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The Vanishing Man (Charles Lenox préquelle 2), de Charles Finch


J'avais prévu de reprendre les publications régulières sur ce blog, mais le coronavirus est venu chambouler ma vie comme celle de tout le monde. Maintenant que les choses sont rentrées dans l'ordre, j'ai toute une série de chroniques en retard à vous présenter. commençons avec une série que les habitués de ce blog reconnaîtront...


Résumé :

Le détective amateur et gentleman victorien Charles Lenox en est encore au début de sa carrière mais commence à se faire un nom auprès de ses proches. C'est comme ça que le Duc de Dorset le consulte pour une affaire délicate : un tableau a été volé dans son bureau privé. Le tableau en lui-même a peu de valeur, mais il y a dans la même pièce un autre tableau, une pièce historique inconnue du public dont la valeur est inestimable car il renferme un secret de grande importance pour tout le pays. Lenox est chargé de retrouver discrètement le voleur et se retrouve avec une affaire qui devient de plus en plus complexe, grave et mystérieuse...


Ghost Talkers, de Mary Robinette Kowal


J'ai découvert l'autrice Mary Robinette Kowal grâce à ce titre, et je peux déjà vous dire que je ne me suis pas arrêtée là !


Résumé :

En cette première guerre mondiale, l'Angleterre a inventé une arme secrète : elle a entraîné des équipes de médiums capables de communiquer avec les morts. Chaque soldat est formé pour que, dès son décès au front, il puisse venir faire un rapport sur ce qu'il a vu et entendu avant de glisser vers l'au-delà. Ginger, une riche héritière américaine, fait partie de cette équipe de médiums qui, en cachette, débriefent les soldats juste après leur mort. Mais les Allemands semblent avoir percé leur secret et mettent en danger la vie des médiums ; pire, il semble qu'un traître se soit infiltré dans la chaîne de commande. Quand le fiancé de Ginger est envoyé au front et confirme ses soupçons, elle est obligée de mener seule l'enquête pour sauver la vie de son équipe.


Mon avis :

"Ghost Talkers" est le premier livre de Mary Robinette Kowal que je découvre, après avoir assez longtemps entendu parler de cette autrice américaine proche de certains de mes auteurs préférés, comme John Scalzi. Il ne s'agit pas de son titre le plus connu, mais ce mélange de récit historique et de fantastique m'a tout de suite alléchée. Je l'ai acquis sous format audio qui, dans sa version originale, est narré par l'autrice elle-même (et elle fait un excellent travail).

J'ai été tout de suite attirée par le synopsis original de ce roman. On est donc en pleine guerre, à Londres, où une petite section de l'armée britannique emploie une technique d'espionnage inédite : la communication avec les morts. Tout se fait dans le plus grand secret, et Ginger, notre héroïne, et ses collègues (donc beaucoup de femmes) sont chargés d'accueillir les soldats qui viennent d'être tués au front et qui leur rapportent ce qu'ils ont vu avant d'entamer leur grand voyage vers l'au-delà. On devine l'énorme potentiel émotionnel de ce genre de scènes, et de fait ça ne rate pas, sans être larmoyant : les "ghost talkers" sont des agents de renseignement mais remplissent aussi le rôle du prêtre qui recueille les dernières confidences de soldats morts bien trop jeunes et souvent inutilement. L'autrice retranscrit très bien l'émotion de ces moments et nous permet d'entrevoir brièvement l'horreur de cette guerre. 

Le début du roman nous permet rapidement de comprendre le rôle de cette section inédite de l'armée, y-compris les difficultés que vivent les femmes qui la composent dans un milieu à la fois machiste, élitiste, nationaliste et raciste. Ginger notamment a le gros désavantage d'être une femme, mais profite au moins du fait d'être blanche et de provenir d'un milieu aristocratique très bien connecté. Une de ses collègues, tout aussi talentueuse, doit rester dans l'ombre parce qu'elle a la peau noire et vient d'un milieu populaire. Ce ne sont pas des éléments inédits mais d'une part j'apprécie que l'autrice ne les ait pas occultés, et d'autre part, sans s'y attarder, elle prend quand même le temps d'illustrer concrêtement ce qu'ils signifient.  

Ensuite l'action commence très vite : des soupçons de traitrise, une série de bombardements bizarres au front qui font beaucoup de mort sans visée stratégique évidente, un homme louche qui apparaît… et l'héroïne se trouve confrontée à la fois à un drame et à une aventure qui pourrait s'avérer cruciale pour la poursuite de la guerre. Cette partie prend la forme d'une enquête à tendance thriller, c'est bien mené, il y a quelques grosses surprises, le décor historique ainsi que le côté fantastique ajoutent du piquant, et on ne s'ennuie pas. Avec ce roman j'ai découvert le talent de conteuse de l'autrice qui n'est pas une débutante et ça se sent.

Au final c'est un roman avec lequel on passe un très bon moment, un excellent divertissement, original et bien conté. Ce n'est pas quelque chose qui révolutionne le fantastique, ou qui laisse une impression indélébile, mais ce n'est pas non plus le roman qui se confond avec mille autres. Il m'a donné envie de poursuivre ma découverte de cette autrice, ce que j'ai fait assez vite (je vous en parle très bientôt). Bref, je recommande !


Pour en savoir plus :
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De l'eau pour les éléphants, de Sara Gruen


Longtemps après tout le monde, je découvre enfin ce roman dont on a beaucoup parlé ! 


Résumé :

Jacob, 93 ans, est un vieux monsieur bougon en maison de retraite qui supporte très mal les limites imposées à sa liberté. Un cirque de passage dans sa ville lui rappelle l'époque où, au coeur de l'Amérique pendant la Grande Dépression des années 1930, il était sur le point de terminer ses études de vétérinaire quand sa vie a basculé.  Devenu par hasard soigneur de ménagerie, le jeune Jacob a joué le rôle de catalyseur dans un drame impliquant homme et animaux, cruauté et amour.


Mon avis :

Encore un livre que j'ai lu en suivant mon schéma préféré : acheté il y a longtemps à l'occasion d'une bonne affaire (probablement en soldes sur Audible), longtemps oublié dans ma bibliothèque virtuelle, retrouvé récemment, dévoré sans a-priori. L'avantage dans ce cas-ci, c'est que ce roman a eu un succès imprévu et puis a fait l'objet d'un film, mais que moi qui l'ai lu longtemps après tout le monde, j'ai pu le découvrir sans attentes démesurées. J'ai lu ensuite sur Goodreads plusieurs commentaires de lecteurs qui en espéraient trop. Ce n'était pas mon cas ; j'avais au contraire un peu peur de l'aspect romantique indiqué dans la quatrième de couverture, moi qui suis extrêmement difficile quand il s'agit de romance. 

Le résultat, c'est que j'ai pu m'offrir une très belle surprise. Après un passage un peu mystérieux (j'y reviendrai), le roman commence, de façon un peu surprenante, par la narration à la première personne d'un vieux monsieur bougon en maison de retraite qui supporte très mal toutes les règles de l'institution où il réside - il est vrai que, si on en croit son point de vue, la priorité est mise largement sur sa sécurité physique et sa santé, au détriment de son bien-être, de sa liberté, et de la plupart des plaisirs de la vie. Ce qui est plus surprenant, c'est quand il s'énerve de façon apparemment démesurée lorsqu'un autre résident affirme avoir dans sa jeunesse porté de l'eau aux éléphants d'un cirque. Alors on s'offre un flash-back dans sa jeunesse, quand un drame particulièrement brutal lance un enchaînement de situations qui l'amèneront à entamer une nouvelle vie au service de la ménagerie d'un cirque. 

L'époque est celle de la grande dépression des années 30 et de la prohibition, et le milieu est celui, très particulier, d'un cirque itinérant qui sillonne les Etats-Unis. Il y a un côté très nostalgique où se mélangent la liberté, l'aventure, le spectacle, les animaux exotiques, et la grande famille du voyage. Mais il y a aussi énormément de cruauté, la misère de ces travailleurs qui n'ont aucune assurance pour l'avenir, l'injustice d'un groupe divisé en classes sociales extrêmement rigides, l'alcoolisme à coup d'alcool frelaté et extrêmement dangereux, l'inhumanité d'un dirigeant qui peut tout se permettre, y-compris retenir les paies et se débarrasser sans scrupules de ceux qui ne lui servent plus... Et puis il y a l'énorme cruauté envers les animaux, qui m'a particulièrement touchée, peut-être parce que je sais qu'elle est encore largement acceptée de nos jours. Certains aspects me semblent quand même exagérés et peu crédibles, mais quoi qu'il en soit, le récit crée un contraste particulièrement frappant entre le spectacle grandiose et joyeux proposé au public, et les horreurs qui se déroulent en toute impunité dans les coulisses.

