répétées. Ça fait partie du style mais c'est trop fréquent, trop long pour un roman moderne.   L'auteur s'attarde sur l'enfance ou l'histoire des personnages, sur leurs pensées et émotions, étale leurs discours, et ça en devient vraiment lassant. Il faut plus de 80 pages pour qu'on nous présente pour la première fois les voyages dans le temps organisés par Murray et qui sont pourtant au cœur de tout.  Et ce n'est qu'à la fin de la première partie, page 220 exactement, que j'ai commencé à comprendre où l'auteur voulait en venir et où était l'originalité de toute cette histoire.  C'est à partir de là que j'ai vraiment accroché, mais même comme ça je me suis permise plusieurs fois de sauter quelques passages franchement longuets.  En toute franchise et malgré la beauté du style, je pense qu'on pourrait retrancher au moins un tiers des pages du roman sans amputer son charme.

Alors au final, une excellente idée, une intrigue magnifique où l'auteur joue avec le lecteur pour le plus grand plaisir de ce dernier, un style agréablement original, un décor parfait...  Mais un roman auquel il faut se confronter armé de patience.  Comme ça, vous serez prévenus !

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour ce livre reçu en partenariat avec Livraddict !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis franchement enthousiastes de trois autres lecteurs : FrenchDawn, Tousleslivres et BlackWolf.

Ivanhoé, de Sir Walter Scott

Le mois de juillet, c'est le mois des vacances ! Et je ne fais pas exception à la règle : me voilà pour plus de deux semaines auprès des mes parents dans ma Belgique natale. Pendant cette période je vais sûrement lire (impossible de m'en passer !) mais je n'ai pas beaucoup de temps pour écrire mes billets habituels.

Qu'à cela ne tienne, je ne vous laisse pas tomber, lecteur : j'ai une petite critique publiée sur mon blog personnel il y a quelques mois et qui, je ne sais pas pourquoi, n'a pas trouvé le chemin de celui-ci quand je l'ai créé. Il s'agit d'un roman classique de la littérature anglaise: "Ivanhoé", de Sir Walter Scott. Quelques mots pour vous le faire découvrir...


Résumé:

Sous le reigne de Richard Coeur de Lion, l'Angleterre est partagée et sa vie sociale chaotique. Le Roi est prisonnier en Autriche et c'est son frère Jean, très impopulaire, qui est au pouvoir. Depuis Guillaume le Conquérant, les Normands vainqueurs s'opposent aux Saxons vaincus. La noblesse est divisée en deux clans parlant des langues différentes qui n'ont pas encore fusionné pour former l'anglais moderne, le peuple est oppressé par ses nouveaux maîtres, des bandes de brigands affamés battent la campagne et les chevaliers s'affrontent à mort pour la moindre question d'honneur...

Dans ce contexte historique, nous découvrons l'histoire de Cédric, noble saxon qui rêve de remettre son peuple sur le trône d'Angleterre, et de sa belle pupille Rowena; de ses deux esclaves Wamba le bouffon et Gurth le gardien de bétail; de Brian de Bois-Guilbert, le fier templier; du financier juif Isaac et de sa fille Rebecca, aussi belle que sage. Lorsque deux chevaliers mystérieux apparaissent parmi ce petit monde, les aventures se succèdent au rythme effréné des tournois, enlèvements, sièges, procès de sorcellerie...


Mon avis:

Je dois dire que quand j'ai entamé les premières pages de ce roman, j'ai failli le refermer très rapidement. Je l'avais acheté en anglais, sa langue originale. Mais imaginez une oeuvre en anglais du dix-neuvième siècle, écrite en imitant le style de l'époque à laquelle l'histoire appartient, l'an 1193. C'est peu accessible pour quelqu'un dont l'anglais n'est même pas la langue maternelle... Les armes et équipements mentionnés, les lieux décrits, et surtout les dialogues, me semblaient par passages totalement incompréhensibles ! Le problème c'est que je déteste interrompre ma lecture pour chercher une traduction dans le dictionnaire. J'ai donc continué en tentant de deviner le sens des mots, et au fur et à mesure, je me suis habituée à la langue. Je vous conseille malgré tout de ne tenter l'aventure que si vous vous sentez bien accrochés à votre anglais; dans le cas contraire, préférez une traduction !

