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Un monde sans fin, de Ken Follett


Ca fait déjà plusieurs semaines que j'ai terminé ce livre et il est largement temps que je vous en parle. Il s'agit de la suite de "Les piliers de la Terre", le roman le plus connu de Ken Follett. Ce second récit est-il à la hauteur du premier ?


Résumé :

Dans la petite ville de Kingsbridge, en 1327, la vie n'a pas beaucoup changé depuis l'époque de Tom le Bâtisseur.  Le monastère est toujours là, complété par un couvent et dirigé par un prieur rétrograde et mauvais gestionnaire. Quatre enfants se rencontrent lors d'une foire : Caris, la fille d'un négociant en laine, Gwenda, celle d'un homme pauvre sans scrupules, Merthin, le fils d'un chevalier en faillite, et Ralph, son frère. Tous les quatre, ils seront témoins d'un grave secret et leur destin accompagnera celui de Kingsbridge.


Mon avis :

Comme promis, après avoir "(re)lu" (en fait, écouté) "Les piliers de la Terre", je me suis jetée sur l'audiolivre de la suite, "Un monde sans fin". Je l'ai fait traîner un peu, j'avais tellement peur d'arriver à la fin de mon tête à tête avec Ken Follett et son narrateur en VO, John Lee ; leur collaboration m'a fait passer des heures et des heures de plaisir avec la trilogie "Le siècle" et puis ces deux tomes-ci, je n'avais pas envie que ça se termine !

Ceci dit, à force de lire du Ken Follett, je commence à repérer ses petites astuces. D'abord, c'est un maître du suspense. On sent qu'il vient du thriller, et il aime ajouter des scènes d'actions à couper le souffle ici et là.  C'est une façon efficace de rendre l'histoire plus vivante, voire même plus actuelle. Et l'époque se prête bien à un peu de violence de temps en temps. De plus, l'intrigue dans son ensemble est construite de façon à empêcher de lâcher la lecture une fois commencée ; les rebondissements sont nombreux, les surprises et les injustices aussi.

Un autre aspect marquant, c'est l'introduction d’évènements historiques importants dans une intrigue pourtant centrée sur une petite ville de province. En plus de nous faire vivre la vie de tous les jours de l'époque, il place son intrigue sur la toile de fond de la grande histoire. Après le naufrage de la Blanche Nef et la guerre civile entre Maud (en réalité Matilda) et Stephen dans "Les piliers de la Terre", cette fois-ci nous avons une mystérieuse lettre qui a peut-être un fondement historique, la guerre d'Edward III en France (et en particulier certaines batailles décrites en détails), et surtout les épidémies de peste. Si on peut dire que le premier tome était centré sur l'architecture, celui-ci parle surtout de médecine. C'est un aspect que j'ai beaucoup apprécié ; ce roman illustre parfaitement à quel point l'épidémie mortelle a profondément affecté la société de l'époque.

Enfin, comme dans "Les piliers de la Terre", l'intrigue tourne avant tout autour de personnages marquants sans cesse contrariés dans leurs projets. On retrouve, comme dans "Les piliers de la Terre" et la trilogie "Le siècle" du même auteur, certaines catégories inévitables : la femme forte, le très méchant aux tendances sadiques, le talentueux, etc. Les personnages manquent aussi parfois de nuance et il est un peu trop facile de prendre fait et cause pour des "gentils" sans cesse aux prises avec des "méchants" clairement désignés (même si, parmi les héros, Caris m'a vite tapé sur les nerfs). Par contre, par rapport aux Piliers de la Terre, ici l'auteur nous présente deux types de personnages nouveaux : les nonnes qui vivent une vie à la fois proche mais différente de celle des moines, et les paysans, représentés par Gwenda et sa famille.  Voilà une classe de la société qui méritait qu'on s'intéresse à elle. 

Au final, j'ai peut-être (enfin !) fini par me fatiguer des romans historiques de Ken Follett, et même si j'ai dévoré celui-ci aussi vite que les précédents (en partie grâce au talent du narrateur John Lee que j'adore), c'est celui qui m'a le moins marquée. La nouveauté de l'époque inhabituelle pour un roman s'est un peu effacée. Mais je recommande malgré tout chaudement cette lecture, surtout si vous avez aimé "Les piliers de la Terre" : vous passerez un excellent moment.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Mr K, assez proche du mien mais qui l'exprime avec plus d'enthousiasme
- acheter ce livre sur Amazon


Les piliers de la terre, de Ken Follett


Non, je n'ai pas encore fini de vous parler de Ken Follett... Le revoilà avec son oeuvre la plus célèbre, Les piliers de la terre !


