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La Servante Ecarlate, de Margaret Atwood


J'avais très peur en entamant ce roman qu'il soit du genre hyper-pessimiste et me plombe le moral. A la place, il m'a complètement retournée et fait énormément réfléchir...


Résumé :

Les Etats-Unis de ce 21e siècle ont beaucoup changé. Suite à un attentat qui a détruit la présidence et le congrès, une dictature théocratique a pris le pouvoir. La loi se base sur une interprétation fondamentaliste de la Bible, les citoyens sont divisés en une hiérarchie très stricte, et les femmes en particulier ont perdu la plupart de leurs droits. DeFred, la narratrice, a été séparée de son mari et de sa fille.  Comme elle a déjà été fertile dans un monde où la stérilité est très répandue, elle est devenue une "servante écarlate" : elle est à la disposition d'un couple haut placé pour qui elle doit concevoir un enfant, sous peine d'être envoyée récolter des déchets nucléaires jusqu'à en mourir. Mais dans cette société ultra rigide où la moindre entorse aux règles peut valoir la peine de mort, il est encore possible de résister, ne serait-ce qu'en racontant son histoire.


Mon avis :

Voilà un roman sorti en 1985 qui a trouvé une seconde jeunesse grâce à une adaptation télé récente, et que j'ai découvert quand il a été choisi pour faire l'objet du Book Club de Livraddict de ce mois-ci. J'avoue que je n'aurais peut-être pas eu le courage de le lire sans ce petit coup de pouce ; le sujet est visiblement très sombre, et je m'attendais à une histoire vraiment plombante. J'ai quand même pris mon courage a deux mains et je l'ai téléchargé en version audio et langue originale, une nouvelle édition avec la narration particulièrement réussie de l'actrice Claire Danes et quelques nouveautés dont je vous parlerai plus bas.

L'intrigue est donc une narration à la première personne par une jeune femme dont le nom reste inconnu mais qui est renommée "DeFred" car elle est devenue l'esclave sexuelle du commandant Fred. Elle nous raconte ce qui lui arrive et comment elle en est arrivée là, chapitre par chapitre, et nous permet de comprendre les spécificités de cette société effrayante. Elle nous parle du lavage de cerveau auquel elle a été soumise, des nombreuses règles et procédures mises en place pour retirer toute humanité aux femmes comme elle, de tous les droits qui lui ont été enlevés, jusqu'à celui de lire... et malgré tout, elle nous prouve qu'elle a gardé un peu d'indépendance et un poil de rébellion car elle ne se prive pas de soulever l'absurdité d'une société aussi inégale et aussi hypocrite. DeFred vit une situation particulièrement cruelle car elle a connu la liberté, la vie d'une femme moderne qui travaille, fille d'une mère qui s'est battue pour l'émancipation de la femme... et du jour au lendemain, elle se retrouve tout en bas de l'échelle sociale, privée de toute liberté dans une société ultra-patriarcale. Tout est fait pour transformer la femme en un outil qui n'a d'autre ambition que de servir et qui sera jeté dès qu'il n'est plus utile (dans le cas d'OfFred : si elle s'avère infertile). Son témoignage met aussi en valeur toutes les stratégies subtiles pour déshumaniser les femmes, les monter les unes contre les autres, et les rendre en quelque sorte complices de leurs sort ; OfFred en est bien consciente et s'en veut de parfois, elle aussi, tomber dans le panneau.

