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Sandman, tome 2 : La maison de poupée, de Neil Gaiman et collectif


Je vous ai parlé l'année passée du premier tome de la bande-dessinée Sandman ; il m'a fallu plusieurs mois pour me lancer dans le second tome, mais je vous en parle enfin !


Résumé :

"Son nom lui-même est un mystère. Il se nomme Sandman, mais aussi Dream ou Morphée. Comme les autres membres de la famille des Éternels - Death, Destiny, Delirium, Desire, Despair et Destruction - il incarne un sentiment ou une réalité de l'âme humaine. Son royaume est celui des songes, un royaume à la fois sombre et enchanteur, dont le Maître est immortel, mais faillible et fragile. En suivant Sandman dans ses aventures, ses peines et ses tourments, le lecteur plongera dans un fascinant rêve éveillé.
Rose Walker trouve dans une étrange maison où elle a été invitée à se rendre, plus de choses qu'elle n'en attendait. Entre autres, des parents perdus de longue date, un congrès de tueurs en série et, finalement, sa véritable identité... Le Maître des Rêves, Sandman, cherche à comprendre ces mystères, sans se douter un instant - une éternité ? - qu'une main tire les ficelles dans l'ombre. Une main dont le propriétaire pourrait même être assez proche de lui..."
(quatrième de couverture) 


Mon avis :

J'ai beau avoir lu et apprécié le premier tome de cette série de comics culte, je suis toujours intimidée par Sandman.  J'avais emprunté ce tome-ci à la bibliothèque en décembre, et depuis lors je renouvelait mon emprunt tous les mois, jusqu'à ce que j'atteigne la limite du nombre de renouvellements autorisés et doive me dépêcher de le lire avant de le rendre. Et pourtant, tout ce temps, il traînait bien en évidence sur ma table de nuit; je voulais le lire mais je n'osais pas l'aborder, j'avais l'impression que je devais attendre le bon moment pour pouvoir l'apprécier et le comprendre comme il le mérite. Tout ça pour une bande-dessinée ! C'est un peu ridicule, non ?

Il est vrai que Sandman n'est pas une bande-dessinée parmi les plus accessibles. Il y a plusieurs histoires parallèles qui s'entremêlent d'un chapitre à l'autre, un vocabulaire particulièrement poétique ou mystique (je lis cette série en anglais, sa version originale), et un dessin parfois complexe avec des cases qui se mélangent et se chevauchent jusqu'à ce qu'on ne sache plus parfois dans quel sens les lire. Au début, j'ai eu beaucoup de mal à saisir le sens d'une intrigue très éparpillée, et j'ai passé beaucoup de temps à revenir en arrière, encore et encore, pour essayer de trouver ce qui m'échappait. C'est rare que je me sente perdue face à une lecture, et c'est un peu frustrant. Et puis j'ai trouvé le bon angle d'attaque : se laisser porter, ne pas s'inquiéter de ce que je pouvais avoir raté ou de ne pas suivre l'intrigue telle que l'auteur (ou les auteurs) l'auraient voulu, et attendre que les explications viennent d'elles-même. A partir de là, les pages se sont tournées toutes seules et les pièces du puzzle se sont mises en place.

L'histoire se poursuit donc depuis le premier tome (qui est résumé au début de celui-ci pour ceux qui ne se souviennent plus trop). Morpheus, ou Sandman, ou le Maître des Rêves, a enfin réussi à s'échapper après avoir été emprisonné par Roderick Burgess, qui cherchait à capturer la Mort. Sandman a pu retrouver sa force et récupérer les outils de son art, mais certaines de ses créatures ont disparu, parmi lesquelles quatre parmi les plus importantes. Et puis il a un problème : un "vortex" est apparu, on apprendra plus tard ce que c'est, mais c'est dangereux et ça a pris la forme d'une jeune femme, Rose, qui vient de se découvrir une grand-mère fortunée et qui doit retrouver son petit frère perdu de vue depuis longtemps. On fait aussi la connaissance d'un frère-soeur de Sandman, Desire, qui n'a pas l'air commode, et d'un nouvel ami que Sandman s'est fait au fil des siècles. Bref, comme je vous disais, c'est un peu complexe, mais promis, on finit par s'y retrouver.

Les dessins sont du même type que dans le tome précédent et relativement homogènes malgré la participation de plusieurs artistes que l'on peut probablement distinguer si on y prête attention. C'est souvent sombre, travaillé, avec certains aspects que j'ai apprécié (comme un chapitre où il faut tourner la page en paysage pour lire les parties qui se situent dans le royaume de Sandman) et d'autres moins (comme certains visages un peu niais). Mais ce qui marque, au-delà du dessin, c'est le ton de l'ensemble. Neil Gaiman a toujours un univers très particulier, et ici on retrouve un énorme mélange indescriptible d'horreur, d'humoristique, de fantastique, de poétique, d'historique, de moderne, d'introspectif... Tout est mélangé et tout est cohérent. Son texte, couplé avec le talent des dessinateurs, propose un ensemble vraiment étrange où souvent je ne savais pas si j'étais dégoûtée ou si j'avais envie de rire, si j'étais dans un conte ou dans un récit réaliste. C'est perturbant, c'est impressionnant, et ça vaut la peine de le découvrir. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la fiche Goodreads du livre


The Sandman, tome 1 : Préludes et Nocturnes, de Neil Gaiman et autres


Je ne vous parle pas souvent de BD sur ces pages, mais de temps en temps j'essaie de remédier à mon manque de connaissances dans ce domaine et je m'attaque à un pilier du genre. Aujourd'hui, je vous parle du début de la série Sandman, scénarisée par Neil Gaiman ! 