Résumé :

En ce XIIème siècle, au coeur de l'Angleterre, un jeune ménestrel est pendu pour un crime qu'il dit ne pas avoir commis tandis que sa compagne enceinte jette un sort sur les trois hommes qui ont décidé de son sort. Quelques années plus tard, Tom le bâtisseur parcourt les routes avec sa famille pour trouver du travail. Son rêve est de construire une cathédrale, mais une série de malchances font qu'il a du mal à seulement nourrir sa famille. Le moine Philippe, dirigeant d'une petite communauté religieuse, se retrouve impliqué dans des intrigues compliquées quand il apprend l'existence d'un complot de nobles contre le prétendant au trône d'Angleterre soutenu par l'Eglise. Son intervention aboutira à ce que la jeune Aliena, fille du comte de Shiring, soit dépossédée avec son frère de leur héritage et obligée de recommencer sa vie à zéro. Tout ce petit monde se retrouvera à Kingsbridge, une petite ville avec un grand projet...



Mon avis :

Vous devez penser que je ne parle que de Ken Follett ces temps-ci. Vous avez raison : en découvrant la trilogie "Le siècle" en audiolivre, je suis tombée en amour avec le talent de cet auteur pour rendre une intrigue historique absolument captivante, et avec le talent du narrateur John Lee pour lui donner une voix qui m'accompagne partout.  Or John Lee, qui s'est spécialisé dans les longs romans, a aussi enregistré "Les piliers de la terre" et sa suite, "Un monde sans fin"... Autant dire que je n'ai pas pu résister !

J'avais déjà lu ce roman il y a quinze ans environ, lorsqu'on me l'a offert pour mon anniversaire. Je me souviens y avoir passé quelques nuits blanches, malgré des examens très proches ; je me rappelle qu'il m'avait fallu quelques chapitres pour entrer dans l'histoire mais qu'une fois que je m'étais familiarisée avec cette époque particulière et le thème original de la construction d'une cathédrale, je n'avais plus pu m'arrêter.

Le charme a fonctionné à nouveau cette fois-ci. Il y a quelque chose d'extraordinaire dans la façon qu'a l'auteur de nous plonger dans une époque que nous connaissons tous terriblement mal. Il arrive à rendre très réaliste la vie quotidienne au Moyen-Age, à l'époque où il fallait sans cesse se protéger des voleurs, obéir au suzerain, et où quelques mois de malchance pouvaient mener à mourir de faim avec sa famille... Et au passage on découvre quelques aspects politiques importants de cette période. Dès le début, l'auteur a su attirer mon attention en racontant l'histoire du pauvre Tom qui se retrouve dans cette situation. Ce n'est qu'ensuite qu'on découvre Kingsbridge, sa petite ville, son monastère et ses projets de cathédrale qui deviendront le fil rouge du récit, d'un bout à l'autre. 

L'auteur a aussi le talent de nous intéresser à un domaine très particulier et très technique : l'architecture. Sous le prétexte de construire cette magnifique cathédrale qui est au coeur du roman, il nous parle de voûtes, de contreforts, du prix du bois et de celui de la pierre, il nous explique les techniques de construction de l'époque, les défis posés par la gravité et les lois physiques encore très mal comprises à l'époque. On se rend compte à quel point un tel projet est grandiose, les raisons pour lesquelles autant de temps et d'argent sont dépensés pour un seul bâtiment, le temps qu'il faut pour le réaliser et tous les obstacles qu'il faut surmonter, bref, à quel point ces cathédrales qui font toujours partie de notre paysage sont des miracles d'ingéniosité humaine. 

