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22/11/63, de Stephen King


Ce soir, c'était Book Club sur Livraddict, alors pour l'occasion j'ai entamé un pavé qui me faisait de l'oeil depuis un certain temps...


Résumé :

Jake Epping, jeune professeur d'anglais, ne s'émeut pas facilement. Pourtant, lorsqu'un de ses élèves adultes lui écrit un texte sur le jour de son enfance où son père a assassiné toute sa famille, il en est tellement touché qu'il acceptera de mettre danger sa vie en retournant dans le passé pour empêcher ces meurtres et aussi, pourquoi pas, éviter l'assassinat du président américain le plus charismatique. Mais le passé ne se laisse pas changer si facilement...


Mon avis :

J'avais repéré ce livre depuis sa sortie en 2011 : du Stephen King, du voyage temporel et de l'Histoire, c'est une combinaison qui était faite pour m'attirer. Pourtant à l'époque j'avais déjà trop à lire et ce livre est resté au fond de ma wishlist mentale jusqu'en août dernier, quand il a été élu pour le Book Club de Livraddict. Je n'avais pas du tout participé à l'élection, mais comme il m'intéressait et qu'il était disponible en audiolivre avec un excellent narrateur (je préfère toujours écouter les pavés plutôt que les lire), je n'ai pas hésité longtemps et je l'ai enfin découvert.
Je me plains souvent des spoilers dans les résumés, mais cette fois-ci, on est encore un cran au-dessus : le spoiler est carrément dans le titre. Quiconque s'intéresse un peu à l'histoire américaine aura reconnu cette date du 11 novembre 1963, peut-être la date la plus célèbre avant le 11 septembre 2001. Pourtant, cette partie de l'intrigue n'arrive pas tout de suite : on fait d'abord la connaissance de Jake, puis celle de son ami Al, qui raconte à Jake, avec beaucoup de suspense, ce qui l'a fait vieillir de plusieurs années en une nuit, puis ce qu'il souhaite que Jake fasse à sa place... sauf que nous on a déjà tout deviné rien qu'avec le titre. Sur un pavé comme celui-là, ça ne fait pas beaucoup de pages perdues, mais c'est quand même assez énervant de voir Jake ne rien comprendre pendant plusieurs minutes alors que ça nous paraît tellement évident.

Heureusement, après ça, le suspense remonte en flèche, et plus ça avance, plus j'ai été bluffée. Au fur et à mesure de l'histoire, Jake s'enfonce dans une intrigue qui ne peut pas avoir de fin correcte. Comme il joue avec l'Histoire, l'auteur se devait de satisfaire à la fois l'intrigue de Jake, qui ne peut pas complètement échouer, et la réalité du lecteur, qui vit dans un monde qui est la conséquence des actions de Jake.  Il ne pouvait pas terminer le roman en disant que Jake avait tout changé pour que le lecteur ferme son livre et se rende compte que rien n'a changé. J'avais ce dilemme en tête en permanence en poursuivant ma lecture et j'avoue que l'auteur s'en est très bien sorti : le suspense a duré jusqu'au bout, la tension n'a fait que monter, et la résolution m'a tout à faite satisfaite alors que je ne l'aurais jamais imaginée.  

Dans ce roman, Stephen King conforte sa capacité à raconter les sentiments et les personnes. Il s'agit bien d'un récit d'aventures avec une pointe de fantastique, mais ce qu'il se passe ici c'est aussi une histoire humaine, où les individualités sont importantes : celle du héros, celle du futur meurtrier et de son entourage, et puis celle de tous les gens qui vont croiser le chemin de Jake. J'ai trouvé cet aspect très réussi, aucun personnage n'est surfait. De plus, l'auteur s'est visiblement largement documenté pour parler des personnages et événements historiques qu'il met en scène, et pour les fans d'Histoire comme moi, c'est une mine d'informations qui donne envie d'en savoir encore plus. Dans la postface (en tous cas de la version audio), il recommande des lectures complémentaires sur le sujet.