J'avoue que le récit fait peur. Il a repris beaucoup de son actualité lors de la montée au pouvoir de Donald Trump et des politiques remettant en cause les droits des femmes, comme le droit à l'avortement.  Mine de rien, le vice-président des Etats-Unis refuse de se trouver seul dans une pièce avec une autre femme que son épouse... Ce roman est particulièrement glaçant parce que l'auteure a pris bien soin de ne rien inventer ; elle se contente de rassembler en une seule société les techniques d'oppression utilisées au cours de l'histoire. D'un point de vue pratique, par exemple, les droits des femmes leur sont enlevés en les identifiant grâce à leurs numéros de sécurité sociale qui distinguent les hommes des femmes, comme c'est toujours le cas aujourd'hui. En tant que lectrice, j'ai été partagée entre l'impression qu'un tel recul moral n'arrivera jamais, que c'est trop extrême... et d'un autre côté, l'impression que c'est terriblement réaliste. Au final il suffit d'un déclin brutal de la natalité et de l'action d'une secte bien organisée pour que la femme soit soudain vue comme une ressource et que la société se réorganise brutalement autour de cette prémisse. Il ne faut même pas l'accord d'une majorité ; une fois que le piège s'est refermé, toute insubordination est lourdement réprimée, la délation se répand, l'information est manipulée, on ne sait plus en qui faire confiance et par conséquent la résistance devient quasiment impossible. Il n'y a pas de faille dans la réalité alternative que nous propose l'auteure, pas un seul point sur lequel on puisse se dire avec confiance "ça n'arrivera jamais", tout ce qu'elle nous raconte est possible, est même déjà arrivé, et ça, ça fait vraiment très, très peur. 

Ce qui ajoute encore à la force de ce récit, c'est qu'il est extrêmement bien écrit. L'introspection de la narratrice n'est jamais ennuyeuse, même si le roman est très introspectif. L'information sur la société dans laquelle elle vit arrive au compte-gouttes, mais jamais trop lentement et on n'est jamais perdu. Les passages les plus durs sont racontés avec une justesse qui entraîne l'effroi mais pas une impression de violence gratuite. La narratrice interprète avec subtilité les relations avec les autres personnages qui sont surtout fondées sur des non-dits, elle nous raconte avec honnêteté sa honte de devoir collaborer avec ce système pour y trouver de minuscules raisons de continuer à vivre. Elle se trouve faible parce qu'elle a peur de la souffrance physique, mais elle est en réalité extrêmement forte de survivre, seule, à un tel enfer. 

Le dernier chapitre du récit lui ajoute encore une autre dimension sur laquelle je ne vais pas donner trop de détails pour ne pas gâcher la surprise de ceux qui n'ont pas encore lu le livre. D'une certaine façon, c'est la partie la plus révoltante ; on y minimise la souffrance d'OfFred au profit d'une analyse soi-disant scientifique qui se distingue surtout par son inhumanité. Elle offre quand même une dose d'espoir. En plus, ma version audio a été allongée avec du texte nouveau : des questions au professeur Pieixoto, proposées par l'équipe d'Audible, dont les réponses ont été rédigées par l'auteur elle-même. On en apprend plus sur l'histoire d'OfFred, avec toujours ce cynisme qui glace le sang. 

En résumé, j'ai été bouleversée par ce livre, qui est d'un réalisme époustouflant. Je crois que c'est la dystopie la plus intéressante que j'aie lue jusqu'à présent car elle nous parle autant de notre passé et de notre présent que d'un futur possible. Le style narratif est magnifique, pas uniquement un véhicule pour porter l'histoire. Et si vous avez l'occasion et les capacités pour le découvrir en anglais, je vous recommande chaudement la récente édition spéciale de l'audiolivre avec la voix de Claire Danes, car sa narration est impeccable et le contenu supplémentaire est vraiment intéressant.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la discussion du Book Club

Chanson douce, de Leïla Slimani


J'ai encore beaucoup de chroniques en retard à publier, alors voici l'une de mes découvertes du début de l'année, un roman dérangeant qui fait beaucoup réfléchir...


Résumé :

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.


Mon avis :

Ca fait trèèèès longtemps que j'ai lu ce livre ; je l'avais reçu comme cadeau il y a probablement deux ou trois ans, mais entre-temps j'ai un peu laissé tomber la "littérature blanche" et il s'était enfoncé dans les profondeurs de ma PAL. Je ne l'en ai sorti qu'à l'occasion du Book Club de mars 2017 sur Livraddict, voici donc une chronique qui m'aura pris sept mois à publier. Heureusement que c'est patient un livre !