La raison pour laquelle les aspects techniques passent comme une lettre à la poste, c'est que le destin passionnant des personnages crée un besoin constant de savoir ce qui va leur arriver et de s'attacher autant à leurs motivations qu'à leurs personnalités. A une époque où l'avenir n'est jamais sûr, il leur arrive des tas d'épreuves qui paraissent insurmontables mais auxquelles ils font face chacun à leur façon. Les rebondissements sont fréquents et le récit, malgré sa longueur, ne traîne jamais. Le récit commence de façon bien cruelle pour certains personnages, au point que je craignais un roman bien noir où seuls les mauvais auraient droit de cité, mais ce n'est pas le cas. Les personnages sont généralement divisés de façon assez claire entre les "bons" et les "mauvais", comme dans les autres romans de Ken Follett que j'ai déjà lus et commentés ici, mais l'auteur fait l'effort de leur donner soit une excuse, soit une faiblesse qui les rend assez humains. Le prieur Philippe reste mon préféré, notamment parce que l'auteur a réussi à nous décrire de façon convaincante sa piété sincère difficile à concevoir à notre époque. 

Bref, j'ai adoré et je conseille ce roman à tout le monde. C'est aussi une histoire parfaite à découvrir en format audio : elle est passionnante d'un bout à l'autre mais narrée d'une façon simple qui ne demande pas une concentration parfaite, et l'intrigue est suffisamment claire et mémorable pour qu'on puisse y revenir facilement après une pause.  Pour moi, ce furent des dizaines d'heures de plaisir que j'ai immédiatement prolongées avec la "suite" (qui peut être lue indépendamment), "Un monde sans fin".


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Frankie, qui vous parle plus en détail des personnages, et celui de Galleane, qui a été un peu déçue.
- acheter ce livre sur Amazon


Le Siècle, tome 3 : Aux portes de l'éternité, de Ken Follett


Nooooooon, la trilogie est déjà finiiiiiiiiiiiie !!!!  :'(


Résumé :

A la fin de la deuxième guerre mondiale, l'est et l'ouest se divisent Berlin. La maison des Von Ulrich se trouve dans le côté sous influence soviétique et tout à coup, la famille de Maud se trouve coincée derrière le mur de Berlin, incapable d'échapper à la tyrannie d'un membre du KGB qui leur veut du mal. En Angleterre, les enfants de Lloyd et Daisy poursuivent chacun une carrière artistique inattendue pour leurs parents, sous l'oeil des enfants d'Eva, dont le fils Jasper est prêt à tout pour devenir journaliste. Aux Etats-Unis, le fils de Greg Peshkov est à l'avant-garde du mouvement des droits civiques et côtoie le président Kennedy. Et en Russie, les deux neveux de Volodya jouent chacun un rôle important dans la politique de leur pays, Dimka en tant qu'aide au Kremlin et Tanya en tant que journaliste et dissidente...


Mon avis :

A la fin de ce dernier tome de la trilogie "Le siècle", j'avais presque envie de pleurer.  Ken Follett m'a tellement conquise avec cette série que j'aurais voulu qu'elle continue encore et encore, mais d'un point de vue temporel, la fiction a fini par rattraper la réalité, malheureusement...

Ce tome-ci couvre les plus grands événements depuis 1961 jusqu'à 2008. Si dans les tomes précédents l'Angleterre jouait un rôle prépondérant, dans ce tome-ci, guerre froide oblige, l'intrigue tourne autour de la Russie, des Etats-Unis et de Berlin. On y assiste donc à la construction du Mur, la crise des missiles de Cuba, la présidence puis l'assassinat de Kennedy, la montée du mouvement des droits civiques, un peu de la guerre du Vietnam, le scandale du Watergate, puis la chute de l'URSS et du mur de Berlin. Personnellement, je ne connaissais pas les détails de la guerre froide et j'ai beaucoup appris en la découvrant "de l'intérieur", même si j'aurais apprécié qu'on approfondisse un peu le MacCarthysme et la guerre du Vietnam, qui est seulement effleurée. Du point de vue américain, l'accent est clairement mis sur les questions de droits civiques. Par contre, l'auteur arrive à donner une véritable profondeur au drame qu'a été la création du Mur de Berlin : la cruauté avec laquelle il sépare quasiment irrémédiablement Walli et Carla du reste de leur famille pendant presque trente ans m'a beaucoup émue.

