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Des Chrétiens et des Maures, de Daniel Pennac


Tiens tiens, ça fait longtemps qu'on n'a pas parlé d'un roman de Daniel Pennac, vous ne trouvez pas ? Allez, on retourne chez les Malaussène !


Résumé :

« Un matin, Le Petit a décrété :
- Je veux mon papa.
Il a repoussé son bol de chocolat et j'ai su, moi, Benjamin Malaussène, frère de famille, que Le Petit n'avalerait plus rien tant que je n'aurais pas retrouvé son vrai père. Or ce type était introuvable. Probablement mort, d'ailleurs.
Après deux jours de jeûne Le Petit était si transparent qu'on pouvait lire au travers. Mais il repoussait toujours son assiette :
- Je veux mon papa. » 


Mon avis :

Dans la série Malaussène, après le pavé de "Monsieur Malaussène", on dirait que Daniel Pennac s'est offert une petite pause de légèreté. Et je dois dire que ça fait aussi du bien au lecteur. Ce roman est sur beaucoup de points l'antithèse du précédent : c'est le plus court de la série alors que Monsieur Malaussène est le plus long, une intrigue simple par opposition aux multiples intrigues enchevêtrées de Monsieur Malaussène, et un retour dans le passé au lieu d'une nouvelle aventure qui agrandisse encore la famille. 

Et ça tombe vraiment bien, ces pages de fraîcheurs au coeur d'une série qui avait tendance à s'alourdir. C'est aussi particulièrement agréable de remonter un peu dans l'histoire des Malaussène, jusqu'à une époque à peine entrevue au début du premier tome. L'humour y est, les personnages attachants aussi. Pour sceller le tout, un petit mystère tient le lecteur en haleine assez efficacement jusqu'à la dernière page. Et comme Pennac reste toujours le prof de français et l'auteur de "Comme un roman", l'un des points marquants de cette histoire est la référence à la nouvelle "Bartleby le scribe" d'Herman Melville. Il faut vraiment que je la relise pour vous en parler. 

Et voilà tout : une chronique courte pour un roman léger, un interlude bienvenu avant la fin de la série, un moment de plaisir pour les fans de Benjamin Malaussène, de quoi reprendre son souffle avant d'entamer le tout dernier épisode de ses aventures.


Pour en savoir plus :
- la chronique de Céline031, qui a beaucoup aimé ce livre alors qu'elle n'avait pas lu les autres épisodes de la saga - comme quoi c'est possible !
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Et cette lecture clôt mon challenge "Daniel Pennac", victoire ! 




Monsieur Malaussène, de Daniel Pennac


Après une longue pause involontaire, je reprends les rênes de ce blog avec une chronique qui attend d'être publiée depuis plusieurs semaines, la pauvre...


Résumé :

C'est la panique pour Benjamin Malaussène : Julie lui fabrique une descendance !  Dans cette époque, dans ce monde, est-ce bien raisonnable ?  Autour de lui, comme d'habitude, Belleville est en ébullition : sa mère est rentrée au bercail, sans enfant mais pleine de larmes ; sa tribu s'est mise en tête de sauver le cinéma du quartier ; Gervaise, la fille de Van Thian, est à la poursuite du monstre qui lui tue "ses putes" ; et Julie se retrouve plongée dans d'anciennes histoires de jeunesse...


Mon avis :

L'aventure Malaussène continue, avec ce qui devait bien arriver un jour : avec tous les gamins qui naissent dans la famille Malaussène, pour une fois c'est au tour de notre héros Benjamin de se reproduire.  Mais comme c'est un stressé de la vie, un philosophe sans certitudes, le voilà qui se pose plein de questions métaphysiques sur l'opportunité de donner la vie. Ce qui est sympa un moment, mais pourrait devenir un peu lassant pour nous autres lecteurs, si Belleville ne se chargeait de nous changer les idées.
On a d'abord l'histoire extravagante d'un serrurier tatoué et d'une crucifixion - assez divertissante, je dois bien l'avouer, parce qu'à cette occasion on a droit au passage le plus WTF* de toute la série, et ce n'est pas peu dire. Ensuite commence une autre histoire, celle du dernier ciné de Belleville qui est menacé de fermeture et dont la gérante, Suzanne, représente Le Cinéma sans concession et avec beaucoup de majuscules. Encore une fois, heureusement qu'on ne s'y attarde pas trop longuement, parce que je n'aurais pas supporté longtemps l'élitisme arrogant de la conception de la culture présentée ici - eh oui, ça va beaucoup étonner les amateurs de Pennac, mais je ne vois pas trop comment interpréter cette histoire de cinéphiles intègres, les seuls à même de réellement apprécier le cinéma, qui rejettent avec le plus grand mépris celui qui s'est irrémédiablement compromis en faisant des films "grand public"... Et ce fameux film unique qui ne doit être vu qu'une seule fois et uniquement par cette  poignée de "vrais" cinéphiles triés sur le volet... Mais bien sûr. 

