Affichage des articles dont le libellé est chats. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chats. Afficher tous les articles

The Dream-Quest of Unknown Kadath, de H.P. Lovecraft

The Dream-Quest of Unknown Kadath, en français, À la recherche de Kadath, est une nouvelle d'une centaine de pages de Howard Phillips Lovecraft, le créateur du tentaculaire mythe de Cthulhu, un des piliers du fantastique moderne. En France, le texte a été publié dans le recueil Démons et merveilles, avec les trois autres histoires, beaucoup plus courtes, mettant en scène le personnage discret de Randolph Carter. Pour ma part, j'ai préféré le lire dans sa version originale, publiée dans l'oeuvre intégrale de l'auteur en trois volumes chez Arkham House.


Résumé :

Randolph Carter n'est pas un doux rêveur, c'est un rêveur chevronné ! Il n'a même pas peur de s'adresser directement aux dieux pour trouver la cité merveilleuse au couchant qu'ils lui interdisent de rêver. Mais pour présenter sa requête, il lui faut d'abord atteindre leur sanctuaire, Kadath l'inconnue, au sommet duquel trône leur château d'onyx, et dont nul ne connaît l'emplacement. Pour accomplir sa quête onirique, l'intrépide Carter va remuer ciel et terre, s'envoler vers la lune où s'ébattent les chats, escalader le versant caché de Ngranek à la recherche du visage gravé, s'évader des profondeurs du val de Pnath avec des goules, longer les carrières d'Inganok scindées par les dieux, traverser les plateaux glacés de Leng. Mais parviendra-t-il à son but quand l'ombre de Nyarlathotep, le Chaos Rampant, semble épier chacun de ses mouvements ?


L'avis de Sanjuro :

Malgré toutes ses belles promesses, The Dream-Quest of Unknown Kadath est une oeuvre mineure de H.P. Lovecraft. A l'époque où elle fut écrite, en 1927, c'était pourtant une entreprise ambitieuse pour son auteur, habitué aux nouvelles et à la poésie, qui signait là son texte le plus long. Bien qu'on y trouve les monstres et l'atmosphère inquiétante auxquels il doit son succès, Kadath se présente avant tout comme un récit d'aventures. Et c'est peut-être là où le bât blesse: Lovecraft n'est pas dans son élément, dans sa chère Nouvelle-Angleterre hantée d'indicibles secrets. Ironie suprême, d'une certaine façon, c'est aussi la conclusion à laquelle arrive l'histoire !

Carter traverse différentes régions de ce monde imaginaire, faisant la rencontre des peuplades variées qui y vivent, voyageant à dos de zèbre ou d'oiseau monstrueux, suivant des indices et échappant à des traquenards, toujours obnubilé par l'objet fantastique de sa quête. Le voici qui se fait kidnapper... avant de triompher grâce à l'intervention de quelque allié inattendu. C'est, dans le fond, de l'aventure tout ce qu'il y a de classique, mais pas forcément très convainquante. Il y a une grande inégalité, beaucoup de hauts et de bas, de moments où l'on commence à se sentir emporté par le récit, comme dans les bons romans, avant de retomber soudain comme une masse molle, rejeté par cet univers que l'on a du mal à prendre au sérieux.

La faute en revient en partie à la réputation du mythe de Cthulhu, dont le renom, la portée, ont dépassé au gré des décennies le talent de son auteur. On attend quelque chose de grand et de terrible alors on a du mal à lui pardonner certaines légèretés: ces goules qui se comportent comme de braves toutous, ces dieux un peu mous qui semblent fuir les humains et ces monstres fantoches qu'on nous dit effrayants mais qui s'expédient tous comme on éclaterait des bulles. Contrairement à d'autres de ses histoires, ce qui rôde dans les ténèbres n'arrive à produire ici qu'une nuance de peur. Un des meilleurs passages à ce titre est celui dans le monastère sans fenêtre, ce mastaba polaire où réside le grand prêtre vêtu de jaune et voilé de rouge. Dans ces dédales aveugles, écrasé de claustrophobie, un début de terreur enfin éclot.