Ce roman, c'est aussi une histoire très américaine, un aspect qui échappe sûrement en grande partie aux lecteurs étrangers que nous sommes. Jake se retrouve à une époque que beaucoup considèrent comme l'âge d'or des Etats-Unis, et je suis sûre que le roman est truffé de ces petites références à "ce qui était tellement mieux avant". Mais l'auteur ne se contente pas de ça, il parle aussi de ce qui est pire : il visite une ville absolument pas accueillante (une référence à d'autres romans du même auteur que je n'ai pas lus), il assiste au racisme ambiant (mais de façon très courte, ça sent limite le "lip-service"), il a affaire aux bigots de l'époque et se confronte au sexisme institutionnalisé. Finalement, à sa façon, il combat le "nostalgisme" qui a depuis lors donné de la force au slogan "Make America great again".

Bref, voici un roman qui est plus intéressant qu'un simple thriller, avec des aspects fantastiques et historiques super bien menés, une intrigue époustouflante jusqu'à la fin, une galerie de personnages réussis et une pointe de nostalgie. C'est une grosse lecture mais je ne l'ai pas du tout trouvée longue. Je recommande chaudement ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre 
- l'avis de Mortuum, qui a beaucoup aimé et vous parle un peu du rythme du roman, et celui de BlackWolf, qui l'aurait préféré avec 200 pages de moins.




Les Lames du Cardinal, tome 3 : Le Dragon des Arcanes, de Pierre Pevel


Voici mon avis sur le troisième tome d'une trilogie qui m'a procuré de très bons moments (en bonne compagnie) !


Résumé :

Les Lames du Cardinal semblent avoir déjoué les plans de la Griffe Noire, cette société secrète de dragons qui a tenté d'enlever la Reine de France, mais leur victoire n'était que temporaire : le dragon capturé est brûlé vif dans sa cellule, au prix de la vie d'une des Lames et sans avoir révélé tous les secrets de la conspiration. L'Italienne, l'intrigante qui pourrait les aider à en savoir plus, a disparu. Et Agnès reçoit une révélation : Paris va brûler et la Reine est toujours en danger... 


Mon avis :

Plusieurs mois après les deux premiers tomes de cette trilogie, "Les lames du Cardinal" et "L'alchimiste des ombres", mes trois co-lectrices (Thalia, Iluze et Ethernya) et moi avons retrouvé cette série pour en lire ensemble la dernière partie. Les détails de l'intrigue nous sont vite revenus en tête et j'ai pu reprendre sans préavis l'histoire là où nous l'avions laissée.

Que dire que je n'ai pas encore noté dans mes deux premières chroniques ? Cette série fonctionne toujours aussi bien, avec son mélange détonnant d'histoire bien documentée, d'action flamboyante et de fantasy. J'adore quand l'auteur nous parle des rues de Paris où nous suivons les Lames, quand il décrit (brièvement) l'architecture et le mode de vie de l'époque et quand il fait intervenir côte à côte des personnages historiques (Richelieu, son secrétaire Charpentier,...) et des personnages de romans (Athos et d'Artagnan). J'adore aussi quand il nous emmène dans des batailles de cape et d'épée, pleines de rebondissements et de pittoresque. J'adore enfin quand il glisse dans ce décor des petits dragons qui servent d'animaux domestiques, de grands dragons sur le dos desquels on peut voler, des hommes qui se transforment en dragons (ou l'inverse) et les "dracs", des sang-mêlés. Je suis toujours étonnée de constater que cet ensemble d'éléments a priori incompatibles fonctionne si bien. 

Comme dans les précédents tomes, l'intrigue est très fournie et très rapide. On s'attend en entamant ce dernier tome à ce qu'il ait la forme d'une grande bataille finale, mais celle-ci n'a en réalité lieu que dans les vingt dernier pourcents. Avant ça, il y a beaucoup d'interludes, de petites quêtes annexes, de nouveaux personnages à nous présenter et des secrets à révéler. Les quatre parties de cet tome et son prologue sont en fait des histoires quasiment indépendantes. On n'a pas le temps de s'ennuyer.