Sans trop en dévoiler sur l'intrigue, Jacob se trouve au coeur d'un drame impliquant hommes et animaux, amitié et amour. C'est le genre d'histoire dont on sait très vite qu'elle évolue vers une catastrophe - un peu comme "Au-revoir là-haut" de Pierre Lemaître. C'est d'autant plus clair que la scène introductive nous a laissé entrevoir un petit bout de la scène finale. C'était peut-être un peu facile comme procédé, j'aurais peut-être préféré moins en savoir. La vie du Jacob âgé se dévoile également petit à petit, car les passages des deux intrigues sont alternés - sans aucun souci pour faire la différence, je vous rassure tout de suite, surtout dans la version audiolivre en VO qui emploie deux narrateurs différents. Et Jacob âgé se dirige aussi vers une crise, moins impressionnante, mais tout aussi grave pour ce monsieur dont la vie est devenue très étriquée. J'ai tremblé pour les deux versions de Jacob, j'ai passé la deuxième moitié du roman avec une appréhension de plus en plus difficile à supporter, mais bizarrement je suis aussi déçue par la façon dont les deux intrigues se dénouent. A nouveau, peut-être un peu trop facile. 

En-dehors de ces petites réticences, j'ai vraiment été enthousiasmée par ce beau récit. Il est un peu trop gentil, les personnages sont un peu trop tranchés, la fin un peu trop jolie, et il utilise des ficelles narratives un peu grosses. Mais il est terriblement efficace, les deux versions de Jacob sont très attachantes, la construction de l'intrigue est parfaitement maîtrisée, la narration parfaite. Sa plus grande qualité est à mon sens de nous plonger dans une époque et un milieu très particuliers et de le faire de telle façon que l'on est immergé, pour quelques heures, dans la beauté et la cruauté d'un mode de vie heureusement révolu. 


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La Petite Fadette, de George Sand


Qui c'est qui relit un livre pour la centième fois, se persuade qu'elle ne l'a jamais commenté, rédige une chronique, et se rend compte au moment de la publier qu'elle avait déjà écrit un article sur ce roman ?  C'est bibi, bien sûr ! Qu'à cela ne tienne, maintenant que la chronique est écrite, je la publie, et je me rends compte que mon avis n'a pas du tout changé depuis trois ans...


Résumé :

Lorsque les jumeaux Landry et Sylvinet sont nés, au cœur de la campagne française du XVIIIème siècle, la sage-femme a conseillé à leurs parents de les séparer le plus vite possible. Le conseil n'a pas été suivi, et lorsqu'adolescent Landry est envoyé travailler dans une autre ferme, Sylvinet se morfond et disparaît. Landry, à la recherche de son frère, obtient l'aide de la petite Fadette, la petite-fille d'une vieille dame acariâtre qui se dit sorcière. Et Landry apprendra que la jeune fille rejetée par tout le village cache en fait un coeur d'or.


Mon avis :

Vous connaissez le concept du livre-doudou ? Celui que l'on connaît par cœur mais vers lequel on revient régulièrement, pour un peu de familiarité, celui qui nous réconforte comme un ami proche ?

La Petite Fadette, c'est l'un de mes livres-doudous. Je l'ai lu dans mon enfance, relu plusieurs fois dans mon adolescence, et puis récupéré sous format ebook pour pouvoir le relire encore et encore, dans le désordre, par passages, en diagonales ou de haut en bas. Je pense que vous l'aurez deviné : n'espérez pas un avis objectif de ma part. Ce roman c'est pour moi un bonbon sucré et réconfortant.

Il est parfois difficile de savoir ce qui plaît dans un livre-doudou, et je suis souvent étonnée que ce roman fonctionne aussi bien pour moi. D'abord, d'habitude les histoires d'amour m'ennuient. Ensuite, ce roman a ses petits défauts que je reconnais de bon cœur. Par exemple, je suis toujours un peu étonnée de la différence entre la façon dont la petite Fadette est considérée et ce que l'on découvre de sa personnalité au travers des yeux de Landry. On parle beaucoup de sa "mauvaise réputation" sans jamais expliciter de quoi il s'agit ou ce dont on l'accuse à part d'avoir une mère qui a abandonné sa famille. On dit qu'elle a mauvais caractère, qu'elle se moque des gens, les insulte, ce genre de choses, mais avec Landry elle est parfaitement polie et calme ; j'ai un peu de mal à croire que sa personnalité ait changé du jour au lendemain, ou qu'un village dans son ensemble lui en ai attribué une qu'elle ne méritait absolument pas. Bref, je sais que la "rumeur publique" peut être très cruelle, mais là il me semble que ca manque un peu de crédibilité.

Ceci dit, je pourrais tout pardonner à ce roman rien que pour ses dialogues, ou plutôt, les discours de son héroïne. Quand la petite Fadette parle à Landry le soir de la Saint-Andoche, le pauvre gamin est ensorcelé, mais honnêtement, moi aussi. Quand elle parle à Madelon, son humilité me serre le cœur, et quand elle avoue enfin son amour à Landry, je ne peux plus retenir mes larmes. Enfin, quand elle guérit Sylvinet rien qu'en lui parlant, elle a l'air de faire de la magie, mais ses mots sont si beaux que j'y crois sans hésiter. Il n'y a pas d'envolées lyriques, pas de grandes phrases ou de beaux poèmes, juste une langue simple, qui explique sans embellir, des mots terre-à-terre qui respirent l'honnêteté et la sincérité. J'ai beau relire encore et encore ces passages jusqu'à presque les connaître par cœur, ils continuent à me toucher tout autant à chaque fois.

Tout ceci est emballé dans une jolie histoire assez simple, au cœur de l'écrin campagnard qui a fait la renommée de George Sand. Les détails géographiques et quelques minuscules apartés ajoutent un charme inattendu ; par exemple, quand le lieu d'une rencontre est présenté de façon précise comme si le lecteur connaissait forcément l'endroit ("...dans le chemin de sable qui descend des vignes d’Urmont à la Fremelaine"), ou quand on nous apprend une anecdote où l'on sent encore la colère des gens de la campagne ("...dans le petit chemin creux qu’on appelle la Traîne-au-Gendarme, parce qu’un gendarme du roi y a été tué par les gens de la Cosse, dans les anciens temps, lorsqu’on voulait forcer le pauvre monde à payer la taille et à faire la corvée, contrairement aux termes de la loi, qui était déjà bien assez dure, telle qu’on l’avait donnée"). La narration est destinée à une génération de lecteurs qui doivent être familiers avec ce genre de décor, et pour nous qui ne le sommes pas, elle est a un parfum inimitable de nostalgie, car George Sand adorait visiblement la vie des gens simples qu'elle met en scène. Leurs conditions de vie sont probablement idéalisées, mais ce roman fait un peu office de conte de fée réaliste, et c'est ce que j'aime.

En résumé, ce roman est en fait un joli conte pour adultes, plein de douceur et de nostalgie, et surtout embelli par des dialogues inimitables. Le temps, au lieu de l'abîmer, donne à ce récit une nouvelle saveur. J'aime beaucoup les romans champêtres de George Sand, mais celui-ci reste mon préféré.


Pour en savoir plus :

Téméraire, tome 2: Le trône de jade, de Naomi Novik


Je vous parle aujourd'hui du second tome d'une série originale, mêlant guerres napoléoniennes et dragons de combat...


Résumé :

Téméraire le dragon et son "cavalier" Will Laurence viennent de découvrir que Téméraire appartient à une race très rare et qu'il possède des capacités particulières. Le problème c'est que l'Empereur de Chine entend bien récupérer Téméraire, qui avait été donné encore dans l'oeuf à la France et récupéré par l'Angleterre à l'issue d'une bataille navale pendant la guerre napoléonienne. L'Empereur a envoyé une délégation dirigée par son propre frère, et les autorités britanniques ont bien l'intention de tout faire pour améliorer leurs relations diplomatiques avec ce puissant pays. Will et Téméraire se retrouvent au coeur d'intrigues politiques qui vont les obliger à partir pour un très long voyage...


Mon avis :

Je dois avouer deux choses concernant cette lecture : d'abord, j'ai lu ce livre en 2017, dans la foulée du premier tome, mais je n'ai pas rédigé de chronique à l'époque et j'ai fini par le relire pour pouvoir vous en parler (et parce que je trouve ça dommage de ne pas me souvenir d'un livre, c'est la raison principale pour laquelle j'ai ouvert un blog). Ma deuxième confession, c'est que lorsque j'ai lu ce livre, c'était en audiolivre et je ne l'ai choisi que parce que j'aimais vraiment la voix du narrateur. Il a un ton grave (j'ai longtemps cru que Will Laurence avait au moins 60 ans !), un accent anglais et une diction parfaite, et je voulais juste poursuivre le plaisir de l'écouter me raconter une histoire. 

Le résultat c'est qu'à la première écoute, je n'étais peut-être pas très attentive et je ne me suis pas franchement enthousiasmée pour l'histoire en elle-même. J'avais trouvé le premier tome intéressant et original de par son mélange d'histoire et de fantasy, mais un peu simpliste, et ce deuxième tome reste dans la même veine. J'avais aussi été dérangée par un gros souci logique dans les prémisses de ce roman (ATTENTION SPOILERS SUR LE TOME 1) : les dragons sont vraiment traités comme des animaux domestiques et ne se rebellent jamais. Téméraire, encore tout jeune, fait quelques remarques très pertinentes à ce sujet, comme quoi il est obligé de se soumettre à la loi des hommes et à leur gouvernement, et même devenir soldat et potentiellement donner sa vie, alors qu'il n'a aucun droits. Or les dragons sont des êtres intelligents, capables de communiquer, de comprendre leur situation, et surtout bien plus forts physiquement que les hommes. Comment cette situation a-t-elle pu perdurer sans le moindre heurt, au point que Will trouve carrément absurde l'idée qu'il puisse en être autrement ?