Heureusement donc, cette histoire de cinéma sert surtout de passerelle pour entrer dans les souvenirs de jeunesse de Julie. Je vous ai déjà écrit quelque part que Julie me paraissait le personnage le moins crédible de cette série ; eh bien, non seulement c'est une journaliste exagérément dévouée, tout terrain, capable d'écrire un article comparatif sur l'intensité de l'orgasme dans les différents peuples du monde et de s'auto-opérer d'une appendicite sur une petite barque en plein milieu d'une tempête ; non seulement elle est la fille d'un gouverneur de colonie qui a décolonisé tout en se droguant à l'opium et en combattant les roses trémières ; mais en plus de ça, il s'avère qu'elle avait aussi une famille adoptive (dont on n'a pas entendu parler jusque là) qui est bien entendu à la hauteur de son extravagance et de sa complexité. Bon. 

Tout ça se déroule en parallèle d'une enquête policière où la nonne Gervaise, fille adoptive de Van Thian, essaie de piéger le tueur en série qui assassine les prostituées qu'elle essaie de réorienter. Et comme si ça ne suffisait pas, on a aussi deux petites histoires parallèles autour de Cissou-La-Neige et du jeune Clément, et un poil de mystère du côté de l'hôpital aussi.  

C'est là, au coeur de cette série d'intrigues-gigognes, que les ennuis commencent (enfin) pour Malaussène. Comme d'habitude, il n'a rien à voir avec rien, et pourtant tout finit par lui retomber dessus. Mais pour cette fois, il faut bien avouer que malgré sa place centrale en tant que narrateur, il reste presque à la périphérie de l'aventure. Il y a tellement de personnages et tellement d'intrigues séparées qu'on le perdrait presque de vue. 

Bref, d'habitude j'apprécie la complexité des romans de Pennac, où plusieurs mystères apparemment sans liens se retrouvent finalement au coeur d'une même intrigue qui se dénoue comme par miracle ; mais là, il y a trop. Trop d'intrigues différentes, trop de personnages, trop de monologues de Benjamin, et au total, trop de pages dans ce roman. Pas beaucoup de trop, pas au point que ça devienne pénible à lire, et puis le style de Pennac pourrait rendre la Bible passionnante ; mais je n'étais pas, comme dans les précédents volumes, impatiente de tourner les pages. C'est le volume que j'ai le moins aimé jusqu'à présent, mais ça reste du Pennac, ça reste du Malaussène, et par conséquent, c'est toujours "de la bonne" ; mon enthousiasme pour cette série reste inchangé !


*WTF = What The Fuck, le "mais qu'est-ce que c'est que ce bazarre déjanté ?" des gens qui font semblant d'être cools.

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La petite marchande de prose, de Daniel Pennac


Vous n'avez pas oublié Benjamin Malaussène, le héros de Daniel Pennac ?  Le revoilà dans une troisième aventure familiale et policière ! 


Résumé :

Benjamin Malaussène est effondré : sa soeur préférée, la douce Clara, va se marier avec Clarence, un directeur de prison qui a trois fois son âge !  Mais les noces ne se déroulent pas exactement comme prévu, et il reçoit du commissaire Coudrier une consigne stricte : occuper sa tribu pour qu'elle reste loin des ennuis et laisse la police faire son enquête. Alors Benjamin accepte une offre d'emploi très particulière qui n'a rien à voir avec Clarence et sa prison. A première vue, du moins...


Mon avis :

Et revoilà le fameux Benjamin Malaussène de Belleville, sa famille, ses amis, son boulot de bouc-émissaire et l'odeur de coupable innocent qui lui colle à la peau... Qu'est-ce que je l'aime, lui ! Sa vie est tellement compliquée, pourtant, et la tribu qu'il se farcit n'est pas de tout repos.  Et elle grandit sans cesse ; dans ce tome-ci, on y ajoute le monde de l'édition représenté par la Reine Zabo, une éditrice géniale avec une tête énorme ; Loussa de Casamance, Sénégalais sinophile ; Calignac le rugbymen et le petit Gauthier.  Et puis le ministre Chabotte, insupportable comme il se doit dans le monde presqu'anarchiste des Malaussènes, et bien sûr Clarence de Saint-Hiver et sa prison modèle pour malfaiteurs artistes. Toute une clique décalée et réaliste à la fois, la spécialité de Pennac.