Au bout d'un chapitre ou deux, quand le déchiffrement n'a plus posé trop de problèmes, j'ai pu mieux apprécier l'histoire. Il s'agit véritablement d'un roman de chevalerie et d'aventure, avec de multiples rebondissements et des caractères très typés; le matériel parfait pour un scénario de film ! On y croise des monarques, de preux chevaliers en armure, une populace vindicative, une bande de voleurs pas si méchants, des prêtres pas très saints, de belles jeunes femmes qui font battre le coeur des chevaliers, des nobles ombrageux, des méchants sans scrupules et d'autres pas très malins... Et même Robin des Bois et toute sa clique ! L'histoire ne se déroule que sur quelques jours, mais prend de tels rebondissements qu'on se demande sans cesse comment nos héros vont s'en sortir. Il y a une petite histoire d'amour et un coeur brisé, un tournoi décrit en détails, et une superbe prise de forteresse. Les descriptions sont très précises, mais leur longueur ne m'a pas dérangée car elles participent à la création de tableaux d'époque. Par contre, les personnages ont tendance à se lancer dans de longs discours pompeux que j'ai parfois sauté allègrement...

J'ai beaucoup apprécié la précision historique de ce roman: d'après les notes qui accompagnent l'édition que j'ai achetée, l'auteur a pris des libertés avec l'Histoire, mais il se rattrappe en fournissant une foule de détails sur la vie de l'époque: la description des châteaux, des vêtements, de la façon de vivre, des habitudes et coutumes... Au final on se sent plongé en plein Moyen-Age et on se représente très bien cette période, j'adore ! Mais j'ai aussi beaucoup aimé l'ironie et l'humour qui sont particulièrement présents dans la plupart des personnages. Le Saxon Athelstane est vraiment comique, par exemple. On rit un peu plus jaune quand il s'agit du Juif Isaac, qui représente tous les préjugés qu'on associe à son peuple, mais l'auteur se rattrappe en mettant l'accent sur la persécution injuste dont il est la victime et en lui donnant une fille irréprochable qui est de loin le meilleur personnage du livre.

Bref, il est difficile de dire que ce roman n'a pas pris une ride, mais il vaut la peine d'être lu. Le petit effort de se plonger dans un style un peu moins actuel que du Dan Brown est compensé par le bain historique qu'il nous apporte... Une belle expérience !


Pour en savoir plus :
- la page Bibliomania du livre

Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne

Pour ma première lecture commune, je me suis laissée entraîner par mes "collègues" de la Livraddict Team pour une relecture de l'un des romans les plus célèbres d'un des écrivains français les plus connus. Et je suis impatiente de savoir ce que mes co-lecteurs (lectrices) en ont pensé ! En attendant, voici mon avis...


Résumé:

En cette année 1866, la marine mondiale est en émoi: plusieurs bateau ont vu ou se sont même fait embrocher par un monstre noir, lumineux la nuit, qui se déplace sans bruit à très grande vitesse et suivant une volonté propre. Un navire est affrété pour partir à sa poursuite et en débarrasser les mers, puisqu'il constitue un danger pour la navigation. A son bord, le savant spécialiste de la faune sous-marine Pierre Aronnax et Conseil, son fidèle domestique. Mais lorsque le monstre est enfin découvert, Aronnax, Conseil et le chasseur de baleine canadien Ned Land sont précipités hors du navire, et se retrouvent sur le dos de la bête... qui est en fait un fabuleux sous-marin, le Nautilus, construit et manoeuvré par un homme mystérieux hostile à l'humanité, le capitaine Nemo. Les trois hommes sont recueillis à son bord, à la fois invités et prisonniers. Commence alors un voyage fantastique sous les mers, où les découvertes extraordinaires se suivent mois après mois...


Mon avis:

Tout d'abord, ceci n'est pas ma première lecture de ce livre. La première datait de mon enfance, au moment où j'ai dévoré en série une bonne partie des Jules Verne. A l'époque celui-ci ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable : j'avais préféré "Voyage au centre de la terre", qui parlait plus à mon imagination, ou "Les tribulations d'un Chinois en Chine", dont j'avais beaucoup aimé l'humour. Mais le voyage sous les mers m'avait moins marquée: des images sous-marines, je pouvais en voir à la télévision dans les reportages du commandant Cousteau... Une mini-anecdote qui me fait sourire aujourd'hui : à l'époque, je savais déjà que la lieue était une unité de mesure supérieure au kilomètre, mais j'imaginais que le sous-marin allait plonger 20 000 lieues sous les mers... en profondeur !