On aime aussi les belles et grandes descriptions, les fameux paysages cyclopéens et les vues de cauchemar, qui se dressent avec beaucoup d'emphase et d'intensité, comme le démontre le passage suivant:

"Then came a wide gap in the range, where the hideous reaches of transmontane Leng were joined to the cold waste on this side by a low pass through which the stars shone wanly. Carter watched this gap with intense care, knowing that he might see outlined against the sky beyond it the lower parts of the vast thing that flew undulantly above the pinnacles. The object had now floated ahead a trifle, and every eye of the party was fixed on the rift where it would presently appear in full-length silhouette. Gradually the huge thing above the peaks neared the gap, slightly slackening its speed as if conscious of having outdistanced the ghoulish army. For another minute suspense was keen, and then the brief instant of full silhouette and revelation came; bringing to the lips of the ghouls an awed and half-choked meep of cosmic fear, and to the soul of the traveller a chill that has never wholly left it. For the mammoth bobbing shape that overtopped the ridge was only a head—a mitred double head—and below it in terrible vastness loped the frightful swollen body that bore it; the mountain-high monstrosity that walked in stealth and silence; the hyaena-like distortion of a giant anthropoid shape that trotted blackly against the sky, its repulsive pair of cone-capped heads reaching half way to the zenith."

Il y a du bon dans Kadath, et les fans de Cthulhu le liront, sinon avec avidité, au moins avec intérêt. Le récit malheureusement ne se compose pas uniquement de perles comme celle-ci, plutôt rares. Le style a également sa part de responsabilité. Relativement froid, purement descriptif, sans dialogues à l'exception de la tirade finale, il ne parvient pas à instaurer l'esprit épique indispensable. Lovecraft cède a des enfantillages: beaucoup de répétitions qui ne produisent pas l'effet désiré, une certaine fadeur à décrire le beau et le merveilleux (à l'inverse de l'affreux et du terrible), et un univers auquel il manque décidément une cohésion. Le domaine du rêve ne justifiant pas tout !

H.P. Lovecraft lui-même avait la lucidité de reconnaître que ce n'est pas une très bonne histoire. A l'inverse de son confrère et ami Robert E. Howard, auteur de Conan, il n'était visiblement pas à l'aise dans le récit d'aventure. Son imaginaire, plutôt que de s'y épanouir, regarde constamment dans une autre direction, ce trou sombre plein de mystère et d'horreur qui débouche quelque part dans une cave abandonnée d'Arkham.

Claudine à Paris, de Colette

Après le succès (et le scandale) rencontré par le premier livre, Colette se remit à l'écriture dès l'année suivante, en 1901, avec ce qui allait devenir le second volet d'une série de quatre courts romans à saveur autobiographique. Le nom de Claudine ressurgit une dernière fois, vingt ans après la publication du dernier volume, dans La Maison de Claudine (1922), mais uniquement pour faire le lien avec ce recueil de souvenirs cette fois intégralement autobiographiques.



Résumé :

Le papa de Claudine, cet extravagant monsieur, a soudain eu une idée géniale (soufflée par sa fille): "mettons tout dans des caisses et partons pour Paris !" Et les voilà désormais installés, en appartement, au coeur de la capitale. Pour Claudine, c'est l'occasion d'entrer dans le monde et surtout de faire la connaissance de Marcel, jeune homme précieux, trop précieux, et de son séduisant père. Mais la voilà qui commence déjà à regretter les bois de Montigny ! Le destin, plus ironique que jamais, lui enverra un rappel au détour d'une rencontre inattendue.