On retrouve aussi dans ce tome la trame policière des deux précédents opus ("Au bonheur des ogres" et "La fée carabine") et les ficelles préférées de l'auteur : plusieurs intrigues indépendantes qui se rejoignent à la fin, un monde qui tourne autour de Benjamin même si celui-ci ne fait rien pour, un coupable évident qui fait mentir les apparences, et une fin qui reflète les premières pages. C'est toujours un plaisir à suivre, même si j'ai préféré l'intrigue plus fournie de "La fée carabine". Dans ce tome-ci, on a plus d'introspection et moins de rebondissements. Mais ce n'est pas pour ça que je me suis ennuyée, loin de là !

C'est toujours un peu délicat de parler d'un troisième tome d'une même série : que dire de plus que ce que j'ai déjà relevé dans les chroniques précédentes ?  J'aime toujours autant les personnages complexes et décomplexés, l'intrigue à la limite du réalisme et du fantasme (voire avec une touche de fantastique), la plume magnifique de Pennac qui garde ce récit très moderne malgré son âge - ce roman a été publié en 1990, mais rien n'y est démodé.  Bref, je vous conseille de retourner voir mes anciennes chroniques pour plus de précision - ou encore beaucoup mieux, plongez-vous dans cette série dont je ne me lasse pas !


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La fée carabine, de Daniel Pennac


Et on reparle de Pennac et de Malaussène ; je vous avais prévenus ! 


Résumé :

La vie de Benjamin Malaussène n'a pas beaucoup changé depuis l'époque où les bombes pleuvaient autour de lui. Il veille sur ses frères et soeurs, sur sa mère enceinte, sur son chien épileptique et sur une bande de papys en désintoxication. Sa Julie a disparu pour écrire un article sur une filière qui drogue des vieillards. Mais le quartier est en ébullition : des vieilles dames se font égorger et un policier chargé de leur protection est transformé en fleur d'une balle dans la tête. La police est sur les dents, et évidemment, toutes les pistes mènent à Benjamin Malaussène, bouc-émissaire professionnel...


Mon avis :

Lors de ma première lecture de la série Benjamin Malaussène, ce tome avait été mon préféré. C'est d'ailleurs le premier que j'ai lu, sans rien savoir ni sur le livre ni sur l'auteur : je l'ai trouvé dans une bibliothèque publique à Folkestone, Angleterre, alors que j'y passais un mois pour apprendre la langue. La bibliothèque faisait une "semaine francophone", moi j'avais bien besoin d'un petit contact avec ma langue maternelle, j'ai ouvert quelques pages par curiosité, et je suis tombée sous le charme.
Ce même charme a parfaitement opéré cette fois-ci aussi.  Il faut dire que le tout premier chapitre est un chef d'oeuvre : je défie qui que ce soit de le lire et de ne pas avoir envie de continuer jusqu'à la dernière page du livre. En quatre pages, on plante le décor, on retrouve le style de l'auteur au plus haut de sa forme, on plonge dans la tête d'un personnage, et on lance l'intrigue avec un premier meurtre tout à fait inattendu (et absolument dégoûtant, quand on y pense, mais Daniel Pennac nous prouve qu'on peut raconter un meurtre avec poésie).

La suite de l'aventure est à l'avenant : impossible à lâcher. Par rapport au premier tome de la série Malaussène, on découvre quelques nouveaux personnages, surtout dans la police : Pastor, Van Thian et Cercaire s'ajoutent au commissaire Coudrier et à sa clique.  Les deux premiers ont d'ailleurs un relief tellement empreint de réalisme et aussi une spécificité si marquante qu'ils en sont inoubliables. En fait, le seul point faible dans les marionnettes de ce théâtre, à mon avis, c'est Julie Corrençon, la "tante Julia" du tome précédent : on en apprend un peu plus sur elle et sur sa carrière, et si elle a l'air un peu "décalée" comme le reste des personnages, cette fois-ci j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. La baroudeuse increvable genre Lara Croft moderne, très peu pour moi. Mais c'est un tout petit détail, surtout que dans ce tome, elle intervient très peu finalement.