Il est vrai que ce roman a un peu vieilli. L'électricité, la fée mystérieuse qui fait fonctionner le Nautilus, a depuis longtemps été domestiquée. Les sous-marins sont légions, on a largement exploré le fond des mers et les images sont accessibles à tout le monde. Parfois certaines découvertes du capitaine Nemo prêtent d'ailleurs à sourire : on sait maintenant qu'il n'aurait pu atteindre le pôle sud sous les eaux, puisque l'Antarctique est un continent. D'autres passages sont plus choquants car très loin des préoccupations actuelles : les héros ont beau être des savants passionnés par le monde sous-marin, ils n'ont aucune notion de préservation des espèces. Dans ce passage par exemple, où le Nautilus croise une bête particulièrement rare:
"Non, dis-je à Conseil, ce n'est point une sirène, mais un être curieux dont il reste à peine quelques échantillons dans la mer Rouge. C'es un dugong. [...]
- Ah ! fit le Canadien, cette bête-là se donne aussi le luxe d'être bonne à manger ?
- Oui, maître Land. Sa chair, une viande véritable, est extrêmement estimée, et on la réserve dans toute la Malaisie pour la table des princes. Aussi fait-on à cet excellent animal une chasse tellement acharnée que, de même que le lamantin, son congénère, il devient de plus en plus rare.
- Alors, monsieur le captiaine, dit sérieusement Conseil, si par hasard celui-ci était le dernier de sa race, ne conviendrait-il pas de l'épargner - dans l'intérêt de la science ?
- Peut-être répliqua le Canadien ; mais, dans l'intérêt de la cuisine, il vaut mieux lui donner la chasse.
- Faites donc, maître Land", répondit le capitaine Nemo.
Ils se permettent aussi de déclarer que le cachalot est une bête nuisible et d'en exterminer tout un banc... Le capitaine Nemo n'aurait pas été très populaire auprès de Greenpeace !

Ceci dit, si l'on entame la lecture en se souvenant de l'époque à laquelle Verne a écrit ce roman, on peut apprécier pleinement sa capacité d'anticipation. A l'époque, on ne faisait qu'entrevoir le potentiel de l'électricité, et les seuls sous-marins existant plongeaient de quelques mètres dans la Seine ! Le fait que les images et la machine décrits par Verne nous soient si familiers nous prouvent qu'il a touché très juste dans ses extrapolations. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire le livre sous cet angle, à comparer les anticipations de l'auteur avec la réalité telle que nous la connaissons aujourd'hui, les connaissances du professeur Aronnax et du capitaine Nemo avec celles apprises à l'école au XXIème siècle. Et c'est aussi amusant qu'époustoufflant !

Si la narration est généralement très active et pleine de scènes aventuresques, il y a aussi de longs passages descriptifs. Le narrateur, bien dans son rôle de savant, prend le temps de lister les plantes, poissons, coraux et autres qu'il croise pendant son périple. Je conçois très bien que ces passages peuvent sembler longs et pénibles pour de nombreux lecteurs, mais je n'en ai sauté aucun. J'aime la façon dont les descriptions sont faites, car chaque nom est au moins accompagné d'un petit détail sur l'animal qui ressemble à une anecdote : telle bestiole est mangée de telle façon, telle bestiole a une habitude bizarre, telle bestiole ressemble à ceci... Ce n'est donc pas juste une liste sèche, et si on n'en retient rien vu le nombre de noms et de qualificatifs, au moins sur le moment ces énumérations sont plutôt amusantes qu'ennuyeuses à mes yeux. Et j'admire toute la documentation que l'auteur a rassemblée !

Bref, c'est une lecture que j'ai beaucoup appréciée, et mieux que la première fois. Je l'ai trouvée à la fois amusante et instructive. Le gros plus dans ma lecture, ce fut la magnifique édition du Livre de Poche que je m'étais procurée. La couverture, rouge et argent, reprend celle de la version originale dans une version tricolore magnifique (mal rendue par l'image ci-dessus), et à l'intérieur on retrouve les gravures de la première édition. Au début il y a aussi une préface intéressante, et à la fin, une biographie de Jules Verne. J'ai rarement vu une mise en page en poche aussi belle, et j'avais beaucoup de plaisir à sortir ce livre en public !


Voilà, il ne vous reste plus qu'à aller lire les avis de mes co-lecteurs:
- Fée Bourbonnaise
- Heclea
- Thalia
- Baba
- El Jc
- Mallou
- Emeralda
...ou à retrouver toutes les informations du livre sur sa page Bibliomania.

"L'affaire Jane Eyre" de Jasper Fforde

Encore un livre découvert à l'occasion d'un Book Club, celui du mois d'avril qui a eu lieu il y a quelques jours ! Un auteur que je ne connaissais pas du tout, un titre alléchant pour une fan de Jane Eyre comme moi et un style très particulier... Bref, une belle découverte !


