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Ubik, de Philip K. Dick


Aujourd'hui je vous parle d'un grand classique de la science-fiction (et même d'un grand classique tout court), le fameux Ubik du célèbre Philip K. Dick ! 


Résumé :

Dans un avenir pas si lointain où les hommes voyagent dans l'espace et où certains ont des pouvoirs télépathiques, Joe Chip est recruteur pour une entreprise qui loue les services d'hommes et de femmes ayant des pouvoirs permettant de repérer et de contrer les espions industriels utilisant des pouvoir psychiques. Son patron, Glen Runciter, dirige l'entreprise avec l'assistance de son épouse Ella, suspendue dans une demi-vie cryonique après son décès. Peu après le recrutement d'une mystérieuse jeune femme ayant le pouvoir de modifier le passé, Glen Runciter loue toute son équipe pour une mission particulièrement importante sur une autre planète. Mais dès leur arrivée, une bombe explose, tuant Runciter et provoquant d'étranges perturbations temporelles pour les autres membres de l'équipe...


Mon avis :

Voici une de ces chroniques que je vais avoir beaucoup de mal à écrire. C'est le deuxième récit de Philip K. Dick que je découvre et comme pour le premier, Le Maître du Haut-Château, je ne sais pas vraiment qu'en dire. C'est d'autant plus compliqué que je l'ai découvert sous forme d'audiolivre en VO, narré par un acteur qui a pris la liberté de jouer le texte utilisant des voix très distinctes pour les différents personnages. Runciter a ainsi une voix traînante et très grave de cow-boy, l'employé de l'institut suisse a une voix aiguë très obséquieuse, Joe Chip a une voix normale mais où ses sentiments percent de façon parfois extravagante, certains de ses compagnons ont l'air perpétuellement en situation de panique... C'est très bien fait et très immersif, mais en même temps c'est une sorte d'interférence entre le texte et moi qui a probablement ajouté une dimension qui n'aurait pas existé à l'écrit.

L'impression principale, probablement accentuée par cette narration donc, c'est celle d'un mauvais rêve. Il y a une logique presque implacable dans tous les éléments de l'histoire et je n'ai jamais vraiment eu l'impression d'être perdue (contrairement au Maître du Haut-Château qui m'avait larguée à certains moments), mais dès qu'on prend un peu de recul, tout devient bizarre, étrange. C'est particulièrement visible dans les réflexions du héros, Joe Chip : il ressent beaucoup de choses et semble appréhender de façon très juste ce qui lui arrive, mais je n'aurais jamais pu formuler aucune de ses réflexions moi-même, car j'étais incapable d'appréhender l'environnement dans son ensemble. Vous savez, quand on fait un rêve particulièrement réaliste, et qu'on prend des décisions qui nous paraissent parfaitement évidentes sur le moment, mais qu'au réveil, on se rend compte qu'elles sont tout simplement loufoques ? C'est l'impression que me laissait ce livre : au moment de l'écoute, immergée dans l'intrigue, je suivais sans problème la logique du roman, mais une fois sortie de là, je ne pouvais que me demander tout ce que cela signifiait. Cette impression est accentuée par le fait qu'il manque des informations : comme dans un rêve, on ne voit que ce qu'on a besoin de voir pour que l'histoire continue, il n'y a aucun décor, peu de continuité temporelle fiable, quasi aucune explication d'ordre pratique, il y a juste les détails dont on a besoin au moment où on en a besoin. Tout est flou à part ce qu'on nous raconte, y-compris les autres personnages qui apparaissent et disparaissent, meurent sans chagriner autrement que superficiellement, et quand les explications arrivent, terrifiantes, le narrateur ne semble pas plus choqué que ça.

L'impression est donc celle d'un rêve, mais plutôt un cauchemar qu'autre chose. Plus on avance et plus l'histoire est angoissante. Certaines scènes sont particulièrement marquantes, en particulier celle où Joe Chip, sur le point de mourir, sans force, monte très péniblement les escaliers jusqu'à son appartement, accompagné d'un autre personnage qui semble soit ne se rendre compte de rien, soit l'accompagner par malice pour le voir souffrir... L'escalade est si lente, si pénible, si toxique, en écoutant la narration j'avais l'impression d'avoir un film d'Hitchcock devant les yeux. J'en ai encore les poils qui se dressent !  Et ce n'est pas la seule scène : à partir du moment de l'explosion, l'intrigue s'intensifie petit à petit, devient de plus en plus invivable, et on se rend compte que ça ne peut pas bien finir.