Comme souvent, j'ai ouvert le roman en refusant de lire la quatrième de couverture pour ne rien en savoir et dès le départ j'ai été décontenancée. L'histoire commence par la fin : un drame, parmi les pires que l'on puisse imaginer, vient d'avoir lieu. Personne ne s'y attendait, surtout pas les premiers concernés. L'histoire reprend ensuite au début, pour tenter de déterminer comment on a pu en arriver là. 

C'est une "chanson douce" qui est en fait très dure. Le malaise s'installe petit à petit, et le lecteur qui sait comment tout ceci va finir se rend vite compte que quelque chose cloche sans nécessairement pouvoir mettre le doigt dessus. Où est l'erreur, où est-ce que ça a commencé à déraper ? Est-ce la faute d'une mère, femme moderne poussée à tout concilier et dont la vie prend la forme d'un combat permanent qu'elle ne gagnera jamais ? Est-le la faute d'un père qui visiblement ne prend aucune responsabilité en ce qui concerne les enfants ? Est-ce la faute d'un milieu ultra-culpabilisant, notamment des grands/beaux-parents qui imposent à la mère les attentes d'une autre génération ?  Est-ce la faute d'une société où deux mondes se font face, emménagent littéralement ensemble, jusqu'au moment où les inégalités explosent ? 

Plus l'histoire progressent, plus bourreau et victime se mélangent. On a juste deux femmes qui finissent par devenir chacune le reflet de tout ce qui manque chez l'autre : l'une a la richesse, la famille, l'équilibre ; l'autre a l'organisation, le temps, le don de s'épanouir dans le soin aux enfants. Leur collaboration avait l'air parfaite, mais les fissures sont trop profondes, l'injustice de leurs situations respectives trop importante. La folie joue son rôle aussi, celle qui pousse à passer à l'acte démesuré, sans prévenir... ou presque. Il y a donc deux questions que je me suis posée en cours de route : la responsabilité de cet acte horrible vient-elle d'un seul côté ? Et aurait-il été possible de prévoir et de prévenir ? Je n'ai de réponse à aucune des deux questions, et pour cette raison j'ai terminé ma lecture avec la chair de poule.

En résumé, c'est un roman prenant, bien écrit, qui fait réfléchir et met très mal à l'aise. Je le déconseillerais peut-être aux mères de famille sensibles, car il raconte avec un réalisme désarmant ce qui est probablement leur pire cauchemar. Mais je pense qu'il touchera particulièrement tous ceux qui aiment les drames et les situations moralement compliquées narrées avec brio.


Pour en savoir plus :

22/11/63, de Stephen King


Ce soir, c'était Book Club sur Livraddict, alors pour l'occasion j'ai entamé un pavé qui me faisait de l'oeil depuis un certain temps...


Résumé :

Jake Epping, jeune professeur d'anglais, ne s'émeut pas facilement. Pourtant, lorsqu'un de ses élèves adultes lui écrit un texte sur le jour de son enfance où son père a assassiné toute sa famille, il en est tellement touché qu'il acceptera de mettre danger sa vie en retournant dans le passé pour empêcher ces meurtres et aussi, pourquoi pas, éviter l'assassinat du président américain le plus charismatique. Mais le passé ne se laisse pas changer si facilement...


Mon avis :