Résumé:

Dans le monde de Thursday Next, la vie en 1985 est bien différente de celle que nous connaissons. L'Angleterre est en guerre contre l'Empire Russe depuis plus de cent ans pour la possession de la Crimée, le gouvernement est sous la coupe d'une société privée et fonctionne grâce à une série d'organisations plus ou moins secrètes, les gens se battent pour des théories littéraires et possèdent des dodos clônés comme animaux de compagnie... Thursday elle-même a participé à la guerre de Crimée et travaille à la Section Spéciale Littéraire, celle qui recherche les criminels piratant les grands auteurs. Elle est lancée sur les traces d'un criminel hors du commun, Acheron Hadès, qui a décidé de s'attaquer aux personnages des livres les plus populaires...


Mon avis:

Comme je l'ai dit plus haut, voilà une très chouette découverte à laquelle je ne m'attendais pas. J'ai particulièrement aimé le monde créé par Jasper Fforde: quelle imagination a cet auteur, c'est impressionnant ! Ses inventions sont pour la plupart originales, ou en tous cas présentées de façon originale. Il y mélange des éléments d'uchronie (changement d'un élément historique pour imaginer le monde qui en découle), avec une touche de science fiction ou fantastique (voyages dans le temps, trous noirs, clonage, inventions surréalistes). Si certains participants du book club ont trouvé difficile d'intégrer toutes les nouveautés du monde de Thursday, personnellement j'ai trouvé qu'elles se mettaient en place assez naturellement. Peut-être est-ce parce que j'ai lu ce livre en anglais et que dans cette langue je ne me tracasse pas trop si un détail m'échappe...

Ce livre est vraiment un mélange de styles que j'ai trouvé assez réussi. Outre le fantastique et l'uchronie, on y retrouve quelques éléments de récits de guerre dans les souvenirs de Thursday qui a participé à un drame de la guerre de Crimée. Il y a aussi une histoire d'amour autour de Thursday, mais qui ne prend pas trop de place heureusement, on ne glisse pas dans la guimauve. Et puis bien sûr, l'intrigue principale prend la forme d'une enquête policière avec une grande partie d'aventures, car Thursday se retrouve toujours là où se déroule l'action.

Mais au final ce qui reste en mémoire, c'est l'idée géniale de faire intervenir les héros dans les personnages de roman, particulièrement ici Jane Eyre. Contrairement à ce qu'on pourrait penser à partir du titre, Jane Eyre n'apparaît que dans le dernier tiers de l'histoire, mais le coeur du roman de Jasper Fforde tourne autour d'elle, et son invention la plus marquante est l'intervention de Thursday Next dans la trame du roman Jane Eyre. En quelques pages, elle en change la trame, et ceux qui connaissent bien l'héroïne de Charlotte Brontë vont se délecter de la façon dont Jasper Fforde exploite les plus petits mystères de l'intrigue pour lui donner une lumière tout à fait nouvelle.

Un autre élément qui m'a séduite, c'est l'humour qui est présent partout: dans les répliques de Thursday, dans la personnalité des autres personnages, dans les inventions de son oncle Mycroft, et jusque dans les nombreux jeux de mots qui parsèment le livre (aussi bien dans sa version originale que dans sa traduction en français, apparemment). La petite touche en plus qui m'a fait sourire c'est que dans l'édition que j'ai entre les mains (la première édition je pense), il y a des interventions de l'histoire dans les pages qui n'ont rien à voir avec le roman. Par exemple, en bas de la page de dédicace, il y a un petit rectangle imitation "tampon" où est écrit que ce livre est conforme aux règles de la Goliath Corporation. Dans les dernières pages, il y a des publicités pour un marchand de dodos et une autre pour encourager les gens à manger des toasts qui est sponsorisée par le département de détection littéraire de Swindon. Un petit détail qui m'a beaucoup séduite !

Enfin, Thursday elle-même m'a particulièrement plue, avec son franc-parler, son humour, son courage et sa fierté dans les histoires de coeur. Le méchant est une caricature du vraiment très méchant, celui qu'on s'attend à ricaner comme dans les dessins animés. Certains personnages secondaires sont également savoureux, comme Mycroft ou le père de Thursday.

Voilà, je crois que vous avez compris: j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre et je compte bien découvrir les autres aventures de Thursday Next, qui apparaît dans:
- Délivrez-moi ! (Lost in a Good Book), 2002
- Le Puits des histoires perdues (The Well of Lost Plots), 2003
- Sauvez Hamlet ! (Something Rotten), 2004
- Le Début de la fin (First Among Sequels), 2007.


Pour en savoir plus:
- la page Bibliomania du livre;
- la discussion du Book Club;
- quelques critiques enthousiastes: FrenchDawn, Craklou, latitesib, cocola, Frankie, Bambi_Slaughter, Nane, poet24, Lelf
- des critiques plus mitigées: Lucie, BelledeNuit, Lexounet, Zorane