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Premières lignes #10


Aujourd'hui, c'est le jour de notre rendez-vous "Premières lignes", créé par Ma Lecturothèque et découvert chez Bettie Rose. Le principe est simple : chaque dimanche, je prends un livre et je vous cite les premières lignes du récit. C'est généralement ce que je fais pour choisir un livre dans une librairie, et c'est un bon moyen pour vous donner un mini aperçu des romans qui m'ont marquée.

Cette semaine, je vous présente...


En principe, un corbillard n'a jamais d'accident. D'abord parce que les chauffeurs de corbillard ont un certain style de conduite. Mesuré, solennel. On n'imagine pas un corbillard prendre des risques sur la route. Ensuite les autres conducteurs, quand ils apercoivent un corbillard, aussitôt ils lèvent le pied. Ils se tiennent à distance respectueuse. AUx feux rouges, ils hésitent à se placer à côté de vous. Ils restent derrière. Spontanément, ils font cortège. Et s'ils dépassent, c'est avec déférence, la nuque raide, les yeux droit dans le pare-brise.

Drôle de début pour ce roman qui ne parle pas tellement de corbillard, mais qui parle en effet de mort, et de vie, et de bien d'autres choses qui valent la peine de s'y plonger. Je vous parle de "Loin des mosquées" dans cette chronique.

Premières lignes #4


Aujourd'hui, c'est le jour de notre rendez-vous "Premières lignes", créé par Ma Lecturothèque et découvert chez Bettie Rose. Le principe est simple : chaque dimanche, je prends un livre et je vous cite les premières lignes du récit. C'est généralement ce que je fais pour choisir un livre dans une librairie, et c'est un bon moyen pour vous donner un mini aperçu des romans qui m'ont marquée.

Cette semaine, je vous présente...

"Madame Desantis, il est tard. Nous reprendrons dans la matinée. Avant de partir, je vais résumer rapidement les faits une dernière fois. Interrompez-moi si je me trompe. Et si la moindre idée vous vient à l'esprit, dites-le-moi. D'accord ?
- Oui, monsieur le juge."
La femme a les yeux gonflés. Elle est assise, très droite, face au juge d'instruction. Ses bras croisés reposent sur la table de la cuisine. Un mouchoir à carreaux entortillé dépasse de son poing droit.
"Vous êtes partie d'ici vers le milieu de l'après-midi, disons entre quinze heures et quinze heures trente, et vous vous êtes rendue à pied au magasin L'Étoile où vous êtes arrivée un peu avant seize heures. Vous emmeniez votre petit garçon, Antoine, et, dans une poussette, votre fils David. Vous êtes entrée dans la boutique en laissant la poussette dehors.
- Oui, monsieur le juge.
- Vous n'avez pas voulu prendre la poussette parce qu'il y avait des marches.
- Je n'en avais que pour quelques minutes. David s'était endormi. Il était attaché. J'avais relevé la capote et fermé le protège-pieds. Il était bien à l'abri. Il ne faisait pas beau, mais pas vraiment froid, seulement un peu de vent, comme je vous l'ai dit. Je l'ai laissé pour qu'il prenne le bon air.
- D'accord. Vous êtes restée environ un quart d'heure dans le magasin avec Antoine.
- Oui.
- Et quand vous êtes ressortie, la poussette était vide. David avait disparu.
- Oui, monsieur le juge."

Le passage est un peu plus long que d'habitude, mais il me semblait nécessaire d'aller jusque là pour comprendre le but de cette conversation qui lance une enquête très prenante et terriblement dramatique. Je suis très étonnée de ne jamais avoir chroniqué ce roman que j'ai lu avec plaisir.

Les dix auteurs dont j'attends avec impatience un nouveau livre


Le rendez-vous de la semaine (et vous remarquerez que je m'y tiens assez bien, quand les sujets m'inspirent), c'est le Top Ten Tuesday organisé par Iani. Et cette semaine, le thème me plaît bien mais je doute de pouvoir trouver dix auteurs à lister. Voyons jusqu'où je pourrai aller.

Donc, les dix auteurs dont j'attends avec impatience un nouveau livre sont (dans l'ordre dans lequel ils me viennent à l'esprit) :


1. Brandon Sanderson : je n'ai pas encore commencé La Roue du Temps, une série fantasy qu'il a reprise et sur laquelle il travaille en ce moment, mais dès qu'il se remet à la série des Fils-des-Brumes, je SAUTE sur le prochain opus. Obligé.

2. Fred Vargas : c'est l'auteure de ma série policière (littéraire) préférée et je ne rate aucune des enquêtes du commissaire Adamsberg.