Il se trouve que cet aspect est abordé plus sérieusement dans ce deuxième tome, sans vraiment répondre à la question directement mais en mettant les choses en perspective. Ce n'est toujours qu'un aspect très limité de l'intrigue et il intervient très tard, donc je ne vous en dirai pas plus, mais au moins il n'est pas entièrement passé sous silence. Ça m'a fait plaisir et m'a donné l'espoir qu'il devienne plus proéminent dans le tome suivant. 

Sinon de façon générale, on retrouve Téméraire et Will, fidèles à eux-même, dans de nouvelles aventures qui se dérouleront en grande partie sur les mers et en Asie. Les nouveaux décors sont époustouflants et les batailles ne manquent pas, composées de scènes d'action superbement décrites. Le rythme est relevé, pas le temps de s'ennuyer. Ce sont de belles aventures que nous offre ce second tome. 

Les seuls points négatifs en ce qui me concerne : je n'ai pas du tout réussi à distinguer les noms des personnages chinois (probablement à cause du format audio), et j'ai été marquée par l'orgueil de Will Laurence, trop souvent incapable d'accepter ou de comprendre les nécessités de la diplomatie. Dans ce tome, la plupart des problèmes viennent tout simplement de la rencontre entre deux cultures très différentes ; il me semble que dans ce contexte, Will en particulier est incapable ne serait-ce que d'envisager que ce qui constitue un affront dans sa culture n'en est pas un dans la culture chinoise, et vice-versa. Il passe beaucoup de temps à juger les Chinois sur leurs gestes, leur façon de se comporter et de parler, tout en les interprétant à la lumière de sa propre culture, puisqu'il ne sait rien de celle de ses interlocuteurs. En plus de ça, il se méfie énormément du diplomate qui connaît la Chine et est sensé le guider, en grande partie probablement parce qu'il est très jeune et un peu maladroit. Tout ceci résulte en un certain nombre de conflits qui sont sûrement pour la plupart basés sur des malentendus, mais on n'a que le point de vue de Will qui ne sera jamais mis en cause. Le côté très unilatéral de cette approche et le comportement orgueilleux de Will m'ont un peu agacée.

En résumé, ce roman poursuit dans la même veine du premier, avec de nouveaux décors magnifiques, de très belles scènes d'action, et beaucoup d'aventures bien menées. Je regrette toujours un peu l'aspect "jeunesse" qui explique peut-être les comportements parfois puérils de Will, mais j'ai apprécié ce très bon divertissement. Le roman est aussi très joliment écrit, le vocabulaire recherché, et si vous avez l'occasion de l'écouter en audiolivre VO, la voix du narrateur est tout simplement parfaite. J'aime beaucoup cette série que je recommanderais en particulier aux jeunes lecteurs, car elle est aussi divertissante qu'originale et instructive au niveau historique.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre
- acheter ce livre sur Amazon (en français)

The Woman in the Water (Charles Lenox, préquelle), de Charles Finch


A chaque nouveau tome des aventures de Charles Lenox, j'attends avec impatience qu'un éditeur se décide à proposer cette magnifique série aux amateurs de polars francophones. Ce roman-ci vient juste de paraître et on y découvre le jeune Charles au tout début de sa carrière...


Résumé :

On est en 1850 et Charles Lenox a seulement 23 ans. Il vient de sortir de l'université, s'est installé à Londres avec son valet Graham, et, en tant que cadet de famille riche, il doit se trouver une occupation sans avoir à gagner sa vie. Il a choisi une orientation originale et assez mal vue dans son milieu : il va résoudre des crimes. Le problème c'est que son statut social lui interdit de rentrer dans la police, et en-dehors, personne ne le prend assez au sérieux que pour s'adresser à lui ! C'est pourquoi, quand il tombe sur la trace d'un probable tueur en série qui annonce ses crimes dans les journaux, il a bien l'intention de ne pas laisser passer cette chance de faire ses preuves...


Mon avis :

Je vous ai déjà parlé maintes et maintes fois des aventures de Charles Lenox, vu que j'ai déjà lu les 10 volumes et la nouvelle qui constituent cette série. Il s'agit des enquêtes et de la vie d'un gentleman londonien de l'époque victorienne, le genre de personnage sans secrets honteux, sans circonstances difficiles, sans traumatisme passé, un simple monsieur au grand coeur et les poches pleines entouré d'une famille aimante, qui a juste décidé de consacrer son temps libre et son esprit vif à rendre le monde un peu plus juste. J'ai commencé cette série en me disant qu'il s'agissait d'un divertissement agréable, et presque malgré moi, au fil des épisodes, je me suis surprise à apprécier de plus en plus ce gentil détective. Je l'ai vu changer de carrière plusieurs fois, se marier, avoir un enfant, j'ai suivi la vie de ses amis proches... Il est devenu un peu de la famille, si vous voyez ce que je veux dire. 

Alors forcément, quand un nouveau tome est sorti le mois passé, je me suis jetée dessus. Il s'agit cette fois-ci d'une préquelle : on découvre Charles en mode jeune homme, tout juste sorti de l'université, avec cette drôle d'idée de se lancer dans un métier qui n'existe pas encore, celui de détective privé. L'intrigue est aussi bonne que les précédentes, et se conclut sur un petit tour de passe-passe que je n'avais absolument pas vu venir. Le style est également toujours aussi agréable, surtout quand il s'agit de décrire les sentiments et impressions de Charles : au fil des romans, l'auteur a vraiment réussi à ajouter de la profondeur dans sa narration à ce niveau-là. Mais ce qui distingue ce tome-ci, c'est bien entendu l'époque à laquelle il a lieu. Faire la connaissance de Charles dans sa jeunesse, c'est aussi découvrir ses deux parents encore en vie, la maison où il a grandi, et ses amis de jeunesse. C'est très touchant, pour ceux qui connaissent déjà le personnage, de remonter ainsi dans le temps. Et puis, petit bonus en ce qui me concerne : Graham est aussi au centre de l'intrigue, lui qui s'était un peu éloigné au fil de la série. 

En bref, voici un tome qui ravira ceux qui connaissent déjà Charles Lenox mais qui peut également servir d'introduction pour ceux qui le découvrent. J'ai passé un excellent moment en sa compagnie et je suis déjà toute triste de devoir attendre je ne sais combien de temps pour une nouvelle aventure pas encore écrite ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Goodreads du livre

Le rapport de Brodeck, de Philippe Claudel


Ca faisait trop longtemps que je n'avais plus lu de roman francophone, alors j'ai plongé dans ma bibliothèque et j'en ai ressorti une perle...


Résumé :

Dans ce petit village perdu dans les montagnes près de la frontière, l'étranger posait problème, alors on l'a fait disparaître. Brodeck n'a pas participé à tout ça, mais parce qu'il a fait des études, parce qu'il sait écrire des rapports, le village exige de lui qu'il rédige celui qui va les disculper. Il doit enquêter, expliquer pourquoi. Alors il questionne, raconte ce village déchiré par la guerre, et remonte en même temps dans sa propre histoire, celle d'une vie bouleversée par la violence et la lâcheté des hommes.


Mon avis :

Philippe Claudel, c'est un de ces auteurs dont j'achète les romans les yeux fermés, sans rien en savoir. Il m'en reste plusieurs dans ma PAL, à propos desquels je ne sais rien, sinon que je vais me noyer dans une plume qui me fait du bien. Le rapport Brodeck m'attendait depuis longtemps, un titre familier à propos duquel je me suis fourvoyée : je croyais qu'il s'agissait de l'histoire de cet homme d'Europe de l'Est qui s'était volontairement fait enfermer puis avait réussi à s'échapper d'un camps de concentration pendant la deuxième guerre mondiale pour pouvoir rédiger un rapport sur l'horreur des camps et en informer les Alliés. Ce n'était pas ça, l'histoire, mais le sujet s'en rapproche.

Ça fait longtemps que je n'ai plus lu de roman en français et au format papier, alors ouvrir celui-ci m'a fait l'impression de revenir à des habitudes anciennes et pleines de nostalgie. Je n'ai pas consciemment cherché à ne plus lire de littérature francophone, mais quand j'y réfléchis, je me dis que j'ai peut-être inconsciemment fui ma langue maternelle parce que je sais qu'elle est capable de me retourner les tripes d'une façon bien plus efficace que l'anglais. A mesure que ma vie devient un peu plus compliquée, je choisis la lecture pour une détente, une fuite, pas une remise en question. Mais en faisant mon bilan des lectures de 2017, je me suis rendue compte que je délaissais une partie de ce que j'ai toujours aimé : ces récits où j'apprécie chacun des mots et des tournures de phrase, ces récits qui m'arrachent des larmes et me laissent secouée longtemps après avoir tourné la dernière page. Alors l'autre jour j'ai pris une grande respiration et j'ai ouvert le premier roman de Philippe Claudel qui m'est tombé sous la main, une valeur sûre.