Les personnages principaux sont à nouveau les enfants des héros des tomes précédents et j'ai peut-être moins apprécié ces versions un peu édulcorées des personnages forts des générations précédentes. Mais il est vrai que la vie est moins dure pour eux ; cette génération vit de rock et d'amour libre, et l'auteur a réussi à recréer cette atmosphère révolutionnaire. Le seul personnage vraiment fort de cette génération, c'est George Jakes ; c'est un jeune homme avec des idéaux qui apporte un point de vue extraordinaire sur le mouvement des droits civiques.  Les jumeaux russes ne sont pas mal non plus mais j'ai eu l'impression qu'étant issus d'une famille favorisée politiquement, ils ne reflétaient pas nécessairement la vie de leurs contemporains.

J'ai aussi beaucoup apprécié de retrouver certains personnages du tout premier tome de la saga, "La chute des géants", et de les voir enfin faire face à certains conflits non résolus.  On aurait presque oublié grand-mère Maud et le vieux Fitz, les deux frères Peshkov dont les vies ont été si différentes, et les retrouver à la fin de ce tome-ci a quelque chose d'émouvant. Ca m'a aussi permis de me rendre compte que toute cette trilogie, ces 3000 pages d'aventures, toutes ces guerres, ces conflits, ces changements de politiques, tous ces bouleversements dans l'histoire du monde.... tout ça a eu lieu sur une seule génération seulement !  C'est incroyable quand on y songe, et ça fait réfléchir : je fais en quelque sorte partie de la génération suivante, à quoi serai-je confrontée sur le temps de mon existence ? 

Avant de terminer, quelques mots sur l'audiolivre : j'ai la chance de pouvoir découvrir ces romans en version originale lus par John Lee, et je suis tout simplement devenue fan de ce narrateur. Il a une diction impeccable qui ne me demande aucun effort de compréhension, ce qui permet de m'immerger totalement dans l'histoire (une lecture trop rapide, un accent trop prononcé ou une diction un peu maladroite sont tout de suite un problème pour moi pauvre francophone) ; et il a une façon de changer légèrement les voix et les accents en fonction des personnages qui rend l'intrigue vivante et les dialogues faciles à suivre.  Grâce à ces audiolivres, j'ai vécu à nouveau le plaisir de se voir raconter une très, très longue histoire très, très passionnante...  Ca valait la peine de m'abonner à Audible rien que pour ça ! 

En résumé, si comme moi vous avez un petit faible pour les romans historiques, foncez. Il n'y a rien de mieux dans le genre. 


Pour en savoir plus :
- l'avis de Sailormoon, conquise comme je l'ai été


Le siècle, tome 2 : L'hiver du monde, de Ken Follett


Comme promis à la fin du premier tome de cette trilogie intitulée "Le siècle", j'ai immédiatement plongé dans l'audiolivre du second tome. Et je n'ai pas pu le lâcher avant de l'avoir terminé...


Résumé :

Après les horreurs de la première guerre mondiale, le monde vit enfin une période de paix. Tout cela peut-il durer ?  Les grandes puissances ont été profondément secouées par la guerre. En Allemagne, Walter et Maud assistent à la montée du nazisme et à l'effondrement de la démocratie ; en Angleterre, les fascistes tentent d'imiter l'exemple allemand ; aux Etats-Unis, le Président tente de mettre en place une société des nations qui préviendrait les conflits futurs ; et en Russie, Gregory continue à croire au rêve communiste, tandis que son fils s'engage dans l'espionnage militaire...


Mon avis :

J'ai enchaîné avec plaisir "La chute des géants" et "L'hiver du monde" ; le premier m'avait rivé les écouteurs aux oreilles (c'était un audiolivre) et le second a renouvelé l'exploit. Comme pour le premier volume de cette série, celui-ci nous raconte l'histoire d'une période en nous la faisant vivre au travers de la vie d'une série de personnages. Ces personnages, c'est la génération qui suit celle du tome 1 : le fils et la fille de Carla et Walter, le fils de Gregori, le fils et la fille de Lev, les deux fils de Gus et le fils d'Ethel. On a donc l'occasion de retrouver les héros du tome précédent mais du point de vue de leurs enfants, ce qui nous donne une nouvelle perspective sur ces héros qu'on pensait si bien connaître. 