Ceci dit, j'ai trouvé dans ce tome-ci des défauts que je n'avais pas trouvés (ou remarqués ?) dans les tomes précédents. Je trouve que par moments, ce foisonnement de petites aventures et révélations annexes va un peu loin, l'auteur a l'air de se perdre dans des à-côtés dont on ne comprend pas toujours l'intérêt. L'abondance de personnages et d'organisations complexes qui, pour certaines, portent plusieurs noms différents rend parfois toute l'histoire un peu confuse. Et puis à force d'ouvrir toutes sortes de mystères, certains restent un peu irrésolus ou sont résolus trop simplement, et certains passages pourraient être plus développés. Je suis par exemple très déçue que la première Lame à mourir dans toute la trilogie soit tuée entre deux tomes. Mes co-lectrices et moi nous sommes demandées si on n'avait pas raté quelque chose à la fin du tome 2 !  Ce sont des défauts mineurs cependant et ils n'ont pas gâché le plaisir dans l'ensemble.

En résumé, c'est une trilogie vraiment très intéressante, une lecture passionnante pleine d'aventure et un mélange des genres surprenant mais très réussi. On en sort même avec un petit goût de trop peu !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis de Thalia, Iluze et Ethernya (les liens seront mis à jour au fur et à mesure des publications)
- acheter ce livre sur Amazon



Le tour du monde en 80 jours, de Jules Verne


Voici un livre que j'ai "lu" (en fait, écouté sous la forme d'un audiolivre) vers la fin de l'année passée. Il est grand temps que je vous en parle, car j'ai passé un bon moment avec les aventures de Phileas Fogg dans les oreilles ! 


Résumé :

Phileas Fogg, un riche gentleman, flegmatique et organisé à l'extrême, se retrouve un jour à soutenir un pari avec d'autres gentlemen de son club : il affirme qu'il est tout à fait possible de faire le tour du monde en 80 jours. Après avoir mis en gage la moitié de sa fortune, le voilà sur les routes, accompagné de son valet Passepartout, pour accomplir son périple et faire face à toutes les aventures qui se présenteront.


Mon avis :

"Le tour du monde en 80 jours" est probablement l'oeuvre la plus connue de Jules Verne et pourtant ce n'est même pas l'un des récits de science-fiction pour lesquels ils s'est distingué.  Il est également étonnant qu'il soit resté si populaire malgré son âge et l'évolution des moyens de transport qui rendent cet exploit assez obsolète.  Mais c'est parce que ce tour du monde est avant tout un récit d'aventure exceptionnellement prenant, plein d'un humour léger basé sur les caractéristiques supposées des personnages : le flegme de l'aristocrate anglais, la débrouillardise (et la maladresse) de son serviteur français... C'est un récit léger, plein de rythme et de rebondissements, un peu caricatural mais très prenant.

Les personnages sont amusants et surprenants par la façon qu'a l'auteur de se moquer gentiment d'eux. Phileas Fogg est beaucoup trop flegmatique pour son propre bien, incapable de lire les sentiments de la belle Indienne, et il ne montre un peu de vie que lorsqu'il se retrouve face à un Américain (lui aussi très caricatural) ; Passepartout est débrouillard et un excellent serviteur mais il est aussi naïf et maladroit et l'auteur prend clairement un malin plaisir à le pourvoir de tous les défauts de ses contemporains. Un auteur français qui se moque d'un personnage anglais, d'accord, mais un auteur français qui se moque d'un personnage français, voilà qui est plus original !  C'est d'ailleurs peut-être ce qui a fait le succès international du roman.

Si l'intrigue est un peu enfantine, le lecteur adulte profitera pleinement du contexte historique. Cette époque où l'on s'émerveillait de faire le tour du monde en seulement trois mois a quelque chose de romantique, tout comme les trains-couchettes ou les paquebots luxueux. L'aventure est aussi un bon prétexte pour visiter le monde du XIXème siècle, encore bien plus varié que le nôtre !

On ne peut pas nier que, comme dans tous les romans de Jules Verne, les personnages manquent de réalisme et de nuance, l'histoire privilégie l'aventure à la profondeur, bref, ça reste avant tout un récit superficiel et, d'une certaine façon, un ode inconditionnel à la modernité telle qu'on la concevait au XIXème siècle.  Il ne faut donc pas trop y chercher, mais dans la catégorie "divertissement", ce roman tient toutes ses promesses !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Thalia, qui l'a apprécié, et (pour un peu de contraste) celui de Les-lectures-d-Alex, qui elle s'est ennuyée.
- acheter ce livre sur Amazon 
- télécharger ce livre en audiolivre gratuit : c'est sous cette forme que je l'ai découvert, et la voix jeune et agréable du narrateur Damien Genevois permet d'apprécier pleinement le texte lui-même.