Le rapport Brodeck, c'est un roman à plusieurs niveaux de lecture. C'est d'abord une intrigue qu'on peut apprécier entièrement au premier degré : l'histoire d'un village et d'un homme confrontés aux horreurs des guerres qui vont les obliger à découvrir jusqu'où un homme peut aller pour survivre, une exploration des profondeurs de la lâcheté et de la violence. L'intrigue est narrée à la façon d'un puzzle. Brodeck, en parallèle à son rapport, écrit une sorte de journal intime où il pourra dévoiler tout ce qu'il n'a pas le droit de raconter dans ce fameux rapport. Mais c'est un narrateur maladroit, comme il le reconnaît lui-même, alors il fait sans cesse des détours (dont on se rend compte rapidement qu'ils sont savamment maîtrisés par l'auteur), un souvenir en rappelle un autre, et c'est par petites touches successives et au départ sans lien apparent que la grande fresque se dévoile. Malgré les noms allemands et la galerie assez fournie de personnages, le lecteur ne risque pas trop de se perdre. Quand un nouveau souvenir dévoile un élément de l'histoire, souvent il dévoile aussi un aspect incongru ou pose une nouvelle question, et on n'obtiendra de réponse que plus tard. Le résultat c'est un récit qui ne laisse pas le temps de s'ennuyer, construit magistralement, raconté par une plume parfaite, et qui ne se termine que quand on a enfin tout compris. C'est affreux, cruel et plein d'émotion, mais c'est une histoire superbe aussi.

Au deuxième degré de compréhension, ce récit est aussi une fable. La preuve, c'est que les informations pratiques restent très floues : le lieu ni même le pays ne sont précisés, l'étranger autour duquel tourne toute cette histoire n'a pas de nom, même la guerre on ne sait pas de laquelle il s'agit, même si elle représente visiblement la deuxième guerre mondiale (les "camps" dont parle Brodeck sont des camps de concentration mais là aussi ce mot n'est jamais prononcé). Plus subtilement, Brodeck est accusé d'utiliser trop d'images, encore une indication que ce récit en est une.  Mais si c'est une fable, quelle en est la morale ?  Il y a certainement plusieurs interprétations possibles, dont certaines terriblement pessimistes sur l'espèce humaine, mais la mienne est la suivante : l'auteur a simplement voulu illustrer comment la guerre et la peur peuvent déshumaniser n'importe qui, de l'individu au groupe, et transformer les victimes en lâches ou en bourreaux. Presque tous les personnages ont commis les pires actes, souvent juste pour survivre. Et la plupart sont également prêts à tout faire pour l'oublier, signe que la conscience est toujours là, tellement exigeante qu'ils sont prêts à commettre de nouvelles horreurs pour ne pas avoir à affronter celles qu'ils ont déjà commises. Il fallait un récit fin comme de la dentelle pour nous faire découvrir cela et pour nous empêcher de retomber dans les jugements qui nous rassurent. Philippe Claudel réussit ce tour de force.

Je viens de terminer ma lecture et je dois dire que ce retour dans la littérature francophone fut pleinement réussi. Je suis émerveillée et secouée à la fois. Le rapport de Brodeck est un récit terrible dont, selon l'expression consacrée, on ne sort pas indemne.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Boom, qui d'habitude ne lit que de la littérature jeunesse, et celui de Mithrowen, qui en est resté.e KO.

Home by Nightfall (Charles Lenox tome 9), de Charles Finch


Charles Lenox, mon cher détective victorien, est de retour avec une neuvième aventure !


Résumé :

Londres, 1876. L'agence de détectives de Charles Lenox a enfin pris son essor, et le cas particulièrement mystérieux de la disparition d'un grand musicien en visite à Londres lui fait de l'oeil. Mais au même moment, son frère, veuf depuis peu et en pleine dépression, a besoin de sa présence dans la maison campagnarde familiale. Charles l'y accompagne, quitte à essayer de résoudre à distance le cas du musicien, mais se rend bien vite compte qu'un autre mystère l'attend dans son village natal...


Mon avis :

La série des romans policiers ayant pour héros notre gentleman victorien Charles Lenox se poursuit avec ce neuvième tome (déjà !). Et je dois avouer que je ne m'en lasse toujours pas. Il y a quelque chose de particulièrement attachant chez ce monsieur au grand coeur et sans histoires, qui vit dans un petit monde plein de tendresse, et ne semble jamais exagérément affecté par le mal qu'il rencontre. Ces aspects sont encore plus présents dans la version audio originale du livre : le narrateur sait donner à Charles une voix expressive mais si douce qu'on ne peut s'empêcher de l'aimer. Pour des raisons que j'ignore, alors que j'avais déjà acheté ce tome en version audio, les tomes précédents ont disparu du catalogue d'Audible (et celui-ci aussi, d'ailleurs, après que je l'ai acheté), ce qui fait que j'ai du alterner au fil des tomes entre la version ebook et la version audiolivre. Eh bien j'avoue que si j'aime les deux, je préfère la version audiolivre, tant le narrateur arrive à me rendre les personnages très proches. 

Dans ce tome, l'histoire commence à la fois sur une note agréable et sur une note très triste : d'un côté, l'agence de détectives privés qu'a fondée Lenox connaît enfin le succès et il s'épanouit dans son travail qui est aussi sa passion, mais d'un autre, son frère adoré est en pleine dépression suite au décès brutal de son épouse. Quand son frère est obligé de retourner au domaine des Lenox en pleine campagne, Charles sait ce qu'il doit faire : l'y accompagner pour qu'il ne se retrouve pas tout seul pour la première fois dans la grande maison où son épouse est décédée (ce n'est pas dit clairement mais le risque du suicide plane visiblement). Le problème c'est que son agence a vraiment besoin de lui à Londres, d'autant plus qu'un musicien allemand très célèbre vient de disparaître mystérieusement de sa loge à l'opéra, tous les journaux ne parlent que de ça, et résoudre cette affaire permettrait d'asseoir la réputation de l'agence face à un féroce concurrent. 

Lenox, bien évidement, prend ses dispositions pour faire passer sa famille avant tout, et retourne sur les terres de son enfance avec son frère. Et comme par hasard, il vient à peine d'arriver qu'un habitant du coin vient le voir : il lui arrive des choses bizarres, une femme inconnue est entrée dans sa maison, on lui a volé une bouteille de sherry, on lui tend un piège pour l'éloigner de chez lui, et on dessine sur un de ses murs une image d'enfant un peu lugubre... Évidemment, la curiosité de Charles est piquée, d'autant plus qu'une petite enquête pourra aussi occuper les idées de son frère, et il ne résiste pas au plaisir de prendre les choses en charge. Très vite, d'ailleurs, toute une série de petits méfaits disparates viendront épaissir le mystère...

Le résultat, c'est qu'on a une intrigue qui se joue sur deux tableaux. D'un côté, on découvre avec Charles Lenox le pays de son enfance, ce qui donne bien évidemment lieu à quelques réflexions nostalgiques mais donne encore un peu plus de profondeur au personnage, et on a le plaisir de le suivre dans cette petite enquête rurale. De l'autre côté, Charles suit, d'aussi près que les moyens de communications de l'époque le permettent, l'enquête sur la disparition du musicien allemand à Londres, et arrive à s'y immiscer un petit peu. D'autant plus qu'en son absence, son agence est victime d'une trahison qui leur coûte des clients... 

A cause de tous ces événements concurrents, l'intrigue pourrait être un peu écartelée, mais je n'ai pas eu cette impression. Le résultat c'est plutôt deux enquêtes parallèles, peut-être un peu plus simplistes que les enquêtes précédentes de cette série, mais qui conservent le même niveau d'intérêt. Il n'y a aucun risque de se mélanger les pinceaux vu que les cas sont très différents et n'ont pas lieu au même endroit. J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le village natal de Charles ; ce n'est pas la première fois qu'il mène l'enquête en milieu rural, mais il y a quelques chose de touchant à découvrir les lieux où il a passé son enfance et le voir réminiscer sur sa jeunesse et ses parents.  Et puis le mystère auquel il a affaire est plutôt original, et sa conclusion assez surprenante, bien qu'un poil sordide... Le mystère de l'artiste allemand est un peu plus superficiel et moins prenant, vu que le héros, et donc l'auteur, avait moins de temps à lui consacrer. Mais il joue bien son rôle, qui est d'ajouter une dimension supplémentaire au récit dans sa globalité.

Bref, Charles Lenox n'a pas encore réussi à me décevoir, et ce n'est pas avec ce tome-ci que c'est arrivé. La double enquête est prenante, Lenox est toujours aussi adorable, et j'ai aimé passé beaucoup de temps avec son frère aussi. Le seul problème de ce tome : c'est l'avant-dernier publié à ce jour dans cette série dont je n'ai pas envie d'atteindre la fin ! 


Pour en savoir plus :


The Laws of Murder (Charles Lenox tome 8), de Charles Finch


Vous prendrez bien encore une petite aventure de notre détective victorien, Charles Lenox ?  Moi en tous cas je ne m'en lasse pas !


Résumé :

Charles Lenox, gentleman victorien, a fini par abandonner son siège au parlement britannique pour se consacrer à sa carrière de détective privé. L'agence qu'il a ouverte avec trois collègues semblait prometteuse, mais malheureusement les revers s'accumulent : les médias moquent l'initiative, les membres de Scotland Yard avec qui Charles a collaboré par le passé critiquent publiquement ses méthodes, et son incapacité à trouver de nouveaux clients le met dans une position difficile vis-à-vis de ses associés. Puis soudain, c'est le drame : un homme avec qui Charles a souvent collaboré est assassiné brutalement. L'affaire est si grave qu'il se plonge dans l'enquête, quite à mettre en péril sa nouvelle carrière et sa propre sécurité...