Quant à l'intrigue, elle n'arrête pas de rebondir entre plusieurs petits mystères séparés qui se chevauchent : les vieilles dames assassinées, le meurtre de Vanini, l'enquête de Julie, les revendeurs de drogues pour les petits vieux, et l'histoire personnelle de Pastor (et notamment, sa capacité extraordinaire à faire avouer les malfrats les plus récalcitrants)... On n'a pas le temps de s'ennuyer et, mieux encore, on n'a même pas l'occasion de se mélanger les pinceaux.  Sur la fin, les différents morceaux du puzzle se mettent en place de façon assez extraordinaire, je dirais même magistrale : tout tombe juste comme par enchantement.

Mais ce qui m'a particulièrement frappée dans ce tome et lors de cette seconde lecture, c'est la façon dont Daniel Pennac insiste pour éviter tout manichéisme dans le monde qu'il construit. Chaque personnage est à la fois, sinon bon et mauvais, au moins du bon et du mauvais côté de la loi - à l'exception de Malaussène bien sûr, mais dans toutes les histoires dont il est le héros, il joue le rôle de l'ange qui porte toute la culpabilité du monde ; ça fait partie de son mythe. Les autres par contre n'échappent pas à la règle. Les policiers ont tous un côté hors-la-loi, entre celui qui apprend à ses petits-enfants à voler, celui dont les parents vendaient de la drogue, celui qui joue de la matraque pendant les manifestations mais s'attendrit devant les vieilles dames... Même chose pour les autres personnages : les petits malfrats du quartier passent en fait leur temps à surveiller les mamies, et certaines bonnes actions valent de la prison aux gentils qui n'hésitent pas à faire fi de la loi. L'auteur joue tellement bien à ce petit jeu qu'il en fait un ressort de l'intrigue : il s'amuse à faire passer certains personnages d'un côté à l'autre de la barrière pour nous prendre par surprise, et les vrais responsables sont loin d'être ceux qu'on aurait a priori qualifiés de mauvais.  

Comment expliquer ça ?  Par un petit côté légèrement anarchiste qui traine le long de cette série, le même qui rend Benjamin Malaussène allergique à l'autorité légale dans son genre le plus propre (le directeur du Magasin, le Secrétaire d'Etat aux Personnes Agées,...) ? Ou serait-ce une certaine capacité qu'a l'auteur de refuser les convictions inébranlables, même si ça complique la vie de ses personnages ?  Benjamin le met très bien en mots :
"Je voudrais appartenir à la grand, belle Ame Humaine, celle qui croit dur comme fer à l'exemplarité de la peine, celle qui sait où sont les bons, où sont les méchants, je voudrais être l'heureux propriétaire d'une conviction intime, putain que j'aimerais ça ! Bon Dieu, comme ça simplifierait ma vie !"
Voilà un message que j'apprécie et qui fait de ce roman un petit peu plus qu'un divertissement ordinaire.

Bref, ce fut un véritable ravissement que de me replonger dans ce roman qui reste l'un de mes préférés, tous genres confondus. A lire absolument.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- le challenge Daniel Pennac de Georges
- l'avis de Flo_Boss, qui a découvert Pennac grâce à ce livre - autrement dit, les impressions d'un néophyte pour contrebalancer mon enthousiasme un peu débordant !



Au bonheur des ogres, de Daniel Pennac


Suivez-moi, je vous emmène dans le monde étrange des Malaussène...


Résumé :

Benjamin Malaussène a la responsabilité des nombreux enfants que sa mère sème à tous vents : Louna qui hésite à avorter, Thérèse qui lit l'avenir, Clara qui est la douceur incarnée, Jérémy l'indomptable et Le Petit qui dessine des ogres-Noël...  Sans compter leur chien épileptique, Julius. Pour les entretenir, Benjamin est bouc-émissaire professionnel au Magasin : il se fait engueuler par tous les clients mécontents et les incite à retirer leurs plaintes. Mais voilà que des bombes se mettent à exploser au coeur du Magasin. Et Benjamin se rend compte que son odeur de bouc émissaire lui colle vraiment à la peau...


Mon avis : 

Ce roman est le premier de la Saga Malaussène de Daniel Pennac. Je l'ai lu il y a longtemps, quand j'étais adolescente, et à l'époque j'avais enchaîné sur toute la série à la suite. Ca fait partie de ces livres qui restent pour moi des souvenirs extraordinaires et dont je dois vous parler le plus tôt possible.