L'analphabète qui savait compter, de Jonas Jonasson


Et voici un autre goal pour la Coupe du Monde des Livres (j'ai bon espoir que ce ne sera pas le dernier) : un roman dont j'attendais beaucoup après avoir adoré son grand-frère !


Résumé :

Née à Soweto pendant l’apartheid, Nombeko Mayeki commence à travailler à cinq ans, devient orpheline à dix et est renversée par une voiture à quinze. Tout semble la vouer à mener une existence de dur labeur et à mourir dans l’indifférence générale. Mais Nombeko est un petit génie qui s'initie en un temps record aux calculs les plus compliqués, acquiert les connaissances d'un ingénieur atomique et s'intéresse à la politique internationale. Et c'est comme ça qu'un jour, elle se retrouve en Suède avec une bombe atomique clandestine sur les bras.


Mon avis :

J'ai acheté ce roman (sur internet) directement après avoir terminé "Le vieil homme qui ne voulait pas fêter son anniversaire (et se fit la malle)" du même auteur, dont j'avais adoré l'humour absurde et le côté "Forrest Gump" de l'intrigue. Ce nouveau roman avait l'air d'être tout à fait semblable : il partageait le même titre compliqué (et très librement traduit en anglais), la couverture divisée en cases et le résumé absurde. Je m'attendais donc à un autre moment de plaisir intense et de sourires nombreux...

Première déception : les deux livres, du même éditeur, tous deux en "poche" (soft cover), aux couvertures qui s'accordent... ont quelques centimètres de différence. Grmph. Ca a l'air d'un détail mais les bibliophiles me comprendront : c'est d'un frustrant innommable ! Mes romans sont classés par taille dans ma bibliothèque et soit je mets les deux frères sur deux étagères différentes, soit j'en ai un qui passe la tête par-dessus celle de ses voisins. Merci monsieur l'éditeur !

Deuxième déception : ce roman est loin de m'avoir autant emballée que le précédent. L'humour est du même genre mais pas du tout aussi comique. L'intrigue est tout aussi rocambolesque, mais moins mouvementée, moins dispersée dans l'espace (on se limite ici à l'Afrique du Sud et la Suède), elle contient moins d'action et au contraire plus de moments de status quo un peu ennuyeux. Quant aux personnages, Mombeko est très attachante mais il y avait un côté vraiment inimitable chez Allan Karlsson, ce petit vieux en charentaises prêt à parcourir le monde... Et si les personnages secondaires sont tous très particuliers, comme dans l'autre roman, ils sont un peu plus difficiles à cerner, je trouve. Holger 1 notamment semble à la fois idiot et raisonnable dans sa façon de se comporter, tandis qu'Holger 2, pourtant intelligent, gaspille plus de vingt ans avant de faire face au problème le plus important de sa vie. Enfin, ce roman-ci tourne beaucoup plus autour de la Suède, avec de nombreuses références à son histoire politique qui doivent probablement faire rire le lectorat suédois mais que les lecteurs étrangers auront du mal à apprécier.

Bref, je n'ai pas été séduite par ce roman. Il souffre bien entendu de la comparaison avec son grand frère, mais si je n'avais pas lu "Le vieil homme qui ne voulait pas fêter son anniversaire", je me serais quand même un peu ennuyée en lisant celui-ci. Ceci dit je continue à apprécier l'humour de Jonas Jonasson et je suivrai son actualité en espérant qu'il arrive à recréer l'ambiance extraordinaire de son premier roman !


Pour en savoir plus :
- l'avis de nanajoa, qui partage ma déception, celui de Mithrowen, qui recommande ce livre comme une lecture-détente qui fait rire, et celui de Dolphyone, qui elle l'a trouvé beaucoup mieux que le premier roman de l'auteur.
- acheter ce livre sur Amazon (en français)


Quatrième but à la Coupe du Monde des Livres ! I'm ze best :)

Capitaines courageux, de Rudyard Kipling


Tout le monde connaît Rudyard Kipling pour son Livre de la jungle, mais moins souvent pour ses rares romans. "Capitaines courageux" vaut pourtant le détour. 