Et au milieu de tout ça, pour rendre l'atmosphère encore plus étrange, il y a Ubik. Ubik fait tout, si l'on en croit les multiples publicités qui parsèment le roman. Ubik, c'est cette petite chose qui nous a marqué pendant la journée et s'incruste sans cesse dans nos rêves. Ubik, c'est le plus grand mystère, et la clé de tout, s'il est utilisé en suivant les instructions...

Je ne sais pas si ce que j'ai écrit ci-dessus aura le moindre sens pour quelqu'un qui n'a pas encore lu ce roman. Ce que je peux en dire sans rien gâcher, c'est que c'est une expérience de lecture très étrange, fascinante même. Contrairement au Maître du Haut-Château, c'est aussi une intrigue que l'on peut suivre sans se perdre, même s'il faut accepter de se soumettre à la logique très particulière de ce monde étrange, et qui a une fin bien marquée, où tout finit par trouver une explication. C'est un récit prenant, macabre, terrifiant même par moments, surprenant d'un bout à l'autre, un peu lent, très mystérieux... Il y a même une certaine part d'humour ironique. Bref, c'est une surprise que l'on ne peut découvrir qu'en la lisant, un roman comparable à aucun autre.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter ce livre sur Amazon

Le Maître du Haut Château, de Philip K. Dick


Il y a de ces chroniques que je rumine pendant des semaines avant de les publier, en espérant trouver enfin les mots pour rendre justice au livre et à mon ressenti... Celle-ci, qui porte sur un grand classique de la science-fiction, m'attend depuis trois mois, mais je me décide enfin à vous la soumettre pour ce qu'elle vaut. J'espère qu'elle ouvrira au moins une discussion sur ce roman que je ne suis pas sûre d'avoir entièrement compris !


Résumé :

Nous sommes au début des années 60, mais pas celles que nous connaissons : celles où les forces de l'Axe ont gagné la seconde guerre mondiale. Les Etats-Unis sont divisés en trois zones, l'ouest est sous contrôle japonais et l'est sous contrôle allemand ; l'Allemagne a vidé la méditerranée pour en faire de la terre cultivable, a exterminé les populations africaines et slaves, et tente de conquérir l'espace, tandis que le Japon se contente de dominer le pacifique et y exporte sa culture, notamment le Yi-King, le livre-oracle. Différents personnages tentent de survivre au mieux dans ce nouvel ordre des choses : Mr Tagomi, un représentant du Japon à San-Francisco, collectionneur de produits culturels américains que lui fournit Robert Childan, antiquaire prospère mais anxieux; Mr Baynes, mystérieux industriel suédois en mission auprès de Mr Tagomi; Frank Fink, un Juif caché à San-Francisco, et son ex-épouse Juliana, prof de judo dans la zone neutre des Etats-Unis. Mais un livre circule et fascine beaucoup de monde, un roman qui décrit un monde où les Alliés auraient gagné la guerre en 1945...


Mon avis :

J'ai choisi de lire ce livre après m'être rendue compte que je confondais honteusement les termes "uchronie" et "dystopie". J'ai donc vérifié, bien décidée à ne plus me tromper.  La dystopie est une "contre-utopie", un monde géré de façon à ce que ce qui devait aboutir au bonheur de tous devient en fait une société invivable, avec l'exemple typique du roman "Le meilleur des mondes" d'Aldoux Huxley (dont je dois vous parler bientôt). L'uchronie par contre est un monde alternatif imaginé à partir d'un changement dans l'Histoire qui mène à un autre présent. L'article de Wikipédia proposait "Le Maître du Haut Château" comme exemple, et comme je suis aperçue que je ne l'avais pas lu et que je le possédais en ebook, je m'y suis mise immédiatement.
Ici, le point de départ de ce "monde alternatif", ce qu'on appelle le "point de divergence", remonte assez loin, avant même la seconde guerre mondiale : en 1933, avant son inauguration, le président Roosevelt est assassiné par Giuseppe Zangara (un attentat qui en réalité n'a pas abouti). Les deux présidents suivants sont faibles et ne parviennent pas à imposer un New Deal qui redresse économiquement les Etats-Unis, du coup le pays n'est pas assez industrialisé pour faire face à la seconde guerre mondiale, ce qui entraîne la défaite des Alliés. C'est crédible et très intéressant comme façon d'envisager l'Histoire.