J'avais repéré ce livre depuis sa sortie en 2011 : du Stephen King, du voyage temporel et de l'Histoire, c'est une combinaison qui était faite pour m'attirer. Pourtant à l'époque j'avais déjà trop à lire et ce livre est resté au fond de ma wishlist mentale jusqu'en août dernier, quand il a été élu pour le Book Club de Livraddict. Je n'avais pas du tout participé à l'élection, mais comme il m'intéressait et qu'il était disponible en audiolivre avec un excellent narrateur (je préfère toujours écouter les pavés plutôt que les lire), je n'ai pas hésité longtemps et je l'ai enfin découvert.
Je me plains souvent des spoilers dans les résumés, mais cette fois-ci, on est encore un cran au-dessus : le spoiler est carrément dans le titre. Quiconque s'intéresse un peu à l'histoire américaine aura reconnu cette date du 11 novembre 1963, peut-être la date la plus célèbre avant le 11 septembre 2001. Pourtant, cette partie de l'intrigue n'arrive pas tout de suite : on fait d'abord la connaissance de Jake, puis celle de son ami Al, qui raconte à Jake, avec beaucoup de suspense, ce qui l'a fait vieillir de plusieurs années en une nuit, puis ce qu'il souhaite que Jake fasse à sa place... sauf que nous on a déjà tout deviné rien qu'avec le titre. Sur un pavé comme celui-là, ça ne fait pas beaucoup de pages perdues, mais c'est quand même assez énervant de voir Jake ne rien comprendre pendant plusieurs minutes alors que ça nous paraît tellement évident.

Heureusement, après ça, le suspense remonte en flèche, et plus ça avance, plus j'ai été bluffée. Au fur et à mesure de l'histoire, Jake s'enfonce dans une intrigue qui ne peut pas avoir de fin correcte. Comme il joue avec l'Histoire, l'auteur se devait de satisfaire à la fois l'intrigue de Jake, qui ne peut pas complètement échouer, et la réalité du lecteur, qui vit dans un monde qui est la conséquence des actions de Jake.  Il ne pouvait pas terminer le roman en disant que Jake avait tout changé pour que le lecteur ferme son livre et se rende compte que rien n'a changé. J'avais ce dilemme en tête en permanence en poursuivant ma lecture et j'avoue que l'auteur s'en est très bien sorti : le suspense a duré jusqu'au bout, la tension n'a fait que monter, et la résolution m'a tout à faite satisfaite alors que je ne l'aurais jamais imaginée.  

Dans ce roman, Stephen King conforte sa capacité à raconter les sentiments et les personnes. Il s'agit bien d'un récit d'aventures avec une pointe de fantastique, mais ce qu'il se passe ici c'est aussi une histoire humaine, où les individualités sont importantes : celle du héros, celle du futur meurtrier et de son entourage, et puis celle de tous les gens qui vont croiser le chemin de Jake. J'ai trouvé cet aspect très réussi, aucun personnage n'est surfait. De plus, l'auteur s'est visiblement largement documenté pour parler des personnages et événements historiques qu'il met en scène, et pour les fans d'Histoire comme moi, c'est une mine d'informations qui donne envie d'en savoir encore plus. Dans la postface (en tous cas de la version audio), il recommande des lectures complémentaires sur le sujet.

Ce roman, c'est aussi une histoire très américaine, un aspect qui échappe sûrement en grande partie aux lecteurs étrangers que nous sommes. Jake se retrouve à une époque que beaucoup considèrent comme l'âge d'or des Etats-Unis, et je suis sûre que le roman est truffé de ces petites références à "ce qui était tellement mieux avant". Mais l'auteur ne se contente pas de ça, il parle aussi de ce qui est pire : il visite une ville absolument pas accueillante (une référence à d'autres romans du même auteur que je n'ai pas lus), il assiste au racisme ambiant (mais de façon très courte, ça sent limite le "lip-service"), il a affaire aux bigots de l'époque et se confronte au sexisme institutionnalisé. Finalement, à sa façon, il combat le "nostalgisme" qui a depuis lors donné de la force au slogan "Make America great again".

Bref, voici un roman qui est plus intéressant qu'un simple thriller, avec des aspects fantastiques et historiques super bien menés, une intrigue époustouflante jusqu'à la fin, une galerie de personnages réussis et une pointe de nostalgie. C'est une grosse lecture mais je ne l'ai pas du tout trouvée longue. Je recommande chaudement ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre 
- l'avis de Mortuum, qui a beaucoup aimé et vous parle un peu du rythme du roman, et celui de BlackWolf, qui l'aurait préféré avec 200 pages de moins.