Mon avis :

Ca y est, c'est fait : Charles Lenox est redevenu détective à temps plein !  Après des tomes et des tomes pendant lesquels il était partagé entre son envie de résoudre des crimes et son occupation principale de parlementaire (sans compter sa vie privée qui a bien évolué), notre héros a enfin fait son choix. Ses raisons sont énumérées dans le tome précédent, mais celui-ci nous réserve dès le début une grosse surprise : alors qu'il semblait avoir tout ce qu'il faut pour réussir sa reconversion professionelle, elle se passe franchement mal. Charles Lenox se retrouve incapable de trouver de nouveaux clients, sa réputation est salie dans les journaux par ceux qu'il croyait ses soutiens, et il devient un poids pour l'agence de détectives qu'il a lui-même créée !  Après 7 tomes où on a appris à apprécier ses capacités et où on s'est petit à petit attachés à sa personnalité adorable, ce retournement de situation est à la fois surprenant et angoissant. Mais ce n'est que le début : l'assassinat d'un collaborateur assez proche va encore compliquer sa situation !

Pour la première fois, ce tome des aventures de Charles Lenox ne nous fait pas découvrir un nouvel aspect de la vie à l'époque victorienne. Nous restons sagement à Londres, sans pour autant s'ennuyer ! Entre les problèmes professionels et la nouvelle enquête de notre héros, on ne voit pas les pages passer. Si j'ai un peu regretté le côté découverte historique des tomes précédents, j'ai aussi été ravie par plusieurs retournements de situation surprenants dans une intrigue toujours très bien menée. Je n'ose pas vous en dire plus pour ne pas vous gâcher la surprise, mais dès le début le tempo est assez soutenu, avec un net rappel des précédents tomes, ce qui fait toujours plaisir quand ils commencent à devenir plus nombreux.

Concernant l'intrigue policière, il ne s'agit pas ici d'un "whodunnit" : il nous manque quelques éléments cruciaux pour deviner le fin mot de l'intrigue avant le détective, mais c'est au profit d'une enquête qui nous assure quelques beaux rebondissements. En ce qui concerne les problèmes liés à l'agence de détectives créée par Lenox, il y a là aussi quelques retournements de situation inattendus, mais surtout, ce tome nous permet de découvrir la personnalité des associés du héros. On connaissait assez bien John Dallington, mais les deux autres nous sont presque inconnus vu qu'on ne les a croisés qu'à la fin du tome précédent. Les difficultés et les conflits qui en résultent mettent en avant leurs caractères et permet de faire plus ample connaissance avec ceux qui forment tout à coup un nouveau cercle social autour de notre héros.

Au final, voici un nouveau tome bien mené, qui change un peu des précédents parce que l'activité de Charles Lenox a pris un tour radicalement différent de ce qu'il faisait auparavant, mais c'est un bon changement qui redonne une certaine cohérence à une série qui s'éparpillait peut-être un peu. Le suspense est toujours là, le caractère affable de ce cher Charles aussi. La seule chose que je regrette peut-être c'est que Graham soit relégué à l'arrière-plan, apparemment définitivement, même s'il n'a pas disparu, et que Thomas McConnell n'ait pas un rôle plus important, lui qui était clairement l'accolyte de Charles Lenox lors de ses premières enquêtes. Ceci dit on découvre de nouveaux personnages secondaires importants et c'est toujours un plaisir. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre 


Téméraire, tome 1 : Les dragons de sa majesté, de Naomi Novik


Parlons dragons, voulez-vous ?  Et de Napoléon aussi, tant qu'on y est...


Résumé :

Lorsqu'il attaque un vaisseau français en pleine guerre napoléonienne, le capitaine britannique Will Laurence ne se doute pas que sa prise inclut un œuf de dragon sur le point d'éclore. Comme les jeunes dragons s'attachent généralement au premier humain qu'ils rencontrent, cela signifie que l'un des marins va devoir tout abandonner pour le métier à mauvaise réputation de pilote de dragon de guerre. Mais après tout, peut-être n'est-ce pas un sort si horrible que ça, surtout quand le dragon en question s'avère être aussi attachant qu'exceptionnel...


Mon avis :

Voici encore un roman sur lequel je suis tombée un peu par hasard : il faisait partie d'une promotion pour les membres d'Audible. J'avais déjà entendu le titre, je connaissais le narrateur, et une intrigue où la fantasy s'inscrit dans l'Histoire me tente toujours, alors je n'ai pas hésité plus longtemps. Quand j'ai fini le long et très prenant 22.11.63 de Stephen King (oui, cette chronique date un peu), j'avais besoin de quelque chose de plus court et d'un peu moins intense bien que suffisamment distrayant, et ce roman s'est avéré parfait dans ce rôle.

Nous avons donc une intrigue basée sur une histoire alternative où les dragons sont des animaux courants et font l'objet d'élevage. On ignore à quoi ils servent en temps de paix, mais en temps de guerre, ils font office de vaisseaux aériens vivants. L'originalité ici c'est que les dragons, en plus de leurs pilotes attitrés, transportent tout un équipe de soldat grâce à des systèmes de harnais sophistiqués. Les plus gros servent au transport de troupes, les plus rapides deviennent des courriers, et ceux qui ont des capacités physiques appropriées se lancent dans la bataille aérienne. Très peu d'entre eux crachent du feu ou du poison, la plupart jouent simplement le rôle d'avion de chasse à partir desquels leur équipage tire sur les ennemis avec les armes de l'époque. Le résultat c'est que les campagnes de Napoléon se jouent aussi bien dans les airs que sur la mer ou au sol. 

L'intrigue en elle-même n'a rien de bien extraordinaire : la naissance du dragon, son éducation, quelques batailles, une construction classique pour le premier tome d'une série. Les personnages aussi sont assez classiques, bien qu'assez attachants, surtout le héros, un gentleman doté d'un grand sens du devoir et de la discipline et qui va s'autoriser un attachement grandissant pour son dragon. Mais ça marche assez bien, c'est vraiment divertissant, et c'est joliment écrit. Contrairement à beaucoup de romans dans cette veine, le héros est aussi un adulte confirmé et non pas un adolescent qui se cherche, ce qui évite de classer cette série dans la catégorie "jeunes adultes", et personnellement, je préfère ça. 

Ce qui est intéressant aussi c'est qu'on frôle déjà plusieurs problèmes qui pourraient facilement faire passer cette série du genre "aventures avec dragons" à quelque chose de plus profond. Car d'un côté, les dragons sont des animaux vraiment intelligents, capables de parler et de raisonner, mais de l'autre, ils sont traités comme des machines. On voit particulièrement le problème quand un dragon est maltraité par son maître et exprime son désespoir avec la douleur d'un enfant battu. Téméraire lui-même, le dragon héros, exprime clairement qu'il ne suit les ordres qu'à cause de son attachement pour son pilote, car il ne voit pas pourquoi il devrait obéir à des règles qui déterminent son destin sans qu'il ait rien eu à en dire. Il n'a vraiment pas tort, et on se demande un peu comment les hommes ont réussi à domestiquer les dragons et les obliger à obéir pendant si longtemps alors qu'ils sont aussi intelligents et beaucoup plus puissants physiquement. J'espère que cet aspect sera traité dans la suite de la série, il y a un bon gros potentiel pour une révolution des dragons !

Au final, j'ai terminé cette lecture rapidement et j'en ai été ravie. Je crois qu'une des raisons qui m'ont permis de l'apprécier à ce point, c'est le narrateur : il s'agit de celui qui avait aussi prêté sa voix à l'intégrale de Sherlock Holmes que j'ai écoutée il y a environ un an. Sa diction est parfaite, sa narration très naturelle, et il donne à ses personnages ce petit accent bourgeois qui rend l'anglais classique magnifique. Ce sont cette voix et cet accent qui rendent notre héros si attractif, et la diction un peu enfantine du dragon qui nous oblige à l'aimer. 

Bref, voici un livre qui m'a fait passer un très bon moment : une intrigue assez classique mais très prenante et pleine d'action, des personnages attachants, une histoire assez courte pour le premier volume d'une série fantasy, bref, tout ce qu'il faut pour quelques heures de détente !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis de Sia d'Encres et Calames, que le côté convenu du roman a plus dérangé que moi, et de BlackWolf, vraiment pas convaincu par ce premier tome. 
- acheter ce livre sur Amazon

An Old Betrayal (Charles Lenox tome 7), de Charles Finch


Revoici notre ami Charles Lenox, le détective gentleman victorien !


Résumé :

Charles Lenox, gentleman victorien, ancien détective privé et membre du parlement britannique, a une vie très occupée mais les enquêtes lui manquent un peu. Lorsque son ancien protégé, John Dallington, tombe malade et ne peut rencontrer une nouvelle cliente en détresse, Lenox accepte de le remplacer. Mais le rendez-vous se passe mal et Lenox en ressort avec l'impression que la mystérieuse cliente est gravement en danger. Lenox n'hésite pas alors à délaisser temporairement ses obligations parlementaires pour reprendre son ancien métier et résoudre une affaire qui s'avère bien plus complexe que prévu.