L'intrigue m'a surprise : je m'attendais à quelque chose de rythmé, une aventure avec peut-être une petite touche d'espionnage et beaucoup de politique. Mais pas du tout. Le rythme est lent et l'intrigue tourne surtout autour des monologues intérieurs des personnages : les doutes mystiques de Mr Tagomi ; la peur de Frank qui risque à tout moment la déportation vers les camps de concentration ; la position difficile de Robert Childan, qui se heurte sans arrêt à la philosophie japonaise de ses clients, si différente de la sienne ; Juliana et son besoin d'affection, son comportement qui s'approche parfois de la folie ; Mr Baynes et sa mission secrète. On reste le plus souvent dans un registre très introspectif, presque poétique, un peu comme dans les romans de Ray Bradbury. Il y a un peu de suspense, c'est certain, mais ce n'est pas le genre de roman qui colle aux mains.

Le style est aussi un peu étrange ; certains personnages réagissent bizarrement, en particulier Juliana ou Tagomi, et ils s'expriment de façon très particulière, en utilisant un vocabulaire recherché mais en omettant souvent le sujet de la phrase. C'est surtout le cas pour Mr Tagomi, dont je n'ai pas toujours compris les monologues. Peut-être que c'est tout simplement le reflet de sa façon de penser japonaise, qui pose tant de problèmes à Robert Childan ?  Mais il y a aussi toutes les parties concernant le fameux Yi-King, ce livre qui permet de répondre aux questions que l'on se pose ; quand on ne connaît pas la méthode de divination, il est difficile de vraiment suivre ces passages-là.

La grande richesse de ce roman, en fait, c'est le contexte historique et politique, qui est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. D'abord, nous avons trois réalités parallèles : il y a celle qui est décrite dans la livre, avec une victoire de l'Axe ; celle que nous connaissons, qui s'insinue subtilement dans l'histoire et que de toutes façons le lecteur ne peut pas s'empêcher de garder en tête comme point de référence ; et puis il y a celle qui est décrite dans le fameux roman dont on parle beaucoup,  "Le poids de la sauterelle", qui "imagine" un monde où les Alliés ont gagné en 1945... mais qui est quand même différent du nôtre, car au lieu des Etats-Unis et de l'URSS comme grandes puissances mondiales, nous avons une opposition entre les Etats-Unis, humanistes, et le Royaume-Uni, qui étend son influence vers l'est. C'est d'ailleurs amusant de constater que l'auteur ne peut pas imaginer une réalité où il n'y ait pas une sorte de guerre froide entre deux superpuissances...

Et la complexité ne s'arrête pas là, puisque la fin vient à nouveau mélanger les cartes. Je ne veux pas vous gâcher la surprise, mais je dois avouer que je suis très perplexe. Une fois que le "secret" du livre "Le poids de la sauterelle" a été révélé, et même un peu avant, lors de la dernière apparition de Mr Tagomi, on se retrouve dans une situation que je ne suis vraiment pas parvenue à expliquer. Qu'est-ce que la réalité, finalement ? Je m'interroge toujours, et si quelqu'un a une explication, je suis preneuse !

En résumé, voici un livre très bien construit, extrêmement complexe, qui donne à réfléchir et me restera probablement longtemps en tête, mais qui aurait gagné à être un peu plus "divertissant". En somme, c'est comme si le décor était plus important que l'avant-plan. C'est un peu perturbant, mais c'est un livre vraiment intéressant.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Frankie, qui n'a pas du tout aimé, et celui de BlackWolf, qui a beaucoup plus apprécié sa lecture (tout en reconnaissant que ce livre est difficile à conseiller)
- acheter le livre sur Amazon (en français)