Résumé :

Harvey Cheyne est un adolescent trop gâté, le fils d'un multi-millionnaire sans respect pour rien ni personne. En route pour l'université en Europe, il passe par-dessus bord et tombe du paquebot. Par miracle, il est récupéré par un bateau de pécheurs en route pour les grands bancs. Le capitaine, Disko Troop, embauche Harvey comme mousse aux côtés de son propre fils Dan et l'embarque pour trois mois de pêche qui vont complètement transformer le jeune homme.


Mon avis :

J'ai découvert ce livre quand j'étais adolescente, par hasard, et il m'avait beaucoup plu à l'époque ; prise d'une soudaine crise de nostalgie, je l'ai redécouvert récemment et avec presque vingt ans d'écart, je l'ai à nouveau beaucoup apprécié. 

Ce roman, c'est comme les histoires de Mowgli une histoire d'apprentissage : Harvey Cheyne le sale gosse devient, comme on s'y attend un peu, Harvey Cheyne le fier marin et le bon fils. Ce côté-là en fait un roman pour adolescents, une sorte de fable, ce qui peut paraître un peu limité et "facile". Mais le lecteur adulte y trouvera bien d'autres choses. 

D'abord, il y a la relation entre le père et le fils, développée dans les derniers chapitres. Elle est racontée avec beaucoup de subtilité, avec la beauté d'un père et d'un fils qui ne se connaissaient pas et se découvrent depuis que le fils est brutalement devenu adulte. Ensuite, il y a la très belle narration de Kipling, en particulier dans le chapitre racontant le trajet en train - un peu difficile à saisir entièrement pour les lecteurs d'aujourd'hui qui ne sont pas au fait des aspects techniques de la chose, mais tellement bien raconté qu'on sent l'excitation monter malgré tout. 

Et puis surtout, toute cette histoire n'est au final qu'une excuse pour permettre au lecteur (comme à Harvey) de découvrir le monde des pêcheurs des grands bancs. Il ne s'agit pas seulement de vivre leur vie, il s'agit aussi de partager leurs joies et leurs peines ; rien n'est esquivé, et notamment la cruauté de la mer qui prend les vies par centaines chaque année. En finalement peu de pages, on découvre une communauté, une passion, une culture, un humour, une solitude, une tristesse et un métier. C'est me semble-t-il ce que l'auteur souhaitait véritablement partager, et on le ressent en particulier dans les dernières pages, quand il raconte cette "fête" de marins qui n'était absolument pas nécessaire pour l'intrigue. 

J'ai lu ce roman en version originale et je dois dire que l'anglais est difficile, à cause des nombreux termes de marine et de la transcription de l'accent des marins. Il m'a fallu assez souvent me concentrer pour "traduire" les phrases écrite en phonétique. Mais ce n'était pas insurmontable et je n'ai pas eu l'impression de rater de passages importants.

Bref, voilà une histoire peut-être écrite pour les adolescents, mais qui représente aussi une magnifique plongée dans la vie de marins du XXème siècle. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre

Le Guide du voyageur galactique, de Douglas Adams


Et s'il ne restait de la Terre qu'un Anglais muni d'un Guide touristique de la galaxie ?


Résumé :

Comment garder tout son flegme quand on apprend dans la même journée : que sa maison va être abattue dans la minute pour laisser place à une déviation d'autoroute ; que la Terre va être détruite d'ici deux minutes, se trouvant, coïncidence malheureuse, sur le tracé d'une future voie express intergalactique ; que son meilleur ami, certes délicieusement décalé, est en fait un astrostoppeur natif de Bételgeuse, et s'apprête à vous entraîner aux confins de la galaxie ? Pas de panique ! Car Arthur Dent, un Anglais extraordinairement moyen, pourra compter sur le fabuleux Guide du voyageur galactique pour l'accompagner dans ses extraordinaires dérapages spatiaux moyennement contrôlés.