La période que l'on découvre cette fois-ci couvre les années 1933 à 1949. Parmi les évènements marquants vécus par nos personnages, il y a la montée du fascisme en Allemagne et le danger qu'il représente au Royaume-Uni avant d'être battu en brèche par le parti travailliste ; la guerre civile espagnole ; la montée en puissance du NKVD en Russie ; et surtout, bien évidemment, la seconde guerre mondiale, en particulier les bombardements de Londres, le bombardement de Pearl Harbor, le débarquement en Normandie, la chute de Berlin et le développement de la bombe atomique. Autant d'évènements que je croyais connaître et qui, comme pour le tome précédent, m'ont été dévoilés d'un point de vue tout à fait différent. Par exemple, je n'ai jamais compris exactement comment Hitler et son parti ont pu utiliser des moyens démocratiques pour prendre le pouvoir et transformer l'Allemagne en régime autoritaire ; il m'a suffi de le vivre au travers des yeux de Walter et Lloyd pour que tout devienne limpide comme de l'eau de roche.

Ce qui me parait un peu étonnant a forteriori, c'est que l'auteur ne mentionne quasiment pas les camps de concentration et l'Holocauste. Il n'essaie pas de cacher les atrocités nazies, mais s'il s'attarde sur l'euthanasie des handicapés, les massacres de l'armée allemande dans les pays de l'est et la persécution des juifs à Berlin, il ne parle pas de camps. Peut-être parce qu'il n'avait pas de personnage qui puisse en être directement témoin ?

Ce qui est extraordinaire, c'est qu'avec cette série, l'auteur nous offre un véritable cours d'histoire déguisé en roman absolument passionnant. Les personnages sont tous intéressants, bien qu'on retrouve certains échos d'un tome à l'autre (le thème du "petit tyran sadique" est récurrent), et on a autant de plaisir à suivre leurs aventures personnelles que les grandes questions historiques. L'auteur n'hésite pas à nous glisser ci et là des explications politiques pointues, mais elles ont toujours un rôle important dans l'intrigue et passent sans efforts. L'auteur fait aussi preuve de son talent pour les thrillers et romans d'espionnage, et il y a un grand nombre de passages où le suspense est absolument intenable. 

Bref, je n'ai encore une fois rien à reprocher à ce roman. Vivre la grande histoire au travers de ses détails, c'est vraiment quelque chose qui me passionne. Il faudra d'ailleurs que je vous parle de Robert Merle, un de ces jours ; avec sa série "Fortune de France", il a réussi l'exploit de rendre vivante et actuelle l'histoire du XVIIème siècle. Ici, avec cette trilogie, Ken Follett réussit l'exploit un peu différent de m'apprendre des choses sur une histoire récente que je croyais connue. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Well-read-kid, qui complète un peu le mien.
- acheter ce roman sur Amazon

La chute des géants, de Ken Follett


En 2014 je m'étais promis de lire des romans concernant la première guerre mondiale que je connais peu. J'ai tenu ma promesse en terminant l'année avec celui-ci, qui est plutôt volumineux, ce qui fait que j'ai un peu débordé sur 2015... Mais je ne regrette pas mon choix car ce fut une lecture (sous forme de livre audio et en version originale) particulièrement intéressante et instructive ! 


Résumé : 

Au début du XXème siècle, Billy est le fils d'un mineur syndicaliste qui descend "au trou" pour la première fois. Sa soeur, Ethel, travaille pour Lord Fitzherbert à qui appartient la mine. Celui-ci organise à la demande du roi d'Angleterre une rencontre avec de jeunes diplomates représentant les grandes puissances de leur époque. Tous ignorent qu'en quelques années, une guerre mondiale et une révolution en Russie changeront à jamais l'équilibre des pouvoirs... 


Mon avis :

Je savais à quoi m'attendre en entamant ce roman. Ken Follett m'a déjà eue une fois : des amis m'ont offert "Les piliers de la terre" il y a quelques années, à la veille d'une période d'examens, et j'y ai passé toute une série de nuits blanches.  Ce roman-ci, je savais qu'il se déroulait à la période de la première guerre mondiale et qu'il comprenait toute une série de héros ; je m'attendais donc à ce que l'auteur réutilise la même recette et j'ai eu raison.