L'avis de Sanjuro :

L'aventure littéraire des Claudine ne fut pas de tout repos. Deux noms souvent revendiquent la qualité d'auteur sur la couverture et parfois même un seul des deux, qui n'est pas celui de Colette. Ce nom, Willy, est le pseunodyme de son mari d'alors, le satiriste populaire Henry Gauthier-Villars. S'il a (peut-être) le mérite d'avoir lancé la carrière de sa femme, il a surtout la honte de lui avoir volé le sien, en s'attribuant la paternité des livres qu'il publiait sous son nom seul, situation qui aura duré dix ans. Pour retrouver le droit de sa création, il en coûtera à Colette un divorce et un procès.

Dans Claudine à Paris justement, c'est sa rencontre avec Willy que Colette décrit. Renaud, le quadragénaire à la belle moustache, c'est évidemment lui, ce qui explique en même temps pourquoi on ne voit ce soi-disant rédacteur de La Revue Diplomatique qu'en présence de gens d'un goût douteux. Quant à Marcel, il est, comme dans la réalité, le fils d'un premier mariage. Homosexuel efféminée, il permet surtout à Colette de faire le portrait d'un type de personnage et de comportement qui la fascinent, fascination où s'exercent à la fois une attraction et un trouble.

La mystérieuse rencontre est un des moments forts du roman, et sans doute de la vie intime de Colette car on jurereait que cet épisode a vraiment eu lieu. On a l'impression qu'il en résulte une certaine rupture avec son enfance, avec les souvenirs de Claudine à l'école, qui la laisse libre d'entrer pleinement dans l'âge adulte, y compris ses mauvais côtés.

Un aspect agréable de cette suite est qu'on y fait la connaissance de nouveaux personnages de l'entourage de Claudine, comme la brave servante Mélie et le pusillanime Monsieur Maria, dont l'amour transi se fait rabrouer dans une scène drôlatique, mais aussi qu'on y redécouvre deux personnages qui n'avaient été qu'effleurés dans Claudine à l'école, son amusant père, plus grand que nature, et la chatte blanche Fanchette. Oui, avec une amoureuse de ses beaux félins comme Colette, la chatte, qui a désormais un petit nommé Limaçon, est un personnage à part entière. On peut en juger dans ce passage cocace qui décrit une certaine étape quotidienne de la vie des chats:

"Fanchette, heureuse fille, a pris gaiement l'internat. Elle a, sans protestation, accepté, pour y déposer ses petites horreurs, un plat de sciure dissimulé dans ma ruelle, et je m'amuse, penchée, à suivre sur sa physionomie de chatte les phases d'une opération importante.

Fanchette se lave les pattes de derrière, soigneuse, entre les doigts. Figure sage et qui ne dit rien. Arrêt brusque dans le washing : figure sérieuse et vague souci. Changement soudain de pose; elle s'assied sur son séant. Yeux froids et quasi sévères. Elle se lève, fait trois pas et se rassied. Puis, décision irrévocable, on saute du lit, on court à son plat, on gratte... et rien du tout. L'air indifférent reparaît. Mais pas longtemps. Les sourcils angoissés se rapprochent; elle regratte fiévreusement la sciure, piétine, cherche la bonne place et pendant trois minutes, l'oeil fixe et sorti, semble songer âprement. Car elle est volontiers un peu constipée. Enfin, lentement, on se relève et, avec des précautions minutieuses, on recouvre le cadavre, de l'air pénétré qui convient à cette funèbre opération. Petit grattement superfétatoire autour du plat, et sans transition, cabriole déhanchée et diabolique, prélude à une danse de chèvre, le pas de la délivrance. Alors, je ris et je crie : "Mélie, viens changer, vite, le plat de la chatte!""

Ce n'est certainement pas le Willy qui aurait écrit ça ! Si A Paris est moins bon qu'A l'école, c'est sans doute aussi sa faute, mais indirectement cette fois-ci. Lui et son fils ne sont pas des personnages aussi délicieusements amusants que ceux de Montigny, pas plus que ce monde, creusé de prétentions, que Claudine désormais fréquente. En somme, c'est la faute à Paris !