Mon avis

Voilà un roman qui a une genèse un peu particulière, joliment détaillée dans la préface de mon édition. Il est parti d'un petit rêve bien arrosé de l'auteur un soir où il regardait les étoiles, perdu et fauché quelque part en Europe ; il se poursuit des années après avec une émission radiophonique qui invente le genre "science fiction humoristique"; il continue au travers de disques, de livres, et plus tard d'un film connu (que je n'ai pas vu).  Plus qu'une série, Le Guide du voyageur galactique (H2G2 pour les intimes) est carrément une franchise.
Le fil conducteur ce sont les personnages incroyables, l'aventure galactique et l'humour particulier de Douglas Adams. Un humour qui commence dès la couverture de la superbe édition hard cover en VO que je me suis offerte, et qui nous présente son contenu comme "une trilogie en cinq volumes".  Je précise que pour le moment je ne vais vous parler que du premier volume, celui qui donne son titre à la "trilogie".

On parle souvent de "l'humour anglais", et c'est clair qu'il existe un certain humour britannique, caractérisé par l'absurde pince-sans-rire. Mais là-dedans il y a énormément de variantes. Mon spectre va de Terry Pratchett, qui me fait éclater de rire à chaque page (il faut que je vous le chronique un jour !), à Benny Hill, qui n'obtient de moi que des soupirs consternés. Si vous me promettez de ne pas le répéter, je vous avouerai avec un peu de honte que les quelques films des Monty Pythons que j'ai vu il y a longtemps m'ont si peu fait sourire que je n'ai pas voulu renouveler l'expérience... Autant dire que je ne suis pas une lectrice facile. Je ne me suis frottée à l'humour de Douglas Adams qu'après avoir offert ce livre à mon amoureux, à qui il plaira beaucoup je pense, et parce que j'en avais entendu énormément de bien.

Pour résumer mon sentiment en quelques mots, je dirais que je me suis bien amusée, mais pas au point d'avoir envie de me jeter sur le deuxième tome. L'originalité est incontestable et vraiment rafraîchissante, la façon de voir la galaxie que nous propose Douglas Adams apporte de nouvelles surprises d'un chapitre à l'autre. C'est déjanté, il n'y a pas d'autre mot, mais pas non plus impossible appréhender (sauf peut-être le fonctionnement du vaisseau spatial basé sur les probabilités, qui m'a un peu dépassée). L'intrigue est aussi un concentré d'aventures qui s'enchaînent de façon rapide, on n'a pas le temps de s'ennuyer. Mais bon, dans tout ceci c'est l'humour qui lie la sauce, et je n'ai pas adhéré à 100%. C'est un sentiment difficile à exprimer évidemment ; pourquoi telle blague nous fait rire et telle autre, non ? Ce roman est plein de traits d'humour qui sont pour la plupart bien trouvés, bien amenés et bien traités, mais peu m'ont vraiment fait sourire. Le fait que cet humour soit destiné à un public britannique (avec quelques aspects difficile à apprécier par les étrangers, à commencer par le nom de Ford Prefect) a peut-être joué. Mais c'est surtout une question de personnalité.

Bref, j'ai pris plaisir à lire cette histoire et j'y retournerai dès que mon planning lecture me le permettra, je le conseille sans hésitations, mais je ne suis pas aussi dithyrambique que d'autres lecteurs ; j'ai trouvé ça amusant et original, pas transcendant.  Il paraît que le livre est mieux que le film mais je ne peux pas juger.  Rendez-vous au prochain tome pour un avis plus réfléchi !


Pour en savoir plus :

Le Lézard noir, d'Edogawa Rampo

En voulant trier quelques livres, je me suis dit qu'il serait bon de relire ce court roman dont je ne me souvenais pas grand chose si ce n'est de ne pas l'avoir tellement aimé. Réflexion étonnante en soi, étant un grand admirateur du Japon et de sa littérature, et comptant Edogawa Rampo parmi mes auteurs populaires favoris. Mais l'avais-je lu avec suffisamment d'attention la première fois ?


Résumé :

Cette belle femme nue, couverte de bijoux, qui exécute une danse voluptueuse au milieu d'une foule de fêtards, c'est le Lézard Noir; une cambrioleuse hors pair, rusée comme un diable, effrontée comme le vice, qui prépare un coup fumant et s'apprête à se mesurer au plus célèbre des détectives japonais, Kogorô Akechi. Sa confiance en son plan est telle qu'elle prend des risques inimaginables. Ira-t-elle jusqu'à sous-estimer Akechi, ou au contraire est-ce lui qui commettra la faute de ne pas se méfier assez de son adversaire ?