Mon avis :

Quand j'ai repris la série des aventures de Charles Lenox en main après une longue pause, je ne m'attendais pas à les continuer aussi loin. Je voulais juste réécouter le dernier épisode que j'avais déjà écouté en audiolivre il y a plusieurs mois afin de pouvoir enfin le chroniquer sur ce blog. Mais ensuite j'ai acquis le roman suivant, puis le suivant... et de fil en aiguille, j'en suis déjà au septième volume (sur 10 publiés à ce jour).

On reprend donc les bonnes vieilles recettes: Lenox, ce gentleman au caractère doux, qui vit une vie confortable (quoi que bien remplie dans cet épisode) partagée entre la politique, la poursuite du crime et sa vie de famille. On se retrouve à nouveau à Londres (après un épisode à la campagne), mais comme dans chaque tome, l'auteur nous permet d'explorer un nouvel aspect de la vie de l'époque : cette fois-ci c'est la monarchie. L'immersion est moins prononcée que dans d'autres aventures, mais on a quand même droit à une visite de Buckingham Palace et... je ne vous en dis pas plus !

L'intrigue est intéressante, basée sur un vol d'identité, et si on compare aux précédentes, celle-ci se rapproche peut-être plus d'un whodunnit : le lecteur possède de nombreuses clés pour résoudre le mystère avant le héros. Comme d'habitude je n'ai pas vraiment fait l'effort, mais il y a ce plaisir particulier des romans policiers où, à la résolution du mystère, on se dit "aaaaaaahhh ouiiiiii !  Je me disais bien que ce truc était louche !". Et on a presque l'impression d'avoir été plus malin que le détective alors qu'en fait pas du tout !

Niveau vie privée, on a droit à deux petits mystères périphériques, pas vraiment complexes, mais qui sont importants pour nous distraire un peu de l'intrigue principale. Je crois qu'une des caractéristiques principales de cette série, et ce qui fera que vous l'aimerez ou pas, c'est le développement des personnages et l'accent mis sur l'univers de Charles Lenox. On est à l'opposé du héros de roman noir ou du détective brisé par la vie que l'on rencontre souvent dans les séries policières. Charles Lenox est un homme normal, qui mène une vie sans drames et sans vraie difficulté, équilibré et qui a bon coeur, mais il n'est pas ennuyeux du tout parce que d'une part on s'attache vraiment à lui, et d'autre part il vit dans une époque que l'on prend plaisir à explorer. Les moindres détails, comme les vêtements que lui et son épouse portent ou l'éducation de leur petite fille, sont intéressants car ils nous permettent de vraiment se représenter la vie quotidienne de son époque. Je crois que c'est vraiment la clé de son succès.

Dans ma chronique de l'épisode précédent, je vous disais que je regrettais la semi-absence de Graham et que je trouvais un peu bizarre une série policière où le détective est occupé par une autre carrière. L'auteur a dû se dire la même chose au même moment car la fin laisse entrevoir une solution à ces deux petits problèmes... Du coup, inutile de vous dire que j'ai directement enchaîné avec le tome suivant et que je vous le présenterai bientôt !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre

A Death in the Small Hours (Charles Lenox tome 6), de Charles Finch


Voici une série qui devrait vraiment être traduite en français, parce que son héros attachant et ses intrigues bien menées dans un contexte historique sont vraiment un plaisir à lire. Aujourd'hui je vous parle du tome 6 !


Résumé :

Charles Lenox, gentleman victorien, ancien détective privé et membre du Parlement britannique, avance vite dans sa carrière politique : on vient de lui confier le discours de l'ouverture du Parlement ! Face à ce grand honneur, Lenox est envahi par les solliciteurs de toutes sortes. Pour retrouver suffisamment de paix pour pouvoir écrire son discours, il accepte l'invitation d'un oncle et part, avec sa petite famille, passer de courtes vacances au fond de la campagne du Somerset. Cependant, à peine sur place, son oncle lui demande d'enquêter sur de mystérieux graffitis qui mettent tout le village en émoi...


Mon avis :

Décidément, ce brave Charles Lenox a beau répéter à l'envi que sa carrière de détective est définitivement derrière lui (même si elle lui manque un peu), il finit quand même par se retrouver régulièrement au cœur de mystères variés. Celui commence de façon un peu anodine mais prend vite des allures de véritable drame...  Et c'est toujours avec plaisir que je retrouve les capacités de déduction et les aventures parfois ébouriffantes de notre héros !

Comme dans tous les tomes de cette série de Charles Finch, l'auteur nous fait découvrir un autre aspect de la vie d'un gentleman à l'époque victorienne. Pour ce tome-ci, nous partons à la campagne !  C'est peut-être un peu moins exotique que la vie à bord d'un vaisseau de la navy comme ce que nous avons pu vivre dans le tome précédent, mais c'est tout de même très rafraîchissant. L'oncle de Lenox est un vieux monsieur au caractère touchant, à la fois conservateur et très anglais (il sourit à peine), mais au fond chaleureux et adorable. J'ai eu un peu de mal à me représenter sa demeure malgré une description précise (en anglais), mais j'en retiens l'émerveillement des personnages au point que j'aurais voulu pouvoir la visiter. La petite vie du village que Lenox a connu depuis son enfance est aussi merveilleusement décrite. On sent à nouveau que Charles Lenox est tiraillé entre toutes les vies qu'il voudrait avoir : il aime être parlementaire mais il voudrait pouvoir continuer à être détective, c'est aussi un homme des villes qui visiblement passe un merveilleux moment à la campagne.

L'intrigue est, comme dans le dernier tome, un peu surprenante parce qu'elle ne s'arrête pas avec la fin de l'enquête : l'auteur laisse subtilement quelques questions non résolues pour plus tard surprendre Lenox et le lecteur lui-même, ce qui a bien marché avec moi. Il y a aussi quelques aspects personnels qui se dénoueront un peu plus tard, mais que j'avais pour ma part devinés. C'est un peu perturbant je trouve, car avant la fin elle-même, l'auteur choisit de nous expliquer l'avenir des personnages que l'on ne croisera plus, le genre de choses qu'on trouve d'habitude dans un épilogue. Mais ce n'est pas non plus un véritable défaut, juste un choix narratif un peu surprenant.

Décidément, je ne me fatigue pas de Charles Lenox est de ses aventures, même si je me dis régulièrement que c'est une drôle d'idée de construire une série policière autour d'un détective qui change de boulot au bout de seulement deux ou trois tomes. Je regrette aussi un peu l'absence de Graham et McConnel, qui sont de plus en plus confinés au second plan. Mais j'apprécie vraiment cette série qui, sous prétexte d'une intrigue policière toujours très bien menée, nous permet de découvrir l'Angleterre victorienne sous plusieurs aspects différents. Le tome suivant ne m'a pas attendue longtemps !  Chronique à venir  :)


Pour en savoir plus :
 

22/11/63, de Stephen King


Ce soir, c'était Book Club sur Livraddict, alors pour l'occasion j'ai entamé un pavé qui me faisait de l'oeil depuis un certain temps...


Résumé :

Jake Epping, jeune professeur d'anglais, ne s'émeut pas facilement. Pourtant, lorsqu'un de ses élèves adultes lui écrit un texte sur le jour de son enfance où son père a assassiné toute sa famille, il en est tellement touché qu'il acceptera de mettre danger sa vie en retournant dans le passé pour empêcher ces meurtres et aussi, pourquoi pas, éviter l'assassinat du président américain le plus charismatique. Mais le passé ne se laisse pas changer si facilement...


Mon avis :

J'avais repéré ce livre depuis sa sortie en 2011 : du Stephen King, du voyage temporel et de l'Histoire, c'est une combinaison qui était faite pour m'attirer. Pourtant à l'époque j'avais déjà trop à lire et ce livre est resté au fond de ma wishlist mentale jusqu'en août dernier, quand il a été élu pour le Book Club de Livraddict. Je n'avais pas du tout participé à l'élection, mais comme il m'intéressait et qu'il était disponible en audiolivre avec un excellent narrateur (je préfère toujours écouter les pavés plutôt que les lire), je n'ai pas hésité longtemps et je l'ai enfin découvert.
Je me plains souvent des spoilers dans les résumés, mais cette fois-ci, on est encore un cran au-dessus : le spoiler est carrément dans le titre. Quiconque s'intéresse un peu à l'histoire américaine aura reconnu cette date du 11 novembre 1963, peut-être la date la plus célèbre avant le 11 septembre 2001. Pourtant, cette partie de l'intrigue n'arrive pas tout de suite : on fait d'abord la connaissance de Jake, puis celle de son ami Al, qui raconte à Jake, avec beaucoup de suspense, ce qui l'a fait vieillir de plusieurs années en une nuit, puis ce qu'il souhaite que Jake fasse à sa place... sauf que nous on a déjà tout deviné rien qu'avec le titre. Sur un pavé comme celui-là, ça ne fait pas beaucoup de pages perdues, mais c'est quand même assez énervant de voir Jake ne rien comprendre pendant plusieurs minutes alors que ça nous paraît tellement évident.