Le premier ingrédient de cette fameuse recette c'est un contexte historique bien documenté. Ici l'histoire commence en 1905 et se poursuit jusqu'après la première guerre mondiale. Elle a lieu principalement en Angleterre, mais aussi en Russie, en Allemagne, aux USA et sur plusieurs fronts de la Grande Guerre. L'auteur prend soin aussi de nous présenter différents milieux sociaux : des aristocrates anglais aux mineurs en passant par les pauvres travailleurs russes, le panorama est large. Il y a un talent certain dans la façon dont chaque lieu et chaque milieu est dépeint : le réalisme est bluffant. Même si certains aspects peuvent choquer (par exemple le contraste entre les préoccupations des mineurs et des nobles), l'auteur ne nous force pas à un jugement de valeur.

Deuxième ingrédient dans la recette Ken Follett : une série de personnages qui se croisent et permettent de raconter les différents aspects d'une même histoire. Il faut bien avouer que c'est parfois un peu artificiel : non seulement nos héros se retrouvent un peu trop régulièrement face à face pour des gens qui habitent dans plusieurs pays parfois très éloignés, mais ils parviennent aussi à se trouver, chacun de son côté, au coeur des évènements qui secouent leur société. La ficelle est parfois un peu grosse. Mais d'un autre côté, chacun d'entre eux représente un point de vue idéal sur les évènements de son époque et il n'y a que comme ça que l'auteur pouvait atteindre son but : offrir un véritable panorama historique de ces années importantes qui traceront le destin du XXème siècle. 

En parlant de ça, j'ai été particulièrement séduite par les descriptions de la guerre et de la vie au front. C'est un peu bizarre à écrire mais c'est, avec les aspects politiques qui ont mené à la guerre, ce que j'ai préféré lire. On a du mal à se rendre compte de nos jours à quoi ressemblait une guerre il y a une centaine d'années. On sait ce qu'est une tranchée mais il est difficile de se représenter la vie d'un soldat ou le déroulement d'une charge. Tout ceci est décrit avec beaucoup de réalisme et l'on se représente sans efforts la peur, le courage, l'horreur et l'absurdité auxquels devaient survivre ces jeunes hommes. C'est fascinant et terrifiant à la fois. 

Les personnages, qui sont-ils ?  Je ne veux pas vous en dire plus pour que vous ayez, comme moi, le plaisir de faire leur connaissance.  Sachez juste qu'ils ne sont pas tous parfaits, loin de là, certains sont même bourrés de défauts assez insupportables ; mais ils sont tous intéressants. Leurs point de vue s'alternent d'une telle façon qu'on n'a pas le temps de les perdre de vue. J'ai découvert cette histoire principalement en version audio et dans ces cas-là je suis plus susceptible de me perdre dans les noms et les lieux, mais ce ne fut pas le cas.  L'auteur a aussi résisté à la tentation de terminer ses chapitres par des "cliffhangers", mais il n'a clairement pas besoin de ça pour maintenir le suspense.

Le suspense justement, ce troisième ingrédient important de la recette Ken Follett, parlons-en.  Honnêtement, je ne sais pas de quoi il est fait. Mais ça marche !  Il faut un bon bout de temps pour rentrer pleinement dans l'histoire, mais une fois qu'on y est, on y reste. Je ne peux pas dire que le millier de pages de ce roman est passé tout à fait inaperçu, mais par contre je n'avais pas du tout envie d'arriver à la fin.  Comme un bon feuilleton télévisé, je voulais savoir ce qui allait arriver à truc, machin et bidule, si les amoureux allaient finir par se retrouver, si la révolution allait réussir... Et le fait qu'on connaisse à l'avance le déroulement des évènements historiques dans leur globalité ne gâche absolument rien. Au contraire, il y a ces moments bizarres où le lecteur peut sourire tristement en découvrant des personnages qui croient encore pouvoir échapper à la guerre à l'été 1914...

En résumé, je me suis beaucoup divertie en découvrant ce long récit, mais j'ai aussi beaucoup appris. Plus qu'un roman, c'est un livre d'histoire rendu vivant par la collection de témoignages fascinants qu'il rassemble. Les personnages et la qualité de la narration nous tirent d'un chapitre à l'autre et au bout d'un moment il est très difficile de ne pas se laisser happer. En fait, je suis tellement conquise que je me suis immédiatement procurée le tome suivant de cette trilogie : L'hiver du monde.  Je ne peux pas vous promettre de le chroniquer bientôt (lui aussi c'est un vrai pavé !) mais je vous en parlerai, c'est certain !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Selvegem, aussi enthousiaste que moi
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Dernier livre pour ce challenge, terminé quelques jours après la fin !