L'avis de Sanjuro :

En lisant Le Lézard noir, publié en 1934, on a l'impression d'être assis dans une petite salle de cinéma de Tokyo en train de regarder un de ces magnifiques films japonais des années 60 ou 70, eux aussi rusés comme le diable et effrontés comme le vice. Il y a du mystère, des idées folles, des rebondissements à chaque chapitre, l'intrigue est moderne et n'a peur de rien, pas même de se surprendre elle-même. On se délecte et la séance de visionnage de ces cent cinquante pages se déroule aisément en une nuit.

Mais qui dit bon film, ne dit pas forcément bon roman. Il faut bien l'avouer, le style n'est pas bien littéraire et surtout il est très concis, il s'en tient au descriptif, comme dans un scénario de film, et les chapitres se succèdent comme des séquences numérotées. Les personnages n'ont peu ou pas de profondeur, la plupart ne laissent pas connaître leurs pensées, et ils passent comme des acteurs lançant leurs répliques. Peut-être la traductrice a fait perdre un peu de son charme, de sa poésie, aux idéogrammes de l'auteur. Les autres romans d'Edogawa Rampo (il me semble avoir lu tout ce qui a été traduit en français) m'avaient semblé plus réussis de ce point de vue, mais cela fait tellement longtemps que je ne jurerais plus de rien.

En même temps, il ne faut pas se leurrer, c'est un roman populaire et l'action se doit de prendre le pas sur la forme. De ce côté, on est bien servi. L'une des forces ici de Rampo, de son vrai nom Hirai Tarô, est que même si son intrigue est assez prévisible pour le lecteur averti, il y a toujours quelque chose qui lui échappe. Un détail dans le déroulement des événements qui fait que ceux-ci n'ont pas tout à fait lieu comme on s'y attendait. On se dit que l'auteur va suivre tel chemin, céder à tel cliché, et il le fait ! mais voilà, tout ne se passe pas comme prévu. Par exemple, à un moment, l'auteur ose recycler une idée de l'une de ses meilleures nouvelles. On se dit que ce n'est quand même pas très sérieux. Et voilà soudain que l'un des personnages, le détective Akechi, remarque aussi la similitude ! Comme nous, comme les criminels, il a lu la fameuse nouvelle ! Si ça ce n'est pas une idée brillante...

Les grands amateurs de romans policiers, dont je ne fais pas partie, ceux qui ont lu tous les Agatha Christie et forment des sociétés de détectives amateurs, seront peut-être interessés d'apprendre que le roman aborde à plusieurs reprises le problème de la chambre close et s'en sort, à mon humble avis, honorablement. L'intrigue mise aussi beaucoup sur les déguisements, ce qui est un peu difficile à avaler, même si au Japon cela peut sembler moins inimaginable qu'en occident. Mais après tout, si ça passe dans Sherlock Holmes, il n'y a pas de raison que cela coince ici, n'est-ce pas ? On fera quand même remarquer qu'à plusieurs occasions la mystification implique des gens censés bien se connaître.

J'ai relu Le Lézard noir avec beaucoup plus de plaisir que j'en avais eu à le lire la première fois. Sans doute parce qu'il m'était tombé entre les mains durant une mauvaise passe, ou peut-être parce que je m'étais alors trop préoccupé du style. On a des périodes plus littéraires que d'autres. La fin quand même continue de me décevoir; elle méritait un peu plus de développement et surtout des explications plus solides: le coup de théâtre l'emporte sur le bon sens. Edogawa Rampo, ce contemporain de Lovecraft qui a fait aussi dans le genre fantastique, est un auteur hautement distrayant et encore suffisamment moderne pour intéresser tous les types de public. Très connu au Japon, il l'est beaucoup moins ailleurs et on espère que toute son oeuvre sera traduite en français comme une petite partie l'a déjà été. Ah, et puis évidemment, cela ne surprendra personne, Le Lézard noir a été adapté pour le cinéma en 1968 par Kinji Fukasaku, le réalisateur de Battle Royale. Maintenant si j'arrivais à mettre la main dessus...