3. Armel Job : j'ai lu trois romans de cet auteur belge qui a su me séduire de plus en plus au fil de ses sorties. Son dernier roman vient d'être publié mais dès qu'il reprend la plume, je lui saute dessus.

4. Daniel Pennac : depuis que je suis tombée amoureuse de Benjamin Malaussène (on peut dire ça) pendant mon adolescence, Mr Pennac peut me compter parmi ses fidèles abonnés.

5. J.K. Rowling : grande fan d'Harry Potter, j'ai hâte de voir ce qu'elle peut produire dans le rayon adulte.

Et voilà donc, ce sera un top 5 cette semaine. Je peux encore faire la liste d'autres auteurs fétiches mais vu qu'ils sont morts, je n'attends plus trop leurs sorties...

Et vous, quels sont les auteurs dont vous attendez impatiemment les nouvelles sorties ?


Loin des mosquées, d'Armel Job


Je l'ai déjà dit, mais j'adore quand un partenariat promet de bons moments et au final, procure un plaisir encore plus grand que celui auquel je m'attendais !


Résumé :

Turc né en Belgique, Evren achève à Cologne de brillantes études de comptabilité. Hébergé chez son oncle, ce garçon de vingt et un ans, encore chaste et au visage ingrat, s'éprend de sa cousine, la belle et sensuelle Derya. Rentré en Belgique, Evren fait part aux siens de sa décision : il va épouser Derya. Une délégation familiale se rend donc en Allemagne pour demander la main de la jeune fille. Mais les choses ne tournent pas exactement comme prévu : Derya éconduit Evren.

Outragés par cette humiliante fin de non-recevoir, les parents d'Evren cherchent un nouveau parti pour leur fils et choisissent Yasemin, une paysanne anatolienne de seize ans, vive et dégourdie, qu'Evren connaît à peine. Les noces ont lieu, et le jeune couple apprend peu à peu à s'apprivoiser. Jusqu'au jour ou Derya – dont Yasemin ignore l'existence – débarque à l'improviste en Belgique.

Quel secret cache le voyage de Derya ? Qui est véritablement Evren, ce grand garçon obéissant et en apparence si maladroit ? À quel jeu dangereux se livre Yasemin ? Quels rôles viennent jouer dans cette histoire René, voisin de la famille d'Evren et croque-mort de son état, et Marcel, son colocataire, attardé mental qui passe ses journées à visionner les enquêtes de l'inspecteur Colombo ?



Mon avis :

J'ai longtemps hésité avant de mettre ce résumé (qui n'est pas de ma main) : il en dit beaucoup sur l'intrigue, peut-être un peu trop.  Je le mets pourtant, et pour deux raisons : d'abord parce qu'il faut quand même raconter suffisamment pour vous faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'une bête histoire d'amour. Ensuite, parce que même s'il en dit beaucoup, il laisse quand même énormément de surprises.

 C'est le troisième livre que je lis de mon compatriote Armel Job, après Tu ne jugeras point et Helena Vannek.  Et il y a deux points communs facilement repérables : une atmosphère au fond assez triste parce que très réaliste, et des retournements de situation à l'infini. A chaque fois, des destins se rencontrent, des personnages que l'on pense avoir cernés en quelques pages se montrent beaucoup plus complexes qu'ils n'en avaient l'air. Chacun a ses secrets, les malentendus s'imbriquent les uns dans les autres et les événements se développent de façon inattendue.

Dans ce roman ce qui est particulièrement magistral, c'est la construction de l'intrigue. Chaque chapitre est écrit par un personnage particulier (ils sont quatre narrateurs au total qui se relaient). Et dès le premier chapitre, le mystère naît. Ce n'est pas un gros cliffhanger de thriller, c'est beaucoup plus subtil, mais à chaque fois, il y a un développement que l'on ne saisit pas, le comportement d'un personnage qui recèle un élément incompréhensible de plus. Et tandis que certains mystères trouvent leur solution, d'autres naissent. Au final nous sommes les témoins d'une série d'événements qui s'enchaînent et sur lesquels aucun des personnages n'a vraiment le contrôle. C'est fascinant, et une fois la lecture commencée, difficile de la lâcher.