Les aventures de Benjamin Malaussène sont difficiles à classer. Il y a bien un peu de policier, avec quelques meurtres, mais ça ne sert qu'à donner une colonne vertébrale à un récit qui se base en réalité sur des personnages hors du commun mais extrêmement bien décrits, des aventures juste un poil déjantées, et au final un univers tout à fait particulier. Ce n'est clairement pas le genre de roman policier où le lecteur essaie, au côté de l'enquêteur, de deviner le coupable ; ni Malaussène ni nous n'avons les indices nécessaires. C'est juste une histoire moderne dans laquelle on se laisse porter par les événements.  Ce n'est pas non plus une aventure pleine d'action, mais l'histoire avance d'un bon pas et on ne s'ennuie pas. C'est un récit réaliste, mais en même temps conduit sur un mode presque poétique tant on y retrouve de personnages décalés (et savoureux). 

Mais ce qui tient le tout ensemble, c'est certainement le style inimitable. Ca commence dès la première phrase : 
"La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un voile de mariée."
Ca, c'est de la métaphore comme je les aime !  Et ça continue, entre le pragmatisme d'une narration bien  ancrée dans le réel et dans le présent (qui n'hésite d'ailleurs pas à utiliser un registre très familier ou bien carrément aristocratique en fonction des intervenants), quelques descriptions où transpire la plume bien plus élaborée du professeur de français grand amateur de littérature (voir "Comme un roman"), et une ligne de narration qui divague en fonction des pensées de Benjamin Malaussène.  Et le tout n'est pas hétéroclite, non, juste parfaitement naturel.  En deux paragraphe, j'étais séduite, et certains passages sont carrément exceptionnels - comme la rencontre avec le commissaire Coudrier, ou la partie d'échec nocturne en compagnie de Stojilkovitch.  Daniel Pennac sait planter une atmosphère comme personne. 

Avec autant de qualités, je suis prête à pardonner quelques petits défauts. Comme par exemple, l'une ou l'autre incongruité dans le scénario - pourquoi Tante Julia se met-elle à voler des pulls, je vous le demande ?   Ou l'un ou l'autre aspect qui tend vers le fantastique, ce que je ne supporte pas dans tout autre roman contemporain ou, pire, policier, mais qui passe assez bien ici.  Je pense notamment aux talents de Thérèse, ou à la clairvoyance soudaine de Benjamin lorsqu'il a une crise de surdité. Mais finalement, tous les personnages sans exception ont leur côté presque surnaturel et ça fait une grande partie du charme de ce roman.

Bref, que vous dire à part que c'est un roman à lire. Ce n'est pas mon roman préféré de la série (attention, suspense...) mais c'est quand même un roman contemporain exceptionnellement réussi et une entrée en matière parfaite pour le monde des Malaussène. Vous ne risquez pas grand-chose : même si c'est le premier tome d'une saga, il peut très bien se lire indépendamment du reste. Je n'ai qu'un seul mot : foncez.  


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre, avec une floppée de chroniques à découvrir
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Challenge Daniel Pennac chez Georges


Comme tout le monde, j'ai dit et écrit et ré-écrit que j'arrêtais de participer à toute une série de challenges que je n'ai jamais le temps de terminer. Et comme tout le monde, je ne peux pas m'empêcher de rompre ma promesse à moi-même. Je suis faible, si faible...

Il faut dire que je croise des tonnes de bonnes idée de challenges à tous les coins de blogs. En fait, je me sens déjà assez fière de résister à 99% d'entre eux !  Mais de temps en temps, il y en a un ou deux qui ne peuvent tout simplement pas m'échapper car ils semblent avoir été créés pour moi.

Le challenge Daniel Pennac de Georges fait partie de ceux-là. Daniel Pennac, c'est un de mes auteurs chouchous depuis des tas et des tas d'années. Depuis si longtemps, en fait, que je n'ai eu l'occasion de chroniquer qu'un seul de ces livres depuis le début de ce blog ; tous les autres, je les ai lus il y a bien trop longtemps. Ca fait des mois que je me dis qu'il est temps que je les relise pour vous les présenter. Et voilà que Georges me tend la perche... Il FALLAIT que je la prenne. 

Voilà, vous pouvez donc espérer que d'ici au 15 janvier 2014, vous trouverez sur ces pages quelques chroniques de romans de Daniel Pennac ; 4 à 6 chroniques, pour être précis, puisque je me suis inscrite au niveau "La Fée Carabine".  Vous verrez, vous ne le regretterez pas.