Everything, Everything, de Nicola Yoon


Ça fait des mois que je devais vous parler de ce roman, l'une de mes rares incursions en littérature jeunesse et en romance. Suis-je trop vieille pour ces choses-là ?


Résumé :

Ma maladie est aussi rare que célèbre, mais vous la connaissez sans doute sous le nom de « maladie de l’enfant-bulle ». En gros, je suis allergique au monde. Je viens d’avoir dix-huit ans, et je n’ai jamais mis un pied dehors. Un jour, un camion de déménagement arrive. Je regarde par la fenêtre et je le vois. Le fils des nouveaux voisins est grand, mince et habillé tout en noir. Il remarque que je l’observe, et nos yeux se croisent pour la première fois. Dans la vie, on ne peut pas tout prévoir, mais on peut prévoir certaines choses. Par exemple, je vais certainement tomber amoureuse de lui. Et ce sera certainement un désastre.


Mon avis :

Parfois, je prends des risques en lecture. Il y a des styles dont je sais qu'ils ne sont pas pour moi généralement, mais je me refuse à condamner à jamais tout un genre littéraire, alors j'essaie de leur redonner leur chance de temps en temps. Le résultat c'est parfois de belles surprises, comme avec "Avant toi" de Jojo Moyes. Mais de façon générale le romantisme est un de ces genres qui ne sont pas pour moi.

Je lui ai quand même à nouveau donné sa chance à l'occasion du Book Club de mai. C'est le roman Everything, Everything qui a été sélectionné et les uns après les autres, les participants qui avaient terminé leur lecture en avance revenaient chanter ses louanges. Comme j'aime bien lire la plupart des livres choisis pour le book club si je le peux, comme il existait en audiolivre en VO et comme justement il me restait pas mal de crédits à utiliser sur Audible, j'ai profité des conditions si justement réunies et je me le suis procurée.

Je dois avouer qu'au début, j'ai été vraiment très déçue. La principale raison c'est que je me suis rendue compte qu'il s'agissait avant tout d'un roman jeunesse. Sa fiche Bibliomania ne l'indiquait pas, et j'ai très naïvement mal interprété le résumé. Je pensais que l'histoire serait plutôt dramatique, étant donné que la maladie très particulière de l'héroïne me semblait une opportunité pour explorer les aspects psychologiques liés au fait de vivre une existence coupée du monde. J'imaginais déjà la souffrance de ne pas pouvoir vivre l'amour, la réflexion sur la valeur d'une vie que l'on ne peut pas vraiment vivre, tout ça... Oui, je me suis vraiment emballée et maintenant que je relis le résumé je me sens assez bête  :D

Enfin bref, je me suis vite rendue compte que j'étais bien à côté de la plaque. Ce qu'on a ici c'est une histoire d'amour relativement légère, vue par une jeune femme qui connaît ses premiers émois, et visiblement écrite pour un public qui peut s'identifier à elle... ce qui malheureusement n'est pas mon cas. Madeline, l'héroïne, est douce et gentille, volontaire et pliante à la fois, et il faut bien le dire, franchement attachante. Mais en ce qui me concerne les longs monologues sur le bonheur de toucher pour la première fois la main de l'autre, ça me donne vite envie de soupirer, et pas de plaisir mais d'ennui malheureusement.

Une autre chose qui m'a vite ennuyée, c'est le style de narration. Les chapitres sont très, très courts, parsemés de paragraphes différents, comme le dictionnaire inventé par Madeline, des échanges d'emails ou de discussions en ligne. C'est très moderne et vivant, mais le résultat c'est une narration hachée qui donne l'impression que le livre a été écrit pour des lecteurs dont il est difficile de retenir l'attention. Le style est aussi relativement pauvre, surtout au début, mais quand Madeline aura l'occasion de s'ouvrir un peu au monde, elle nous offre aussi quelques descriptions assez poétiques.

En fait, ce qui m'a surtout énormément ennuyée voire même énervée pendant une bonne partie du livre, c'est... eh bien non, je ne peux pas vous le dire, parce que c'est fait exprès. Disons qu'il y a de gros soucis de logique dans cette histoire, dès le début, qui au final vont s'expliquer, mais qui m'ont souvent donné envie de fermer le livre à cause d'une intrigue qui n'avait ni queue ni tête à mes yeux. Ça c'est quelque chose que mon pauvre esprit cartésien a du mal à supporter, je dois bien l'avouer, et qui m'a empêchée d'apprécier d'autres aspects de ce roman.

Cependant, grâce au Book Club j'ai quand même terminé ce roman, et je ne l'ai pas regretté : une fois qu'on a compris "le truc", il reste un côté rafraîchissant, une gentille histoire d'amour. Ça m'a un peu rappelé "E=MC2" de Patrick Cauvin, que j'ai adoré étant plus jeune et relu dernièrement, sauf que j'avais trouvé le roman de Cauvin beaucoup plus comique par moments. Je pense que je suis trop "vieille" dans ma tête pour apprécier ce genre de roman, mais je comprends l'engouement qu'il a suscité auprès de ceux et celles qui n'ont pas ce handicap...


Pour en savoir plus :

American Psycho, de Bret Easton Ellis


Ce roman a fait l'objet du Book Club d'avril sur Livraddict, qui a donné lieu à de longues discussions. Et c'est vrai qu'il y a beaucoup à en dire ! 


Résumé :

Patrick Bateman est l'exemple du golden boy américain des années 80 : riche par héritage, diplômé des meilleures universités, trader à Wall Street, abonné à un club de sport sélect, jongleur de femmes, amateur de drogues, spécialiste de la mode chic... et aussi sujet à des crises d'angoisses et des accès de violence sadique. 


Mon avis : 

Quand ce roman a été sélectionné pour le Book Club d'avril, j'étais ravie : c'est un roman très connu de la littérature américaine que j'avais l'intention de découvrir un jour, mais j'avais besoin d'un coup de pouce pour me plonger dans ce que je savais être un roman très violent (et je suis très sensible, alors je fais attention). J'ai donc pris la peine, pour une fois, de le commencer en avance, histoire de pouvoir faire des pauses en cours de lecture qui me laissent le temps de digérer toute cette hémoglobine que j'imaginais déjà avant d'ouvrir le livre...

J'ai bien fait, mais pas à cause du sang : à cause de l'ennui. Je ne m'attendais pas à ça, mais au bout de quelques dizaines de pages, je me demandais "qu'est-ce que c'est que ce truc ?", au bout d'un tiers du livre je me disais "mais y'en a marre ! faites qu'il se passe quelque chose !" et au bout de la moitié j'étais prête à abandonner. Le problème c'est que j'attendais un tueur en série qui me donnerait envie de vomir ; à la place j'ai eu droit à l'homme le plus arrogant, le plus superficiel, le plus égocentrique, le plus insensible mais aussi le plus vide de sens que j'aie jamais rencontré (et heureusement).  Ce qui serait supportable et même intéressant, si on ne se retrouvait pas de force dans sa tête qui n'est qu'un tourbillon de répétitions. Patrick Bateman retrouve ses amis dans un restaurant hors de prix, il décrit ce qu'il mange, ce que les autres convives portent et la déco (y-compris en citant toutes les marques), il répond à des questions sur les convenances vestimentaires, détaille les "hardbodies" (femmes avec un beau corps) qui passent, sort en boîte, cherche de la drogue, traite sa fiancée comme de la merde, taquine cruellement les SDFs qu'il croise, couche avec l'une ou l'autre femme, va au bureau, ne fait rien, va au sport, va se faire un masque facial, regarde son programme préféré à la télé, va rendre des cassettes vidéos, organise un nouveau souper dans un nouveau restaurant avec les mêmes amis, et recommence. Pas toujours dans le même ordre, pas toujours avec les mêmes convives, mais toujours, toujours la même chose. C'est long, long, long !!! 

Au bout d'un tiers du livre, à peu près, on entre dans le sordide qui va en s'accentuant... et bizarrement, c'est un soulagement. Certains passages sont de plus en plus décousus car Bateman a de gros épisodes psychotiques. Il y a aussi des passages étranges où il donne pendant plusieurs pages (et sur un ton très clair, très journalistique qui contraste avec le reste) son analyse musicale sur un chanteur ou un groupe. Mais le reste, sa vie de tous les jours, est toujours là, dans ses moindres détails, des pages et des pages du vide qu'est son existence... Vers le milieu du livre, j'ai sérieusement songé à abandonner. Il y avait quelque chose de très intéressant à montrer la fatuité d'une existence qui pourtant a absolument tout pour le bonheur : Patrick Bateman est riche, sans souci, il a une occupation, beaucoup d'amis, il est beau et il est même aimé. Mais il est tellement vide qu'il en donne le vertige, et quelque part il le sait, il est d'ailleurs toujours au bord du gouffre, c'est peut-être pour ça qu'il tue. Il m'a fait penser à Di Caprio dans Le Loup de Wall Street, la passion en moins. Mais du coup, oui, c'est du déjà vu... Et j'avais surtout envie de hurler "c'est bon, j'ai compris le message, on passe à autre chose ?".

Quelque part vers le troisième tiers du roman, pourtant, quelque chose s'est passé. Je crois que c'est le moment où j'ai compris que j'étais hypnotisée par toutes ces répétitions, tous ces détails. A force, l'auteur, qui mine de rien maitrise sa plume d'une façon incroyable, nous oblige à entrer dans la tête du monstre, à être presque aussi blasés que lui par ces rares moments de passion où il se permet une violence inouïe. Ce n'est pas un roman d'horreur, tout est raconté avec beaucoup de détachement. Et nous aussi on se détache. J'étais de plus en plus partagée entre l'attente impatiente de la violence et l'espoir qu'il se ferait prendre, enfin. C'est effrayant de se sentir manipulée à ce point !

Un autre aspect qui m'a encouragée à finir le livre, c'est le doute constant sur ce qui fait partie de la réalité et ce qui n'est que du fantasme dans la tête de Patrick Bateman. Au fur et à mesure, les doutes s'accumulent, les meurtres deviennent invraisemblables, certains amis affirment avoir vu un homme qu'il a assassiné, des corps disparaissent. Quand il avoue ses meurtres à son entourage, personne ne semble l'entendre. Il laisse des tonnes d'indices derrière lui, ne se soucie de rien, et pourtant n'est jamais inquiété. Au fur et à mesure, on se met à douter de tout ce qu'il dit : est-ce qu'il a vraiment commis tous ces meurtres et ces autres actes cruels et invraisemblables ?  Est-ce qu'il tue pour avoir un exutoire à ses psychoses, ou est-ce qu'il imagine ces meurtre pour avoir un échappatoire mental ?  Bien sûr on n'a pas de réponse ferme, mais les indices s'accumulent, dans un sens et dans l'autre, les interprétations aussi, et j'ai aimé me faire ma petite idée, comme dans une sorte de polar étrange.  Même le titre sème le doute : "psycho" pour "psychopathe" ou "psychotique" ?

En bref, c'est un roman absolument fascinant, mais aussi une de mes lectures les plus pénibles. Si j'ai persévéré, c'est parce que justement il y a beaucoup de questions en suspens, beaucoup d'éléments à interpréter, je ne vous en ai donné qu'un petit aperçu dans cette chronique. C'est le genre de livre qu'on est content d'avoir terminé mais qui reste longtemps en tête. C'est aussi le genre de livre à propos duquel il faut absolument se faire sa propre opinion, tout en étant prêt à faire un effort pour lui laisser sa chance. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter ce livre sur Amazon
- la discussion du Book Club

Shining, de Stephen King


Sur ma liste de livres lus depuis un certain temps et pas encore chroniqués, il y ce fameux roman de Stephen King que je n'avais jamais lu (et je n'avais pas vu sa célèbre adaptation cinématographique non plus). Je l'ai découvert à l'occasion du Book Club de Livraddict au mois d'octobre, il est donc temps que je vous en parle... D'autant plus qu'il m'a fait passer un bon moment.


Résumé :

Danny Torrance est un petit garçon un peu spécial : il a des pouvoirs psychiques que lui-même ne s'explique pas. Il n'a que six ans, mais il sait que la vie n'est pas facile pour sa famille : son père, alcoolique en rémission, a perdu son travail et accepte le poste de gardien pour l'hiver dans un hôtel luxueux au milieu des montagnes. Danny, son père Jack et sa mère Wendy s'installent donc à l'Overlook et s'apprêtent à être complètement coupé du monde. Mais l'hôtel a une histoire tumultueuse avec de nombreux morts et est particulièrement dangereux pour un petit garçon aux pouvoirs aussi développé que Danny...


Mon avis :

Pour une grande lectrice comme moi, c'est presque surprenant de ne pas avoir lu plus de romans de Stephen King.  Je me souviens avoir dévoré "Le fléau" pendant mon adolescence, emprunté à la bibliothèque de l'école à qui il manquait un tome ; je n'ai donc jamais eu le mot de la fin, ce qui m'a laissé surtout une impression de frustration. Bien plus récemment, j'ai aussi écouté en audiolivre "Joyland" qui m'avait beaucoup plu, mais qui n'est pas un roman d'horreur. J'étais donc un tout petit peu appréhensive en entamant le fameux Shining qui a une réputation de causeur de nuits blanches, d'autant plus que je sais que mon imagination débordante est toujours là pour me jouer des tours.

Je n'avais pas tort : il a fallu plusieurs fois que j'arrête ma lecture nocturne car je craignais de faire des cauchemars. Mais comme l'ont souligné les auteurs lecteurs du Book Club, le rythme de narration est en fait assez lent ; les passages effrayants arrivent assez tard dans l'intrigue et sont entrecoupés de passages descriptifs, de flash-backs et d'aventures bien moins effrayantes. Ca me convient parfaitement, personnellement, je n'aurais pas apprécié une tension constante qui aurait fini par devenir fatigante. Mais c'est un peu surprenant pour quelqu'un qui s'attendait à un vrai roman d'horreur : j'imaginais plus d'action, plus de stress, et à la place j'ai surtout découvert un roman d'atmosphère centré sur les personnages. On découvre petit à petit leur histoire, leurs faiblesses, et c'est là-dessus que tout va se jouer. Peut-être qu'à ce niveau-là, le roman est victime de son succès : le lecteur d'aujourd'hui s'attend à trembler dès les premières pages alors que l'histoire est construite sur la longueur.

Le héros du roman c'est Danny Torrance, le petit garçon aux pouvoirs très particuliers. C'est un enfant intelligent et attachant, et la narration de ce qui lui passe par la tête est bien imaginée. Il a notamment tendance à s'imaginer des choses quand il ne comprend pas vraiment ce qu'il se passe, et ses pouvoirs particuliers, que  l'auteur nous fait découvrir très graduellement, rendent son monde encore plus confus. Son père Jack a aussi un rôle crucial dans l'intrigue mais il m'a semblé que là où Jack était une marionnette, seul Danny avait un véritable rôle actif.  Ce n'est pas étonnant que Stephen King ait décidé de lui consacrer un autre livre récemment.

En résumé, j'ai passé un bon moment de lecture, j'ai frissonné par moments, j'ai beaucoup apprécié l'intrigue qui donne un sens moderne au paranormal mais je n'ai pas fait de cauchemars, et j'ai été surprise de découvrir un roman qui s'apparente plus au thriller psychologique qu'à l'histoire d'horreur. J'ai tellement aimé que j'ai immédiatemment acquis et écouté l'audiolivre de "Docteur Sleep", la suite des aventures de Danny Torrance.  Je vous en parle bientôt !


Pour en savoir plus :