Heureusement, après ça, le suspense remonte en flèche, et plus ça avance, plus j'ai été bluffée. Au fur et à mesure de l'histoire, Jake s'enfonce dans une intrigue qui ne peut pas avoir de fin correcte. Comme il joue avec l'Histoire, l'auteur se devait de satisfaire à la fois l'intrigue de Jake, qui ne peut pas complètement échouer, et la réalité du lecteur, qui vit dans un monde qui est la conséquence des actions de Jake.  Il ne pouvait pas terminer le roman en disant que Jake avait tout changé pour que le lecteur ferme son livre et se rende compte que rien n'a changé. J'avais ce dilemme en tête en permanence en poursuivant ma lecture et j'avoue que l'auteur s'en est très bien sorti : le suspense a duré jusqu'au bout, la tension n'a fait que monter, et la résolution m'a tout à faite satisfaite alors que je ne l'aurais jamais imaginée.  

Dans ce roman, Stephen King conforte sa capacité à raconter les sentiments et les personnes. Il s'agit bien d'un récit d'aventures avec une pointe de fantastique, mais ce qu'il se passe ici c'est aussi une histoire humaine, où les individualités sont importantes : celle du héros, celle du futur meurtrier et de son entourage, et puis celle de tous les gens qui vont croiser le chemin de Jake. J'ai trouvé cet aspect très réussi, aucun personnage n'est surfait. De plus, l'auteur s'est visiblement largement documenté pour parler des personnages et événements historiques qu'il met en scène, et pour les fans d'Histoire comme moi, c'est une mine d'informations qui donne envie d'en savoir encore plus. Dans la postface (en tous cas de la version audio), il recommande des lectures complémentaires sur le sujet.

Ce roman, c'est aussi une histoire très américaine, un aspect qui échappe sûrement en grande partie aux lecteurs étrangers que nous sommes. Jake se retrouve à une époque que beaucoup considèrent comme l'âge d'or des Etats-Unis, et je suis sûre que le roman est truffé de ces petites références à "ce qui était tellement mieux avant". Mais l'auteur ne se contente pas de ça, il parle aussi de ce qui est pire : il visite une ville absolument pas accueillante (une référence à d'autres romans du même auteur que je n'ai pas lus), il assiste au racisme ambiant (mais de façon très courte, ça sent limite le "lip-service"), il a affaire aux bigots de l'époque et se confronte au sexisme institutionnalisé. Finalement, à sa façon, il combat le "nostalgisme" qui a depuis lors donné de la force au slogan "Make America great again".

Bref, voici un roman qui est plus intéressant qu'un simple thriller, avec des aspects fantastiques et historiques super bien menés, une intrigue époustouflante jusqu'à la fin, une galerie de personnages réussis et une pointe de nostalgie. C'est une grosse lecture mais je ne l'ai pas du tout trouvée longue. Je recommande chaudement ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre 
- l'avis de Mortuum, qui a beaucoup aimé et vous parle un peu du rythme du roman, et celui de BlackWolf, qui l'aurait préféré avec 200 pages de moins.




A Burial at Sea (Charles Lenox tome 5), de Charles Finch


Je ne veux pas vous ennuyer trop longtemps avec les aventures de Charles Lenox, mais vu que je les ai dévorées jusqu'à la dernière, je me permets quand même de continuer à vous faire découvrir cette série... d'autant plus que ce tome est l'un de mes préférés !



Résumé :

Charles Lenox, gentleman victorien, ancien détective privé et membre du Parlement britannique, est envoyé en Egypte pour une mission diplomatique très importante et en partie secrète. Sur le vaisseau de la Navy chargé de le mener à destination, il se familiarise rapidement avec la vie des marins et des officiers qui l'entourent. Cependant, à peine a-t-il quitté le port qu'un drame vient secouer la vie à bord: un jeune officier est assassiné brutalement. Le meurtrier est forcément sur le vaisseau, et Lenox semble le seul à même de mener l'enquête...


Mon avis :

Quel plaisir de retrouver chaque tome des aventures de Charles Lenox !  Et je ne vous cache pas que celui-ci fait partie de mes préférés. Je l'ai entamé un soir et j'y ai presque passé une nuit blanche !

Mais reprenons par le début. Comme on le sait, Lenox est maintenant devenu un membre du Parlement très impliqué dans son activité politique, et apparemment ça commence à payer : lorsqu'une mission très importante et secrète exige d'envoyer une personne sûre pour récolter des informations en Egypte, c'est lui que l'on choisit. Par rapport aux précédents tomes, nous nous retrouvons donc dans un environnement tout à fait nouveau : sur un bateau de guerre, un voilier qui possède aussi des moteurs au charbon. Comme à chaque fois que nous découvrons un nouvel environnement, Charles Lenox est le guide touristique parfait : il aime poser des questions, est très curieux de ce qui l'entoure, et en quelques pages nous sommes nous aussi immergés dans un contexte historique particulièrement réaliste. J'imagine que l'auteur a dû bien se documenter, en particulier pour ce tome-ci qui regorge d'informations et d'anecdotes sur la vie des marins de l'époque !

Cet aspect est déjà passionnant pour la lectrice curieuse et amatrice d'histoire que je suis, mais de plus, l'intrigue policière est impeccable. Nous nous retrouvons dans une sorte de huis-clos, puisque le meurtrier se trouve forcément parmi les marins sur le bateau. Les marins sont nombreux, mais l'enquête indique bien vite qu'il faut soupçonner l'un des officiers, et Lenox a déjà fait leur connaissance, ce qui limite beaucoup le nombre de suspects. Au fur et à mesure que les indices se dévoilent, on soupçonne l'un, puis l'autre, puis un autre encore, puis tous à la fois, jusqu'à ce que nous soyons totalement perdus... et là, un nouveau retournement de situation vient encore compliquer le tout !  Franchement, je n'ai pas pu lâcher ce roman des mains avant d'avoir le fin mot de l'histoire.

Ce qui est surprenant dans ce tome, c'est que l'intrigue ne se termine pas avec la résolution de l'enquête : on poursuit l'aventure avec la mission de Lenox en Egypte, plus particulièrement à Port Saib, à l'embouchure du Canal de Suez. On touche à cette occasion aux enjeux financiers et politiques du fameux canal, mais malheureusement sans aller trop dans les détails, ce qui aurait aussi pu être passionnant. Une autre particularité de ce tome c'est la dose d'aventures : Lenox ne se contente pas d'être un gentleman posé qui suit son enquête et risque, au pire, un petit coup sur la tête ; ici, à plusieurs reprises, sa vie est en jeu... mais je ne vous en dirai pas plus.

Ce tome est le premier de la série que j'aie lu (en ebook), alors que les précédents je les avais découverts en audiolivres. J'adorais l'audiolivre et son narrateur à la voix douce et bienveillante, qui, me semblait-il, collait parfaitement au personnage principal. J'ai donc découvert ainsi les quatre premiers tomes et acheté le tome 9 qui était en promotion, quand je me suis tout à coup aperçu que les tomes intermédiaires n'étaient plus disponibles en audiolivre !  Il y a probablement quelques soucis de licences sur les droits d'auteur, et j'ai attendu patiemment pendant plusieurs mois pour que ça se résolve, mais quand rien n'a changé, je me suis résolue à l'acquérir sous format ebook. Et bien, tout à coup le ton m'a paru très différent !  Le narrateur rendait le ton léger, sympathique, plutôt superficiel, tandis qu'à l'écrit j'ai découvert une profondeur, un côté dramatique que je ne soupçonnais pas. Soit ce tome a opéré un changement assez radical (c'est peut-être un peu le cas mais de façon limitée), soit je me rends brutalement compte de l'importance de la voix de la narration. En tous cas ça m'a beaucoup étonnée, et je ne sais pas trop quelle "version" je préfère.

Bref, j'ai franchement adoré ce tome des aventures de Charles Lenox. C'est une série que j'aime beaucoup et dont j'espère qu'elle sera bientôt traduite en français pour le bonheur de tous ceux qui n'ont pas la chance, comme moi, de pouvoir la découvrir en VO ! 


Pour en savoir plus :

A Stranger in Mayfair (Charles Lenox tome 4), de Charles Finch


Les aventures du détective victorien Charles Lenox constituent une série que j'ai commencée par hasard il y a déjà pas mal de temps et que j'ai reprise cette année pour un petit moment de confort littéraire ; elle est peu connue dans le monde francophone et c'est dommage alors il est temps que je vous en parle !


Résumé :

Charles Lenox et sa nouvelle épouse sont à peine de retour de lune de miel qu'un ami fait appel au détective londonien : un jeune valet vient d'être assassiné dans une allée derrière sa maison dans le beau quartier de Mayfair. Très occupé par la rentrée du Parlement, Lenox ne peut suivre l'histoire qu'à distance et laisse son jeune associé prendre la relève. Très vite, les choses prennent une drôle de tournure : l'ami qui a fait appel à lui semble maintenant vouloir l'éloigner, et la victime avait une vie pleine de mystères...