Le deuxième point fort de ce roman c'est le thème social qu'il aborde : la communauté turque d'Europe (Belgique et Allemagne) et les mariages arrangés. Le tout est présenté avec beaucoup de crédibilité et sans aucun jugement, plutôt sous l'aspect culturel que moral. D'ailleurs, sur trois mariages arrangés au premier plan de l'intrigue, il y en a un dont on ne sait pas grand-chose, un qui ressemble à de la torture pour l'épouse, et un autre où l'épouse prend subtilement les rênes et qui évolue rapidement vers un véritable amour.  Les jeunes filles se divisent entre une rebelle élevée à l'occidentale et une jeune paysanne apparemment très attachée aux traditions, et parmi les deux frères principaux de l'histoire il y en a un qui a épousé une Belge contre la volonté de sa famille et un autre dont l'épouse est choisie et importée pour lui ; mais dans chaque cas, encore une fois, les choses ne sont pas telles qu'elles en ont l'air.

Les personnages sont intéressants, certains éblouissants de profondeur. On ne peut que s'attacher, voir s'identifier à eux. Le style est superbe aussi, simple et naturel mais aussi recherché. Par contre, la combinaison des deux est un peu étrange : j'ai du mal à croire que Yasemin, paysanne turque de 16 ans, puisse s'exprimer avec autant de maturité.  Ceci dit, le plaisir que j'ai pris à suivre ses pensées compense largement ce petit défaut. 

Au final, il y a une magie dans cette histoire : une intrigue qui tourne les pages d'elle-même, des personnages qui impliquent le lecteur, un thème social et des drames humains qui le font réfléchir. J'aime cette combinaison, et c'est un roman que je n'oublierai pas de sitôt. Le meilleur des trois livres de cet auteur que j'ai pu découvrir jusqu'à présent.  Inutile de dire que je le recommande chaudement.

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour cet envoi !


Pour en savoir plus :
- l'avis d'Iluze, qui a apprécié le côté nuancé des personnages mais a trouvé le début trop lent, et celui de Delcyfaro, qui a particulièrement apprécié la découverte de la culture turque.


Helena Vannek, d'Armel Job

Ca fait déjà trois ou quatre semaines que je l'ai ce roman et je ne sais pas pourquoi je ne l'ai pas encore commenté... Corrigeons cette injustice !


Résumé :

"Dans la campagne flamande, avant la seconde guerre mondiale, Helena Vannek assiste à la mort de sa mère.  La famille est livrée à la terrible autorité du père, Théo.  Brusquement, sous le prétexte de distraire le frère d'Helena de son chagrin, Théo introduit dans la maison un jeune et mystérieux étranger.
Tout le monde se prend d'affection pour le nouveau venu.  Helena, elle, se met à l'aimer.  Mais il faudra compter avec tous les destins..." 
(quatrième de couverture)


Mon avis :

J'ai pris ce livre après avoir lu "Tu ne jugeras point", du même auteur.  Ces deux livres m'ont été offerts et traînaient dans ma bibliothèque depuis six mois.  Je n'aime pas avoir une PAL, mais par contre j'adore découvrir de nouveaux auteurs et des styles que je ne connaissais absolument pas par la magie des cadeaux...

Je ne savais donc pas qu'Armel Job est un homme, ni qu'il était Belge, ce que j'ai compris en voyant les deux romans situés dans mon petit pays. Je ne connaissais rien de son style qui m'a surprise par sa froideur. Toute l'histoire est écrite à la première personne et dans ces cas-là on s'attend à beaucoup d'investissement sentimental de la part du narrateur, mais ici, l'héroïne, Helena, se contente de relater presque avec distance des événements pourtant très douloureux.  Au bout de quelques pages, pourtant, on s'habitue et on comprend : Helena n'est pas dans un milieu où l'expression des sentiments est valorisée et finalement, sa façon de narrer ce qui lui arrive correspond tout à fait à l'image que l'on se fait de sa personnalité.

On ne peut pas dire que je me suis attachée à l'héroïne, Helena est trop étrange pour ça.  J'ai eu du mal à saisir et accepter ses sentiments passionnés qui naissent brutalement, que ce soit la haine ou l'amour.  Mais elle reste intéressante, et les personnages qui gravitent autour d'elle le sont encore plus.  On ne les comprend pas toujours mais ils fascinent.

D'ailleurs, leur mystère s'épaissit avec le temps, et c'est là que ça devient intéressant.  On pense tout savoir, et en fait on se trompe.  On a droit a un retournement de situation inattendu, puis un second, puis un troisième...  Je ne voudrais pas vous en dire trop, mais lisez jusqu'au bout, ça en vaut la peine.

Voici donc un roman froid, mystérieux, une plume intéressante et un contexte peu exploité, lesquels servent une intrigue plus complexe qu'on pourrait le penser.  L'ensemble est intéressant et vaut la lecture.


Pour en savoir plus :

La fiche Bibliomania du livre :

La critique de Betty, qui a perçu Helena d'une façon très différente de la mienne ; jetez un oeil aux commentaires, une belle discussion s'est engagée à propos du personnage.