Résumé :

1916. Roderick Burgess, grand mage d'une secte dédiée aux pouvoirs occultes, entame une cérémonie pour capturer La Mort. A la place, c'est Morpheus, le Seigneur des Rêves ou le marchand de sable, qui est fait prisonnier. Pendant 70 ans, Morpheus attend son heure, prêt à briser ses chaînes à la moindre occasion et prendre sa revanche. Ce qu'il ignore, c'est qu'en son absence son Royaume s'effondre et ses outils magiques sont éparpillés, avec de graves conséquences pour l'humanité...


Mon avis :

Le livre que j'ai lu, le premier tome de l'intégrale en VO, contient les huit premiers épisodes épisodes de la série Sandman :
1. Sleep of the Just
2. Imperfect Hosts
3. Dream a Little Dream of Me
4. A Hope in Hell
5. Passengers
6. 24 Hours
7. Sound and Fury
8. The Sounds of Her Wings

Ceux qui suivent ce blog savent que je lis peu de bande dessinée, comics ou manga, et que je ne suis pas très à l'aise quand je les commente. Je manque de points de repère pour évaluer leur originalité ou leur qualité par rapport aux autres œuvres du genre, alors le seul commentaire pertinent que je puisse faire c'est mon point de vue de novice. En particulier, je n'ai que très peu d'expérience avec les comics américains, un genre de bande-dessinée à part entière, alors soyez prêts à déceler beaucoup de naïveté dans cette chronique ! *fin du disclaimer*

J'ai choisi de lire cette BD par curiosité : je venais de relire American Gods de Neil Gaiman, et la série The Sandman est l'une de ses œuvres les plus acclamées. A quoi ressemble ce romancier dans un genre si différent, me demandai-je ?  Je dois avouer que j'en attendais beaucoup, étant donné la versatilité du grand Gaiman, aussi à l'aise dans le roman pour adulte, pour enfant, ou dans la nouvelle que le scénario de série télé...

The Sandman est une série de comics, bande-dessinées courtes à l'américaine, qui racontent l'histoire d'un personnage mythique : le marchand de sable, comme on le connaît en français. C'est lui qui règne sur notre sommeil, nous permet des rêves ou nous impose des cauchemars. Dans l'univers de cette bande-dessinée, The Sandman est un homme mince au visage coupant et aux cheveux noirs en bataille, avec à la place des pupilles une petite lueur bleue qui lui donne un aspect carrément maléfique. J'ai trouvé qu'il ressemblait physiquement à Neil Gaiman à l'époque où il a commencé cette série, un hasard ?  En tous cas il faut pas mal d'épisodes pour cerner la personnalité de notre héros : est-il un dieu puissant, ou une victime facilement emprisonnée ? Est-il dangereux ? Veut-il du bien ou du mal à l'humanité ? Il n'y a pas nécessairement de réponse claire à ces questions-là, mais une part du voile est levé à la fin de l'épisode.

L'intrigue autant que le dessin sont très noirs. La narration est très immersive et fait référence à des légendes et récits de toutes origines : la Bible, le folklore, d'autres personnages de comics comme John Constantine et la League of Justice,... J'ai sûrement raté énormément de références, mais ce n'est pas bien grave. Les histoires qui composent cette intégrale n'ont pas toutes le même genre littéraire : elles vont du mystique à l'horreur en passant par la poésie sombre. En tous les cas j'ai vraiment eu l'impression d'y retrouver l'empreinte de Neil Gaiman, en particulier ses recueils de nouvelles qui eux aussi rassemblent des histoires de tous genres avec une tonalité générale souvent assez sombre.

Niveau dessin, là aussi on est dans le sombre, presque le noir et blanc par moments. Le style est brutal, presque violent, tout comme les histoires qu'il illustre. On aime ou on n'aime pas : j'ai trouvé que le dessin était intéressant et très adapté à l'intrigue, mais quand ma maman l'a vu en me rendant visite, elle n'a vraiment pas aimé. J'ai cependant eu un peu de mal à m'y retrouver au début : il est parfois difficile de savoir dans quel sens lire les cases à cause des différentes organisations de la page, et parfois d'une page à l'autre on change de point de vue, de personnage ou de narrateur. J'ai trouvé ça un peu maladroit, mais c'est peut-être mon manque d'expérience qui parle.

Voilà, en résumé : c'est une lecture intéressante et agréable, même pour une novice comme moi et malgré le fait que l'intrigue et le style sont assez violents, ce que je fuis généralement. Mais ce premier tome m'a vraiment donné envie de continuer l'aventure, je vous tiendrai au courant. 


Pour en savoir plus :
- l'avis de Psychée Délik, qui vous montre aussi quelques planches

Magasin Général, tome 2 : Serge, de Loisel et Tripp


Un des grands plaisir de la vie, à mon avis : faire la grasse matinée un dimanche enneigé et paresser au lit, un chat à ses côtés, une tasse de cappuccino à portée de main, et une excellente bande dessinée sous les yeux...


Résumé : 

Le petit village canadien de Marie est enseveli sous la neige quand elle recueille un inconnu tombé en panne de moto sur la route. Serge est poli et amical mais très différent des gens du village : il a beaucoup voyagé en Europe et est bien décidé de profiter de la vie...


Mon avis :

Je suis tombée sous le charme de cette série de BDs dès le premier tome, mais là, je suis entièrement conquise. Tout est là pour faire passer un bon moment. L'histoire est mignonne, avec la palette de personnages que l'on croise dans le petit village, la plongée dans la vie canadienne de l'époque (vers les années 30 ?), et toutes ces petites aventures humaines qui donnent l'impression de faire partie de cette gentille bulle. Le dessin est superbe aussi, je l'apprécie de plus en plus : maintenant que j'ai appris à reconnaître les différentes villageois au premier coup d'oeil, je peux apprécier les couleurs douces, les atmosphères chaleureuses si bien rendues, la neige qui embellit les décors au lieu de les simplifier, et tous les petits détails récurrents comme le chat noir qui se promène à travers les pages.

Mais ce que j'ai adoré dans ce tome-ci c'est le nouveau personnage qui lui donne son nom, Serge. A part le fait que je déteste sa moustache (et encore, ça lui donne un petit air désuet), Serge avait tout pour me plaire. Au début, j'étais comme les autres villageois, je me méfiais de cet étranger qui, dès les premières cases, affirme qu'il restera dans ce village où il est arrivé par hasard.  Mais au fur et à mesure des pages, on apprend à la connaître, et il devient tout à fait irrésistible. Il représente tout ce dont le village, et Marie en particulier, avaient besoin : un peu de renouveau, un peu de jeunesse, de folie et de luxe, un peu d'ouverture sur le monde extérieur. 

Les dernières lignes annoncent un danger susceptible de mettre fin au vent de bonheur qui a soufflé sur ce tome, alors il va falloir que je me procure le suivant très, très vite ! Et ce sera avec bonheur que je le découvrirai tant j'adore retourner au Québec auprès de ces personnages que j'apprends petit à petit à connaître. Cette série a vraiment un côté intimiste, touchant, chaleureux et très immersif qui est irrésistible. Je ne peux donc que vous conseiller le voyage ! 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter la BD sur amazon

La ballade de la mer salée, d'Hugo Pratt


Juste avant la fin du mois, voici ma première participation au challenge "Un genre par mois" : une superbe bande-dessinée, les premières aventures du fameux Corto Maltese !


Résumé : 

Dans les mers de Mélanésie juste avant la première guerre mondiale, Corto Maltese, capitaine sans bateau après la mutinerie de ses marins, est récupéré par Raspoutine, pirate sans scrupules. Tous deux ont un même patron, le mystérieux Moine, qui les emploie à pirater des bateaux de charbon pour les revendre à la marine allemande. Mais Raspoutine a aussi récupéré deux naufragés, les cousins Pandora et Caïn Groovesnore, héritiers d'une riche famille d'armateurs australiens. Pris entre la cupidité de Raspoutine, les mysérieux desseins du Moine, les sauvages des îles de la région et les enjeux politique d'une guerre qui va bientôt éclater, les deux jeunes naufragés auront bien besoin de la protection de Corto...


Mon avis :

Ca fait un certain temps que je voulais redécouvrir les aventures de Corto Maltese, le héros le plus sexy de la bande dessinée. Je les ai découvertes une première fois il y a plus d'une dizaine d'années, mais j'en garde peu de souvenirs. Quand j'ai appris que la bibliothèque municipale de la région d'Helsinki avait plusieurs des bandes-dessinées d'Hugo Pratt, j'ai sauté sur l'occasion et j'ai décidé de commencer par la toute première aventure de Corto. Malheureusement, la bibliothèque ne l'avait pas en français, j'ai dû donc lire la traduction anglaise qui contient, malheureusement, beaucoup de fautes, notamment des dédoublements de mots. Je ne comprends pas comment la traduction d'une bande-dessinée, d'autant plus quand elle est aussi connue que celle-là, peut être aussi bâclée ! 

Ceci dit, c'est la seule chose que j'aie à reprocher à cette lecture. C'est la première fois que Corto Maltese est mis en scène et, même si au départ il se dispute l'affiche avec plusieurs autres personnages principaux, il crève l'écran dès le début. Il reste assez énigmatique, entre pirate et gentleman, entre cynisme et principes moraux, et s'il s'entoure de toutes sortes de brigands infréquentables, il a le chic pour faire ressortir le bon en chacun d'eux. Dès qu'il passe un peu de temps avec eux, les autres personnages se dévoilent et prennent un nouveau relief.  Il faut dire que le charme insolent de Corto transparaît au travers du dessin comme une évidence : sa démarche chaloupée, ses longues jambes gracieuses, son port haltier, les favoris qui encadrent un visage buriné, sa classe en toutes circonstances qui dissimule à peine ses réflexes de panthère toujours sur le qui-vif... Il est beau, il est dangereux, il reste distant mais il encourage la confiance, sans avoir jamais l'air de s'impliquer réellement. Comment un dessinateur a-t-il pu faire passer autant de choses au travers de quelques cases de bande-dessinées ?  

Il faut dire que les dessins sont superbes. Les couleurs sont surprenantes tant elles sont fades, comme si l'auteur avait voulu faire une BD en noir et blanc mais n'avait pu se décider à tout à fait trahir les multiples couleurs de l'océan mélanésien. Ce qui ressort pourtant ce ne sont pas les touches d'aquarelle, c'est l'encre de chine qui dessine les contours et les ombres, qui marque les lignes des visages et trace, littéralement, le caractère de chacun des personnages. Ces visages taillés à la plume sont très détaillés et très expressifs, à quelques exceptions près : dans certains cas où le personnage est en mouvement et en plus petit parce qu'il partage sa case avec d'autres, son visage prend une apparence grotesque, des traits violents presque bâclés qui m'ont choquée. Parfois aussi, l'abondance d'ombres traduites par des taches noires rend l'interprétation de l'image un peu difficile. Mais je n'ai remarqué ces détails très infréquents que parce que j'ai passé toute ma lecture à admirer la précision des dessins et la sûreté du trait qui sont inimitables.  Cette bande-dessinée fait partie de celles qui ressemblent à une oeuvre d'art autant qu'à une histoire.

Pourtant, l'histoire y est bel et bien. C'est un récit d'aventure chargé de rebondissements, de jeux de dupes, de dangers et d'injustices. La "surprise" principale concernant l'un des personnages m'a paru un peu surfaite car j'ai deviné très tôt la vérité, mais en-dehors de ça, la "ballade" est prenante et dépaysante. L'auteur n'hésite pas à interrompre son récit pour y intégrer une touche de folklore, une chanson ou une légende, ce qui fait qu'entre deux scènes d'actions, on se retrouve tout à coup à partager la mélancolie d'un coin du monde en plein bouleversement. Les décors sont aussi particulièrement recherchés, et on se surprend au détour d'une page à sentir le sel de la mer et la douceur de la brise. Cette bande-dessinée est un vrai dépaysement d'un bout à l'autre.

J'ai d'habitude beaucoup de mal à parler d'une bande-dessinée car les images portent un sens que j'ai souvent du mal à mettre en mots. Mais là, aucun problème : Corto m'a séduite et comme une amoureuse transie, je pourrais vous parler de lui pendant des heures. Mon avis pourrait pourtant se résumer en une seule phrase : lisez-le, plongez dans la mer salée et partagez la ballade de Corto et de ses compagnons. Quant à moi, j'ai déjà réservé à la bibliothèque le tome suivant de ses aventures. 

Challenge "Un genre par mois" : Bilan de février


Après le bilan de janvier, voici le bilan des lectures de février pour le challenge "Un genre par mois". Alors, qu'avez-vous lu dans la catégorie bandes dessinées, mangas et comics ? 




Sofynet - Thumbprint
licorne - Lady Doll T 1 de Daniele Vessella et Béatrice Penco Sechi
stellade - Asterix chez les Pictes
livraline - Cédric, tome 24 : "J'ai gagné !" de Raoul Cauvin
LadyChouux - The Walking Dead T6 - Vengeance de Robert Kirkman
Generation94 - "Un Océan d'amour " de Lupano et Panaccione
Sylly - Lancelot, tome 1 : Claudas des Terres Désertes -- Istin - Alexe - Jacquemoire
Grizelda - Kaamelot Tome 1 "L'armée du Nécromant" de A. Astier & S. Dupré
angelebb - Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh
Frankie - Walking Dead, tome 19 : Ezechiel, de Robert Kirkman et Charlie Adlard
Vepug - Darwin's game de Flipflops
Elistera - "Le Génie des Alpages" Tome 1
Une touche de Grenadine - Defense Devil, tome 1
cmia11 - Ghost Hunt T1
Gilwen - Black Butler, tome 1, de Yana Toboso
Nathalie - Magasin Général, tome 1 : Marie, de Loisel et Tripp et Le combat ordinaire, de Manu Larcenet
Thalia - Onze Racines de Christophe Arleston (Les Forêts d'Opale, Tome 5) et Une amie pas comme les autres de Cyrielle (Akiko, Tome 1)
Paikanne - Sambre, tome 1 : Plus ne m'est rien..., Yslaire et Balac
TetedeLitote - Echo, tomes 5 et 6, de Terry Moore
Iluze - Moyasimon, tome 2 et Barakamon, tome 2 et 3
Rose - Pluto de Naoki Urasawa & Osamu Tezuka 

Si je ne me suis pas trompée (n'hésitez pas à vous plaindre dans les commentaires si vos lectures ne figurent pas dans ce bilan !), il y a donc eu 21 participants au challenge pour le mois de février, et au total 24 lectures, quasiment autant qu'au mois de janvier.  La plupart des participants ont chroniqué leurs découvertes et je compte leur rendre une petite visite ; les lectures sont variées. Il n'y a pas eu de livre lu par plusieurs participants mais LadyChouux et Frankie ont lu deux tomes différents de la même série, The Walking Dead.

Et pour info, voici les lecteurs qui ont participé au challenge en janvier et en février :
Angelebb
Cmia11
Frankie
Generation94
Gilwen
Grizelda
Iluze
LadyChouux
Licorne
Livraline
Paikanne
Rose
Sofynet
Stellade
TêtedeLitote
Thalia
Une touche de Grenadine
Vepug

 ...et moi (ce serait le comble !) ce qui fait donc un total de 19 explorateurs bien partis !

On se retrouve le mois prochain pour le bilan de mars !  Pour rappel, vous pouvez répertorier vos lectures en fantasy / fantastique par ici   :) 


Le combat ordinaire, de Manu Larcenet


Juste à temps avant la fin du mois, je chronique une deuxième bande dessinée dans le cadre du challenge "Un genre par mois"... Et c'est une BD qui a attendu sa chronique bien trop longtemps !


Résumé :

Marco a la trentaine et une angoisse latente qui ne le quitte pas. Sa vie est celle de beaucoup de gens de son âge, avec les doutes quant à son avenir professionnel, des parents qu'il adore mais a du mal à supporter, un frère avec qui il peut retomber en enfance, un chat horribladorable, et une peur générale de s'engager. Ce qu'il vit, c'est le combat ordinaire de ceux qui ont du mal à devenir tout à fait adultes.


Mon avis :

Je l'ai déjà dit, j'ai pourtant beaucoup d'admiration pour la BD, cet art qui mêle la littérature et le graphisme : quand c'est bien fait c'est doublement impressionnant. Heureusement pour moi qui n'y connais rien, j'ai de précieux amis qui me gâtent et font mon éducation en même temps. Cet album est l'un de leurs cadeaux.

Ceci dit, mon point de vue étant limité par mon manque d'expérience, c'est encore une fois du bout des doigts (c'est comme le bout des lèvres avec un clavier) que j'ose à peine donner mon avis. J'ai relu cet album plusieurs fois au cours de l'année écoulée et je n'arrive toujours pas à mettre le doigt sur ce qui, dans cette histoire, résonne en moi d'une façon particulière. Marco, le héros, ne me ressemble pas ; il a plein de petits problèmes psychologiques et un mal-être permanent avec lequel il a du mal à vivre, un comportement adolescent avec son frère et une famille qui l'étouffe, même de loin. Il ne sait pas où il va et en souffre beaucoup. Il est peut-être un peu seul, aussi... Autant de choses qui ne me caractérisent pas.

Et pourtant, je le comprends d'une façon incroyable. Je sais ce qu'il ressent. Cette envie de partir sans pouvoir expliquer rationnellement pourquoi, ce besoin de ne pas devenir tout à fait adulte, ce refus de voir à trop long terme, je les ressens aussi, d'une certaine façon, même si contrairement à lui je n'en souffre pas. J'aime beaucoup son humour et les passages avec son frère m'ont fait sourire comme si je les connaissais tous les deux. Peut-être que son truc c'est de représenter avec beaucoup de justesse une certaine génération qui est la mienne...

Les dessins sont simples, les couleurs vives (sauf quand il nous promène dans ses souvenirs en sépia ou dans ses angoisses en rouge), la lecture est facile et moderne. J'ai juste été assez surprise par les yeux vides de Marco, ces yeux dessinés sans pupille sont très troublants. Peut-être était-ce voulu ? 

Il y a beaucoup d'émotion dans cet album alors qu'il ne s'y passe rien d'extrêmement tragique. C'est juste l'histoire d'un mec paumé. C'est peut-être justement cette banalité à laquelle on s'identifie si facilement, ce "combat ordinaire" qu'au final on mène tous un petit peu ?  En tous cas c'est une bande-dessinée qui m'a beaucoup marquée et que je continuerai à relire encore très régulièrement... Elle est suivie d'autres tomes, et j'en suis presque surprise tant cette histoire se suffit à elle-même, mais j'espère avoir la chance d'apprendre ce que devient Marco une fois la dernière page tournée.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis de Nelfe et Mister K. qui semblent partager mes impressions
- acheter ce livre sur Amazon

Magasin Général, tome 1 : Marie, de Loisel et Tripp


Je commente rarement de bande-dessinées par ici, et pourtant il y en a quelques-unes qui m'attendent dans ma bibliothèque... Heureusement que le challenge "Un genre par mois" m'oblige à vous en parler !


Résumé : 

A Notre-Dame-Des-Lacs, au Québec, en ce début de XXème siècle, Marie devient veuve prématurément et se retrouve seule pour tenir le "magasin général" du village. Comment va-t-elle pouvoir continuer, elle qui est aussi la propriétaire du seul camion du village et celle qui est toujours prête à rendre service à tout le monde ?


Mon avis : 

Je suis toujours aussi mal à l'aise au moment de rédiger des chroniques de bande-dessinées, car mes connaissances dans ce domaine complexe sont si rudimentaires que je ne me trouve pas le droit de juger. D'un autre côté, j'ai reçu plusieurs belles bandes dessinées dont j'ai très envie de vous parler, et j'ai un challenge à respecter.  Alors je me lance, du bout des doigts (la version "clavier" du bout des lèvres)...

Comme cette bande-dessinée m'a été elle aussi offerte, je n'en savais rien avant de l'ouvrir. J'ai notamment appris dans les premières pages d'introduction que c'était une œuvre à quatre mains, y-compris pour le dessin, ce qui me semble assez original.  J'ai du mal à imaginer le niveau de coordination et d'entente nécessaires pour que deux dessinateurs mélangent leurs dessins, c'est une belle performance !  J'ignorais aussi le fait que cette bande-dessinée était le premier tome d'une série. Ca, je m'en suis rendue compte sur la fin. En tournant la dernière page, il m'a paru évident qu'il ne s'agissait que d'une mise en appétit.

Du point de vue de l'intrigue, il n'y a pas grand-chose à raconter. Il s'agit plutôt d'une plongée dans la vie d'un petit village québécois à l'ancienne, une communauté comme on n'en fait plus, une vie en presqu'autarcie (Marie et son magasin général semblent être à peu près le seul lien avec la ville voisine), où une partie des hommes est absent la moitié de l'année pour des boulots saisonniers. L'immersion est très réussie car les personnages ne sont pas exagérés : il y a les gentils, les désagréables et surtout beaucoup entre les deux. Et puis j'ai un gros gros gros faible pour le français du Québec ; rien que ça me rend les dialogues attachants et l'histoire dépaysante.  Le titre, "magasin général", est une jolie traduction du "general store" américain, ce qui ne m'a sauté aux yeux que quand j'ai essayé de le traduire pour mon Ours finlandais ! J'ai d'ailleurs souri quand j'ai découvert, dans l'introduction, que les auteurs avaient demandé de l'aide pour s'assurer que le texte soit compréhensible des deux côté de l'Atlantique... 

Point de vue dessins, je les ai trouvés très beaux, très poétiques et très expressifs, avec des détails à foison et une grande recherche qui donne à chaque case l'impression d'être une petite oeuvre d'art à elle toute seule (les compositions notamment sont très réussies). Les couleurs sont douces et un peu passées, comme dans ces films où le réalisateur ajoute un filtre jaune (je pense au Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, par exemple). Par contre j'ai eu beaucoup de mal à distinguer les personnages secondaires. Ils sont tellement nombreux, et les dialogues ne sont pas toujours très explicites quand il s'agit de désigner la personne à laquelle ils s'adressent. Alors en-dehors des personnages les plus présents et les plus reconnaissables, je suis restée un peu dans les choux. Ce qui n'est pas un problème en soi puisqu'ils ne sont pas indispensables à l'intrigue ; ce sont les actes et les tableaux qui constituent le coeur de cette bande-dessinée.

Le résultat c'est que j'ai très envie de lire les tomes suivants, d'autant plus que celui-ci n'était clairement qu'une introduction.  Il n'y a pas encore d'arc narratif, pour le moment on s'est contenté de dresser le tableau et nous présenter les villageois. J'ai été ravie de faire leur connaissance et j'aimerais beaucoup savoir ce qu'il va leur arriver. Et en attendant de pouvoir me procurer les volumes suivants, je prendrai beaucoup de plaisir à relire celui-ci ; il y a toujours des nouveaux détails à découvrir dans une bande-dessinée aussi riche !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter ce livre sur Amazon


Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh


J'ai toujours un mal fou à chroniquer les BDs, alors ça tombait bien que le challenge "Un genre par mois" d'Iluze me force à vous parler de cette superbe bande-dessinée reçue en cadeau il y a déjà trop longtemps !


Résumé :

Clémentine n'arrive pas à être une adolescente comme les autres ; elle n'a pas les mêmes envies et des rêves qui l'effraient. Quand elle rencontre Emma, elle se sent enfin heureuse auprès de quelqu'un qui lui ressemble. Mais pourra-t-elle faire face à ses désirs, assumer une identité que beaucoup trouvent humiliante ?


Mon avis :

Je n'aime pas chroniquer les bandes dessinées car j'ai vraiment l'impression de ne pas être à la hauteur. Un roman, c'est un peu une histoire en deux dimensions : l'histoire, et les mots employés pour la raconter. La bande dessinée, par contre, est multi-dimensionnelle : il y a aussi l'histoire et les mots, mais en plus le dessin et toutes les autres façons de faire passer les sentiments sur une page. Quand je lis un roman, je m'installe tranquillement dans le monde créé par l'auteur, j'ai le temps de m'y faire car lui a pris le temps de le développer, et je me l'approprie car je crée les images. Quand il s'agit d'une bande dessinée, l'auteur a beaucoup moins d'espace pour faire passer son message et en même temps beaucoup plus d'outils pour le rendre percutant, alors j'ai souvent l'impression qu'il me prend par la gorge, me retourne dans tous les sens, et le pire c'est que je ne sais pas réellement comment il fait.

Dans ce cas-ci, dès les premières pages j'ai eu les larmes aux yeux. Il y a bien sûr le scénario tristounet, entamé par une lettre posthume. Mais si j'avais lu cette histoire en mots uniquement, j'aurais été un peu mélancolique, pas aussi émotive. Alors qu'est-ce que c'était ? Les yeux tristes et les lèvres gercées d'Emma ?  Je ne sais pas pourquoi mais j'ai trouvé ces lèvres abîmées d'adolescente particulièrement émouvantes. Ou alors c'est l'univers familier dans lequel elle évolue, ces détails, ce bus, cette maison de banlieue, cette chambre à moitié vide de jeune femme qui a grandi et où Emma vient faire face aux souvenirs de celle qu'elle a aimé ? Toutes ces images, je n'ai pas eu à les imaginer mais elles m'ont directement plongée dans un univers que je connais. L'émotion vient probablement aussi de l'écriture cursive des textes sortis de la lettre d'adieu et des journaux intimes de Clémentine, ces mots délicatement formés comme je le faisais quand j'écrivais encore à la main...

Mais je pense que la plus grande partie de l'émotion vient des couleurs : ce noir et blanc et gris ponctués de vert et de jaune quand l'histoire se déroule dans le présent, de bleu quand le bonheur surgit... Le dessin est rendu plus intime par cette utilisation très étudiée des couleurs, la plupart du temps très légères, sauf quand il s'agit du bleu. Et tout au long du livre je me suis surprise à attendre avec impatience le bleu des cheveux et des yeux d'Emma, comme le faisait Clémentine.

Cette longue BD (156 pages quand même) est très belle esthétiquement et elle raconte aussi une très belle histoire. Pas parce qu'il s'agit d'un amour homosexuel ; mais parce qu'il s'agit d'un amour si beau, si pur, et pourtant si contrarié. Clémentine grandit brutalement et malgré son jeune âge elle réagit avec beaucoup de maturité face aux préjugés qui ont bercé sa vie jusque là ; Emma quand à elle a un petit air de prédatrice avec son expérience et sa façon de prendre l'initiative, mais on la découvre elle aussi fragile, inquiète et incapable de vraiment s'engager. Ce sont deux jeunes femmes que j'aimerais rencontrer, un sentiment que je n'ai pas souvent quand je lis un roman. Peut-être que le réalisme de cette histoire m'a particulièrement atteinte.

Alors je vous entends d'ici me poser la question évidente : "Tu as vu le film ?" La réponse est non, et je ne pense pas vraiment avoir envie de le voir; un jour, peut-être, par curiosité. Mais là, maintenant, en terminant ma lecture (que je vais recommencer de ce pas pour savourer un peu mieux tous les détails du dessin), je ne vois pas en quoi la même histoire racontée sous une autre forme pourrait m'émouvoir ou m'apporter plus que cette bande-dessinée.

Pour en savoir plus : 
- la fiche Bibliomania du livre, qui m'a appris que je n'étais pas la seule à avoir versé ma petite larme sur ces images...
- la fiche du film "La vie d'Adèle" sur Allociné


Voici ma BD pour le challenge "Un genre par mois"...

...et mon premier but marqué à la Coupe du Monde des Livres !

Là où vont nos pères, de Shaun Tan

Je ne sais plus comment ce livre est arrivé dans ma wishlist ; peut-être que c'est Miss Spooky Muffin qui m'a influencée, mais je constate avec surprise qu'elle ne l'a pas chroniqué ; peut-être que c'est l'oscar obtenu par Shaun Tan cette année pour un film d'animation qui m'a donné envie de découvrir son oeuvre.  Toujours est-il que j'ai constaté avec surprise qu'il était disponible - en français - à la bibliothèque d'Helsinki, que je l'ai réservé, que j'ai profité d'un train manqué pour aller le chercher et le lire en attendant le suivant.  Une découverte qui ne m'a pas laissée insensible !


Résumé :

Une famille : le père, la mère, la fille.  Une ville que surplombe une ombre menaçante. Un père qui décide de tenter sa chance ailleurs.  Un train, un bateau, des tampons, une chambre, une langue bizarre.  Une nouvelle vie qui commence.


Mon avis :

Je ne suis pas une grande dévoreuse de BDs mais j'ai beaucoup de chance : le peu que je lis me secoue jusqu'au fond des tripes. Celle-ci (ou plutôt cet album d'illustrations) m'a totalement prise par surprise.

Première surprise : pas de texte. Du coup je comprends mieux pourquoi ils ont acheté l'album en français à la bibliothèque d'Helsinki : en-dehors du titre, ça ne change pas grand-chose.  Pas de bulles, pas de sous-titres, et aucun besoin ni de l'un ni de l'autre.  Non seulement les dessins parlent d'eux-même mais l'histoire se veut universelle. C'est l'aventure de tous les émigrés du monde, de toutes les époques, de tous ceux qui ont dû fuir une menace et prendre le risque de devenir un étranger dans un pays étrange.  Quelques exemples de leurs histoires tragiques sont racontées au fil des rencontres du narrateurs, toutes de façon très touchante grâce à des dessins grandioses et pourtant pudiques.

A propos des dessins, justement : ils sont magnifiques.  Noir et blanc ou tirant sur le sépia, ils rapellent de façon frappante les vieilles photos jaunies que l'on trouve dans les coffres à souvenirs de nos grand-parents.  De doux crayonnés, jamais violents malgré les histoires parfois cruelles qu'ils narrent, mais qui apportent très souvent les larmes aux yeux.  Des vignettes en séquences ou une image plus grande pour un décor grandiose.  Un énorme talent surtout à retranscrire les émotions sur les visages des personnages. 


L'histoire n'est pas située géographiquement, même si on reconnaît des allusions évidentes à New York (confirmées par l'introduction qui précise que l'auteur s'est inspiré, entre autres, des photos d'émigrés prises à Staten Island).  Pour renforcer cette universalité, la menace qui a obligé les différents personnages à partir est représentée de manière allégorique, ainsi que beaucoup d'autres détails, ce qui ajoute une touche fantastique à l'ensemble. La langue du pays d'arrivée est une langue inventée, ce qui m'a replongée, avec le personnage, dans l'état d'esprit de mon arrivée en Finlande, quand tout est illisible et incompréhensible. 


Au total, voilà un album extrêmement touchant que je rendrai à la bibliothèque à contre-coeur.  Je sais que j'aurais pris plaisir à le lire et le relire dans les moments où j'aurais besoin d'un peu d'émotion et d'espoir.  Un album à mettre dans toutes les mains, absolument.


Pour en savoir plus :

Maus, d'Art Spiegelman

Je ne commente pas beaucoup de BDs sur ces pages, pour la bonne raison que j'en lis peu : elles sont difficiles à se procurer ici et puis je ne sais pas vraiment par où commencer pour découvrir de vraies perles.  Heureusement, j'ai des amis très précieux et aux goûts infaillibles qui m'ont gâtée pour mon anniversaire...  C'est ce qui m'a permis de découvrir celle-ci : "Maus".


Résumé :

"Maus", c'est une souris, en allemand. Le même allemand qui, sur les affiches pendant la période nazie, représentait les juifs comme des rats. L'auteur, Art Spiegelman, est le fils de déportés juifs polonais qui ont survécu à l'holocauste. Il tente de faire face à son sentiment de culpabilité d'avoir eu une vie tellement meilleure que ses parents en racontant leur histoire en dessins.  Le résultat, c'est un volume narrant en parallèle la lutte pour la survie d'un peuple traqué et les relations difficiles entre un fils et son père.


Mon avis :

Ne faites pas comme moi : n'entamez pas cette lecture au fond du lit avant de dormir.  Grands risques de cauchemars ou de déprime nocturne !  Sincèrement, je ne pensais pas pouvoir être aussi touchée sentimentalement par une bande dessinée.

L'auteur "déshumanise" pourtant légèrement ses personnages en leur donnant le visage d'animaux en fonction de leur nationalité, avec comme héros les souris (les Juifs) et les chats (les Allemands). Mais ça ne rend l'ensemble que plus effrayant, car (à mes yeux en tous cas) il en vient à universaliser le problème : l'horreur n'a plus de visage, elle pourrait se réincarner.  Et puis sous le crayon de Spiegelman, les souris sont particulièrement émouvantes et les chats terriblement effrayants.

L'histoire narrée est sans concessions.  Les aventures des parents de Maus durant l'holocauste, d'abord. Elles sont relatées par le père de l'auteur, au gré de ses souvenirs, avec parfois des retours en arrière quand il a oublié de dire quelque chose, ou l'introduction d'éléments concernant les survivants ou les disparus qui détruisent le suspense.  Mais on n'a pas besoin de ça : l'intrigue est connue, c'est la façon dont c'est raconté qui en vaut la peine.  Pas de concessions non plus concernant les détails les plus sordides de la vie avant ou dans les camps. Pas de tentative d'enjoliver l'histoire les victimes ou de rendre les bourreaux plus détestables.  Les faits suffisent, et les faibles sont parfois les plus cruels.  Dès les premières planches introductives, le ton est donné, quand le père dit à son fils encore enfant : "Des amis ?  Tes amis ?  Enfermez-vous tous une semaine dans une seule pièce sans rien à manger...  Alors, tu verras ce que c'est, les amis !"

Pas de concessions non plus concernant le deuxième aspect de la narration, la relation entre le père et le fils. L'originalité ici est de raconter non pas l'histoire d'un couple de survivants, mais l'histoire d'un père racontant à son fils comment il a survécu. Et cette mise en situation va très loin, apportant de nouvelles facettes à l'histoire archi-connue des persécutions nazies.  On y découvre les séquelles de cette expérience effroyable chez celui qui l'a subie, ainsi que le sentiment de culpabilité de la génération suivante.  Mais si le père est un héros qui s'est battu comme un lion pour traverser les pires épreuves avec celle qu'il aime, il est devenu depuis un vieillard grincheux et avare que son fils dépeint aussi avec finesse. 

Point de vue dessin, je ne suis pas une spécialiste de la bande dessinée, ni même une très bonne lectrice : je lis trop vite et manque les détails, ce qui fait que je me perds dès qu'un dessin est même légèrement complexe. Je craignais donc que le noir et blanc de ces images me rende plus difficile leur déchiffrement, et que les visages en forme de têtes d'animaux me complique la distinction entre les personnages.  Pourtant, rien de tel.  L'une et l'autre caractéristiques créent surtout une impression de document historique et je ne me suis perdue à aucun moment. Peut-être ai-je été plus attentive aussi, tant j'étais impressionnée par le contenu de l'histoire.

La seule petite critique que je pourrais faire c'est le manque d'information quant au sort de la maman.  On sait dès le début qu'elle s'est suicidée après la guerre, mais on ignore ce qui l'y a poussée, et je pense que ça aurait pu être une partie touchante du témoignage.  Mais c'est peut-être trop en demander à un auteur qui a déjà tant puisé dans ses ressources émotionnelles pour raconter une histoire si vraie.

Bref, et pour résumer : lisez-le.  Ce témoignage aux multiples facettes est tout simplement magnifique, extrêmement touchant et sincère.  Il mérite largement le prix Pulitzer qu'il a reçu et figure parmi les meilleurs récits possibles de l'holocauste. Un ouvrage qui restera à l'avant de ma bibliothèque.

Je me permets enfin de vous mettre une planche en aperçu...



Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la magnifique critique de Nelfe, pour qui il FAUT lire cette BD
- la page wikipédia sur cette oeuvre.

Happy Sex, de Zep

Le problème avec ce blog, c'est qu'à force d'essayer d'alterner sujets en français et en anglais, compte-rendus de lecture et autres, je n'ai pas toujours l'occasion de chroniquer tous les livres qui me passent sous les yeux. L'une de mes résolutions pour 2010 c'était de m'améliorer à ce niveau-là, et j'y travaille...

Quoi qu'il en soit, il y a des livres que je me dois de chroniquer absolument: ceux qui me sont offerts par des lecteurs de mon blog. Dans cette catégorie se range la bande dessinée "Happy Sex", cadeau du Père Noël (qui lit peut-être ce blog, sait-on jamais) via l'intermédiaire d'El Jc (dont je suis sûre qu'il lit ces pages). Sur son blog "le quadrant alpha", dont je vous ai déjà parlé, il avait organisé un petit concours de Noël avec à la clé trois livres offerts. J'ai eu la chance d'être l'un des gagnants et j'ai pu recevoir, à ma demande, cette jolie bande dessinée un peu coquine...


Résumé:

D’habitude, Titeuf se pose plein de questions sur la sexualité des ados. Cette fois, Zep, son créateur, met en scène la sexualité des adultes dans un album en forme d’«aphrodisiaque du rire». Jamais vulgaire mais toujours aussi drôle, Zep montre que la vie intime d’un couple peut aussi être amusante, burlesque ou cocasse. Un album hilarant à lire à deux…
(Source: Fnac.com)




Mon avis:

Voilà un cadeau qu'il fallait oser demander au grand Père Noël ! Parce que malgré tout, cet album est assez explicite. Alors que Zep s'est fait connaître avec ses albums jeunesse, celui-ci n'est pas à mettre dans toutes les mains ! L'auteur s'embarque dans l'humour de boudoir, explore le côté comique de la sexualité et ne prend pas de gants avec la réalité anatomique...

Le problème avec ce genre de choses, c'est que la frontière entre l'humour et le vulgaire est très, très ténue. Heureusement, ici, si l'on peut parler de blagues "coquines", ce n'est certainement pas "salace". Les dessins sont explicites mais ça reste des dessins, avec le style agréable de Zep - j'aime particulièrement sa façon de représenter les personnages. Quant à l'humour, rien de gratuitement provocant, rien de particulièrement lourd: des situations parfois abracadabrantes, mais toujours comiques à leur façon. Le genre de choses dont on pourrait rire longtemps, à deux, mais qu'on n'oserait jamais raconter à personne !

D'un point de vue purement éditorial, je préfère généralement les bandes dessinées en couverture cartonnée, ce qui n'est pas le cas ici. Mais par contre, la présentation est originale et très réussie: le mot "sex" est découpé dans la couverture pour qu'on voie par derrière la fresque sur fond bleu de la première page. C'est particulièrement joli.

Voilà donc un album que j'ai apprécié. Le défi de l'auteur est réussi: faire rire avec des situations intimes sans devenir graveleux. Même ma tendre moitié qui ne parle pas français l'a parcouru et en a souri...

Bref, un super cadeau, pour lequel je remercie à la fois le Grand Père Noël et le Gentil El Jc !