Mon avis :

Ça devient compliqué de vous parler des aventures de Charles Lenox, le gentleman victorien dont je vous ai déjà parlé à l'occasion de ses trois premières aventures. Je l'aime toujours autant, avec son petit côté débonnaire, son amour du confort et son enthousiasme affable. De plus, au fur et à mesure des tomes, l'auteur cache de moins en moins son désir non seulement de nous raconter une enquête prenante, mais aussi de nous décrire différents aspects de la vie aristocratique anglaise au XIXème siècle. Dans ce tome-ci, il nous parle beaucoup du Parlement britannique, le plus avancé de son époque. Ça peut avoir l'air ennuyeux à première vue, mais c'est passionnant ! Charles Lenox est un parlementaire enthousiaste et avec lui nous découvrons les aspects pratiques de cette assemblée qui, à l'époque, règne sur un immense empire : l'ouverture de la session parlementaire par la Reine Victoria, les partis, les réunions, les secrétaires, les "livres bleus" de rapports parlementaires, la difficulté à obtenir un compromis et des subsides même pour des projets essentiels, jusqu'à l'histoire du Palais de Westminster !  Le tout bien entendu raconté au fur et à mesure que l'intrigue principle avance, à doses homéopathiques. Je crois qu'au final c'est ce que je préfère dans les aventures de Charles Lenox : le fait qu'elles sont l'occasion de vivre pendant quelques temps dans l'Angleterre victorienne.

Ce qui ne veut pas dire que l'enquête n'est pas intéressante, au contraire. Lenox s'était promis d'abandonner sa carrière d'enquêteur pour se consacrer entièrement à celle de parlementaire, mais quand un ami vient le voir pour lui demander de l'aide à la suite de la mort de son valet, il ne peut pas résister. Heureusement il reçoit l'aide de son apprenti John Dallington qui pourra le remplacer quand c'est nécessaire, et, contrairement à l'épisode précédent de ses aventures, il ne sera pas trop déchiré entre ses différentes activités.  Même si l'enquête est commencée à la demande de son ami, très vite l'ami en question a un comportement bizarre, et très vite tout le monde est suspect. Le rythme est très bien mené, les indices vont dans un sens et puis dans l'autre, et l'auteur nous ménage un grand nombre de surprises. En ce qui me concerne, j'avais deviné un point crucial, mais je pense qu'il n'était pas franchement évident, j'ai juste un esprit un peu tordu...

Le dernier tiers de l'intrigue, après la vie parlementaire et l'enquête, c'est la vie personnelle de Lenox. Il vient de se marier, et il lui faut un peu de temps pour s'ajuster à la vie à deux, même si il connaît son épouse depuis très longtemps. Son ami Thomas McConnell est lui sur le point de devenir papa, et voici encore une occasion de découvrir un nouvel aspect de la vie quotidienne à cette époque.

Bref, j'ai commencé cette chronique en ne sachant pas quoi vous dire de nouveau et je la termine après trois longs paragraphes. J'imagine que c'est un signe que cette série est loin de s'essouffler !  Si vous voulez un polar sympathique qui vous permette en même temps de vivre la vie d'un gentleman anglais de l'époque victorienne, Charles Lenox est celui que vous cherchez ! 


Pour en savoir plus :


Le Troisième Reich (Rise and Fall of the Third Reich), de William Shirer


On change un peu de genre ici avec, pour une fois, un livre d'histoire !


Résumé :

En 1933, Adolf Hitler prend le pouvoir en Allemagne et entame une nouvelle ère de l'histoire allemande qu'il appelle le Troisième Reich. En 1945, après avoir provoqué la deuxième guerre mondiale, le Troisième Reich se termine sur le suicide d'Hitler et la capitulation d'une Allemagne ravagée et humiliée. Comment un homme quasiment seul a-t-il pu faire autant de mal ? De la naissance d'Adolf Hitler aux procès de Nuremberg, l'auteur nous raconte l'histoire du régime politique le plus meurtrier de l'histoire humaine.


Mon avis :

J'ai beaucoup hésité avant d'acheter ce livre dont la version audio était en promotion. Je n'en avais jamais entendu parler, mais le sujet m'intéressait, alors j'ai fait une petite recherche : apparemment ce livre, sorti en 1960, fut un vrai succès de librairie aux Etats-Unis et en Europe, se vendant à des millions d'exemplaires, et reste une référence en ce qui concerne l'histoire du nazisme. Je me suis dit que pour avoir un tel succès, le livre devait avoir quelques qualités, et puis l'audiolivre était bon marché (malgré le fait qu'il fait presque 60 heures !), et la voix du narrateur me plaisait beaucoup, je l'ai donc acheté et écouté assez rapidement.

Je dois avouer que j'ai été complètement bluffée. Pour ceux qui s'intéressent à l'Histoire, ce livre est une perle. L'auteur est un journaliste qui se trouvait en Allemagne à l'époque de la prise du pouvoir d'Hitler et jusqu'à la deuxième guerre mondiale, ce qui fait qu'il sait de quoi il parle : il décrit les l'atmosphère de l'époque et ses impressions personnelles, ce qui rend le tout très vivant. Mais il s'est surtout plongé dans les archives de l'état allemand et c'est là-dessus qu'il base ce qu'il raconte. Comme il l'explique dans l'introduction, la capitulation de l'Allemagne a été si brutale que la plupart des archives de l'état et les archives personnelles de la plupart des protagonistes (journaux intimes notamment) n'ont pas pu être détruites. Le résultat c'est que pour la première fois, les historiens ont eu à leur disposition une énorme quantité de documents pour comprendre et analyser une époque qui restera sans aucun doute un tournant dans l'histoire de l'humanité. Grâce à ces documents, il est parvenu à reconstituer les moments les plus cruciaux de la montée et de la chute du nazisme avec un niveau de détail étonnant. En cours de texte, il donne régulièrement la source de ses informations, ce qui apporte beaucoup de crédibilité à son récit. 

Le livre est vraiment long (je crois que c'est le plus long audiolivre que j'aie écouté), et il a été édité en deux volumes en français, mais je l'ai tout simplement dévoré. Ce qui le rend si immersif, c'est que l'auteur, qui a pourtant fait un vrai travail d'historien, écrit comme un journaliste, pas comme un académique. J'avoue que parfois il est un peu difficile de s'y retrouver dans les nombreux intervenants et événements consécutifs, surtout lors des événements politiques qui ont précédé la guerre : l'auteur entre dans le détail des tractations diplomatiques et même s'il les raconte avec brio, ça reste un passage très complexe. Mais de façon globale, je n'ai pas eu une impression de longueur, au contraire même : comme le livre est centré sur le troisième reich et non sur la deuxième guerre mondiale, il ne parle pas des conflits qui ne concernent pas directement l'Allemagne (la guerre Japon-USA par exemple), il ne mentionne le débarquement que du point de vue allemand (rien sur sa préparation ni sur son déroulement), et il ne s'attarde pas sur certains aspects non géopolitiques de la guerre (comme l'Holocauste). C'est parfois un peu frustrant, j'aurais voulu en savoir plus, mais je comprends le choix éditorial. Ce qui est sûr c'est que j'ai appris énormément de choses. J'ai par exemple adoré le compte-rendu minute par minute du "putsch de la Brasserie". Ce livre tient la promesse de son titre : à la fin de ma lecture, j'ai vraiment l'impression de comprendre ce qui a pu mener un tel tyran aux commandes d'un pays civilisé, et pourquoi il a fini par perdre la guerre. Il y a aussi beaucoup de leçons à tirer de ce récit, surtout à une époque comme la nôtre.

Le livre a été publié en 1960 et il est possible qu'il ait un peu vieilli ; je n'ai pas assez de connaissances dans le domaine pour savoir si d'autres documents ou d'autres analyses historiques ont remis en cause certains des aspects du récit depuis la publication. Les seuls moments où j'ai vraiment senti que le récit avait vieilli, c'est quand l'auteur mentionne l'homosexualité, qu'il qualifie de perversion abominable (il n'aborde d'ailleurs pas du tout l'internement des homosexuels en camps de concentration). Heureusement que les mœurs ont changé depuis son époque !  Je sais aussi que l'auteur a été assez critiqué par des historiens pour son point de vue sur l'histoire de l'Allemagne : il considère que la montée au pouvoir d'Hitler n'aurait pas pu avoir lieu sans une certaine mentalité allemande qui n'a peut-être pas disparu avec la guerre. Il n'hésite pas non plus à émettre des jugements assez péremptoires sur les principaux intervenants (allemands et autres) du récit. Je pense cependant que comme il expose les faits tels qu'il les a découverts dans les archives et documents de l'époque, le lecteur peut librement faire la part des choses entre l'avis subjectif de l'auteur et la réalité objective. De plus, la façon dont il nous "raconte" les personnages en leur attribuant certaines caractéristiques (celui-ci est un idiot, celui-ci est cruel, etc) fait partie de ce qui rend son récit aussi vivant et agréable pour le lecteur.

Si on ajoute à tout ça le fait que le narrateur de cet audiolivre (en anglais) a une diction parfaite et une voix absolument géniale, je dois avouer qu'au bout des presque 60 heures de narration, j'étais vraiment triste d'arriver à la fin. Si l'Histoire vous intéresse et que les pavés ne vous font pas peur, je n'ai qu'un mot à vous dire : foncez. Malheureusement il ne semble plus réédité en français, mais il doit être disponible d'occasion et si vous lisez l'anglais, c'est un très bon investissement.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre