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Un monde idéal où c'est la fin, de J. Heska


Pour la rentrée (tardive) de ce blog, on se lance avec un recueil de micro-nouvelles très particulier...


Résumé :

Que se passerait-il si la magie remplaçait la physique ? Si la spéculation économique était interdite ? Si les femmes prenaient le pouvoir ? A quoi le monde ressemblerait-il si les règles de survie respectaient celles des films hollywoodiens ? Si les morts harcelaient les vivants ? Si l'écologie devenait vraiment la priorité ? Dans une longue série de très courtes nouvelles, J. Heska nous décrit des mondes où une "petite" chose à changé et fait toute la différence.


Mon avis :

J. Heska, voilà un auteur que je connais bien ; j'ai déjà chroniqué "Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir" et "On ne peut pas lutter contre le système". Mais je l'avais déjà croisé encore plus tôt, lorsque je suivais assidûment son blog où il publiait avant tout de micro-nouvelles... intitulées "Un monde idéal où...". Ces toutes petites histoires construites sur le même modèle m'avaient déjà séduites tout autant que les romans qui ont suivi. Alors bien entendu, j'avais la ferme de lire le roman qu'il a pu en tirer.

Ce livre est donc un recueil de petites intrigues très courtes, très nombreuses et très différentes les unes des autres, mais c'est loin d'être un ensemble hétéroclite. D'abord, toutes les histoires (sauf quelques-unes encore plus courtes, rassemblées en mini-recueils) sont construites sur le même modèle : un titre commençant par "Un monde où...", qui nous présente dès le départ la spécificité du monde en question, soit clairement, soit sous forme d'énigme, soit carrément sur un ton ironique qui reflète exactement le contraire du contenu de l'histoire. Comme on ne sait pas de laquelle de ces hypothèses il s'agit, le titre fournit une information qui paradoxalement ajoute au mystère et nous oblige à continuer la lecture pour en savoir plus. Commencer l'intrigue avec un cliffhanger dès le titre, c'est carrément génial. 

Ensuite, il y a une, deux, maximum trois pages qui tout en une fois présentent un univers, ses personnages, et déroule un petit bout d'aventure. S'il est possible de faire aussi compact, c'est parce que le monde en question reflète le monde réel sauf sur un seul point, toujours crucial, mais dont on saisit vite les implications. Ces "micro-nouvelles", comme l'auteur lui-même les appelle, peuvent donc se dévorer en deux ou trois minutes, entre deux arrêts de métro, le temps d'une mini-pause, etc. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ces toutes petites histoires ne sont pas frustrantes par leur manque de développement ; au contraire, j'ai beaucoup apprécié de pouvoir laisser à ma propre imagination le soin d'extrapoler à partir du monde créé. Elles se terminent très souvent sur une phrase-choc qui permet soit d'éclairer un contexte déguisé, soit d'offrir une sorte de morale finale souvent tout à fait loufoque, comme les exemples suivants :

Il n'y a décidément rien de plus beau que l'explosion de bombes nucléaires.

...quoi qu'on puisse en dire, les femmes étaient aussi connes que les hommes.

Enfin, assez bizarrement, toutes ces histoires s'assemblent en une collection liée par le cynisme constant : les premières fois, on se demande si l'auteur tente de nous faire passer un message, surtout quand il s'attarde sur certains thèmes un peu "chauds" (écologie, égalité des sexes, mariage homosexuel, etc); mais à force d'exagérations et de phrases visiblement exagérées, on apprend à ne plus rien prendre au sérieux. Visiblement il ne s'agit pas ici de nous faire réfléchir, mais plutôt d'imaginer les conséquences absurdes de situations actuelles tirées jusqu'au bout de leur logique.

Un autre trait d'union entre ces petites histoires c'est la récurrence de certains univers qui se développent au gré de l'une ou l'autre micro-nouvelles éparpillées dans le recueil.

Niveau style, l'accent est surtout mis sur l'efficacité de la narration, mais on retrouve de très nombreuses références, notamment cinématographiques, qui feront sûrement plaisir à l'amateur éclairé.

J'ai bien conscience que cette chronique est très mystérieuse à force de ne pas assez en dire, mais je ne voudrais surtout pas vous gâcher la surprise, car ce roman est surtout impressionnant d'originalité.  Quelques extraits cependant pour vous mettre l'eau à la bouche :

Lorsque le Parlement vota la loi accordant les mêmes droits au couples gays et lesbiens qu'aux couples hétérosexuels, il ignorait qu'il venait de semer les germes de la destruction sociale. 
Lorsque les extra-terrestres nous ont envahis, les forces armées internationales se sont aussitôt mobilisées. "Sous quel mandat intervenez-vous ?" lancèrent les administrations. Des débats passionnés s'engagèrent sur le pilotage de la contre-attaque : ONU, OTAN, ensemble des Etats sous gouvernance ?
Et pendant e temps, la planète fut ravagée.
Après le réchauffement climatique, l'irradiation, les mutations génétiques, la pandémie mondiale, l'astéroïde et l'invasion extra-terrestre, nous croyions en avoir définitivement terminé. Puis, quand les premiers zombies sont apparus et ont commencé à nous attaquer, nous nous sommes dit, quand même, qu'on n'avait pas de bol.
En résumé : à lire absolument, ne serait-ce que pour pouvoir tous se demander en coeur où cet auteur trouve-t-il toutes ses idées ?


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis d'Helran, qui contrairement à moi a été dérangée par la taille des nouvelles, celui de Tessa, qui a été choquée par le sujet de l'une des nouvelles, et celui d'Aveline, qui a adoré et a repéré quelques-unes des références à la littérature ou au cinéma.

On ne peut pas lutter contre le système, de J. Heska


Je venais de terminer le roman "Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir" de J. Heska que j'ai lu une chronique du deuxième roman du même auteur, "On ne peut pas lutter contre le système".  Je n'ai pas résisté : aussitôt vu, aussitôt acheté, aussitôt inscrit pour une lecture commune avec Aniouchka !  Alors, ce second opus ressemble-t-il au premier ?


Résumé :

C'est la révolution. L'empire industriel et financier HONOLA s'effondre. Ses dirigeants fuient désespérément la vindicte populaire. Parmi eux, Lawrence Newton est le seul décidé à affronter la foule en colère. Comment en est-il arrivé là, lui qui dans sa jeunesse se battait au côté des alter-mondialistes ? Quel est ce nouveau produit qui a fini par couler HONOLA ? Pourquoi la foule leur en veut-elle à ce point ?


Mon avis :

Je me méfie toujours un peu des romans qui se mêlent de sujets de société qu'il est difficile d'aborder sans prendre parti.  "On ne peut pas lutter contre le système" fait partie de cette catégorie : on y parle d'OGMs, d'alter-mondialisme, d'entreprises corrompues, ce genre de choses qui brûlent les pages. 


Mais ici, l'auteur évite de trop se mêler de politique en faisant un choix assez étonnant : il en met plein leur grade à toutes les parties en présence.  Il y a les gros gros gros méchants (quelques dirigeants d'entreprise absolument sans scrupules), quelques plus petits méchants (des politiques qui soutiennent les précédents), et puis des gentils à première vue (ceux qui luttent contre les précédents). Mais ceux-là non plus ne sont pas de vrais gentils : leurs manifestations et actions d'éclat tournent ridiculement mal et ils ont l'air au mieux de Don Quichotte qui se battent contre des moulins à vent, au pire d'imbéciles suicidaires à côté de leurs pompes.  Bref, voilà une histoire où toutes les catégories de personnages sont tellement caricaturaux qu'il devient inutile d'ajouter la mention "Toute ressemblance avec ...blablabla... purement fortuite" (sauf pour quelques noms de personnages publics - Joël Monpère, ça vous rappelle quelqu'un ?).  Du même coup, voilà qui classe ce roman dans la catégorie "divertissement actuel sans prise de tête".  Personnellement, ça me va très bien. 

Divertissement donc, catégorie thriller, très loin du premier roman de l'auteur, "Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir"; le seul lien entre les deux c'est une maîtrise de la langue française que j'apprécie de plus en plus au fil des pages. Cette fois-ci, on a droit à un mélange d'action aux quatre coins du globe, de montages politico-financiers, de magouilles et contre-magouilles et un petit bout d'histoire d'amour.  On se laisse emporter au fil des pages par une intrigue assez complexe mais où, bizarrement, je ne me suis pas perdue (malgré une lecture hachée par manque de temps).  Le rythme est là, le suspense aussi : jusqu'aux derniers dix pourcents du livre on ne connaîtra pas les vrais ennemis ni même la nature du produit qui est au centre de toute l'intrigue.  Puis tout s'explique, tout simplement. C'est beau, c'est bien mené. 

J'ai l'impression que J. Heska a trouvé sa voie : des romans construits autour d'une intrigue originale, sur un ton et un rythme bien maîtrisés, mais qui restent légers dans leur contenu. Le genre de choses qu'on a envie de lire pour un peu de délassement et qui arrivent à captiver jusqu'à la dernière page. Moi j'adhère, et vous ?


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter le livre sur Amazon : ebook (seulement 2,99 euros !) et papier
- le blog de l'auteur
- la chronique de ma co-lectrice Aniouchka, très enthousiaste !

Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir, de J. Heska


Vous faites partie des gentils qui se font toujours avoir ?  Vous en avez marre de tous ces méchants qui profitent de vous ?  Découvrez Jérôme, votre sauveur !


Résumé :

Jérôme est un véritable looser qui attire les moqueries et la condescendance. Tout le monde l'utilise, personne ne le respecte : ni ses collègues, ni sa petite amie. Il n'a pas d'amis, à part peut-être Etienne, le geek naïf de son entreprise. Jusqu'au jour où il commence à mettre ses pensées sur papier et se retrouve, presque par accident, avec un plan d'attaque qui permet aux gentils de ne plus se faire avoir par les méchants.  Et le voilà bientôt l'involontaire créateur d'une nouvelle philosophie qui va révolutionner le monde.


Mon avis :

L'auteur, J. Heska, je le connais depuis longtemps via ses petites chroniques "Un monde idéal". Il y raconte, en quelques phrases, des situations toutes plus étranges les unes que les autres dans des mondes où un élément essentiel a été modifié. Il y a des situations comiques, d'autres affreuses, beaucoup d'entre elles sont au fond une façon de dénoncer les problèmes de notre monde, toutes sont extrêmement originales.  Par conséquent, quand j'ai appris que J. Heska avait publié un (en fait, deux) livres, je m'attendais à quelque chose d'assez court, de très original et à une certaine critique sociale en filigrane.


Je ne me suis pas trompée, et tant mieux. Ce roman est court, prenant et original, dans le fond et dans la forme. En ce qui concerne la forme, on commence avec un petit "teaser" sympathique : des extraits de textes (articles, discours,...) de la philosophie développée par Jérôme et qui permettent de voir l'importance qu'elle prend au fil des années futures. La suite est une retranscription du journal de Jérôme, un homme ordinaire persécuté par son entourage. "Persécuté" est bien le mot qui convient, car le manque de civilité et de gentillesse de ses collègues ou de sa petite amie ressemble plus à de la cruauté qu'autre chose. C'en est presque exagéré et on se demande comment il en est arrivé là ; peut-être parce qu'il a tellement tendance à considérer que tout ce qu'on lui inflige est de sa faute ?

Une fois plongés dans son histoire, la suite vient très vite et je vous laisse la découvrir. Elle est à la fois logique (comment personne n'y a-t-il songé avant ?), magique (une bonne idée qui pour une fois devient extrêmement populaire, très vite), et un peu effrayante. Je suis un peu comme Jérôme qui est vite épouvanté par les conséquences de sa bonne idée telle qu'elle est reprise par ceux qui y croient. Ca aurait pu tellement mal tourner !  Je ne veux pas vous en dire plus, mais il y a un peu de conte de fée dans la façon dont cette histoire se déroule finalement.

C'est ce que j'ai le plus apprécié dans ce livre, avec son originalité : le côté conte de fée moderne où, enfin, les "gentils" trouvent une parade pour contrer les "méchants" et au final changer le monde. Vous et moi, lecteurs, nous sommes tous un peu comme Jérôme : nous n'en pouvons plus de ces gens qui ne pensent qu'à leur nombril et se comportent comme si tout leur était dû, ces gens qui salissent, volent, font trop de bruit, sont désagréables avec leur entourage, rabaissent les plus faibles et marchent sur la tête de tous ceux qui peuvent leur servir d'une façon ou d'une autre. Quel plaisir, quelle jubilation que de voir Jérôme et ses acolytes enfin rétablir l'égalité !  Rien que pour ça, les pages se dévorent avec l'avidité de la victime qui attend son sauveur.  J'ai donc dévoré ce livre (pas très long il est vrai) en une soirée.

Un petit point négatif peut-être ?  Chaque court chapitre est précédé d'une petite phrase "La vie c'est comme...". Elles sont parfois amusantes, quasiment toujours assez négatives, beaucoup sont originales, mais elles m'ont vite lassée. Question de goût je suppose. Mallou par exemple les a beaucoup appréciées.

En fait, ce que j'aimerais vraiment maintenant, c'est que l'auteur donne une suite à cette histoire en nous offrant le véritable manuel du mouvement cimondiste. On a eu droit à l'histoire de sa naissance et à quelques extraits de l'encyclopédie cimondiste (ne les ratez pas, ils sont en annexe du roman), mais ça n'a fait qu'exciter ma curiosité !  Je voudrais connaître plus en détail les grandes lignes de l'histoire du mouvement, la façon dont il a conquis le monde, l'évolution de ses préceptes, des exemples d'applications pratiques réussies ou ratées, tout ça. Je l'imagine sur le mode historico-romancé, présenté comme un livre de référence imaginaire, un peu comme le Guide de survie en territoire zombie de Max Brooks (que je n'ai pas lu, notez bien).  Voilà qui compléterait à merveille ce roman !

En résumé : s'il y a un "méchant" dans votre entourage, lisez ce roman, il vous fera du bien. Et sinon... lisez-le quand même parce que c'est probablement vous, le méchant. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- le site de l'auteur
- la page Facebook du livre
- acheter ce livre sur Amazon en version papier ou en version ebook
- le second roman de l'auteur (dans un autre genre) : "On ne peut pas lutter contre le système"